Lundi 17 mars 2014 1 17 /03 /Mars /2014 11:55

Le jour de la haine (1968) de Giovanni Fago avec Gianni Garko, Claudio Camaso. (Éditions Artus Films) Sortie le 4 mars 2014

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Après Le Temps des vautours, l'impassible Gianni Garko (mélange improbable entre Clint Eastwood et Terence Hill) affronte une nouvelle fois Claudio Camaso (le petit frère de Gian Maria Volonté). Si l'obscur Giovanni Fago (parmi les amateurs du cinéma italien, quelqu'un pourrait-il me donner plus de précision sur ce réalisateur ? Des titres à me recommander?) remplace Romolo Guerrieri derrière la caméra, la construction dramatique est quasiment identique dans les deux films.

Gianni Garko (John Forest) incarne à nouveau un chasseur de prime impitoyable. Après sa première « mission », il va poursuivre un terrible ennemi en la personne de Claudio Camaso. Comme dans Le temps des vautours, il va d'abord s'allier à cet adversaire avant de finir par se retourner contre lui lorsque les bornes auront été franchies.

La seule chose qui change et qui fait l'originalité du Jour de la haine, c'est que cet adversaire n'est autre que le propre frère de John. Ce western qui recycle à nouveau les thèmes classiques de la trahison et de la vengeance nous propose donc un véritable récit biblique évoquant l'histoire de Caïn et Abel. Cette lutte fratricide plonge dans une histoire familiale complexe que le cinéaste évoque le temps de quelques flash-back curieux : Clint, l'aîné, a tué son père et a accusé son frère (en fait, demi-frère) qui écopera de 10 ans de prison pour un acte qu'il n'a pas commis.

Mais contrairement à Django dans Le temps des vautours, John n'a pas tout à fait le profil d'un aventurier sans foi ni loi. Il possède un certain sens « moral » et reste loyal par rapport à une promesse faite à sa mère : ne pas tuer son frère. J'allais dire que ce côté plus « lisse » du personnage principal fait que le film me paraît un tout petit peu moins réussi que le précédent. Encore une fois, c'est la mort de la femme aimée qui fera basculer le récit du côté de la vengeance et l'on aura droit à une scène finale presque similaire à celle du Temps des vautours : ville abandonnée, vent qui souffle et fait voler la poussière, duel fratricide avec la réplique cinglante qui sied au genre (« l'enfer, c'est de ce côté »)...

 

Si on peut reprocher au Jour de la haine quelques flottements en son milieu (j'avoue que j'ai parfois un peu décroché), le film est efficace et plutôt bien mené. Fago ne peut s'empêcher d'emprunter à Leone la grammaire immuable qu'il semble avoir instaurée (musique lancinante, gros plans sur les yeux, personnages hiératiques et mutiques, violence exacerbée et « saleté » revendiquée...) mais cela donne quelques séquences très bien tournées où la nervosité du style (raccords sur des zooms rapides) dynamite les conventions du genre.

La séquence d'ouverture, par exemple, est admirable. Quatre malfrats (dont l'un est joué par le fameux Fernando Sancho) arrivent devant une église. La caméra effectue un long et lent travelling sur les éperons des hommes juchés sur leurs chevaux que nous voyons de dos et depuis le ras du sol. Quand ils pénètrent dans l'église, ils découvrent quatre cercueils... à leur nom ! Je ne décris pas la manière dont John va les exécuter un par un mais cette séquence représente un peu la quintessence de ce qu'on peut aimer dans le western italien : un certain humour noir et une manière très inventive de réinventer des situations convenues (le chasseur de prime qui descend ses proies) par une mise en scène astucieuse.

Tout n'est pas de cet acabit mais l'ensemble tient plutôt bien le coup. Claudio Camaso en fait un peu moins que dans Le temps de vautours et il faut reconnaître à Gianni Garko un certain charisme. La scène où il se détache lui-même alors qu'il est attaché la tête en bas est un moment de bravoure assez réussi bien que totalement incroyable (mais qui a dit qu'un western devait être « crédible »?).

 

Amateurs de gueules burinées, de grands espaces, de règlements de compte à coup de colts, de sable soulevé par le galop des chevaux : Le jour de la haine est fait pour vous !

