Lundi 10 décembre 2007 1 10 /12 /Déc /2007 12:02

L.A. Confidential (1997) de Curtis Hanson avec Kevin Spacey, Russell Crowe, Guy Pearce, Kim Basinger, Danny DeVito

 

Ce n’est pas la première fois que je vois un film tiré d’un roman mais revoir L.A.Confidential fut une expérience très curieuse car je viens tout juste de finir le livre d’Ellroy (j’en ai parlé ici) et le temps n’a donc pas encore estompé le souvenir vif de cette extraordinaire plongée noire dans le Los Angeles des années 50. Du coup, il me fut très difficile de me détacher du matériau originel et je n’ai pas pu m’empêcher de voir le film de Hanson comme une simple illustration édulcorée de l’œuvre d’Ellroy.

D’un autre côté, il me paraît difficile de jeter la pierre au cinéaste tant la fidélité à ce roman foisonnant est, malgré son découpage très cinématographique, littéralement impossible à moins de disposer d’une durée d’une dizaine d’heures permettant d’en retranscrire toutes les ramifications (on pourrait à la limite l’envisager comme une série mais il faudrait faire fi de toutes les conventions et censures télévisuelles !).

Pour décrire les aventures parallèles de trois flics du LAPD (le violent Bud White –R.Crowe-, le collaborateur de la presse à scandales Jack Vincennes –K.Spacey- et le jeune loup ambitieux Ed Exley –Guy Peace-) travaillant sur une affaire de massacre dans un café de nuit ; Hanson est obligé de trancher dans le vif du récit d’Ellroy et de ne garder que les grandes lignes de sa trame dont il ne s’éloigne qu’à la fin du film.

Ce qui faisait l’incroyable intensité du livre (la densité psychologique des personnages, leur ambiguïté, les liens inextricables entre lesdits personnages mais aussi ceux entre la pègre, les milieux du cinéma, le pouvoir politique et la police…) est réduit ici à une solide intrigue de film noir et un hommage au cinéma classique des années 50.

Hanson élimine notamment (ce n’est pas un reproche, je le redis, le contraire aurait été impossible à mettre en scène dans les limites d’un film hollywoodien de deux heures) un bon nombre de personnages et se concentre surtout sur une partie de l’intrigue d’Ellroy. Pour prendre quelques exemples qui ne seront parlant qu’à ceux qui connaissent le livre (pardon pour les autres), l’écrivain prenait soin dans un premier temps de ne pas confronter ses trois flics alors qu’ils sont d’emblée ensemble, malgré leurs rivalités, dans le film. Hanson escamote presque totalement la longue enquête de Vincennes sur les milieux du porno et recentre l’intrigue autour du massacre de « l’oiseau de nuit ». De la même manière, il occulte totalement les précédents familiaux d’Ed Exley. Son père, Preston Exley, occupe un rôle primordial dans le roman alors qu’il n’est pas dans le film.

Dans le film, le coéquipier alcoolique de White (Stensland) est tué lors de ce fameux massacre alors que chez Ellroy, il est poursuivi et envoyé à la chaise électrique par Ed Exley, d’où la haine de White pour ce jeune arriviste. On pourrait continuer à l’infini ce petit jeu des comparaisons, la manière dont Hanson rend anecdotique des personnages pourtant très importants (la mexicaine violée par les noirs à qui la police fait porter le chapeau de l’affaire) ou, au contraire, de donner à des personnages secondaires des rôles plus importants sans réelle nécessité (Buzz Meeks, Johnny Stompanato, truand qui exista réellement et qui défraya la chronique puisqu’il fut tué par la fille de sa compagne Lana Turner, l’adolescente voulant protéger sa mère des brutalités que Stompanato lui faisait subir. Hanson ne filme ce personnage que pour faire ce petit gag du flic qui traite l’actrice de pute en pensant avoir affaire à un sosie alors qu’il s’agit réellement de l’inoubliable actrice du Facteur sonne toujours deux fois et de Mirage de la vie).

