Mercredi 9 mai 2007 3 09 /05 /Mai /2007 11:49

Les cinq maîtres de Shaolin (1974) de Chang Cheh avec David Chiang

 

Quoi de plus nécessaire que les vertus cathartiques d’un bon film de kung-fu pour échapper à l’atmosphère de plus en plus nauséabonde de notre beau pays ? Quel répugnant spectacle que cette arrogance crasseuse qui s’étale sans vergogne sous nos yeux (entre parenthèse, les frais des petites vacances que s’accordent notre futur président correspondent à peu près à 10 ans de salaire d’un jeune prof. A part ça, ce sont eux, bien entendu, les fainéants et ce sont les fonctionnaires qui coûtent le plus d’argent à la nation ! Passons…) ou l’insolence de ces vieux débris milliardaires venant parader devant les caméras (Johnny, s’il te plaît, dégage ! Prends ta potiche lobotomisée et ne reviens jamais !). Comme en face (des commentaires haineux que continue d’inspirer le blog de Michel Onfray aux vieux apparatchiks du style Kouchner ou Strauss-Kahn déjà prêts à donner la patte au centre mou) la nullité est également de mise ; on rêve de la venue de disciples de Shaolin et à de fabuleux combats dantesques qui nettoieraient la place de tout ce bran !

Bref ! Tentons de rester optimiste (depuis ce matin me trotte dans la tête l’air de la chanson d’Eugène Pottier : « Tout ça n’empêche pas Nicolas, / Qu’la Commune n’est pas morte ! » (*)) et revenons au cinéma de Chang Cheh qui va nous donner l’occasion de revenir sur la « politique des auteurs ».

Ah ! Elle en a vu de belles, cette « politique » et il est de bon ton aujourd’hui de la remettre en question. L’époque trouve inadmissible qu’il y ait derrière un film un « artiste » (ouh le vilain mot !) et préfère le manufacturé, l’anonyme (les productions Besson, les films « de » Clavier, la télé-réalité…). Il est absolument faux de prétendre que le libéralisme engendre l’individualisme. L’égoïsme, peut-être, mais le libéralisme se méfie comme de la peste de l’Individu. Il veut du consommateur, du troupeau persuadé d’être original quand il opte pour le tatouage à l’épaule plutôt qu’à la fesse droite ! La liberté se résume à celle de choisir entre deux opérateurs téléphoniques et elle reste réservée à ceux qui ont les moyens de payer ! L’art, quand il n’est pas culture distribuée dans les rayons de la FNAC (cet « agitateur » si humaniste qui commence à licencier à tour de bras !), reste scandaleux. D’où ce désir d’en finir avec la notion d’auteur, de style, d’individualité pour remettre à l’honneur le bon cinéma de papa (du scénario, des dialogues « cultes », et de bons acteurs populaires).

Pourquoi vous raconté-je tout cela ? Je ne sais pas parce qu’en fait, je voulais également vous démontrer le contraire en pointant une des dérives de la « politique des auteurs » qui consiste à ériger n’importe qui, sous prétexte qu’il a réalisé un film intéressant, à ce statut tant convoité d’auteur (demandez aux critiques de Télérama : je suis sûr qu’ils sont persuadés que Tavernier, Michel Spinosa et Kenneth Brannagh sont des « auteurs », ne riez pas !)

Chang Cheh n’est pas un auteur. Il a réalisé au moins un beau film (la rage du tigre, je vous le recommande) mais ceux que j’ai vu par la suite ne témoignent d’aucun style particulier. Etre « auteur » ne signifie pas réussir tous ses films mais avoir un style, un univers et des thèmes récurrents (Jess Franco et Jean Rollin ont réalisé de sombres navets mais ce sont des « auteurs »). Ce n’est pas le cas, me semble t-il, de Chang Cheh.

Quand on découvre Les cinq maîtres de Shaolin, on ne voit rien d’autre qu’un film de série au manichéisme basique (la lutte des Hans contre les vilains envahisseurs Mandchous) et une enfilade de combats très emmerdants (il faut le reconnaître) où ne transperce jamais la moindre idée de mise en scène. De plus, Chang Cheh commet ici le plus impardonnable des crimes selon moi : réaliser un film sans la moindre femme (même pas une figurante !). Si l’inverse me sied parfaitement (le très beau Women de Cukor, sans le moindre homme), cette configuration là me déplait et m’ennuie à mourir.