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Dimanche 16 mars 2014 7 16 /03 /Mars /2014 11:39

Le secret derrière la porte (1948) de Fritz Lang avec Joan Bennett, Michael Redgrave (Editions Carlotta Films) Sortie le 20 mars 2014


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Dans le courant de la semaine prochaine, les éditions Carlotta nous proposent une magnifique copie restaurée du Secret derrière la porte, le très beau film de Fritz Lang. Il se trouve que j'avais déjà parlé de ce film et que j'ai la flemme de rédiger une nouvelle critique. Même si je n'aime pas beaucoup, en règle générale, relire mes textes ; je ne vois pas grand chose à ajouter à celui que je vous avais proposé et que je publie à nouveau aujourd'hui. Ah si, une chose : à l'époque, je n'avais pas vu Rebecca et comme je parle pas mal des références à Hitchcock dans mon texte , il me semble que celle-là s'impose de manière évidente.

  ***

PREMIER DISCIPLE : …rien à dire…

DEUXIEME DISCIPLE : …admirable, effectivement…

LE MAITRE : Eh bien ! C’est sans doute la première fois que je vous vois d’accord à ce point. Pouvez-vous me dire de qui parlez-vous avec une si belle unanimité ?

PREMIER et DEUXIEME DISCIPLE : de Fritz Lang !

LE MAITRE : Effectivement, c’est l’exemple même du cinéaste sur qui tout le monde tombe d’accord ! Et à part ergoter sur les mérites respectifs de sa période allemande et de sa période américaine, il ne reste qu’à s’incliner. Vous aviez cependant besoin de mes services ?

LE DEUXIEME DISCIPLE : Oui maître. En découvrant le Secret derrière la porte (puisque c’est de ce film qu’il s’agit), nous nous posions une question très pragmatique : la psychanalyse est-elle soluble dans le cinéma ? En voyant ce film…

LE PREMIER DISCIPLE :…et en se rappelant de ceux d’Hitchcock…

LE DEUXIEME DISCIPLE : … nous avons supposé que « oui » mais nous aimerions avoir votre avis sur la question.

LE MAITRE : Ah ! Ah ! Question intéressante mais je vous sens un brin sceptique…Quelque chose vous a gêné dans le Secret derrière la porte ? 

LE PREMIER DISCIPLE : pour être franc, nous n’arrivons pas à avoir un avis tranché : d’un côté, nous trouvons que la dimension psychanalytique alourdit un peu le récit…

LE DEUXIEME DISCIPLE : …qui, finalement, n’est qu’un long drame psychique au bout duquel le héros parvient à remonter jusqu’à l’origine de sa névrose et la guérir…

LE PREMIER DISCIPLE : …mais d’un autre côté, ça fonctionne parfaitement et sitôt qu’on accepte l’idée de ce déterminisme un peu plaqué (parce qu’il a vécu telle scène dans son enfance, le héros se comporte ainsi…), on est captivé par cette plongée dans un inconscient trouble…

LE MAITRE : mes petits amis, vous avez décelé exactement le genre de risque que peut faire courir au cinéma l’introduction de la psychanalyse. Non pas que cette « science » soit incompatible avec le septième art mais, si on y réfléchit bien, elle le place tout de suite du côté du scénario…

LE DEUXIEME DISCIPLE : quelque chose de déjà écrit, qui introduit dans un récit un déterminisme irréversible et finalement un peu plaqué…

LE MAITRE : Exactement ! Sauf que Fritz Lang utilise ce scénario psychanalytique et en fait autre chose…

LE PREMIER et le DEUXIEME DISCIPLE : …Grâce à la mise en scène !