L.A.Confidential, c’était une fatalité, n’a ni l’ampleur, ni la force du chef d’œuvre de James Ellroy. Pourtant, ça reste un film estimable et plutôt habile. Curtis Hanson n’a rien d’un grand cinéaste mais cette adaptation lui permet de retrouver un certain brio hérité du cinéma classique des studios. En rendant hommage à Hollywood et à ses stars disparues (Kim Basinger est parfaite en sosie de Veronica Lake), Hanson signe un honorable film « néo-classique ». Du point de vue de la mise en scène, le film est irréprochable : intelligence du découpage, soin accordé à la lumière, au cadre, à la photo un brin rétro mais juste ce qu’il faut, direction d’acteurs impeccable (Spacey est impérial et j’avais un peu peur au départ que Russell Crowe soit un peu fadasse dans le rôle de White mais il arrive à faire passer la violence sourde du personnage, cocotte-minute sous pression prête à exploser à chaque instant).

Les choix d’adaptation sont forcément réducteurs mais ils sont effectués de manière assez intelligente, Hanson sachant à la fois mettre en image brillamment des scènes qui sont chez Ellroy (la découverte du massacre de « l’oiseau de nuit », l’interrogatoire des trois noirs présumés coupables…) ou de retrouver quelque chose de l’écrivain même lorsqu’il retouche son récit (de ce point de vue, si la fin diffère complètement de celle du livre, Hanson parvient à en traduire une de ses dimensions importantes : que le jeune Exley commence à ressembler de plus en plus à son double inversé, Bud White).

Quiconque verra le film après avoir lu le livre sera sans doute un peu déçu, ou du moins frustré (avec Le dahlia noir, De Palma trahissait peut-être plus Ellroy en terme de « scénario »,  mais il était finalement plus audacieux et plus proche de l’écrivain qu’Hanson).

Voyez donc dans un premier temps le film agréable de Hanson, qui reste de la belle ouvrage classique ; puis n’hésitez pas à vous plonger dans le roman d’Ellroy qui, pour le coup, est une merveille absolue…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Samedi 8 décembre 2007 6 08 /12 /Déc /2007 08:58
Je ne vous donne plus de nouvelles depuis quelques jours car je suis très pris, à la fois par mes activités d'esclave salarié mais également par la découverte du coffret Fernand Deligny. Pour patienter, je vous renvoie aux superbes articles de Vincent consacrés à Luc Moullet.

Je vous conseille notamment cette sublime analyse marxiste (tendance Groucho), d'une grande rigueur pataphysicienne, du film Essai d'ouverture, que vous pourrez ensuite aller voir ici.

C'est pas beau, Internet?
Par Dr Orlof - Publié dans : divers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 4 décembre 2007 2 04 /12 /Déc /2007 17:51

La montagne sacrée (1973) de et avec Alexandro Jodorowsky

 

El Topo était déjà un film bien allumé mais c’est peu dire que La montagne sacrée est une œuvre qui ne ressemble à rien de déjà-vu. J’ignore si Jodorowsky l’a tournée à jeun, toujours est-il que la découvrir relève plus de l’expérience d’un trip halluciné que d’une séance de cinéma classique. 

Ca commence fort avec un vagabond christique que l’on retrouve mort mais qui ressuscite par la grâce d’un homme-tronc.  Le voilà pérégrinant dans une ville où il croise des processions de pèlerins transportant des animaux crucifiés et de violentes répressions policières (métaphore de la dictature de Pinochet instaurée au Chili- pays natif de Jodorowsky- l’année du tournage du film ?). Notre homme parvient à s’élever au sommet d’une immense tour et il y rencontre un alchimiste. Celui-ci lui présente les chefs des autres planètes et demande à tout ce beau linge de se regrouper et de conquérir la « montagne sacrée » afin de découvrir le secret de l’immortalité…

Comme dans El Topo, Jodorowsky construit ici une fable ésotérique où il use et abuse des symboles (bibliques, magiques, chamaniques…) au point de faire dangereusement pencher le « discours » du film vers une supercherie à la Bernard Werber. Si les théories sont toujours aussi fumeuses et prêtent largement à sourire (le cinéaste dissimulant mal la pauvreté de sa « philosophie »  pré New-Age » derrière la fumée de son occultisme), son inspiration visuelle est toujours aussi impressionnante.

