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Vendredi 28 avril 2006 5 28 /04 /Avr /2006 14:53

 

Collateral (2004) de Michael Mann avec Tom Cruise, Jamie Foxx

 

 

Commençons par vous confesser une chose surprenante : je n’avais jusqu’à présent vu aucun film de Michael Mann, nouvelle coqueluche de la critique parisienne. Puisqu’il faut bien commencer par un bout, commençons par la fin puisque Collateral est, sauf erreur, son dernier film en date. Et disons le d’emblée, je suis assez surpris de cet engouement suspect (Jacques Morice dans Télérama le considère comme le meilleur cinéaste américain du moment !!) . Tout en reconnaissant un certain brio au réalisateur, je ne trouve pas le film aussi passionnant qu’on a bien voulu l’écrire et sa réputation me semble un brin usurpé. Mais n’anticipons pas.

 

 

Vincent (Tom Cruise) est un tueur à gages qui doit, le temps d’une nuit, exécuter cinq individus qu’il ne connaît ni d’Eve, ni d’Adam pour des patrons qu’il n’a jamais vus. Pour l’accompagner dans cette besogne, il jette son dévolu sur Max, un honnête chauffeur de taxi (c’est suffisamment rare pour être signalé !) qui devra désormais, sous la menace, le mener sur chacun des lieux de son forfait.

Le film se réduit donc à une longue (trop longue !) balade criminelle à travers les rues de Los Angeles. En confrontant deux individus solitaires dont les destins se trouvent fortuitement mêlés, Mann arrive (je le reconnais) à créer une certaine atmosphère pas désagréable. Il oppose un homme qui passe son existence à attendre que son rêve advienne (Max) et celui qui a décidé de prendre les choses en main et de passer à l’action sans scrupules moraux (Vincent). Cette opposition permet au cinéaste d’offrir aux spectateurs quelques notations assez justes sur la place de l’individu au cœur de la grande ville. Et tout ce qui touche à l’anonymat dans les grandes métropoles est assez bien vu (un homme mort peut se balader  pendant six heures dans le métro sans que personne ne le remarque).

De même, lorsque Vincent est chargé de se débarrasser d’une personne chère au cœur de Max, le film devient alors plus nerveux et s’améliore un peu. Mais après ?

 

 

D’après moi, Collateral est un brillant exercice de style qui ne pisse pas très loin. Morice qualifie Mann de « grand urbaniste du cinéma contemporain ». Mhouais ! je trouve que sa manière de filmer la ville n’a rien d’extraordinaire et qu’il n’habite pas vraiment l’espace (jamais on ne sent l’importance d’un lieu par rapport à un autre). Sa vision de la métropole se limite à des effets esthétiques un peu chichiteux (plans d’ensemble en plongées verticales, rues vues derrières les vitres du taxi…) et renvoie plutôt à l’esthétique des années 80. Pour le dire vite et un peu méchamment , avec ses lumières bleutées, ses images filtrées et sa soupe pop comme bande-originale ; Mann me paraît plus proche d’un  Beineix que de Melville.

Autre problème du film : la vraisemblance. Entendons-nous bien : le « réalisme » d’un récit n’est en aucun cas un gage de sa réussite. Mais même s’il est hautement improbable (le hold-up de la banque dans Inside man par exemple),  il me semble que la mise en scène doit jouer le jeu d’une certaine crédibilité (ce que réussit fort bien Spike Lee) pour rester incarnée.

Dans Collateral, on a l’impression que L.A est une ville désertée (Vincent commet ses crimes en toute impunité) et que personne ne s’intéresse au sicaire. A cet égard, la scène où il bute un type dans une boîte de nuit est symptomatique. La séquence est totalement ridicule : pas bien filmée, chichiteuse à souhait (la techno, les lumières) et invraisemblable (soit les gens continuent de danser malgré les coups de feu, soit tout le monde court et les balles ne touchent personne sans compter que les tueurs entrent et sortent sans le moindre accroc !)

 

 

Voilà le problème de Mann : privilégier le « visuel » (d’ailleurs un peu ringard si on le compare à la manière dont un Wong Kar-Waï filme la ville) au détriment d’une véritable mise en scène s’attachant aux personnages. Parfois, on succombe à l’ambiance (la scène dans la boite de jazz) mais on finit par décrocher et ne plus s’intéresser à cette histoire.

Les acteurs ne sont pas en cause, bien que je préfère largement Jamie Foxx, très convainquant dans le rôle du chauffeur de taxi au nabot Tom Cruise qui s’est composé un masque de tueur à gages monolithique (cheveux gris, lunettes de soleil) qui lui sied moyennement.

 

 

Pas désagréable, je le répète, mais ça ne m’intéresse pas beaucoup…

 

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /Avr /2006 15:12

 

Inside man (2006) de Spike Lee avec Denzel Washington, Clive Owen, Willem Dafoe, Jodie Foster

 

 

 

 Je serais bien embêté si vous me demandiez de me situer par rapport au cinéma de Spike Lee. D’une part, j’avoue avoir bien aimé ses premiers films (Nola Darling n’en fait qu’à sa tête en particulier) mais d’autre part, Malcom X (une réussite) est le dernier des Spike Lee que je connaissais, ce qui nous fait remonter, mine de rien, à plus de 10 ans. Or si  l’on en croit la critique (mais faut-il croire les critiques ?), l’œuvre qu’il a réalisée durant ce laps de temps n’aurait rien d’inoubliable. Ca reste à vérifier car la découverte d’Inside man fut une heureuse surprise pour moi qui y allait, je le confesse, un peu à reculons. 

Spike Lee s’inscrit cette fois totalement dans les rails d’un genre ultra-balisé : le film de braquage. Quatre individus déguisés en peintres en bâtiment pénètrent dans une grande banque new-yorkaise et s’apprêtent à commettre le hold-up parfait.

Neutralisation du système de surveillance vidéo, prise d’otages et négociation avec l’extérieur (l’affaire est prise en main par un flic noir incarné par l’impérial Denzel Washington) : tous les ingrédients du genre sont là et agencés avec une maestria qui captive le spectateur le plus rétif dès les premiers instants.

Je parle de spectateur rétif car lors d’une des premières séquences (l’arrivée de la police autour de la banque), Lee succombe à quelques afféteries stylistiques désagréables. Je ne sais pas si c’est le type de caméra utilisée (vidéo ?) ou le montage mais en tout cas, ça pue le numérique à plein nez et c’est très laid (pas cadré, expédié en quelques minutes). La scène passée, on retrouve la maîtrise du cinéaste : découpage classique mais nerveux, utilisation ingénieuse de l’espace clos de la banque, intelligence de la construction dramatique… Le rythme ne faiblit pas et le film regorge de bonnes idées.

La principale (et c’est la seule que je vous dévoilerai afin de ne pas gâter le plaisir de la découverte), c’est que les braqueurs déguisent tous les otages de la même manière qu’eux. Si bien que derrière leurs combinaisons, leurs masques et leurs lunettes ; il devient vite impossible d’identifier les victimes et les coupables. Ce brouillage des cartes peut bien évidemment se lire d’une manière « politique » (sans trop verser dans le délire interprétatif).

Autrefois, l’Amérique fantasmait sur un danger venu exclusivement de l’extérieur (extra-terrestres symbolisant les communistes, crainte de l’Autre…). Désormais, le ver est dans le fruit et le danger vient de l’intérieur. Derrière chaque citoyen lambda présent dans la banque peut se cacher celui qui sème la zizanie. L’idée est intéressante et Spike Lee en fait l’enjeu principal d’Inside man.

 

 

 

Mais « l’homme de l’intérieur », c’est aussi le cinéaste lui-même. Pour une fois, il travaille dans le système (film de genre, casting prestigieux –Foster, Dafoe…-) et sort de son image de cinéaste indépendant et engagé. Mais de cette position inédite pour lui, Spike Lee continue à glisser une véritable critique contre l’Amérique d’aujourd’hui et sa paranoïa sécuritaire. Je dirai même que le genre lui sied bien car en rusant, le cinéaste se révèle moins caricatural et manichéen que dans certains de ses films.