LE MAITRE : Je ne sais si je dois me réjouir de votre assiduité à mes modestes prêches ou considérer que vous me faîtes comprendre que je rabâche !  Toujours est-il que c’est exactement ça. Admirez le plan d’ouverture du film : la voix-off un peu fatiguée de Joan Bennett et cette caméra qui glisse sur un plan d’eau où s’agite en profondeur une étrange faune aquatique…C’est la caméra et non « l’histoire » qui nous plonge dans les eaux troubles de l’inconscient. Tout le film sera de cette teneur : la mise en scène n’illustre pas le scénario mais parvient à créer un espace qui figure parfaitement l’univers mental de Mark (M.Redgrave)…

LE PREMIER DISCIPLE : Ah oui, cette collection qu’il fait de chambres à coucher ! Toutes ont vu se dérouler un meurtre en leur sein…

LE MAITRE : Idée fabuleuse que cette collection ! En ne filmant que des chambres, Lang parvient à nous faire ressentir les méandres d’un esprit malade où s’agitent les plus sombres pulsions. N’avez-vous pas trouvé admirable la séquence où la jeune épouse découvre la fameuse chambre « interdite » ? La manière dont Lang joue avec l’espace et la lumière pour prendre à la gorge son spectateur ?

LE DEUXIEME DISCIPLE : Si ! C’est absolument génial et il parvient à nous désorienter ! La maison semble devenir de plus en plus mystérieuse et de plus en plus vaste à mesure que le soupçon se porte sur Mark. Parfois, le film m’a fait penser au Lost Highway de Lynch dans cette façon de jouer sur une topographie fluctuante…

LE PREMIER DISCIPLE : Moi, j’ai plutôt pensé à Hitchcock, notamment au beau Soupçons…C’est le même thème : celui d’une femme qui épouse un homme et qui se rend compte qu’elle ne le connaît pas. Derrière le masque de l’honnête mari se cache-t-il un assassin ?

LE MAITRE : Mais les deux ne sont pas incompatibles : Lynch est un cinéaste hitchcockien !

LE DEUXIEME DISCIPLE : Oui et ce qui est amusant, c’est qu’on a le sentiment que Lang a beaucoup regardé du côté d’Hitchcock qui, en retour, se souviendra de ce film lorsqu’il réalisera bien plus tard Psychose

LE MAITRE : c’est vrai qu’on retrouvera cette même manière de faire de l’espace clos d’une maison une projection d’un cerveau névrosé ! Lang ne cherche pas à montrer la figure de la mère (comme le fera Hitchcock) mais elle est effectivement omniprésente dans les deux œuvres…

LE PREMIER DISCIPLE : Nous n’allons peut-être pas en dire plus pour ménager les spectateurs qui n’ont pas vu le film et qui auront la chance de le découvrir…

LE MAITRE : Tu as raison ! Contentons-nous de recommander chaleureusement l’œuvre de Fritz Lang en guise de conclusion… Nous reparlerons cinéma quand vous ne serez pas d’accord et que ça mettra un peu de piquant dans la conversation…

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Vendredi 14 mars 2014 5 14 /03 /Mars /2014 19:51

Le temps des vautours (1967) de Romolo Guerrieri avec Gianni Garko, Claudio Camaso. (Editions Artus Films) Sortie le 4 mars 2014

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Je m'aventure aujourd'hui sur des territoires qui me sont peu familiers, à savoir ceux du western italien. Comme tout le monde, je connais les films de Sergio Leone, quelques titres de Sergio Corbucci et j'ai de vagues réminiscences de nanars avec Terence Hill. Mais je dois reconnaître que c'est à peu près tout (le seul film que j'ai vu de Enzo.G Castellari est un film de guerre!) et que dans le domaine, je n'ai pas la culture encyclopédique de notre ami Vincent. C'est donc avec une certaine curiosité que j'ai découvert ce premier des quatre films avec Gianni Garko (alias Sartana) réédités par nos camarades d'Artus.

Le temps des vautours se présentent comme une suite au fameux Django de Corbucci (remis à l'honneur par Tarantino l'an passé). Gianni Garko incarne ici Django, chasseur de primes solitaire qui refuse pendant un moment de pourchasser le redoutable Manuel dans la mesure où la récompense promise n'est pas assez élevée. Mais Manuel a enlevé la fille d'un riche propriétaire terrien qui est prêt à ajouter de l'argent. Lorsque celle-ci atteint 10000 dollars (d'où le titre original : 10000 dollaris per un massacro), Django se lance à la recherche du terrible bandit...

 

Le film débute de manière assez étonnante : Django est allongé au bord de la mer et montre à la caméra ses pieds sales. Il fait la conversation à un comparse que nous ne voyons pas. Au bout d'un moment, le spectateur réalise qu'il s'agit d'un cadavre. Tout juste après, Romolo Guerrieri (alias Romolo Girolami, soit l'oncle d'Enzo Girolami plus connu sous le nom d'Enzo G.Castellari : vous suivez?) filme une confrontation qui rappelle furieusement le style de Leone : plans d'ensemble, gros plans sur les yeux des personnages, musique lancinante... L'ombre du maître plane constamment sur ce western qui s'avère, au bout du compte, plutôt bien fichu.

 

Une des caractéristiques du cinéma de Leone qui irriguera par la suite l'ensemble du western italien, c'est une volonté patente de démystifier le genre. L'héroïsme exalté par les classiques américains (même si cette affirmation mériterait, bien évidemment, d'être nuancée) laisse place à un cynisme généralisé. Les pionniers, les redresseurs de tort, les shérifs au grand cœur ont disparu au profit d'aventuriers sans foi ni loi qui n'agissent que de manière vénale. Il est assez frappant de constater que lorsque Django rapporte le cadavre d'un homme recherché, il est vu d'un fort mauvais œil par le shérif local. Même s'il débarrasse les environs des plus redoutables chacals, il n'en reste pas moins un vautour se repaissant de chair humaine.

Le Django incarné par Gianni Garko (très bien, peaufinant un personnage monolithique et magnétique dans la lignée de ceux qu'incarneront Eastwood, Volonte ou encore Bronson chez Leone) n'est en aucun cas un représentant du Bien ou de la Loi. S'il se débarrasse des bandits, c'est uniquement pour toucher les primes. Seul l'argent le motive et lorsqu'il n'y en a pas assez, il refuse les contrats quitte à sympathiser avec le brigand recherché.

La confrontation entre ce personnage et Manuel est intéressante parce qu'ils constituent les deux faces opposées d'une même pièce : l'un est du côté de la légalité, l'autre non mais ils agissent de la même manière (ils n'hésitent pas à faire parler la poudre) et pour les mêmes buts (le fric). Jamais on aurait vu dans un western classique un « héros » s'associer au bandit pour braquer une diligence. Mais c'est aussi à partir de ce moment que le récit bascule et que Django choisit son camp, moins par sens moral que par esprit de vengeance.

Là encore, on constate que cet homme n'a rien du héros « classique » mais que c'est l’ambiguïté la plus sombre qui le caractérise.

 

C'est d'ailleurs ce qui fait l'intérêt du Temps des vautours, sombre western réalisé avec un vrai talent. Bien sûr, certaines scènes font penser à une copie des tics formels les plus visibles du cinéma de Leone mais reconnaissons aussi que le film est porté par l'énergie parfois brouillonne mais souvent inventive du cinéma de genre « bis ». La séquence finale où Guerrieri convoque tout le folklore du genre (ville déserte, sable soulevé par le vent, duels...) est remarquable.

De quoi donner envie de découvrir les autres films joués par Gianni Garko...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mardi 11 mars 2014 2 11 /03 /Mars /2014 22:05

Dodgem (2013) de et avec Christophe Karabache et Vanesa Prieto, Shaker Shihane. Sortie le 26 mars 2014

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Difficile d'appréhender cet objet singulier qui ne ressemble pas à grand chose d'identifiable dans le paysage du cinéma contemporain. Dodgem est le deuxième long-métrage de fiction d'un cinéaste franco-libanais venu du documentaire et de l'expérimental. Parler de « fiction » est un bien grand terme pour cette œuvre dans la mesure où Karabache refuse la narration traditionnelle, les dialogues (réduits à une peau de chagrin) et fait avancer son film à coup de longs plans fixes qui ne formeront jamais un tout homogène.