Difficile de traduire par des mots la richesse visuelle et plastique de cet univers totalement baroque. Et comme dans El Topo, Jodorowsky ne se contente pas de faire se succéder de beaux « tableaux » : il travaille la matière cinématographique. Les plans sont richement composés (le cinéaste joue beaucoup sur la symétrie), la valeur du cadre est toujours variée et Jodo sait passer d’un plan où le héros évolue dans un décor totalement abstrait et sans profondeur à de magnifiques plans larges où la profondeur de champ joue un rôle primordial. La bande-son est également fort riche (pas une parole n’est prononcée dans la première demi-heure du film et c’est un magma sonore qui le rythme dans un premier temps) et le cinéaste à de belles trouvailles de montage qui lui permette de jouer la métonymie (même si elles sont parfois d’un goût douteux, à l’image de ce plan d’accouplement bovin que Jodorowsky raccorde sur un gros plan de visage féminin aspergé d’une pâte blanche liquide et visqueuse).

La montagne sacrée est un film très pictural qui ne cache jamais sa dette envers le surréalisme (on aperçoit des toiles de Magritte, on se souvient de Dali…) et regorge de plans stupéfiants (ce vieillard qui enlève son œil de verre pour l’offrir à une petite fille, ces plaies béantes d’où s’échappent des oiseaux, les armes remises au goût des jeunes comme ce fusil en forme de guitare…)

Derrière ce maelström d’images baroques pointe une délicieuse ironie et un certain humour noir lorsque le cinéaste montre ces chefs de planètes qui fanatisent les enfants par le biais de la BD et de la pub pour les transformer en guerriers sanguinaires où lorsqu’il entreprend de refaire jouer des combats humains par des crapauds. Jodorowsky raille les totalitarismes (certaines scènes d’exécutions tournées dans les rues font froid dans le dos), le militarisme et la monétarisation de la religion (moment assez drôle où notre vagabond est immobilisé dans une position de crucifié et on l’on reproduit son image à l’infini avec des statuts en plâtre… où en pâte puisqu’il finit par manger l’un de ses clones : ceci est mon corps…) 

Tout cela est foisonnant et assez grisant même si on finit par friser l’overdose. Même si ce délire reste cinématographique, le spectateur manque parfois d’air et l’on finit par étouffer devant le caractère un peu mécanique de la construction du film (un chef de planète = une séquence entière consacrée à ses activités). Quant à la fin où l’alchimiste recommande à ses ouailles de se libérer de toutes leurs préoccupations matérielles pour aller trouver la quiétude et la sagesse au sommet de la montagne ; elle est un peu niaise et un brin longuette.

Mais ces quelques réserves ne doivent pas vous priver de vivre une expérience qui s’avèrera, croyez-moi, unique…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Lundi 3 décembre 2007 1 03 /12 /Déc /2007 19:57

Assaut sur le central 13 (2004) de Jean-François Richet avec Ethan Hawke, Laurence Fishburne, Maria Bello

 

Etait-il vraiment nécessaire de se lancer dans un remake d’Assaut, le grand film que John Carpenter tourna à la fin des années 70 et qui était déjà une sorte de remake du Rio Bravo de Hawks ? Question d’autant plus pertinente que, comme le soulignait judicieusement l’excellent tenancier du Café du commerce, la réalité s’est déjà chargée de redonner vie au film de Carpenter du côté de Villiers-le-Bel et que ces « remakes » vont sans doute se multiplier dans les années qui viennent.

Sur le papier, cette « coïncidence » avait néanmoins quelque chose d’intéressant, puisqu’on se souvient qu’avant de devenir un cinéaste yankee, Jean-François Richet traîna l’étiquette de « cinéaste des banlieues » (Etat des lieux n’est pas un grand film mais par certains aspects, il était plutôt intéressant). On pouvait alors espérer qu’il saurait retrouver la charge politique et subversive du film de Carpenter en la transposant à notre époque.

Las ! Dès la première séquence, on sait que c’est cuit. Il ne s’agit pas d’une histoire de scénario, de thèmes ou d’autres choses : juste un problème de cinéma. Comme tous les cinéastes français qui veulent faire (en France ou à Hollywood) du cinéma américain (Kounen, Kassovitz et consorts…), Richet ne retient de ce cinéma de genre que quelques (très mauvais) effets.

