Jeudi 25 octobre 2007 4 25 /10 /Oct /2007 20:13

Paranoïd Park (2007) de Gus Van Sant

 

Nous nous étions quittés un peu fâché Gus Van Sant et moi, son Last days m’ayant plutôt accablé. Il me semblait qu’avec ce film, son système formel tournait en rond pour devenir asphyxiant et finissait dans une impasse. Paranoïd Park me réconcilie un peu avec l’auteur de Drugstore cow-boy même si je suis loin de partager l’enthousiasme unanime qui accueille cette œuvre.

A priori, rien de bien nouveau sous la grisaille de Portland : un fait divers banal (un vigile retrouvé mort sur une voie ferrée aux environs d’un grand « skate Park ») sert de point de départ à une mise en scène sophistiquée où le cinéaste explore l’évènement sous tous les angles imaginables. Comme dans Elephant, il procède par « boucles » temporelles et brise la chronologie du récit. On retrouve également ces mêmes longs travellings dans les couloirs du lycée qui suivent son jeune héros Alex. Ce dernier a parfois des faux airs de Blake, le chanteur clochardisé de Last days et Gus Van Sant ne se prive pas de nous infliger le même type de plans chichiteux (personnage de dos suivi longuement par un travelling avant).

On sait que depuis l’étonnant Gerry, le cinéma de Van Sant a pris une tournure radicale. Mais autant ses partis pris furent fructueux pour des films comme Gerry ou Elephant (la déréliction des choses, la perte de tout repère pour un pays soudain menacé par un danger sourd…) ; autant ils devinrent gratuits et vains dans Last days. Avec Paranoïd Park, Gus Van Sant n’échappe pas totalement à l’exhibition un peu facile de sa « griffe » moderniste. Le film vire même, à certains moments, au clip « arty » lorsqu’il se contente de filmer des skateurs en action sur des musiques sans doute hautement recommandées par les Inrockuptibles !  Du point de vue du skate, le Wassup rockers de Larry Clark était plus réussi.

De la même manière, on ne peut s’empêcher de sourire lors de certains plans au ralenti (sur quelqu’un qui traîne déjà les savates, faut le faire !) qui aurait fait hurler n’importe quel critique s’ils étaient signés d’un quelconque tâcheron. Mais c’est Gus Van Sant, alors tout le monde se prosterne, même devant ses maniérismes les plus ridicules (je n’ai toujours pas digéré cet ineffable passage de Last days où le corps de Blake « monte » au ciel en surimpression !)

Une fois ces réserves posées, nous pouvons exposer maintenant pourquoi Paranoïd Park nous semble plus réussi que Last days. D’abord parce que Gus Van Sant se débarrasse d’un héros christique sans chair pour retrouver ce qu’il filme le mieux : les adolescents. Ce n’est pas encore Elephant mais il parvient ici, par le biais d’Alex, à retrouver une certaine forme d’incarnation et de vérité adolescente qui faisait le prix de ses premiers films.

D’autre part, parce que le monde semble à nouveau pointer le bout de son nez. Une des choses les plus intéressantes du film, c’est qu’il est sans profondeur de champ. Gus Van Sant utilise généralement de larges focales qui rendent le fond de ses plans flous. Derrière Alex, il n’existe rien : des parents qui ne sont que de vagues silhouettes (ils vont divorcer), une communauté lycéenne qui ne se détache jamais de l’arrière-plan. Alex vit dans sa bulle et l’on comprend ce qu’a voulu exprimer le cinéaste lorsqu’il tourne ses « clips » : donner une sensation atmosphérique, projection purement mentale d’une rêverie adolescente.

D’une certaine manière, cet immense parc où se mélange les skateurs, les squatteurs et toute une faune plus ou moins louche de jeunes gens devient la métaphore d’une Amérique repliée sur elle-même et incapable de voir au-delà de ses frontières. Rêve juvénile d’une nation tentant de délester la réalité de tout poids pour se perdre dans un songe en apesanteur.

Or c’est ce poids du Réel qui refait surface ici. Lorsque Alex dit à une de ses copines qu’il y a plus grave qu’une histoire d’amour qui se termine mal et qu’il cite « la guerre en Irak » ou « la famine en Afrique » ; c’est à la fois totalement inepte et en même temps, ça donne la vérité d’un film qui cherche à faire le « point » sur le hors champ américain.

La violence et la mort surgissent soudainement dans le quotidien d’Alex et l’amènent à perdre ses illusions d’enfant pour entrer dans l’âge adulte. Paranoïd Park peut se lire comme un véritable rite initiatique : la perte de la virginité, la confrontation avec la mort… Gus Van Sant affiche également une volonté de formuler par des mots le déroulement du désastre (la narration épouse la plume d’Alex en train de raconter sa mésaventure). Alors que son cinéma prenait acte d’une totale perte du sens du monde (Gerry) ou de son incapacité à trouver des causes aux évènements (Elephant) ; Paranoïd Park affirme la puissance de l’Art comme moyen de rendre le monde un peu plus « net ».

Alex et le cinéma de Van Sant finissent par sortir un peu de leur bulle. Ce n’est pas grand-chose mais c’est déjà une bonne nouvelle…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Lundi 22 octobre 2007 1 22 /10 /Oct /2007 20:11

Quadrille (1937) de et avec Sacha Guitry et Jacqueline Delubac, Gaby Morlay, Pauline Carton

 

Vous avez du vous rendre compte qu’il est difficile d’échapper à Guitry en ce moment. Pour le cinquantième anniversaire de sa mort, on met les petits plats dans les grands : pièces remontées avec des vedettes (les Brasseur père et fils), réédition de son théâtre, rétrospective de ses films à la cinémathèque et petit cycle dédié au cinéaste sur Cinécinéma Classic sans parler de tous les livres qui sortent sur le maître. Comme toujours lors de commémorations célébrées en grandes pompes, on frise l’indigestion. Mais après tout, depuis la disparition du ciné-club de Claude-Jean Philippe, depuis combien de temps une chaîne de télévision n’avait-elle pas diffusée un de ses films ? Cela ne fait donc pas de mal de se replonger dans l’œuvre d’un très grand cinéaste, trop souvent disqualifiée par l’étiquette infâmante de « théâtre filmé ». Or les choses sont bien plus compliquées que cela.

Je crois que c’est Serge Daney qui disait, avec raison, qu’une simple attention aux voix et au travail sur le son permettait de distinguer les bons et mauvais films français des années 30-50. Par opposition aux cinéastes de « qualité », uniquement soucieux de filmer du dialogue truffé de bons mots déclamés sur le ton des sociétaires de la Comédie-Française, les cinéastes importants sont ceux qui ont travaillé la voix et se sont éloignés de la convention théâtrale par la raréfaction de la parole (Bresson, Tati, Melville…), par une volonté d’approcher un certain « naturel » dans le ton et le débit (Renoir, Becker, Grémillon…) ou, au contraire, en prenant le théâtre de vitesse par l’abondance de cette parole (Pagnol, Guitry…).

Je sais ce que vous allez me dire : si le cinéma de Guitry n’est pas théâtral, moi je suis le pape ! Je suis d’accord mais c’est du théâtre (ses films sont la plupart du temps des adaptations de ses propres pièces) pensé en termes cinématographiques. Il ne s’agit jamais pour l’auteur de masquer les origines théâtrales de ses films et encore moins de faire passer tout cela pour le Réel (comme avec cet escroquerie du « réalisme poétique » ou le pseudo naturalisme glauque des cinéastes de la « Qualité Française ») mais d’imaginer toutes les manières possibles de filmer la parole. C’est par l’excès théâtral et cette manière qu’il a d’occuper tous les plans (c’est vraiment un auteur complet) que Guitry parvient à retrouver le cinéma.

Dans le genre, Quadrille est peut-être moins révélateur que l’excellent Roman d’un tricheur mais il est caractéristique de la manière du cinéaste. Sur le papier, c’est un simple vaudeville mondain (tandis que l’actrice incarnée par Gaby Morlay tombe sous le charme d’un lover hollywoodien et fait cocu son fiancé Guitry, ce dernier se console dans les bras d’une jolie journaliste interprétée par la pétillante Jacqueline Delubac) mais à l’image, ça devient un virevoltant chassé-croisé amoureux, plein d’esprit et de malice.

Si le film s’appelle Quadrille, c’est en raison des quiproquos qui naissent entre les quatre personnages principaux mais c’est également en clin d’œil à la danse du même nom. Par le rythme du montage (même si de longs plans fixes peuvent permettre au flot de la parole de se déverser), des déplacements dans le cadre et la manière qu’a Guitry d’épouser avec sa caméra les flux du langage ; il parvient à donner à son film les allures d’un ballet aérien plein d’énergie et de santé.

Bien sûr, il ne faudrait pas oublier la drôlerie vacharde des répliques (la misogynie proverbiale de l’auteur est savoureuse car elle n’a rien à voir avec celle du gros beauf macho : c’est la misogynie de ceux qui adorent tant les femmes qu’elles ne peuvent que fatalement les décevoir !), l’esprit caustique de l’auteur qui n’hésite pas à railler les mœurs bourgeoises et à afficher fièrement une certaine amoralité ; mais je voulais surtout insister ici sur le véritable travail cinématographique qui est à l’œuvre et qu’on a souvent tendance à occulter lorsqu’on évoque Guitry.

Quadrille n’est pas une simple captation de pièce : il y a des recherches sur le montage parallèle (en début de film) et des jeux habiles sur le hors champ (la scène finale) et même lorsque la caméra s’arrête pour filmer des dialogues, c’est encore un parti pris de mise en scène et non un procédé basique.

Le théâtre devient ici le sujet même du film, la matière que peut travailler Guitry pour donner une forme à sa parole. Il a inventé un langage cinématographique pour ne parler que de lui et c’est passionnant…

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /Oct /2007 19:58

Une belle fille comme moi (1972) de François Truffaut avec Bernadette Lafont, André Dussollier, Charles Denner, Guy Marchand, Claude Brasseur, François Léotard, Gaston Ouvrard

 

Ce n’est pas sans une certaine émotion que j’ai découvert Une belle fille comme moi ; tout simplement parce qu’il s’agissait du dernier film de Truffaut que je ne connaissais pas (pour être tout à fait franc, je n’ai pas vu non plus Tire-au-flanc 62 qu’il co-réalisa avec Claude de Givray) et que je dois désormais me résigner à ne plus jamais voir un « nouveau » film de ce cinéaste.

Tourné entre l’un de ses plus beaux films, Les deux anglaises et le continent (sombre film d’amour au romantisme désespéré) et La nuit américaine où il faisait le point sur sa pratique du cinéma ; Une belle fille comme moi apparaît avec le recul du temps comme un film « mineur », une récréation que s’est offerte Truffaut après l’échec cuisant que fut les deux anglaises.  

Le jeune sociologue Stanislas (André Dussollier dans son premier rôle), dans le cadre de la préparation d’une thèse sur les femmes criminelles, rend régulièrement visite à Camille Bliss (Bernadette Lafon), détenue délurée accusée de meurtre. Au fur et à mesure que la belle lui raconte les affres de son existence agitée, le spectateur est invité à suivre ces épisodes sous forme de flash-back… 

Avec ce film, Truffaut retrouvait l’interprète des Mistons et c’est peu dire qu’Une belle fille comme moi est une ode à la gouaille et à la vitalité de Bernadette Lafont. C’est elle qui imprime au film cette teinte truculente et joviale et qui lui permet de ne jamais reculer lorsqu’il s’agit de se confronter à la trivialité des situations. Autour d’elle virevolte une cohorte de personnages masculins que Truffaut s’amuse à caricaturer avec gourmandise : le mari obsédé et porté sur la bouteille (Léotard, forcément !), l’avocat véreux (Claude Brasseur), le crooner sexy et ringard (Guy Marchand) et, cerise sur le gâteau, cet inénarrable dératiseur catholique et puritain qu’incarne le merveilleux Charles Denner.

Si le terme « film d’acteurs » ne désignait pas trop souvent ces comédies françaises plombées par la toute-puissance du scénario de les « mots d’auteur » ; on l’appliquerait volontiers à Une belle fille comme moi. Fort heureusement, Truffaut ne fait pas primer le récit sur la mise en scène et il parvient à dynamiter une certaine lourdeur (reconnaissons que le propos n’est pas toujours très fin) par une véritable élégance dans le filmage. Par un découpage sec et très habile, le cinéaste ne laisse jamais faiblir le rythme et le spectateur se laisse entraîner avec délice dans ce ballet ininterrompu de manipulations, d’adultères et de…crimes (j’ai oublié de préciser qu’il s’agit d’une adaptation d’un roman de la Série noire). Le cinéaste était un grand amateur de Lubitsch (qui ne l’est pas ?) et il a retenu certaines leçons du maître (vivacité du montage, sens de l’ellipse- cette symphonie de moteurs de Formule 1 qui annonce les ébats amoureux entre Camille et son chanteur-…) qui lui permettent ici de réaliser une œuvre sans mauvaises graisses, sans longueurs inutiles.

Si je parle néanmoins de « film mineur », c’est qu’Une belle fille comme moi ne dépasse jamais le stade de la grosse farce (plutôt drôle et enlevée, là n’est pas le problème). Or à la même époque, le même Bernadette Lafont sortait de La fiancée du pirate, également une comédie centrée sur un personnage anticonformiste mais possédant une dimension subversive totalement absente du film de Truffaut.

Autant le comportement de la Marie de Nelly Kaplan servait de révélateur à un ordre social hypocrite et témoignait d’une volonté réelle d’insoumission; autant Camille est une « voyou » sympathique faisant tourner en bourrique des mâles un peu ridicules, mais elle ne remet jamais véritablement en question l’organisation de la société.

Je ne suis pas en train de dire que tous les films devraient prendre l’apparat de pamphlets anarchisants ; mais lorsqu’on tourne un film sur une héroïne rebelle, la moindre des choses, me semble-t-il, est qu’elle s’oppose un tantinet à notre « monde de l’erreur complète ».

Or à part quelques pointes d’humour noir bienvenue (dont une fin délicieusement cynique), Une belle fille comme moi reste constamment un de ces « objets gentils » chers à Patrice Leconte.

La verdeur du propos et la belle santé d’une comédienne (qui n’a jamais été aussi sensuelle et pétulante qu’en cette période du début des années 70) retombent un peu comme un soufflé lorsque apparaît le mot « fin » du générique.

La rébellion n’aura pas eu lieu. Reste une comédie pleine d’humour et de vitalité. Ce n’est déjà pas si mal…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Dimanche 14 octobre 2007 7 14 /10 /Oct /2007 17:55
Pour vous faire patienter jusqu’à ma prochaine critique, je vous propose de me risquer aux classements divers que mes aimables lecteurs m’ont suggérés récemment.

Commençons par celui des 10 plus mauvais cinéastes au monde.

Voilà le genre de défi qu’on pense relever facilement et qui s’avère, au fond, assez difficile (essayez, vous verrez !). Les raisons de détester un film sont souvent multiples et de la même manière que l’ennui qu’on peut éprouver devant certaines œuvres ne signifient pas qu’elles sont mauvaises (pour revenir à une polémique récente, j’admets volontiers que Visconti est un grand cinéaste mais la plupart de ses films me font bailler tandis qu’un navet du style The faculty me paraît absolument nul mais pas «ennuyeux ») ; il est évident que certains «mauvais » films sont également assez délectables. C’est pour cette raison que j’ai renoncé à faire figurer dans mon classement les cinéastes Z (Ed Wood, Phil Tucker, Sam Newfield…) dont l’incompétence notoire est généralement source de nombreux plaisirs déviants. Les distinguer, c’était comme fustiger un mendiant pour les fautes d’orthographe constellant le carton gisant à ses pieds en épargnant les Duras ou Despentes et ceux qui font beaucoup plus de mal à la langue française ! 
De la même manière, je n’ai pas pu me résoudre à classer les beaufs satisfaits de la comédie franchouillaude (Pécas, Clair, Gérard…) ou transalpine (les horreurs avec Edwige Fenech par exemple…) ; ni les stakhanovistes du porno dont certains sont pourtant des cinéastes «détestables » (Ricaud, Cabanel…).
Mieux valait taper dans le cinéma mainstream, celui qui a pignon sur rue. Plutôt que de trouver une véritable hiérarchie dans cette nullité, je vais tenter de regrouper ces plus mauvais cinéastes selon des critères précis :

1- Joël Schumacher
2- Jan Kounen

Outre le caractère lourdaud de leur cinéma, c’est l’idéologie nauséeuse de leurs films (l’autodéfense chez Schumacher, la monumentale dégueulasserie d’un film comme Dobermann) qui m’ont fait choisir ces deux zigues en premier.

3- Adrian Lyne
4- Tony Scott

Pour ces deux là, c’est l’horreur absolue des années 80 que symbolisent à merveille ces deux cinéastes pachydermiques. Laideur visuelle constante, esthétique publicitaire et clipeuse : les deux méritent absolument de figurer dans ce classement même si certains de leurs films sont acceptables (l’échelle de Jacob de Lyne)
Dans le même ordre d’idée, je classe volontiers ces deux tâcherons britanniques dont la lourdeur de style et la prétention dans l’esbroufe ont prolongé ces sinistres années 80 dans les années 90. Il s’agit de :

5- Danny Boyle
Et
6- Kenneth Branagh 

Pour revenir au cinéma contemporain, nul ne contestera la légitimité des deux dinosaures suivants, incarnation même du cinéma hollywoodien le plus crétin, le plus réactionnaire et le plus honteusement imbibé de nationalisme rance :

7- Roland Emmerich
8- Michael Bay

Enfin, pour ne pas laisser entendre qu’il n’y a qu’un mauvais cinéaste en France, citons l’ignoble

9-Alexandre Arcady pour ces navets colonialistes (le détestable Pour Sacha) ou folkloriques (le grand pardon)

et

10-René Manzor.

Là, c’est totalement lié à ma jeunesse et les plus jeunes ne se souviennent sans doute pas de ces hallucinants navets que sont Le passage (avec Alain Delon, sur une musique de Francis Lalanne, probablement une des plus atroces BO jamais écrites en 100 ans et des poussières de cinéma !) ou 36-15 code père Noël.  Manzor est revenu plus récemment au cinéma avec Un amour de sorcière qui prouve définitivement qu’il mérite d’être dans ce classement.

Dans le même genre, j’aurais pu citer dans ce classement Zeffirelli mais je n’ai vu qu’un de ses films, George Miller (car pour faire comme Joachim en citant un film que je déteste alors que tout le monde adore ; j’ai toujours abhorré la trilogie Mad Max que je considère comme une infamie dégoûtante) ou Paul Verhoeven qui lui mériterait plutôt de figurer en tête du classement des cinéastes les plus surestimés du monde !

Pour ne pas vous laisser sur un goût amer de hargne gratuite, je vous propose aussi le classement des 10 meilleurs films qui n’existent pas, sinon dans notre imagination. Etant donné que je n’ai pas de réel talent pour l’invention, je me suis concentré sur les 10 adaptations de roman que j’aimerais le plus voir sur un grand écran :

1- La maison des feuilles (Mark Danielewski) par David Lynch (presque trop évident mais ça serait si beau !)
2- Mort à crédit (Céline) par Bruno Dumont
3- Ubu roi (Jarry) par Jean-Luc Godard
4- Trois filles de leur mère (Pierre Louÿs) par Eric Rohmer
5- La conjuration des imbéciles (John Kennedy Toole) par Jean-Pierre Mocky
6- Les chants de Maldoror (Lautréamont) par Philippe Grandrieux
7- Don Quichotte (Cervantès) par Orson Welles ou Terry Gilliam
8- Les belles endormies (Kawabata) par Hou Hsiao-Hsien
9- Le nouveau monde amoureux (Charles Fourier) par Noël Godin
10- N’importe quel conte de Benjamin Péret par Luis Buñuel

A vous de jouer…
Par Dr Orlof - Publié dans : Top des tops
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Lundi 8 octobre 2007 1 08 /10 /Oct /2007 20:10

Lolita (1997) d’Adrian Lyne avec Jeremy Irons, Mélanie Griffith, Dominique Swain

 

Je l’ai dit souvent (mes plus fidèles lecteurs me pardonneront de radoter) : je tiens Lolita de Nabokov pour l’un des plus beaux romans jamais écrits. Or sous les apparences d’une intrigue claire et d’une construction dramatique relativement linéaire, ce livre me paraît plus que jamais impossible à transposer à l’écran et pas seulement en raison du caractère sulfureux de son sujet (les amours impossibles entre un écrivain et une nymphette de 14 ans).

Comment traduire en images un style ? Comment simplement retrouver la beauté de ces mots qui ouvrent le roman ?

 

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta : le bout de ma langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents. Lo. Li. Ta

Elle était Lo le matin. Lo tout court, un mètre quarante-huit en chaussettes, debout sur un seul pied. Elle était Lola en pantalon Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolorès sur le pointillé des formulaires. Mais dans mes bras, c'était toujours Lolita. »

 

Certains s’y sont risqués. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que le cinéma viole la littérature, à condition de lui faire un bel enfant. C’est ce qu’a réussi autrefois Kubrick : son adaptation de Lolita est une trahison de Nabokov mais c’est un beau film où le cinéaste a recentré son propos sur l’aspect satirique et grotesque (grâce à l’interprétation inoubliable de Peter Sellers dans le rôle de Clare Quilty) tout en gommant la dimension obsessionnelle et passionnelle du roman. Le résultat était assez passionnant mais la véritable adaptation restait à faire.

Je ne parlerai pas de la version réalisée par Joe D’Amato pour ménager mon public féminin dont je ne soupçonnais pas l’existence mais qui a eu le bon goût de se manifester récemment.

Et voilà qu’en 1997 (déjà 10 ans !) Hollywood nous gratifiait d’une nouvelle adaptation de l’œuvre phare de Nabokov, signée Adrian Lyne, l’un des plus mauvais cinéastes du monde. Autant dire que le résultat n’est même plus une trahison mais une totale négation du roman.

En lisant ma qualification de « plus mauvais cinéaste du monde », je sais que vous allez me dire : et l’échelle de Jacob ?

Il est vrai que ce film (que je n’ai pas revu depuis sa sortie) m’avait paru très honorable et assez original. Mais il demeure une exception dans une filmographie où surnage la plus vile médiocrité.

Que dire de sa Lolita si ce n’est que le cinéaste se contente d’illustrer platement un scénario et qu’il persiste à filmer, à la fin des années 90, comme au plein milieu des hideuses années 80. Totalement dénué de style, le film adopte une esthétique publicitaire insupportable qui permet à Lyne de filmer les rapports entre Humbert Humbert et Lolita comme ceux de Mickey Rourke et Kim Bassinger dans l’abominable Neuf semaines et demie  (la petite se trémousse devant le vieux séducteur, elle court l’embrasser au ralenti…) et de mettre en scène la jalousie obsessionnelle de l’écrivain à peu près de la même manière que dans Liaison fatale (la séquence finale du meurtre est totalement répugnante).

La seule chose à sauver du désastre, c’est l’interprétation de la petite Dominique Swain, meilleure que la Sue Lyon de Kubrick et qui a plus l’âge du rôle. Pour le reste, nous passerons pudiquement sur le jeu de Jeremy Irons, aussi expressif qu’une bûche et sur l’incapacité du cinéaste à faire vibrer le moindre trouble, la moindre émotion.

C’est là sans doute son plus grand crime car Lolita, c’est avant tout du désir, de l’obsession, de la passion et une interrogation assez vertigineuse sur l’amour et la perversion (Humbert Humbert n’est-il pas, au bout du compte, la véritable victime de l’histoire ?). Chez Lyne, il ne reste plus que quelques effets tapageurs et un érotisme papier glacé totalement ridicule.

Le mot érotisme est d’ailleurs trop exagéré tant ce film dégage une odeur d’eau de javel et tant tout ce qui pourrait heurter est soigneusement aseptisé. La seule chose qu’ose Lyne, c’est  regarder sous les jupes de sa nymphette, activité somme toute honorable mais qui ne mérite en aucun cas la durée d’un long métrage (surtout deux heure et quart, ce qui est interminable !)

Bref, Adrian Lyne fait subir au roman de Nabokov le même type d’outrage que ce crétin qui a endommagé le tableau de Monet au musée d’Orsay.

Lolita ne pourra sans doute jamais être transposé cinématographiquement. Tant pis et tant mieux : chacun pourra garder pour soi les images que lui inspire la prose magnétique de Nabokov…

 

 

 

 

 

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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