Avec un certain recul ironique (le film est parfois très drôle), Lee nous montre une Amérique xénophobe et soupçonneuse vis à vis de tout faciès suspect (les policiers incapables de faire la différence entre un Sikh et un militant d’Al-Quaida !), obsédée par l’idée du terrorisme et désormais incapable de plier le Réel pour le faire rentrer dans les cases basiques du Bien et du Mal.

 

 

 

C’est là le mérite de Lee : brouiller les cartes, jeter du flou sur les certitudes… Sans dévoiler les tenants et aboutissants du récit, il s’avère que les « méchants » ne sont pas forcément ceux que l’on croit et que les vrais ennemis de l’Amérique ne sont peut-être que ces grands capitalistes qui instrumentalisent les peurs et qui se sont enrichis grâce au sang versé dans le passé. Par son côté démystificateur, Inside man rejoint les grands films de l’an passé (Caché, A history of violence, Match point…) qui montraient  avec une rare acuité les secrets honteux sur lesquels se bâtissent les fortunes et les civilisations.

 

 

 

Si j’avais un petit reproche à adresser à ce film qui dure 2 heures 10, c’est qu’il aurait gagné à être raccourci d’une petite demi-heure (ça finit par traîner un peu sur la fin). A part ça, c’est un très bon film de genre qui se permet d’être intelligent en plus d’être brillant.

Nous n’allons pas bouder notre plaisir…

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mercredi 26 avril 2006 3 26 /04 /Avr /2006 15:01

Les choristes (2003) de Christophe Barratier avec Gérard Jugnot, François Berléand, Marie Bunel

 

 

 

Il m’est parfois reproché de ne parler que de films peu connus et surtout peu vus, empêchant ainsi un certain nombre de mes aimables (et courageux) lecteurs de commenter mes notes. Vous allez pouvoir aujourd’hui vous rattraper puisque nous allons évoquer le gros succès surprise de ces dernières années. Je retrousse mes manches pour m’acquitter de cette rude besogne : déboulonner cette statue qu’on a érigé comme symbole d’un cinéma français triomphant. Je me prépare également aux rudes représailles que  je risque de recevoir en retour. On ne touche pas effectivement sans impunité à un monument. Car, au même titre qu’Amélie Poulain, l’abbé Pierre,  Zidane ou Johnny (et Aragon ! eh ! eh !), c’est aujourd’hui ce que sont devenus ces choristes : une institution. Restons donc fidèle à notre rôle d’entrepreneur en démolition des institutions !

Je ne sais pas si vous avez fait attention à ce détail mais le film débute par un plan du drapeau américain. L’ambition est claire : face à la toute-puissance de l’Amérique, les choristes se veut une machine de guerre franco-française , une réaction à la mondialisation par le retour au terroir et aux bons sentiments.

 

 

 

Evoquons, si vous le voulez bien, cette question de « l’exception culturelle française ». Je trouve que c’est évidemment une bonne chose si elle consiste à préserver une diversité et une singularité aux cinématographies nationales. Maintenant, il ne s’agit pas de défendre un film sous le seul prétexte qu’il est français (rien à foutre de ce nationalisme rance !) et réduire le cinéma hexagonal à des sous-produits (mal) copiés sur les américains (les productions Besson) ou à un retour au bon vieux temps de l’artisanat des années 40/50. A ce compte là, mieux vaut défendre les vrais artistes américains qui tentent d’imposer leurs regards au sein d’un système de plus en plus formaté.

 

 

 

Que sont ces Choristes censés sauver le cinéma français ? Une ressortie tardive d’une antiquité de la fin des années 40 (la cage aux rossignols de Dréville avec Noël-Noël) que Barratier ne prend même pas le soin de moderniser. Le critique de Télérama parle d’un film hors de toute mode : c’est absolument faux. Des Enfants du marais à Je vous trouve très beau en passant par Une hirondelle a fait le printemps, les choristes s’inscrit dans cette tendance néo-rustique qui va chercher à la campagne le sens des « vraies » valeurs.

Face à des gamins qui n’ont rien de commun avec ceux que peuvent connaître les professeurs dans leurs salles de classe, Clément Mathieu (Gérard Jugnot, impeccable) est un saint laïc qui va faire triompher les bons sentiments, l’esprit « boy-scout », « petits chanteurs à la croix de bois » et la solidarité face à un méchant directeur tyrannique (Berléand, irréprochable lui aussi). Le film se veut rassembleur : il dénonce à la fois l’autoritarisme aveugle mais prône un certain retour aux bonnes valeurs d’antan (la cohésion du groupe, le sens « civique…Pourquoi pas militer pour le retour du service militaire obligatoire ?). Il flatte la majorité silencieuse en faisant de l’être le plus anonyme un rouage essentiel de la cohésion sociale. Pourquoi pas mais quel rapport avec la France de 2006 ? Comment croire une minute à cette guimauve qui fait éternuer à chaque plan tant elle sent la poussière et la naphtaline ?

 

 

 

D’une certaine manière, l’antidote idéal aux Choristes, c’est l’esquive.  Même thème (comment l’art, que ce soit le chant ici ou le théâtre là, peut permettre à l’individu de se révéler et de s’extirper de sa condition) mais traitement radicalement opposé. D’un côté, l’angélisme surannée d’une France réconciliée ; de l’autre, un film sombre sans être pessimiste qui montre que certains peuvent s’échapper de leur prison par le théâtre (les filles du film) alors que d’autres resteront à jamais condamnés à leurs « origines », au carcan de leur langage (voir la manière dont Kéchiche filme Krimo à la fin du film, emprisonné derrière des vitres). Dans l’esquive, il y a une dynamique entre le passage du langage de la rue à celui de Marivaux, il y a mise en scène de ces déplacements. Dans les choristes , il n’y a pas d’accroc mais seulement la révélation d’un talent collectif.

 

 

 

Je n’irai pas plus loin. D’une part parce que je trouve ce film sans intérêt mais d’autre part, parce que ça ne rime à rien de s’acharner sur une œuvre qui ne le mérite pas (je serais plus sévère si l’on tente de l’exhiber comme modèle de ce vers quoi le cinéma français doit tendre !). Part rapport aux bessoneries décérébrées ou aux comédies beaufs et vulgaires qui polluent les écrans (dont Camping semble être le dernier avatar !) ; les choristes reste un film modeste et respectueux de son spectateur.

Il n’empêche que ça reste du téléfilm antédiluvien qui aurait gagné à être diffusé sur France 3 un soir d’été…

 

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mardi 25 avril 2006 2 25 /04 /Avr /2006 15:26

 

Deux sœurs (2003) de Kim Jee-Woon

 

 

 

Curieusement, c’est au beau livre de Véronique Ovaldé, déloger l’animal, que m’a fait penser ce film coréen. Pourtant, les deux œuvres n’ont rien à voir sauf qu’elles sont construites à partir des projections mentales d’une adolescente tentant de reconstruire le réel à partir des visions fragmentaires de son expérience. Et dans le livre comme dans le film, c’est l’absence de la mère qui déclenche ce processus mental et qui fait voler en éclats contradictoires la perception que nous pouvons avoir de la réalité.

Raconté de cette manière, Deux sœurs pourrait être un lourd pensum psychologique mais Kim Jee-Woon a le bon goût de traiter son récit par le biais du genre et donc de la mise en scène.

 

 

Deux jeunes filles, Su-Mi et Su-Yeon sont de retour dans la vaste demeure familiale. Elles sont accueillies par une belle-mère aussi onctueuse qu’autoritaire et par leur père, homme préoccupé et visiblement absent. Sans raison apparente, l’angoisse s’installe : Su-Yeon se lève avec des bleus aux bras, Su-Mi est assaillie par de terrorisants cauchemars et un fantôme verdâtre fait son apparition… Film de genre, donc ; qui adopte très habilement les nouvelles recettes de l’épouvante extrême-orientale. A la manière de K.Kurosawa (Kaïro, Séance) ou de H. Nakata (Ring, Dark water); Kim Jee-Woon instaure un climat angoissant grâce à un sens très sûr du cadre et de la mise en scène. Chaque recoin de la maison devient menaçant, les armoires semblent renfermer de terribles secrets et les tentures abriter un mystère. Le cinéaste joue volontiers avec la profondeur de champ pour déstabiliser notre orientation spatiale dans la maison (un couloir donne soudain l’impression de ne plus se terminer). Les esprits chagrins regretterons justement un côté « recette » qui commence à avoir un goût de déjà-vu (avec ces moments où le cinéaste prend bien son temps pour oppresser le spectateur avec des gros plans étouffants pour soudain faire sortir une main avec un effet sonore adéquat qui ne manquera pas de causer des arrêts cardiaques) sauf que Kim Jee-Woon les applique avec une maestria et une efficacité qui forcent le respect. Sans exagérer, Deux sœurs est un film qui réserve des moments vraiment flippant sans avoir recours à de gros effets horrifiques, en jouant habilement sur le hors-champ et la suggestion. Rien que pour cette fidélité au genre, il mériterait d’être vu.

 

 

En plus de cela, c’est un film diablement intelligent. Difficile d’en livrer une analyse exhaustive car il faudrait déflorer le scénario et c‘est également du côté puzzle de l’intrigue que naît le plaisir du spectateur. Même si le principal pot aux roses du récit est assez facilement devinable (surtout pour quiconque a vu l’autre, le très beau film de Robert Mulligan), le film réserve quelques surprises que je m’en voudrais de vous dévoiler. Mais ces surprises ne viennent pas seulement du scénario mais également de la manière dont le cinéaste les agence par la mise en scène, en isolant un personnage par le cadre, en brouillant les repères spatio-temporels, en jouant sur le passage flou entre le réel et l’imaginaire. En proposant une retranscription de la réalité qui épouse les visions perturbées de Su-Mi ; il fait d’un habile film de genre un conte initiatique et cruel de l’adolescence.  

On croisera une figure de l’ogre (la belle-mère) et le thème de l’abandon (ce père désabusé) et les fantômes du passé se mêleront au passage à l’âge adulte (avec les motifs du sang menstruel et du rejet des figures parentales).

La beauté de Deux sœurs, c’est également d’éviter le côté « bouclé » du scénario. Si nous aurons des explications à la fin du film, certaines choses resteront dans l’ombre et laisseront planer une ambiguïté parfois vertigineuse : qui est vraiment cette belle-mère ? quelle est la raison de la crise d’épilepsie de cette femme venue en invité dans la maison ? Su-Mi arrivera t’elle à guérir ? que deviendra t’elle à la fin du film ?

 

 

Autant de questions qui planent sur ce film mystérieux et fascinant qui renvoient aussi bien aux angoisses les plus classiques du film de genre qu’aux vertiges les plus impénétrables de l’adolescence…

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Lundi 24 avril 2006 1 24 /04 /Avr /2006 14:22

 

Le trio pervers (1981) de Carlos Aured avec Andréa Guzon, Sara Mora

 

 

Puisque j’ai décidé de ne vous faire grâce d’aucune promiscuité, nous allons repartir sur les sentiers broussailleux du cinéma bis espagnol juste après avoir été jeter un coup d’œil du côté du cinéma expérimental. Notez que ces notes vous permettent de voyager à peu de frais en compagnie d’un guide de première qualité (qui a soupiré ?). Mais si nous étions restés la dernière fois en compagnie de zombies ibériques ; exotisme rimera cette fois ci avec érotisme. Je sentais bien que vous brûliez d’impatience que j’évoque à nouveau ce noble genre et qu’il y avait dans vos yeux égrillards autant d’impatience que de frustration. Pourquoi n’en parle t’il plus ? Brigue t’il une place à Libération ou à Radio Courtoisie ? S’est-il résolu à la chasteté la plus absolue ?

Que nenni ! les occasions de découvrir d’alléchantes nouveautés ne nous ont tout simplement pas été offertes et je profite du fait que ma sœur semble avoir déserté les lieux et que mes parents sont en Egypte pour m’encanailler à nouveau.

 

 

En fait, j’avais surtout envie de découvrir un film de Carlos Aured, docteur es-nanars, dont la carrière est assez comparable à celle de Jésus Franco ou de Léon Klimovsky (dont il fut l’assistant). Il débuta dans le fantastique avant de se reconvertir, libération des mœurs oblige, dans l’érotisme. Ses films (Espanto surge de la Tumba) sont peu sortis en France mais il fut l’un de ceux qui dirigèrent à plusieurs reprises Paul Naschy , le Lon Chaney ibérique, dans l’empreinte de Dracula (où Naschy incarne le loup-garou Waldemar Daninsky) et La venganza de la momia (où l’acteur est la momie). Bref, assez pour faire d’Aured une valeur recherchée par les amateurs de Z à tout crin.

 

 

Le trio pervers relève de l’érotisme « soft » le plus classique et ne s’embarrasse pas d’un scénario touffu. Nous y faisons la connaissance d’un homme volage qui veut à tout prix arriver à décoincer sa femme frigide. Avec la complicité d’une de ses maîtresses, il va tenter d’inculquer à Paula les préceptes énoncés par Sade au début de son indispensable Philosophie dans le boudoir :

 «  Jeunes filles trop longtemps contenues dans les liens absurdes et dangereux d’une vertu fantastique et d’une religion dégoûtante, imitez l’ardente Eugénie, détruisez, foulez aux pieds, avec autant de rapidité qu’elle, tous les préceptes ridicules inculqués par d’imbéciles parents. » (pourquoi n’étudie t’on pas Sade dans les lycées plutôt que des vermines comme Zola, Aragon ou Sartre ?)

 

 

Bon, ne nous emballons pas ! Loin du divin Marquis, la « philosophie » du film se résume plutôt à cette réplique mémorable, frappée au coin du bon sens : « Quand on est fatigué, il faut aller se coucher » (on dirait du Marc Lévy !). Ensuite, Aured se contente de filmer une succession de scènes à caractère sexuel (avec un titre comme le trio pervers, vous ne vous attendiez quand même pas à ce que l’on discute le point de croix !) , filmées avec la gracilité d’un hippopotame barbotant dans son bassin.

Comme l’héroïne du film ne semble prendre du plaisir que lorsqu’elle est brusquée, cela donne l’occasion au cinéaste de filmer un peu de « bondage » gentillet, quelques flagellations pas bien méchantes et un peu de sado-masochisme très soft. Vous ajoutez une pincée de saphisme (youpi !) et un peu de triolisme (avec tous ces termes, mon blog va attirer de nouveaux venus !) et voilà le produit bouclé.

 

 

Malgré un fond phallocrate un peu rance (c’est normal pour un homme d’avoir une maîtresse mais l’inverse n’est pas concevable), le film n’est pas désagréable malgré sa terrible nullité. Les actrices, semblant taillées par les ciseaux de Praxitèle (c’est juste pour faire un clin d’œil à Boulet qui se moque de mes éloges « fin de siècle » de la beauté féminine.  Je sais que ça ne marche absolument pas pour la drague (vaut mieux dire « t’es belle comme une miss Picardie, une fille de la télé, une Ferrari… » ) mais j’assume ma singularité… Pourquoi je vous raconte tout ça ?), sont fort godillantes. Comme le film évite le côté machiniste du porno « hard », on peut prendre un certain plaisir à les contempler dans leurs ébats.

Et si vous n’êtes pas convaincus que ce plaisir sensuel mérite à lui seul un film, je vous renvoie une nouvelle fois à Sade avec qui nous conclurons cette note :

« …convainquez-vous à son école que ce n’est qu’en étendant la sphère de ses goûts et de ses fantaisies, que ce n’est qu’en sacrifiant tout à la volupté, que le malheureux individu connu sous le nom d’homme, ligoté malgré lui sur ce triste univers, peut réussir à semer quelques roses sur les épines de la vie. »

 

 

 

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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