L’ouverture de son film est donc un mitraillage en bonne et due forme : pas un plan qui ne dépasse trois secondes, montage à la hache par un besogneux épileptique, recadrages incessants et approximatifs : c’est épuisant et d’emblée décourageant.

La suite ne fera que confirmer cette mauvaise impression même si Richet abandonne un peu ce filmage surdécoupé et ne l’utilise que pour les scènes d’action (très mal mises en scène).

 

En attendant le début du film, je suis tombé sur un bout d’interview où Richet affirmait qu’il se situait plus près de Hawks (sic !) que de Carpenter parce qu’il fouillait plus les personnages (re-sic !) et qu’il donnait un visage aux assaillants ! Je pense que ce qui distingue les deux cinéastes cités et Richet, c’est qu’ils faisaient avant toute chose (c’est d’ailleurs toujours le cas pour Carpenter !) du cinéma.

Rio Bravo et Assaut sont de très grands films « topographiques », qui jouent à merveille sur un espace confiné et qui parviennent à faire monter la tension par cette utilisation de l’espace. Richet se montre incapable de « spatialiser » son film et du coup, on n’y croit pas du tout : on se demande pourquoi personne ne remarque cette attaque, pourquoi les assaillants sont aussi empotés et ne parviennent pas à réduire en cendres le central… Autre problème totalement cinématographique : Assaut sur le central 13 est cruellement dénué de point de vue. C’est bien beau de « donner un visage aux assaillants » mais à quelles fins ? La force des films de Carpenter (Assaut, mais aussi Halloween ou Fog, par exemple), c’est justement de se placer du point de vue des assaillis et de faire de l’ennemi une menace omniprésente parce qu’invisible (voir les extra-terrestres de They live). En se plaçant du côté des « bourreaux » (que Richet présente de manière assez conventionnelle non pas comme de purs voyous mais comme des flics corrompus, histoire de montrer qu’il est resté de « gauche » et qu’il n’aime pas plus les flics qu’au temps de Ma 6-T va Crack-er), il désamorce toute tension et se montre incapable d’amener le spectateur à s’identifier aux « victimes » (qui manquent d’ailleurs sérieusement de charisme si l’on excepte cette masse inquiétante qu’incarne brillamment l’excellent Laurence Fishburne)

Dans Télérama, on parle d’ « efficace série B » : c’est entièrement faux. La série B traditionnelle compensait son manque de moyens par une inventivité de la mise en scène (revoyez Gun crazy de Joseph H. Lewis !). Or ici, la mise en scène est aussi conventionnelle que celle des films d’action américains contemporains (avec ce que cela suppose d’effets visuels hideux et de tics clipeux) et elle semble dépourvue de la moindre idée.

Aucun intérêt !

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
Dimanche 2 décembre 2007 7 02 /12 /Déc /2007 19:17

My blueberry nights (2007) de Wong Kar-Waï avec Norah Jones, Jude Law, Natalie Portman

 

Wong Kar-Waï aurait-il perdu son âme en partant aux Etats-Unis pour y tourner son dernier film ? C’est ce que semble suggérer une bonne partie de la critique qui a fait la fine bouche devant My blueberry nights et qui s’accorde à trouver ce film « mineur ». Je me souviens que lorsque est sorti 2046, j’ai entendu le même type de réserves (répétitions des mêmes thèmes, redites…) alors que l’évidence crève les yeux aujourd’hui (inutile d’attendre 20 ans !) : 2046 est un somptueux chef-d’œuvre. Je n’irai pas jusque là à propos de ce dernier opus et je suis prêt à accorder que ce n’est pas le meilleur film de Wong. Son charme n’agit pas forcément pendant toute la durée du métrage et certains passages peuvent paraître un peu ratés. Néanmoins, ce film mérite mieux que son accueil tiédasse et je suis quasiment sûr que ses sortilèges n’ont pas fini d’envoûter ceux qui le découvriront plus tard.

My blueberry nights est un road movie qui se décline en trois étapes. Première étape : la belle Elizabeth (Norah Jones, très bien) vient de rompre et confie ses chagrins d’amour à un barman (Jude Law), lui aussi marqué par ses amours défuntes.

Deuxième étape, Elizabeth décide de quitter New York pour un périple à travers l’Amérique. Elle devient serveuse à Memphis et croise le chemin d’un flic alcoolique qui ne se remet pas du départ de sa femme.