N’oublions pas que le cinéma doit rester le lieu pour « faire faire de jolies choses à de jolies femmes » !


Rajout : Après avoir écrit cette note, j'ai fait le tour de mes blogs préférés et je suis tombé sur ceci chez Vincent. La coïncidence est trop belle : allez, faite tourner la chanson!

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Lundi 7 mai 2007 1 07 /05 /Mai /2007 20:22

Tristana (1970) de Luis Buñuel avec Catherine Deneuve, Fernando Rey

 

Ne trouvez-vous pas scandaleux qu’à l’heure où le suffrage universel a porté au pouvoir d’Etat un homme incarnant à lui seul le Renouveau National, des chaînes de télévision osent encore diffuser sur leurs ondes les œuvres pernicieuses de monsieur Buñuel ? Les véritables patriotes d’autrefois, ceux qui surent se prémunir contre le venin bolchevique ne s’y trompèrent pas lorsqu’ils saccagèrent en 1930 le Studio 28 où était alors projeté l’ignoble l’Age d’or, que réalisèrent  ledit triste sire et son compatriote, le métèque Dali.

Passe encore que cet homme ait toujours pu réaliser une œuvre dont la toxicité et l’ignominie ne sont plus à démontrer ; ce que nous persistons à ne pas admettre, c’est les subventions qu’il obtint de la France et de ses contribuables pour tourner ses dernières déjections ! Par bonheur, c’était la France d’autrefois ! La France mutilée par la canaille régicide et corrompue par la vermine socialiste et le communisme ! La France vendue à l’Etranger et au cosmopolitisme international !

Honte à vous, mademoiselle Deneuve, de vous être compromise au service de l’Etranger et d’avoir accepté un rôle aussi dissolvant ! Comment ne pas vous être aperçue que Tristana est l’image même de ce terreau fétide où poussent les fleurs de l’impiété, du blasphème, de l’anticléricalisme, de l’antimilitarisme. Car le métèque Buñuel n’a qu’un objectif lorsqu’il tourne ses images : couvrir de boue la bourgeoisie et ridiculiser les plus hautes valeurs que remettra heureusement à l’honneur notre nouveau glorieux Chef : l’Autorité, le Travail, la Famille, la Patrie !  

Certes, monsieur Buñuel est mort mais son funeste exemple doit nous servir de leçon. Le futur ministère des Affaires bougnoules de l’Identité Nationale devra s’employer à éradiquer du Sol Français toute cette canaille venue de l’étranger pour profiter des subsides nationales afin de déféquer leur « art » dégénéré. Il est temps de mettre fin à cette situation honteuse où nos plus grands artistes, zélateur du Renouveau et de la reviviscence occidentale sont contraints de s’exiler pour échapper au bolchevisme du gotha culturel parisien. Oui ! Reviens ici, Marcel G. Dantoc, toi qui armé de ta plume nous sembles désormais le dernier rempart contre les sarrasins et les hordes barbares venues d’Asie ! Toi qui sais si bien combiner le génie de la Race française et la belle fraîcheur de la Civilisation américaine, ce pays magnifique ; tu as ta place dans la vaste entreprise d’assainissement qui se met aujourd’hui en branle. Que reviennent le temps des glorieuses Croisades où toi et tes amis, armés d’une foi inaltérable et d’armes que nous espérons bientôt pouvoir acheter librement, vous pourrez faire triompher le Vrai ! Oui, il est temps de couper les vivres à tous ces parasites qui sucent le sang de la Nation, à tous ces fainéants d’intermittents qui touchent le chômage sur le dos de la France qui travaille et se lève tôt !  À toutes ces petites salles de spectacle qui, partout en France représentent de véritables foyers de subversion et d’anarchisme ! Remettons à l’honneur la véritable Culture française et offrons à nos enfants des concerts de Johnny, de Gilbert Montagné, du nègre de notre ami Doc Gynéco ! Que ce magnifique comédien qu’est Steevy remplace à tout jamais les Samy Bouajilah, les Roshdy Zem ! Dehors le Portos Manoël de Oliveira, le boche Haneke ! Le sang Français des Clavier, Réno en priorité !