Tourné à Beyrouth, Dodgem semble d'abord préoccupé par le désir de dresser un panorama du chaos et de saisir par bribes la réalité de cette ville meurtrie. Peu à peu, des figures erratiques semblent émerger de ce chaos : un travesti, une jeune femme, une bande de voyous... Le film finit également par se recentre autour de deux personnages : Nour, le jeune homme chevelu qui se travestit et qui confesse avoir assassiné sa mère après l'avoir enculée (c'est pour donner un peu la tonalité du film!) et cette jeune femme espagnole qu'il héberge (elle est censée poser pour des photos). D'autres figures, en revanche, seront totalement abandonnées en cours de route et on se demande pourquoi, par exemple, le cinéaste consacre quelques plans récurrents à cette femme qui tient une boutique de lingerie coquine.

C'est dans cette distance que Karabache instaure entre sa caméra et les personnages que le film pose problème. Une scène symbolise à mon avis à merveille la limite de Dodgem. Filmée en plongée et vue de très haut, la jeune  « modèle » bronze sur un balcon : elle se passe de la crème, s'allonge un moment sur le ventre, enlève le haut de son maillot et s'installe confortablement sur le dos. Le plan est fixe et très long. Indépendamment du fait que ce moment n'apporte rien à un film qui refuse de faire récit, ce plan symbolise assez bien la place que le cinéaste octroie au spectateur : celle du voyeur qui refuse de s'approcher, qui ne souhaite que voir sans être vu et/ou impliqué dans l'action. Comme par hasard, le contre-champ de ce plan de bronzette est une contre-plongée sur un gamin à son balcon, le visage un peu masqué par la rambarde et qui pourrait très bien être en train de reluquer la fille comme nous.

Beaucoup de plans sont composés ainsi dans Dodgem : embrasure de porte où Nour mate son invitée alors qu'elle est sur les toilettes, plans légèrement décadrés comme si la caméra était embusquée, personnages saisis derrière le cadre d'une fenêtre ouverte ou des vitres...

Cette distance empêche, à mon sens, d'adhérer au projet dans la mesure où on peine à définir les enjeux du film : qui est cet homme affublé d'une cagoule qui abat des passants (notamment un « nègre » saoudien) avec son lance-pierres ? Que fait Nour avec son revolver dans les rues de la ville et sur qui tire-t-il ? Quelle est la nature exacte des relations entre Nour et la jeune femme ?

 

De plus, le film me semble faire preuve d'une certaine complaisance pour les détails sordides : le tampon usagé que Nour renifle, le vomi, quelques scènes violentes assez éprouvantes (le film est interdit aux moins de 16 ans)...Complaisance également pour le vide avec de nombreux plans qui s'éternisent sans que rien ne le justifie.

 

Une fois ces réserves posées, il ne faut pas nier non plus un certain talent à Christophe Karabache qui nous offre de temps en temps une séquence onirique bien chorégraphiée au charme envoûtant. De la même manière, il faut bien concéder que les scènes finales restent longtemps en mémoire. Sont-ce des réminiscences de La cicatrice intérieure de Garrel ou de Gerry de Gus Van Sant mais toujours est-il que ces images d'une femme dans le désert, ces gros plans sur son visage tandis que la bande-son se limite au vent sont plutôt très belles. Dommage que Karabache les gâche un peu avec le retour incongru de son lanceur de pierres (le plan final est interminable!)

 

Nous voilà donc bien partagé : d'un côté, une vraie difficulté pour rentrer dans cet univers chaotique (on sent une volonté de donner des indices « politiques », comme dans cette dispute entre Nour et son amant à propos de l'hymne national mais tout cela reste assez confus) et filmé « de loin » ; de l'autre, quelques fulgurances, de beaux plans bien cadrés et une volonté louable de s'immerger dans une réalité sans passer par le « documentaire » ou une fiction bien balisée.

Nous ne négligerons donc pas trop rapidement le nom de Christophe Karabache...

 

NB : Plus de renseignements sur le film ici...

Par Dr Orlof - Publié dans : Avant-première
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Lundi 10 mars 2014 1 10 /03 /Mars /2014 19:09

Only lovers left alive (2013) de Jim Jarmusch avec Tilda Swinton, Tom Hiddleston, Mia Wasikowska, John Hurt

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Il y a bientôt vingt ans, alors que son cinéma commençait à marquer de sérieux signes d'essoufflement, Jim Jarmusch avait été lorgner du côté du cinéma de genre pour se ressourcer. C'est ainsi qu'en revisitant les territoires du western et du « chambara », le cinéaste put réaliser deux chefs-d’œuvre consécutifs : Dead man et Ghost Dog, la voix du samouraï.

C'est donc avec une certaine impatience que nous attendions Only lovers left alive puisqu'après un exercice de style un peu mécanique (The limits of control), nous espérions beaucoup de cette échappée du cinéaste vers le film de vampires.

Si le résultat n'est pas totalement à la hauteur de nos espérances, admettons que Jarmusch conserve un panache suffisant pour nous séduire sans pour autant nous éblouir.

 

Le gros problème d'Only lovers left alive tient sans doute à son approche du genre. Il n'est évidemment pas question pour Jarmusch de montrer des vampires adeptes de jeunes vierges effarouchées et allant boire le sang directement au cou des victimes (« c'est tellement 15ème siècle », s'exclame Eve). Ses vampires sont plutôt des survivants d'un monde englouti : ils aiment les vieilles guitares des années 50/60, le bon rock de ces années-là, les vinyles et la littérature romantique. Le sang, ils se le procurent dans les hôpitaux, le dégustent en sorbet et le savourent dans des verres comme un alcool rare. Chez Jarmusch, l'aristocratie romantique du vampire cède la place à un certain dandysme. Ils appartiennent à une sorte d'élite et méprisent cordialement les « zombies » qui règnent désormais sur terre (surtout à Los Angeles, « capitale des zombies » selon Adam).

Alors que dans Dead man, Jarmusch parvenait à proposer une véritable critique de l'Amérique en revisitant les grands espaces et en s'imprégnant de la culture indienne ; il peine ici à dépasser la pose de l'adolescent rebelle et vaguement intello. La « distinction » qu'il offre à ses vampires paraît un peu puérile même si je dois avouer que la haine qu'entretient le cinéaste pour la « modernité » n'est pas pour me déplaire (quelques piques bienvenues contre You Tube et la « culture musicale » saucissonnée que le site propose)

Autre réserve, la nonchalance narrative de Jarmusch confine ici à une certaine paresse. Non pas que je dénigre cette vertu capitale mais force est de constater que le cinéaste peine à captiver pendant deux heures. Si l'arrivée de la sœur cadette d'Eve (Ava, jouée délicieusement par Mia Wasikowska) redonne un peu de tonus au récit, il faut bien dire que le film n'est pas exempt de certains tunnels un peu languissants.

 

Ces réserves posées, Only lovers left alive n'est pas un film méprisable. Jarmusch n'a pas perdu toute sa superbe lorsqu'il s'agit de filmer des personnages décalés et vagabonds. Que ce soit dans les rues de Tanger ou dans celles de Détroit, le cinéaste parvient à nous offrir quelques jolies séquences nocturnes. Une des plus belles séquences est sans doute celle où le couple de vampires s'offre une petite virée au « Michigan Theater ». Tout l'art de Jarmusch tient dans cette séquence : une longue balade mélancolique sur les traces de personnages erratiques, un regard acéré sur la beauté des lieux et une profonde nostalgie pour un monde en train de disparaître. En effet, ce théâtre qui représentait une sorte de « temple du Beau » (une salle de cinéma mais également de concert, de théâtre) a été transformé en atroce... parking ! Les vampires selon Jarmusch sont les derniers témoins d'un monde en train de disparaître, anéanti par la consommation à outrance, la technologie, la laideur généralisée.

 

C'est d'ailleurs assez étonnant de voir un cinéaste qui incarnait autrefois la pointe de la modernité cinématographique devenir un thuriféraire du « c'était mieux avant ». Mais lui en faire le procès serait malhonnête dans la mesure où il y a toujours eu ce sentiment de « perte » chez Jarmusch, cette profonde mélancolie de celui qui est arrivé après.

Quand on voit ce qu'est devenu Wenders, autre cinéaste «rock'n'roll » travaillé par les mêmes thèmes de l'errance et de la fin des grands récits, on se dit que Jarmusch, en dépit de son côté poseur, a toujours de beaux restes et qu'il peut encore nous surprendre...

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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