Troisième étape. Toujours en quête d’une voiture à acheter, Lizzie rencontre une joueuse professionnelle (Natalie Portman) à Las Vegas et nos deux demoiselles vont parcourir un petit bout de chemin ensemble.

Trajectoires croisées, amours brisés et mélancolie du temps qui passe : Wong Kar-Wai exporte, à première vue, son cinéma élégant et raffiné sans toucher aux obsessions qui le meuvent. Et le charme prend, notamment dans le face à face de ces deux cœurs blessés qui tournent l’un autour de l’autre mais que leurs passés respectifs semblent séparer. Comme dans le magnifique Les anges déchus, Wong Kar-Wai joue sur les ambiances nocturnes, sur les lumières crues des néons et l’atmosphère mélancolique des bars qui vont fermer. L’héroïne des Anges déchus attendait son « partenaire » devant un juke-box : ici, l’objet jouant sont ces clés que conservent précieusement le barman et qu’il refuse de jeter pour ne pas briser le dernier espoir qu’une porte s’ouvre enfin. Le cinéaste excelle à faire affleurer les sentiments les plus délicats sans les rendre directement explicites : tout semble possible (à l’image de ce merveilleux « baiser volé » par Jeremy lorsque Elizabeth dort) mais le temps semble également mettre des barrières, des « portes » entre les bulles de solitude qui englobent les personnages. Lorsque Wong Kar-Wai va jusqu’à reprendre le fameux thème musical d’In the mood for love (joué pour l’occasion à l’harmonica), le spectateur est sous le charme et l’émotion nous étreint.

Tout le film sera empreint de cette délicatesse, de cette approche sensorielle des émotions et des sentiments, de leur caractère éphémère. On se souviendra longtemps de ce moment où le flic empêche son ex-femme de sortir du bar et la menace d’un flingue : en filmant simplement une porte qui se referme, Wong Kar-Wai dit mieux que quiconque la fin d’un amour et le bris d’un cœur. De la même manière, on n’oubliera pas ces deux voitures qui prennent deux chemins différents : ce croisement met fin à la petite escapade de Leslie et Elizabeth, marquant une nouvelle fois l’éphémère des amitiés, des rencontres et l’impitoyable loi de ce temps qui nous sépare.

Je le concède : tout n’est pas de ce niveau dans ce film. Premièrement, en tournant aux Etats-Unis, Wong Kar-Wai leste son film d’un certain prosaïsme qui ne lui sied pas forcément. A Hong Kong, ses personnages étaient de véritables dieux et déesses, des « anges déchus » à qui il concoctait des écrins sublimes. Pour être tout à fait franc, ce n’est pas faire insulte aux qualités de jeu de David Strathairn que de dire qu’il n’a jamais la classe des flics chers à Wong (Cf. Tony Leung dans Chungking express) et que son accent de plouc yankee nuit un peu à ce cinéma aérien. De la même manière, la photographie criarde n’a jamais la perfection absolue de celle de Christopher Doyle. Ce ne sont que des détails mais le cinéaste semble un peu victime de cette « lourdeur » prosaïque et il s’encombre parfois d’un psychologisme pas très convaincant alors qu’il sait si bien faire passer l’indicible sans passer par le langage. 

Je pense que ce sont ces réserves qui ont échaudé la critique. Mais c’est oublier également le formidable traitement cinématographique que fait subir WKW à son histoire. Vous me direz que son « maniérisme » n’a rien de nouveau : ralentis, accélérés, jeux avec la lumière, les reflets… mais une fois de plus il fait merveille. Rien à voir avec une esthétique « publicitaire » gratuite mais une inimitable manière de greffer sa caméra sur le pouls d’une ville et de capter les « cendres » de ce temps qui s’enfuit.

Le dernier plan peut être vu comme une concession à la doxa hollywoodienne mais, entre-temps, le charme mélancolique et outrageusement romantique du cinéma de Wong, aura agi… 

 

PS : Je sais que ce n’est que pure vanité mais j’ai eu le plaisir de découvrir ceci (me voilà devant mes amis Vincent et Viera Souto !). Alors merci à tous ceux qui me lisent et me lient…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires

Calendrier

Janvier 2015
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés