Vendredi 21 septembre 2007 5 21 /09 /Sep /2007 20:19

L’histoire de Richard O. (2006) de Damien Odoul avec Mathieu Amalric

 

Marco Bellocchio le montre de fort belle manière dans son Metteur en scène de mariages : seul l’acte créateur peut faire office de grain de sable dans les rouages de la médiocrité ambiante et la pesanteur des institutions (l’Eglise, le mariage…). Si l’Art possède encore un peu cette vertu dissolvante (espérons-le !), le cinéaste italien montrait également l’ambiguïté de ce geste créateur, élément possible d’une réinvention du monde mais aussi incroyable pouvoir de manipulation (devant la caméra de son personnage, les individus deviennent des pantins totalement soumis à son pouvoir et obéissants à ses ordres).

Or chez Odoul, il ne reste que cet aspect manipulateur. Repéré jusqu’ici pour ses chroniques rurales austères (c’est du moins l’image que je m’en fais, n’ayant jamais vu l’un de ses films), que ce soit Le souffle ou En attendant le déluge ; Odoul joue ici, à travers le personnage de cinéaste qu’incarne (plutôt bien mais dans son style habituel de Pierrot lunaire et funambulesque) Mathieu Amalric, de son statut de cinéaste pour mettre à sa botte toutes les femmes. C’est le rustique qui, monté soudainement à Paris, réalise quel pouvoir lui confère sa profession et qui en abuse de manière totalement indécente.

Richard O., affublé d’un grand échalas en guise d’assistant, tourne des essais vidéo qui lui permettent d’assouvir son insatiable désir pour les femmes. L’histoire de Richard O. se limite à cette quête de chair fraîche que le cinéaste filme avec une certaine frontalité, en ne reculant pas devant les actes sexuels non simulés. C’est d’ailleurs sur cette caractéristique qu’est vendu ce film que rien ne distingue, finalement, d’un banal porno.

La représentation du sexe à l’écran est une question passionnante et j’avoue avoir été séduit ces dernières années par un certain nombre de propositions (Catherine Breillat, Larry Clark, Jean-Claude Brisseau, Tsai Ming-Liang…). On peut penser ce que l’on veut de ces cinéastes mais on ne peut pas nier des partis pris esthétiques évidents. Or Odoul le dit lui-même : le seul principe qui l’a guidé pour faire ce film, c’est d’éviter les gros plans « propre à la mécanique du porno ». Soit ! Mais sans plus d’idées de mise en scène, cela reste toujours du porno ! Un peu plus « respectable » si l’on veut, mais beaucoup plus hypocrite. Car rien ne distingue L’histoire de Richard O. des films de ce genre hormis l’absence des gros plans anatomiques : dialogues orduriers, mâle dominateur devant qui toutes les femmes se pâment, fantasmes féminins qui évacuent tout le sexuel au profit d’un exhibitionnisme très « contemporain » et atterrant de vulgarité satisfaite (fantasmes de viols, de copulations expresses dans une cage d’escaliers…), plus une trace de complicité amoureuse, de désirs partagés, de caresses ludiques…

Une fois seulement (lorsque Amalric et sa fiancée « officielle » se retrouve au lit) on se dit qu’un peu de trouble et d’émotion vont passer et nous consoler de ce plat étalage de viandes. Et là encore, Odoul n’ose pas jouer la durée (n’est pas Breillat qui veut !), coupe toujours au mauvais moment et se montre incapable de donner un peu de chair à ses ébats.

Le pire, c’est que ce film se veut très « branché » et qu’il fait gondoler une bonne partie de la critique bien-pensante. Croyez le si vous le voulez mais c’est censé être drôle ! Si mon honnêteté me pousse à avouer avoir souri lorsque Amalric se fait dérouiller par une vietnamienne hystérique (qui en a marre des clichés que ses yeux bridés génèrent et qui affirme être totalement française et parler français, ce qui est aller un peu vite en besogne tant son langage, constellé de « putain » à chaque phrase écorche les oreilles !), le reste est consternant et n’appelle pas plus de commentaires.

C’est tout simplement nul, dénué de toute idée de cinéma et fort déplaisant dans le propos. Quand à la notion d’érotisme, n’en parlons même pas ! Revoyez plutôt, sur un thème assez analogue les magnifiques Anges exterminateurs de Brisseau ou le génial l’amateur, court-métrage d’Olivier Smolders qui surpasse très, très largement ce petit produit choc et branchouille à oublier le plus rapidement possible…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mercredi 19 septembre 2007 3 19 /09 /Sep /2007 20:06

Seize bougies pour Sam (Sixteen candles) (1984) de John Hugues avec Molly Ringwald

 

Le seul nom de John Hugues suffira sans doute à faire revenir aux lecteurs de ma génération une flopée de souvenirs cinéphiliques. Preuve que ce ne sont pas nécessairement les grands cinéastes qui marquent les esprits d’une génération ! Pensez quand même qu’Une créature de rêve fut le premier film que je pus aller voir seul au cinéma. Et je ne parle même pas de Breakfast club, que Christelle (vous avez remarqué que toutes les filles nées au début des années 70 s’appellent Christelle, Christine, Stéphanie ou Sandrine ? Est-ce pire que les Léa, Théo, Hugo d’aujourd’hui ? Je n’en suis pas certain…) me fit découvrir en me prêtant sa vieille VHS et qui devint notre film fétiche avec The Wall d’Alan Parker (que j’aie pu aimer un film d’Alan Parker tend à prouver que l’adolescence est une période de démence totale !).

Bref, John Hugues, c’est LE docteur ès-« teen movie », le grand gourou des amourettes lycéennes et l’oracle des dépucelages romantiques.

Si je ne veux en aucun cas renier mon passé, je dois également vous prévenir que j’ai horreur de cette nostalgie kitsch dans laquelle barbotte un certain nombre de mes congénères trentenaires. Et je ne trouve rien de plus pathétique que ces soirées à se remémorer des musiques de génériques de séries télévisées nulles ou à verser une larme sur ces pitoyables ringardises dont la sorcière Dorothée nous abreuvait quand nous n’étions que d’innocents enfants ! Et je ne trouve rien de plus insupportable que cet état d’esprit contemporain infantile que résument parfaitement bien dans leur chanson les excellents Malpolis : « Comme, socialement, ça le fait chier d’aimer que des trucs jugés ringards : il dit que c’est du second degré. Le samedi soir il sort en boite avec ses amis et sa femme, des cadres quadra qui s’éclatent sur Candy et Capitaine Flam. »

Tout ça pour en arriver à Seize bougies pour Sam, archétype du « teen movie » que Hugues tourna à la même époque que Breakfast club et avec la même interprète (la craquante Molly Ringwald).

Samantha est bien malheureuse aujourd’hui. C’est son anniversaire, elle vient d’avoir 16 ans. Ca devrait être un grand jour mais sa sœur aînée se marie et personne ne songe à lui souhaiter son anniversaire. De plus, elle a craqué sur le play-boy du lycée alors qu’il sort avec la plus belle fille du coin et qu’il ne lui a jamais adressé le moindre regard…

Vous vous doutez certainement de la fin de cette histoire (faut dire que comme le montrait fort bien le délicieux Sex academy, les cinéastes du genre ont le don de prendre des comédiennes irrésistibles dans le rôle de la fille « banale » alors que la reine du bal suinte la vulgarité de l’esthéticienne décolorée de province !) et ces quelques lignes vous aurons permis sans le moindre mal d’évaluer le potentiel de sottise de ce film.

Sans la moindre idée de mise en scène (Ah, si, une ! le cinéaste cadre en gros plan deux gars qui se font les muscles sur une barre fixe. Pendant leur dialogue, le champ s’élargit à mesure que la caméra s’éloigne et le spectateur réalise que leurs pieds touchent par terre. Classique mais efficace !), Hugues déroule ses kilomètres de guimauve et nous écoeure assez rapidement.

Finalement, le « teen movie » est à l’image de l’adolescence : lorsqu’on est dedans, on le ressent comme quelque chose de très profond et d’indispensable et lorsque les années ont passé, on ne voit plus que d’insupportables péteux avec du gel dans les cheveux (même si ce n’était pas encore la mode dans les années 80 !)

Seize bougies pour Sam ne présente donc pas le moindre intérêt même si je dois reconnaître avoir ri à quelques gags idiots. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est de constater que bien avant American pie et ses resucées, John Hugues frappait déjà amplement sous la ceinture et donnait volontiers dans le gag scato (le grand-père après qui il faut éviter de passer aux toilettes, la mariée importunée par des règles douloureuses pendant la cérémonie nuptiale…Très léger, isn’t it ?)

S’il allait au bout de sa lourdeur (comme le faisait, répétons-le, Sex academy, bien plus parodique et plus drôle), John Hugues arriverait à nous séduire. Là, il a plutôt tendance à nous bercer et seul l’étonnante présence d’un John Cusack tout poupon parvient à nous tirer de notre torpeur.