Ce n’est pas sans un haut-le-cœur que Tristana nous rappelle cette odieuse époque que fut l’après-68 où tout était permis. Même si, il faut bien le reconnaître, le métèque Buñuel nous épargne les images pornographiques dont il émaillera ses derniers films, cette œuvre reste empreinte d’un érotisme délétère et malsain qui témoigne de l’esprit pervers de son auteur. Encore une fois, la Famille est souillée au profit de la luxure, le Travail est bafoué par l’intermédiaire de Mr Rey et les Valeurs piétinées au profit d’une raillerie qui ne vise qu’à trahir, qu’à dissoudre, qu’à corrompre.

Monsieur Buñuel, nous espérons que depuis les Enfers où vous croupissez, vous pourrez constater que les choses changent et que la France blessée est en train de se relever. Et puisque ensemble, tout devient possible, je vous prie, aimables lecteurs, de criez bien haut avec moi : NON A L’ANTI-France ! A BAS LE COSMOPOLITISME POURRI ! DEHORS LES Métèques ! VIVE LA PATRIE  ET LE CINEMA FRANÇAIS ! LA France AUX FRANÇAIS !

 

PS : Tristana est évidemment un très grand film mais vous aurez remarqué que depuis hier soir, ce blog s’est mis au goût du jour ! Maréchal Nicolas, nous voilà !...

 

(*) En hommage à la très belle note consacrée à Chabrol par l’ami Hyppogriffe et à la mémoire de Jean-Patrick Manchette…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Dimanche 6 mai 2007 7 06 /05 /Mai /2007 13:08

L’énigme de Kaspar Hauser (1974) de Werner Herzog avec Bruno S.

 

Le 26 mai 1828, un dimanche de Pentecôte, les habitants de Nuremberg découvrent sur la place centrale de leur ville un jeune homme venu de nulle part, à peine capable de parler et d’écrire son nom : Kaspar Hauser. La lettre qu’il tient à la main permet toutefois de préciser que cet homme a passé toute sa vie au fond d’un cachot et qu’il n’a jamais vu  personne.

Lorsque Werner Herzog décide de s’inspirer de ce fait divers réel et mystérieux (on ignore tout des origines de Kaspar et de sa fin tragique) qui donna lieu à une abondante littérature, il ne cherche pas à faire œuvre « d’historien » mais bel et bien à illustrer une nouvelle fois cette lutte de l’individu contre la nature, ce conflit entre les hommes et les dieux. Ce thème, c’était déjà celui d’Aguirre, la colère de Dieu et nous le retrouverons, quoique traité de manière très différente dans des films comme la ballade de Bruno ou Fitzcarraldo.  Herzog l’aborde ici de manière moins spectaculaire (et, si je peux vous livrer d’emblée le fond de ma pensée, avec moins d’intensité) que dans ses films les plus renommés.

Il ne s’agit effectivement plus d’aventures extrêmes mais de la lutte quotidienne d’un individu pour s’arracher de l’état de nature dans lequel il a croupi depuis l’enfance. Pas de fleuves déchaînés ni de rêves d’opéra en pleine forêt amazonienne mais le dur apprentissage du langage, des gestes du quotidien (tenir une cuiller, manger sa soupe…) puis de la lecture et de l’écriture. Avec toujours, en filigrane, ce sentiment de frustration de ne pouvoir tout exprimer par ces outils et ce rêve que caresse Kaspar de pouvoir « jouer du piano comme on respire » puisque c’est dans la musique qu’il reconnaît la manière la plus juste de traduire certaine de ses émotions.

La mise en scène de ce combat est assez austère. Herzog dépouille au maximum son film en se concentrant essentiellement sur son personnage principal (incarné plus qu’interprété par l’étonnant Bruno S à qui Herzog consacrera un nouveau film avec la ballade de Bruno) et en réduisant de façon drastique les articulations dramatiques du récit. Le cinéaste ne cherche pas à filmer les progrès de Kaspar (ce n’est pas un film sur l’apprentissage comme le très beau film âpre de Truffaut L’enfant sauvage) mais à le mettre en situation de lutte perpétuelle. Le titre allemand du film « chacun pour soi et Dieu contre tous » résume parfaitement les intentions d’Herzog et lorsqu’il ne se bat pas contre la Nature, c’est contre la société des hommes qu’il bute. Kaspar est dans un premier temps enfermé dans une tour, livré à la curiosité des habitants puis exhibé dans un spectacle forain. L’énigme de Kaspar Hauser devient alors une fable cruelle où le cinéaste utilise son personnage pour fustiger les conventions sociales. Cette dimension n’est pas la plus réussie et certaines scènes paraissent un peu plaquées artificiellement pour renvoyer à des préoccupations contemporaines (Kaspar interrogeant une ménagère et lui demandant si, décidemment, la place des femmes n’est qu’à la cuisine et à la couture). Mais, certains passages où Kaspar, dans sa simplicité d’ « enfant sauvage », démontre l’absurdité des croyances religieuses ou de la logique sont néanmoins assez savoureux.

Une des stratégies d’Herzog pour se débarrasser d’un éventuel scénario (ou du moins, d’une histoire très linéaire), c’est de conclure abruptement les séquences par des plans de coupe sur la nature environnante (bois, fleuves, champs…). Le procédé pourrait être très illustratif s’il servait uniquement à assurer des transitions. Or il n’est pas employé ici à cet effet. Il permet de brouiller la chronologie (nous ignorons combien de temps s’est écoulé entre une séquence et la suivante) et surtout de montrer que la nature finit toujours par l’emporter sur les vanités humaines. Ces plans de coupe sont très beaux et possèdent un grain différent du récit à proprement parler (je ne suis pas assez spécialiste de ces questions techniques pour vous dire s’il s’agit de Super 8 ou de 16 mm gonflé en 35). L’un de ces plans montre une foule d’individus sur le pan d’une montagne, semblant marcher vers nulle part. Il illustre parfaitement la teneur du film : montrer le rêve vain d’une humanité cherchant à dompter la Nature et à lui donner un sens, une explication.

L’histoire sans fin de Kaspar sur cette caravane d’hommes perdue dans le désert ne dit pas autre chose. L’homme n’est qu’un loup pour l’homme et au regard de la Nature, il n’est qu’un insecte bruyant qui cherche en vain à trouver une issue à ce chemin qui nous mène au Néant…

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Jeudi 3 mai 2007 4 03 /05 /Mai /2007 20:37

Still life (2006) de Jia Zhang-Ke

 

Si vous lisez régulièrement les pages culturelles de vos magazines, vous avez sans doute remarqué que le film chinois dont il va être question ce soir est LE film à voir en ce moment. C’est amusant (ou déprimant selon les jours) de constater le conformisme d’une presse toujours unanime à porter au pinacle les mêmes films au même moment. Ce ne sont pas toujours de mauvais films (heureusement !) mais il serait très facile d’établir un planning à et de deviner à l’avance les nouveautés qui feront la une chez tous nos scribouillards. J’ai donc cédé à un certain instinct grégaire et suis allé jeter un œil à Still life, le nouveau film de Jia Zhang-Ke. A vrai dire, j’y suis allé aussi parce que j’avais assez aimé Xiao Wu, artisan pickpocket (son premier film) et surtout le très beau Plaisirs inconnus. J’ai manqué les autres et se présentait donc enfin l’occasion de renouer avec la nouvelle coqueluche des rédactions parisiennes.

Still life met en scène deux personnages dont les trajectoires vont se croiser à Fengje, petite ville partiellement engloutie par les eaux du fleuve depuis la construction du barrage (le plus grand au monde) des Trois Gorges. Un homme en marcel blanc vient tenter de retrouver sa femme et sa fille qu’il n’a pas vues depuis seize ans. Parallèlement, une jeune femme erre également en ces lieux pour renouer avec son mari, un homme d’affaires disparu depuis deux ans.

Lorsque j’ai vu cet homme introverti et fatigué déambuler dans les ruines de cette ville vouée à une disparition rapide, j’ai tout de suite songé à appeler ma notre « Fengje, ville ouverte ». C’est effectivement la référence à Rossellini et au néo-réalisme italien qui saute d’abord aux yeux. Et c’est d’ailleurs, disons le d’emblée, de cette dimension « documentaire » que le film tire l’essentielle de sa force. En utilisant ce décor assez sidérant (l’opposition entre une nature majestueuse et une civilisation humaine partant, c’est le cas de le dire, à vau-l’eau) et par l’ampleur de sa mise en scène (travellings élégants, vastes panoramiques…), le cinéaste parvient à inscrire son film, ses personnages au cœur de ce Réel dont il est parfois difficile de cerner les contours. Il ne s’agit pas pour Jia de développer des thèses sociologiques ou misérabilistes mais de se tenir, avec sa caméra, à la distance la plus juste (voir cet étrange mélange de flou et de proximité qui caractérise le travelling d’ouverture du film) pour pouvoir témoigner d’un état de la société et sauvegarder des traces d’un temps voué à disparaître.

Le spectacle de ces bâtiments qui s’effondrent, de ces ruines dans lesquelles déambulent les ouvriers est assez impressionnant. Sans avoir l’air d’y toucher, le cinéaste traduit parfaitement un certain désarroi chinois, d’un peuple coincé entre les ruines d’un passé pourtant proche (ce barrage, tous les gouvernements avaient souhaité sa construction) et un avenir incertain. Jia Zhang-Ke joue plutôt intelligemment sur les contrastes : aux affairistes et au spectacle grandiose du pont qui s’illumine s’opposent le développement des trafics en tout genre, les déplacements de population, la misère des ouvriers non indemnisés et une certaine déréliction du monde (le jeune homme qui ne vit qu’à travers l’image de son idole Chow Yun-Fat, les ouvriers qui se montrent leurs régions respectives via les images imprimées sur les billets de banque…) 

En évoquant ce monde en ruine, ces décombres,  Jia Zhang-Ke tente également de traduire ces bouleversements au cœur des individus et de leur intimité. C’est ce que j’appellerai la dimension « antonionienne » de Still life. Et c’est là, pour être franc, que j’estime que le bât blesse. Si je traduis abruptement ma pensée en vous disant que cette errance de deux personnages mutiques m’a paru un tantinet chiante, vous allez me dire que je ne fais pas de la critique et vous aurez parfaitement raison. Pourtant, c’est une question à laquelle je n’arrive pas à répondre et qui, me semble-t-il, relève de la plus pure subjectivité de chacun. Pourquoi l’incommunicabilité chez Tsai Ming-Liang me touche tant ? Pourquoi la solitude de ses personnages et leur douleur me sautent à la gueule et me bouleversent à ce point ? Difficile à dire dans la mesure où les films de Tsai ne sont pas moins «ardus» que ceux de Jia.

Peut-être que depuis l’Avventura d’Antonioni (film que je n’apprécie pas outre mesure, ô sacrilège !), ces déambulations imbibées d’existentialisme m’ont paru avoir un goût de déjà-vu. J’avoue avoir du mal à me l’expliquer mais toujours est-il que ces deux personnages m’ont plutôt laissé froid.

Reste alors le « décor » de ce film, ce sentiment d’ouverture sur le monde et cette manière que le cinéaste a de poser un regard juste sur ces mutations. Ces éléments méritent indéniablement le détour…

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mardi 1 mai 2007 2 01 /05 /Mai /2007 10:39

Les équilibristes (1991) de Nico Papatakis avec Michel Piccoli

 

Après notre petit séjour en Inde, revenons, si vous le voulez bien, en France via la Grèce. Car les équilibristes a beau être un film français, il a été réalisé par un cinéaste grec qui nous apporte de chez lui un certain sens de la tragédie (je sais, c’est tiré par les cheveux mais vous n’avez pas encore lu la suite !) et un goût pour les histoires d’homosexuels (je vous avais prévenus ! Désolé, mais nous savons tous que les grecs sont pédés comme des sacs à dos depuis maître Pierre Desproges qui soulignait justement qu’ils s’appelaient tous « Hélène » et qu’ils passaient leurs journées à rouler des pelles aux poneys -es !)

Redevenons sérieux pour évoquer ce beau film qui convoque la figure de l’écrivain Jean Genet (note pour moi-même : penser à débusquer chez les bouquinistes des livres de Genet) et de son jeune amant Abdallah qui se suicida en 1964 et à qui Genet rendra hommage dans son Funambule. Ce n’est pas la première fois que Genet hante le cinéma de Papatakis (je n’avais jusqu’à hier soir vu aucun de ses films) puisque son premier essai (les abysses, en 1962) était une transposition des Bonnes.

Marcel (Michel Piccoli) est donc un écrivain célèbre qui a décidé de ne plus écrire suite à un livre qui lui a été consacré. Il rencontre Franz-Ali (Lilah Dadi) dans un cirque et lui vient en aide lorsque le jeune homme est arrêté dans une rafle policière. Devenu son mentor, Marcel va entraîner son protégé pour qu’il parvienne à exécuter un périlleux numéro d’équilibriste…

Le risque de ce genre de films, c’est de voir le sujet (histoire vraie, personnages célèbres…) scléroser la mise en scène. Or Papatakis évite plutôt bien les chausse-trappes du « biopic ». La reconstitution historique (le film se déroule au début des années 60) se limite à quelques voitures d’époque, le contexte historique et sociologique (la guerre d’Algérie) est effleuré le temps de la rafle policière où le cinéaste montre avec une certaine force la lourdeur du climat raciste (le flic qui traite Franz-Ali de « sale enfant de crouille » ou encore celui qui insulte la mère allemande du jeune homme en affirmant qu’il préfère « les nazis aux Gretchens de son espèce qui ont trahi leur race en épousant un bougnoule » !) et le film ne s’encombre pas de considérations sur les milieux littéraires et intellectuels français des années 60.

Les équilibristes est un film sec et dépouillé, qui ne dévie quasiment jamais de son sujet : le rapport passionné et douloureux entre Marcel et Franz-Ali. Dans un premier temps, on pense assister à une espèce de My fair lady homo où le vieux Pygmalion modèle son garçon de piste (il ramasse le crottin dans un cirque) pour qu’il devienne une étoile du fil de fer.

Les séances d’entraînement, les répétitions du funambule sont très bien filmées et Papatakis abandonne alors sa sécheresse pour s’abandonner au lyrisme (je ne pensais pas que ces numéros de cirque pouvaient être aussi fascinants !).

Mais le film se détourne rapidement de la voie de la « success-story » et l’on se rend vite compte que le numéro d’équilibrisme n’est qu’une métaphore illustrant la relation entre l’écrivain et Franz-Ali. Leur histoire est placée sous le signe de la domination et de la soumission. Franz-Ali est la « chose » de Marcel, il lui est complètement soumis. D’un autre côté, c’est le regard de l’écrivain qui le fait vivre et exister (qui lui permet de garder l’équilibre). Sans lui, c’est la chute comme dans ce très beau moment où le jeune homme fait son premier faux-pas au moment même où arrive un autre jeune protégé de Marcel.

A travers ce récit, Papatakis s’intéresse aux différents rapports de force entre les individus : rapports sado-masochistes de l’amour (Franz-Ali se soumet corps et âmes à Marcel), rapports de classes (le film insiste sur la violence réservée aux déclassés : immigrés, mère-célibataire…) et rapports maître-esclave (totalement imprégné de l’œuvre de Marcel, Franz-Ali se propose comme chauffeur d’Hélène, une amie angélique de l’écrivain, et rejoue d’une certaine manière le simulacre de la pièce Les bonnes).

Malgré quelques longueurs, la réussite du film tient à ce mélange de cruauté et de retenue (Papatakis ne filme aucune scène de sexe ou de violence alors que le sujet s’y prêtait). Rien ne détourne le cinéaste de son fil tragique. La scène finale où Franz-Ali joue les funambules sur le toit de sa maison est très belle même si l’on devine que désormais, plus rien ne le protège de son inéluctable chute.

Un film plutôt rare qui mérite le détour…

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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