Mardi 30 décembre 2014 2 30 /12 /Déc /2014 11:12

Nous ne sommes même pas encore en 2015 mais la saison des tops s'achève. Après de longues semaines de suspense, je vous livre le mien :

  nymphomaniac.jpg

1- Nymphomaniac (Lars Von Trier)

2- Maps to the stars (David Cronenberg)

3- P'tit Quinquin (Bruno Dumont)

4- Under the skin (Jonathan Glazer)

5- Grand Budapest Hotel (Wes Anderson)


ptit-quinquin.jpg

6- Tonnerre (Guillaume Brac)

7- Aimer, boire, chanter (Alain Resnais)

8- Real (Kurosawa)

9- Bird people (Pascale Ferran)

10- Adieu au langage (Jean-Luc Godard)

 

+ Hors-catégorie : Cinématon n°2862 (Courant)

 

Maps-To-The-Stars-16.jpg

 

Contrairement à 2013, pas d'autres films se bousculant au portillon pour cette année mais j'en ai manqué aussi beaucoup qui me plaisaient sur le papier (soit par manque de temps, soit parce qu'ils ne sont pas sortis à Dijon)

 

Top 5 des films manqués en 2014

 

1- Le vent se lève (Miyazaki)

2- Les chiens errants (Tsai Ming-Liang)

3- Le paradis (Cavalier)

4- Les contes de la princesse Kaguya (Takahata)

5- Sunhi (Hong Sang-Soo)

 

Sinon :

 

Meilleure reprise de 2014

 

Wake in fright (Ted Kotcheff)


wake-in-fright.jpg

 

Meilleure actrice : Julianne Moore (Maps to the stars)

 

Meilleur acteur : Ralph Fiennes (Grand Budapest hotel)

 

Sex symbol 2014 : Scarlett Johansson : la voix (Her) et le corps (Under the skin)

under-the-skin.jpg

 

Pire film de 2014 : The amazing Spider-Man 2 (Webb)

 

Pire film vu en salle en 2014 : Bande de filles (Sciamma)

 

Plus grosse déception de 2014 : Saint-Laurent (Bonello) (quel ennui alors que L'apollonide avait terminé n°1 de mon top 2011 !)

 

Tout le monde aime, moi aussi mais sans partager l'enthousiasme général : Love is strange (Sachs)

 

Tout le monde déteste mais je trouve le film pourtant très estimable sans être parfait : Welcome to New-York (Ferrara)

 

Film le plus vite oublié de l'année : Abus de faiblesse (Breillat)

 

Meilleur DVD de l'année : Fleurs d'équinoxe (Ozu) (Carlotta Films)

 

Meilleur coffret DVD : Epstein chez Potemkine.

 

Je vais généralement voir ses films mais pas cette année : comme en 2013, François Ozon (Une nouvelle amie)

 

Je ne sais pas pourquoi je persiste à aller voir ses films : Peter Greenaway (Golzius et la compagnie du pélican)

 

Je n'avais pas vu un seul de ses films mais je m'y suis mis cette année : Christopher Nolan (Interstellar) intéressé mais pas emballé (avec, sans conteste, la pire musique de film de l'année pour Hans Zimmer!)

 

Meilleur livre sur le cinéma : Coffret Bis (Serious publishing) (avec une option sur la réédition de l'intégrale Midi-Minuit Fantastique (Rouge Profond) que je viens de commencer)


The-Grand-Budapest-Hotel.jpg

 

2015 va démarrer sur des chapeaux de roues (Ferrara, Miller, Larry Clark...) : je vous donne donc rendez-vous l'an prochain pour un nouveau top et vous souhaite d'ici là, une excellente année en remerciant une fois de plus très chaleureusement tous ceux qui ont fait vivre cet été mon blog en souhaitant dignement ses 10 ans d'existence. Je ne pensais pas être gâté de la sorte et vous l'avez fait. Encore merci !

Par Dr Orlof - Publié dans : Top des tops
Ecrire un commentaire - Voir les 15 commentaires
Dimanche 28 décembre 2014 7 28 /12 /Déc /2014 13:39

Eric Rohmer (2014) d'Antoine de Baecque et Noël Herpe (Éditions Stock. 2014)

 rohmer.jpg

 

Après celle consacrée à Truffaut (avec la complicité de Serge Toubiana), celle consacrée à Godard, c'est désormais à Éric Rohmer, autre figure essentielle de la Nouvelle Vague, qu'Antoine de Baecque et Noël Herpe vouent une copieuse biographie.

Comme pour Truffaut et Godard, on ne peut pas dire que le cinéaste ait été négligé par la critique et qu'il n'existait pas auparavant un certain nombre d'ouvrages sur l’œuvre de Rohmer (citons l'essai de Joël Magny chez Rivages qui m'avait fortement marqué lors de mon apprentissage cinéphile ou celui de Pascal Bonitzer). Mais l'intérêt de ce type de biographie (à l'américaine), c'est que les auteurs se penchent en détail sur la vie privée de l'auteur pour déterminer ce qui dans son quotidien a pu nourrir l’œuvre. D'autre part, De Baecque et Herpe procèdent en véritables historiens, ne se contentant pas d'analyser les films mais s'appuyant sur de nombreuses sources (notamment celles, très fournies, que le cinéaste a laissées après sa mort dans un fonds qui lui est dédié) pour tenter d'éclaircir le « mystère Rohmer ».

Ce qu'il y a de fascinant chez ce cinéaste, c'est qu'il est parvenu à toujours cloisonner sa vie professionnelle de cinéaste et sa vie privée. D'un côté, il y eut Maurice Schérer, homme marié à la vie paisible, honnête père de famille et catholique pratiquant ; de l'autre, Éric Rohmer, cinéaste « moderne », aimant à s'entourer de jeunes filles et à pratiquer l'art de la conversation autour d'une tasse de thé. Chez lui cohabite à la fois un indécrottable nostalgique de la beauté classique en art mais également un homme curieux de ce que l'art moderne a pu proposer (en tant que critique, il défendit le cinéma d'Isidore Isou et il s'intéressa particulièrement, en architecture, à la naissance des « villes nouvelles »).

L'un des paradoxes que soulèvent d'emblée les auteurs de la biographie, c'est qu'il n'y eut jamais de « double vie » chez Rohmer : pas de liaisons tapageuses ou de frasques sentimentales. C'est un cinéaste « sans histoire » puisqu'il est bien connu que les gens heureux n'ont pas d'histoire. C'est donc dans les masques dont il va s'affubler que réside sa singularité. Il est assez symptomatique, par exemple, que sa mère n'ait jamais eu vent de ses activités de critique et de cinéaste. Pour elle, son fils fut toujours un honorable professeur. Il est aussi passionnant de découvrir comment les échecs qui cueillirent cet homme brillant mais extrêmement timide l'amenèrent à devenir cinéaste. Échouant à intégrer Normal Sup ainsi qu'à l'agrégation, Rohmer ne fut guère plus chanceux lorsqu'il s'agit de tenter une carrière d'écrivain (il publie un premier roman en 1946 chez Gallimard mais sans le moindre succès). Toute sa vie fut marquée par de semblables échecs (son désir d'entamer une carrière universitaire, ses rares tentatives de se frotter au théâtre...) qui le confortèrent dans son désir de cinéma où il excella comme nul autre.

L'ouvrage est passionnant de bout en bout car il décortique avec force détails les divers masques dont le cinéaste va se revêtir pour devenir cinéaste, notamment celui d'une espèce de « vampire » se nourrissant constamment de ses (jeunes) interprètes (leur manière de parler, leurs aventures sentimentales, leurs histoires...) pour bâtir ses fictions. Pour ma part, j'ai commencé adolescent à aller voir systématiquement tous les nouveaux Rohmer depuis son Conte d'hiver. Du coup, s'il fallait avancer une (toute) petite réserve, je dirais que la partie consacrée aux « Contes des quatre saisons » m'a semblé un peu moins originale et un peu moins fouillée que les autres. Mais c'est sans doute ce manque de « recul historique » qui produit cette impression alors que, paradoxalement, j'ai eu l'impression de découvrir beaucoup plus de choses dans les chapitres consacrés à ses trois derniers films (honte à ceux qui sont tombés à bras raccourcis sur le superbe Les amours d'Astrée et de Céladon!)

Nourri de témoignages des proches du cinéaste, de ses écrits et de documents inédits, ce livre donne envie de se replonger sans plus attendre dans l’œuvre merveilleuse de Rohmer. On y (re)découvre avec exaltation le rôle (majeur) de Rohmer critique, notamment dans l'histoire des Cahiers du cinéma où il fut victime d'un « putsch » sous prétexte que la revue ne défendait pas assez le cinéma de la « nouvelle vague » ou encore ses liens avec des personnages fascinants comme Paul Gégauff ou Jean Parvulesco. On plonge également en profondeur dans les mécanismes de sa création puisque de nombreux films qu'il a réalisés furent des projets remontant parfois à des dizaines d'années avant leur conception.

C'est avec beaucoup de précision que les auteurs nous présentent les différents visages de Rohmer (le pédagogue qui travailla longtemps pour la télévision scolaire, le germanophile, l'universitaire qui se lance dans une thèse à plus de 50 ans...) et qu'ils livrent une biographie aussi complète que l'on puisse l'imaginer.

Un ouvrage que l'on peut d'ores et déjà qualifier de référence.

Par Dr Orlof - Publié dans : Livres
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 23:04

A hard day's night (1964) de Richard Lester avec Les Beatles (Editions Carlotta) Sortie le 10 décembre 2014

  A-HARD-DAY-S-NIGHT-02.jpg

© Carlotta Films

 

Le temps de deux films, le cinéaste britannique Richard Lester va se mettre au service des Beatles et les mettre en scène dans deux « véhicules » qui permettront au groupe d'aligner leurs chansons et quelques facéties. Help !, découvert il y a quelques années, m'avait plutôt déçu : un scénario inepte et creux tenait lieu de fil directeur à une comédie poussive et à une succession de clips musicaux.

A hard day's night, réalisé deux ans avant, repose sur les mêmes principes (humour absurde et succession de morceaux musicaux) mais le film a le mérite de ne pas chercher à échafauder un récit délirant : les quatre scarabées endossent leurs propres rôles et incarnent les membres d'un groupe de rock au sommet de sa gloire qui s'apprête à enregistrer une émission de télévision.

Ce côté « documentaire » fait la force d'un film qui nous fait ressentir avec une certaine intensité la folie de la « Beatlemania ». Dès les premiers plans, John, Paul, George et Ringo courent à toute allure pour échapper à leurs fans hystériques. A la fin du film, Lester enregistre une prestation « live » du groupe et montre également l'incroyable effet que produisait alors le groupe sur le public (surtout féminin) : hurlements, larmes, sautillements convulsifs... Le charisme du groupe est assez impressionnant et c'est avec un grand plaisir que l'on réécoute leurs chansons, qu'il s'agisse des tubes indémodables (A hard day's night, Can't buy my love...) ou des titres moins connus (du moins, de mon côté).

En plus de la musique, les Beatles manient à merveille le non-sense. Le film est truffé de gags absurdes, de dialogues délirants et de situations burlesques assez drôles dont l'inspiration serait à chercher du côté du magazine Mad (qu'un des personnages lit). A leur côté, il convient de citer le personnage qui incarne le grand-père de Paul McCartney et qui n'a pas son pareil pour semer la zizanie et monter les gens les uns contre les autres. Cela nous vaut une séquence où Ringo se révolte d'être toujours le souffre-douleur des trois autres (ils se moquent régulièrement de son nez) et décide de faire l'école buissonnière. Ce petit aparté est sans doute la partie qui relève le plus de la « fiction » car jusqu'alors, nous avons vu le groupe au cœur d'un quotidien paraissant plausible : aller danser, répéter, courir entre deux trains, deux chambres d'hôtel ou clubs de jeux.

Le personnage du grand-père est intéressant car dans l'une des premières scènes du film, les quatre jeunes hommes raillent son âge tout comme ils opposeront à un autre vieux bonhomme grincheux leur sens de la dérision, leur insolence et la fougue de leur jeunesse. Quatre garçon dans le vent : pour une fois, le titre français n'est pas trop mal choisi dans la mesure où il illustre parfaitement le propos d'un film qui ne cesse d'exalter la jeunesse, son énergie et sa liberté. De manière plus cynique, on pourrait aussi voir dans ce film un parfait véhicule spéculant sur le succès des Beatles et ne visant de ce fait qu'un public « jeune ». Les deux sont sans doute vrai mais c'est cette impureté qui fait le charme d'A hard day's night , mélange de roublardise mercantile et de véritable joie de vivre, d'énergie juvénile et de fantaisie « pop ».

Sans être un chef-d’œuvre, le film brille par son rythme échevelé et par la puissance de ses morceaux musicaux. Quant à l'aspect comédie absurde, voie que le cinéaste Richard Lester empruntera plus d'une fois, il a parfois un peu vieilli mais fait mouche le plus souvent (les stars qui ne s'inquiètent absolument pas de trouver un homme en caleçon dans leur placard, par exemple). D'une certaine manière, A hard day's night est une sorte de précurseur (après Hellzapoppin) de ce « non-sense » cinématographique qui fera la gloire des Monty Python, des Zucker, des Nuls et de beaucoup d'autres.