Les fans du « teen movie » ne me pardonneront sans doute jamais cet affront mais il fallait que les choses soient dites…

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mardi 18 septembre 2007 2 18 /09 /Sep /2007 20:03

Le metteur en scène de mariages (2006) de Marco Bellocchio avec Sergio Castellito, Sami Frey

 

« En Italie, ce sont les morts qui commandent. » C’est le constat amer que semble tirer Bellocchio, dans Le metteur en scène de mariages, de sa situation de cinéaste aujourd’hui. Après avoir montré de manière critique et sarcastique le retour de la toute-puissance de l’Eglise dans son pays (où toute famille se doit d’avoir un saint en son sein : Cf. Le sourire de ma mère) et être revenu sur le terrorisme des années 70 (l’éblouissant Buongiorno, notte) ; le cinéaste poursuit de poser son regard singulier sur ce qu’est l’Italie d’aujourd’hui et la manière dont elle liquide un passé pourtant assez proche.

Ce qui réjouit ici, c’est la manière dont le cinéaste parvient à parler lucidement de son pays sans pour autant recourir aux artifices de l’idéologie, de la psychologie ou de la sociologie mais en inventant une forme métaphorique et « poétique » (je sais, le mot est galvaudé mais il convient ici parfaitement) totalement cinématographique. Franco Elica, le cinéaste incarné génialement par Sergio Castellito, l’énonce clairement : le cinéma, c’est d’abord du montage. Il n’est donc pas question pour Bellocchio de tourner un film didactique et d’asservir sa mise en scène à un discours qu’elle se contenterait d’illustrer mais de la laisser se déployer en une forme totalement inventive (nous allons y revenir) qui corrobore ce que j’écrivais à propos de Rohmer et des « vieux cinéastes » : ils ne doivent désormais plus rien à personne et ils parviennent à tourner des films dont la liberté m’émerveille totalement.

 

Elica est un cinéaste de renom qui désire porter à l’écran les fiancés de Manzoni. Il fait passer un casting mais voilà que les choses se compliquent : une étrange et belle femme veut le voir mais se cache bizarrement quand débarque la police, le réalisateur est lui-même inquiété par les carabiniers et semble suspect dans une étrange affaire… Fin du prologue.

Nous retrouvons cette fois Elica en Sicile où il rencontre un « metteur en scène de mariages » qui lui demande des conseils. Par un concours de circonstances dont je ne vous dirai rien (je n’aime pas résumer les films !), notre maestro se voit confier par un riche prince désargenté (Sami Frey) la mise en scène du mariage de la princesse dont il tombera, forcément, amoureux…

La première chose qui frappe dans le metteur en scène de mariages, c’est l’aisance avec laquelle Bellocchio change de registre. Le film peut être vu comme une comédie baroque où le Réel se voit court-circuité par les visions du cinéaste. La première « mise en scène de mariage » sur la plage (qui se termine par un déshabillage intégral de la mariée !) est un régal de bouffonnerie qui évoque certains grands moments du cinéma de Fellini.

A côté de cela, le film flirte également plus d’une fois avec le fantastique. La longue séquence du casting qui se termine soudain par l’arrivée impromptue des carabiniers et, de façon totalement irréaliste, dans une pénombre inquiétante (le travail sur le cadre et la lumière est assez somptueux) fait basculer le film dans une autre dimension et l’on aura plusieurs fois l’occasion d’apprécier ces décalages irréels (l’arrivée de Franco Elica dans la somptueuse villa du Prince, précédé par deux chiens de garde, est une pure merveille de mise en scène).

C’est aussi un conte de fée où l’amour et le merveilleux font bon ménage, où les princesses sont enfermées dans des couvents en attendant que l’amant irrégulier vienne la délivrer.

Enfin (je dis enfin mais il y a certainement d’autres dimensions dans ce film, comme celles liées à la culture classique et à cette fameuse adaptation des Fiancés. Je ne connais pas le livre mais je pense qu’il y a une mise en abîme du texte.), Le metteur en scène de mariages est également une puissante réflexion sur l’art cinématographique tel qu’on le pratique aujourd’hui en Italie. 

Sur une plage, Elica croise un de ses confrères que toute la presse a donné pour mort. C’est lui qui lui énonce l’adage que j’ai reproduit en début de note sur ces morts qui commandent. Ce cinéaste « mort vivant » et Elica sont les derniers témoins d’un vieux monde en train de disparaître. Non sans une certaine amertume, Bellocchio montre qu’il n’y a désormais plus de place pour des gens comme lui dans un cinéma italien où l’on ne s’intéresse à cet Art que dans la mesure où les créateurs sont morts. Et c’est sans doute lui-même qu’il met en scène dans ce personnage de « maestro » réduit à mettre en scène des mariages.  Tout ce dont il a été témoin (la culture « classique »), tout ce qu’il l’a ému (le cinéma comme Art) n’existent désormais plus et c’est avec une certaine mélancolie que le cinéaste montre la manière dont un maillon de la chaîne s’est brisé, qu’il n’y a plus de transmission possible.

Mais je le répète, le film est surtout joyeux, assez débridé, volontiers baroque et, pour tout dire, c’est un petit régal…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Samedi 15 septembre 2007 6 15 /09 /Sep /2007 20:41

Saw (2004) de James Wan avec Danny Glover

 

La diffusion de Saw tombe à pic : elle va permettre de donner un petit coup de jeune à mon bien-aimé lectorat (Ouuh ! le vilain démagogue !) et, d’autre part, prouver que je ne suis pas seulement un adepte de Pollet et Rohmer mais que j’aime également le cinéma fantastique et/ou d’horreur. J’avoue pourtant moins suivre l’actualité du genre, comme j’ai pu le faire lorsque j’avais quinze ans. Je ne connaissais la saga Saw que pour de très mauvaises raisons, à savoir l’interdiction aux mineurs de l’opus 3. A part ça, j’ignorais tout de ce film.

Or je dois confesser d’emblée que j’ai pris un certain plaisir à découvrir le premier épisode de la série, réalisé par James Wan (dont c’était, sauf erreur le premier film).

Lorsqu’on est un adepte de la grande littérature, cela n’empêche pas qu’on puisse reconnaître avoir été captivé par un polar de série, même s’il n’est ni forcément très profond, ni parfaitement écrit. Avec Saw, c’est exactement ça : difficile de considérer ce film de série comme du grand cinéma (il est plein de défauts, nous allons y revenir), mais difficile aussi de ne pas avouer avoir été happé par un scénario retors très astucieux et un sens du rythme jamais pris en défaut.

Dès la première scène, où l’on découvre les héros du film enchaînés dans une pièce glauque où trône un mystérieux cadavre, la mayonnaise prend (pour parler vulgairement). Un tas de questions assaillent le spectateur (qui sont-ils ? où sont-ils ? pourquoi sont-ils là ?...) et James Wan agence assez diaboliquement les ficelles de son récit.

Avec son tueur en série qui met en scène de cruels jeux conduisant la plupart du temps à la mort, James Wan nous embarque dans un suspense horrifique qui évoque à la fois l’infâme télé-réalité contemporaine et un Fort Boyard trash (les victimes du tueur doivent se frayer un chemin dans un labyrinthe en barbelés, trouver des clés qui les délivreront d’un « masque tueur »…).

Dans la première partie du film, le cinéaste joue sur le huis clos et distille une véritable angoisse en ne distribuant les informations qu’avec parcimonie.

Peu à peu, des flash-back viennent rendre plus claire la situation et là, force est de constater que ce n’est pas toujours aussi bon. Disons que James Wan a parfois la mauvaise idée de s’inspirer un peu trop du détestable David Fincher : si le scénario peut faire songer de loin au très médiocre The game, c’est surtout lorsqu’il abuse d’effets visuels grandiloquents (la photographie jaune/ verdâtre lorsqu’il filme les anciens méfaits du tueur) que sa déplorable influence se fait sentir.

Plus le film est sobre (lorsqu’il revient dans la geôle de fortune des deux héros), meilleur il est. Quand il quitte cette pièce, ça devient un peu moins bon et on frôle même la catastrophe lors de certaines scènes finales d’une rare laideur (la bagarre entre le flic noir et l’homme qui séquestre la femme et l’enfant). De la même manière, Wan perd un peu de sobriété sur la fin et se laisse aller à des débordements grand-guignolesques dont il aurait pu se passer.

Mettons qu’il ne s’agissait là que de quelques erreurs de jeunesse et ne boudons pas notre plaisir : avec ses revirements inattendus et ses incessants coups de théâtre ; Saw tient en haleine pendant 1h 40. De plus, le cinéaste fait preuve d’une certaine cruauté dans la violence (le kidnappeur qui fait battre de plus en plus rapidement le cœur d’une fillette en pointant un revolver sur la tête de sa mère) qui nous renvoie aux grandes heures du cinéma d’horreur des années 70 (je ne compare pas, évidemment : Saw est un film de série et l’on ne trouve aucune dimension politique comme dans Massacre à la tronçonneuse, La colline à des yeux ou Zombie).

Alors que le cinéma fantastique et/ou d’horreur est devenu largement parodique et destiné à être consommé entre pubs et pop-corn ; c’est avec un certain plaisir qu’on découvre ce film relativement méchant, assez pessimiste (Wan aurait pu aller plus loin mais il refuse le happy-end) et qui ne se départit jamais de son sérieux.

Saw est donc un vrai film du genre, pas sans défauts, mais qui prouve que les américains sont les meilleurs pour ce type de films et qu’ils savent se renouveler avec une certaine modestie (ils jouent avec les mêmes ficelles et ne se croient pas plus malins que le genre, comme c’est souvent le cas en Europe : Cf. le pénible Calvaire). 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Vendredi 14 septembre 2007 5 14 /09 /Sep /2007 20:07

L’amant de lady Chatterley (1981) de Just Jaeckin avec Sylvia Kristel

 

Vous vous souvenez sans doute de mon avis nuancé sur Lady Chatterley, le film de Pascale Ferran. Je persiste à penser que c’est un film estimable mais je n’arrive toujours pas à comprendre l’enthousiasme critique qu’il déclenchât et cette unanimité pour en faire un parangon du cinéma d’auteur français contemporain, dernier rempart contre l’envahisseur macdonaldisé ! Lady Chatterley est un bon film du « milieu » (populaire sans être totalement crétin, littéraire sans être amidonné et académique) à une époque où ce cinéma du « milieu » n’existe plus (du moins, en France). Pascale Ferran est donc tombée au bon endroit au bon moment mais il faut savoir raison garder !

Maintenant, si l’on compare cette adaptation à celle réalisée par Just Jaeckin il y a 25 ans, il n’y a pas à tortiller : le film de Ferran est un chef-d’œuvre ! Pourtant, c’est le même scénario (une adaptation sans doute fidèle au roman de Lawrence que je ne connais toujours pas) et l’on retrouve les mêmes scènes-clés : Lady Chatterley surprenant le garde-chasse en pleine toilette, la même découvrant son corps devant le miroir, les caprices du mari handicapé, la scène de danse sous la pluie et des fleurs déposées délicatement sur le corps nu de la belle amante (à l’eau…Ben, oui ! Après la pluie…Ok, je sors…).

Et pourtant, rien de commun entre cette antiquité polissonne érotico-chic-aseptisée et le film, non sans défauts mais incarné de Pascale Ferran. Il faut dire que derrière la caméra, on retrouve Just Jaeckin, docteur ès érotisme « papier glacé ». Et au risque de m’attirer les foudres de quinquagénaires nostalgiques de leurs émois adolescents devant la belle Sylvia Kristel dans son fauteuil en rotin ; je n’arrive pas à comprendre comment ce navet absolu que reste Emmanuelle a pu devenir avec le temps un symbole de l’érotisme triomphant ! Avouez que le film dégage autant de sensualité que l’idée de voir Christine Boutin en nuisette !

 

Après Emmanuelle Arsan et Pauline Réage (le soporifique Histoire d’O), Jaeckin persiste dans l’alibi culturel en embellissant ses cucuteries sans nom d’un pâle vernis littéraire. Mais du roman de Lawrence, le cinéaste ne tire qu’une mise en scène accablante de platitude et quelques images léchées mais vides. La photographie est d’un académisme total et, avis aux amateurs- la lumière hamiltonienne nimbe sans arrêt les visages des personnages d’un halo lumineux. C’est d’une laideur absolue !

Quand à l’interprétation, c’est le désastre total. La fidèle Sylvia Kristel est très agréable à regarder mais elle est expressive comme n’importe quel bovidé regardant passer un train. Quand au moustachu qui joue le rôle du garde-chasse, on dirait un gigolo de soap-opéra ! Il est absolument grotesque, surtout lorsqu’on songe à la lourdeur et à la profondeur du comédien choisit par Pascal Ferran (dont le nom m’échappe). Entre ces deux personnages, il ne passe aucun courant électrique, aucune sensualité : juste quelques parties de jambes en l’air anonymes, déjà vues dans n’importe quel film érotique soft (très soft ! Le film de Jaeckin ne propose pas plus de nudités que celui de Ferran).

Chez Ferran, il y avait un travail sur les corps, sur le langage, sur les regards, sur les oppositions de territoires (le bois et la demeure luxueuse), de classes… Tout cela disparaît bien entendu dans le film de Jaeckin qui tente parfois maladroitement de rappeler que Constance et son homme des bois ne sont pas de la même classe sociale et que leur histoire d’amour ne va pas de soi…

Bref, lorsque vous enlevez d’une histoire d’amour le poids du désir, de la chair, de la sensualité, de la passion et des contraintes sociales qui pèsent sur elle ; il ne reste qu’un bibelot vaguement déshabillé (pas assez, mes enfants, pour nous tirer de la torpeur !), d’un ennui accablant…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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