A savourer sans modération, donc...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 18 décembre 2014 4 18 /12 /Déc /2014 18:47

20000 jours sur terre (2014) de Iain Forsyth et Jane Pollard avec Nick Cave. Sortie le 24 décembre. (Carlotta Films)

  20-000-JOURS-SUR-TERRE-02.jpg

® Carlotta Films

 

Une voix-off, un commentaire très écrit, des images léchées, un montage assez sophistiqué, à la limite du maniérisme « arty » : dès les premiers plans de ce documentaire consacré à la star du rock Nick Cave, on comprend que les auteurs ne cherchent en aucun cas à saisir une vérité « sur le vif » ou à faire un portrait didactique du chanteur. Il conviendrait d'ailleurs plus d'écrire qu'il s'agit d'un documentaire avec Nick Cave plutôt que sur Nick Cave tant cette journée imaginaire en sa compagnie paraît minutieusement réglée.

Ce parti-pris a ses limites : pour un spectateur comme moi qui ne connaît absolument pas le chanteur et son œuvre (je le confesse humblement, sans la moindre forfanterie), le film n'apporte pas grand chose et ne permet pas de se familiariser avec la musique de Cave. On voit le musicien s'entretenir avec des proches mais on ne nous les présente pas, présumant que l'initié les connaît déjà (oserai-je l'avouer ? Je n'ai pas reconnu Kylie Minogue!)

Cette mise en scène très contrôlée avec une petite touche estampillée « Sundance » (où le film a été primé) qui se traduit par des plages plus contemplatives, des envolées lyriques en voix-off, des effets de montage spécieux donnent parfois au film un côté assez affecté qui peut irriter.

 

Pourtant, en dépit de ces indéniables défauts, 20000 jours sur terre parvient à attirer l'attention. D'abord parce que les cinéastes (qui viennent visiblement du monde de l'art contemporain) prennent le temps de filmer Nick Cave au travail. Sans connaître à proprement l’œuvre musicale de l'artiste, c'est toujours intéressant de le voir tâtonner, grattouiller quelques vers sur un bout de papier, jouer quelques notes de piano et enregistrer en studio (parfois avec un chœur d'enfants). Lors de ces moments, on songe à ce que Godard a fait avec les Rolling Stones (One + One) et les Rita Mitsuko (Soigne ta droite).

 

Ensuite, parce qu'ils arrivent parfois, au détour d'un raccord intelligent entre les paroles de Nick Cave et les images à saisir quelque chose de la personnalité du chanteur. Je pense à ce moment où il évoque les images de femmes qui l'ont marqué et qu'elles défilent sur un petit écran le temps d'un montage assez virtuose. Je pense surtout à la fin du film où Cave évoque son rapport très particulier aux « premiers rangs » du public pendant les concerts. Après avoir souligné cette connivence bâtie sur un mélange savant de « terreur » et de fascination, le film enchaîne sur des images réellement impressionnantes d'une prestation en concert de la star. Du coup, celles-ci acquièrent une dimension qu'ont rarement les captations de « concerts filmés ». Elles mettent en valeur la moindre intonation, le moindre geste, le moindre regard de Cave. Du coup, on en arrive presque à regretter que 20000 jours sur terre ne se concentre pas davantage sur ces performances scéniques et qu'il s'attarde presque trop sur les états d'âme du chanteur (son rapport au père, à la religion, à l'imaginaire...) ou sur un passé qu'il évoque en commentant des photos ou en dialoguant avec ses proches.

 

Car ce qui touche dans ce film, c'est moins le côté « portrait intime » que l'on peut trouver un peu trop maniéré et allusif pour ceux qui ne connaissent rien de l’œuvre de Cave que la manière dont s'articulent la sphère privée (relativement protégée quand même) et la sphère publique. Lorsque le musicien confronte son « monde intérieur » (avec un côté démiurge qu'il revendique) à la réalité, que ce soit les séances de travail (les répétitions) ou les prestations scéniques ; le documentaire semble alors plus « concret », plus touchant et beaucoup plus habité.

 

Si le résultat satisfera, à mon avis, les fidèles de Nick Cave, les autres pourront toujours goûter à ces beaux moments où, au-delà de l’œuvre elle-même, c'est le mystère de la musique et de la création que les cinéastes parviennent à capter. Pour ces instants de grâce, on ira jusqu'à pardonner toutes les scories « arty » dont le film est parfois encombré...

Par Dr Orlof - Publié dans : Avant-première
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 17 décembre 2014 3 17 /12 /Déc /2014 20:52

Baal (1970) de Volker Schlöndorff avec Rainer Werner Fassbinder, Margarethe Von Trotta, Hanna Schygulla

  pasmal.jpg

S'il fallait résumer en quelques mots la carrière de Volker Schlöndorff, il serait tentant de se contenter d'une simple fiche signalétique. Elle dirait : cinéaste appartenant à la mouvance du « nouveau cinéma allemand ». Il acquiert une certaine renommée en réalisant une belle adaptation de Musil (Les désarrois de l'élève Törless), se spécialise dans les adaptations littéraires (Kleist, Yourcenar, Böll...) avant de triompher en 1979 en partageant, grâce à son Tambour, une palme d'or au festival de Cannes avec Francis Ford Coppola.

Puis c'est un peu la dégringolade avec des adaptations littéraires d'un académisme complet (Un amour de Swann, tentative particulièrement ratée de transposer Proust à l'écran) ou symbolisant à merveille les désastres de certaines grosses coproductions européennes « de prestige » (son indigeste « euro pudding » Le roi des aulnes d'après Tournier).

J'avoue que je ne connais pas toute sa carrière mais le caractère lapidaire de cette présentation prouve que Schlöndorff, au sein du « nouveau cinéma allemand », ne possède pas une personnalité aussi flamboyante que celle de Fassbinder ou Schroeter et qu'il n'a pas réussi à marquer les esprits cinéphiles comme ont pu le faire à une époque Wenders ou Syberberg.

 

Au sein de cette filmographie, le cas de Baal est assez étonnant. En 1969, Schlöndorff tourne cette adaptation d'une pièce de jeunesse de Brecht pour la télévision. Elle devait être diffusée en janvier 70 mais elle est finalement interdite et bloquée pendant quarante-quatre ans. Grâce aux ayants droit de Fassbinder, le film peut désormais être redécouvert en salles.

 

Le film se compose de 24 petits tableaux et suit l'itinéraire d'un poète maudit, violent, atrabilaire, alcoolique et irréductible à toute forme de récupération par la société. On le voit donc mépriser les bourgeois qui tentent de l'apprivoiser, manipuler les femmes pour les rejeter (de manière parfois extrêmement violente), fuir sur les routes et à travers les champs, se battre avec l'ami qui l'a suivi...

Baal est un curieux mélange de "Kammerspiel" (film de chambre) théâtral à souhait (les acteurs déclament sans arrêt et les dialogues sont extrêmement stylisés, distanciés) et de "road movie" minimaliste. Tout ce qui pourrait enfermer ce personnage de poète rimbaldien (ou plutôt "villonesque" dans la mesure où c'est aussi un vagabond et un brigand) est sans cesse détruit : les barrières sociales (ce deuxième tableau où Baal apparaît au coeur de mondanités comme un chien dans un jeu de quilles), le couple, la famille, le travail, l'amitié... A chaque instant, la liberté du poète est éprouvée et il tente de l'exercer de la manière la plus violente qui soit : en se détruisant lui-même (à coup de schnaps et de provocations) et en détruisant les autres (voir la manière atroce dont il bouscule et fait tomber sa compagne enceinte). Comme chez Gide, l'exercice de sa souveraine liberté ira jusqu'au meurtre mais le film, comme la pièce, interroge constamment cette soif excessive d'une liberté pourtant illusoire. D'une manière très habile, le cinéaste joue sur la dichotomie entre les mots, la pensée (la langue du poète qui fait l'admiration de tous) et une certaine pesanteur des corps, de la terre, du monde qui environne Baal et qui le ramènent au Réel.

Dans le rôle principal, Fassbinder est évidemment parfait : parce qu'il y a chez lui le même génie auto-destructeur et ce conflit permanent entre un idéalisme absolu et la lourdeur de son corps, la disgrâce de son visage (ses traits où se devinent aussi bien l'ange que le voyou). A tel point qu'on se demande s'il incarne ici un personnage ou s'il se contente d'être.

La violence du personnage, son anarchisme rageur constitue la dimension la plus intéressante de Baal. A côté de ça, le film est assez aride : la distanciation brechtienne donne à la narration un caractère heurté (une succession de "tableaux" davantage qu'un récit) et on peut parfois être un peu rebuté par une sécheresse et un dépouillement qui évoquent les riches heures de "l'anti-theater" des premiers Fassbinder (Le bouc, L'amour est plus froid que la mort).

Si le projet est séduisant intellectuellement parlant, il faut aussi convenir qu'on peine à être ému même si certains thèmes annoncent davantage l'oeuvre de Fassbinder que celle de Schlöndorff : les rapports de domination et de soumission au sein du couple, la glaciation des sentiments, la manipulation amoureuse...

 

Apre et amer, Baal mérite assurément d'être redécouvert en dépit de ses scories théâtrales et de sa distanciation un peu datée.

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Calendrier

Février 2015
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28  
<< < > >>
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés