Vendredi 16 novembre 2007 5 16 /11 /Nov /2007 21:30

Une aventure de Billy le Kid (1971) de Luc Moullet avec Jean-Pierre Léaud

 

Ne nous attardons pas plus d’une minute sur l’aguicheuse (Luigi Scattini.1977), inénarrable antiquité très vaguement érotique qui reste pour moi l’un des films les plus laids que j’aie vu de ma vie : la photo est dégueulasse, pas un plan n’est cadré correctement et le doublage exécrable ne fait que rendre plus improbable cette énième version de La femme et le pantin (ou l’ange bleu). Si j’ai préféré ce nanar (on l’on aperçoit néanmoins la youpitante Pam Grier) au sublime To be or not to be de Lubitsch 0 (faut le faire, tout de même !), c’est que je voulais être à l’heure pour ne pas manquer un nouveau voyage dans les Alpes, toujours à la frontière franco-mexicaine (sic !) avec notre cher Moullet, le seul Luc important du cinéma français.

Que dire de cette Aventure de Billy le Kid sinon que nous y retrouvons, ô joie, l’immense Jean-Pierre Léaud qui semble s’amuser énormément à endosser les habits du célèbre bandit de l’Ouest. Nous allons l’accompagner durant une heure 15 1 à travers les paysages grandioses des Alpes et le « scénario » se résumera à cette randonnée dans les montagnes (OK, précisons néanmoins que Billy est accompagné d’une jolie compagne qu’il a ramassée en route et qu’il est censé être poursuivi par des forces de l’ordre dont nous osons mettre en doute la réelle motivation).

Le résultat est du Moullet pur jus : film de cinéphile (l’ex-critique des Cahiers du cinéma 2 s’amuse avec les archétypes du western – braquage, attaque de diligence, cavalcade dans les grands espaces…et les réutilisent avec autant d’ironie que de tendresse amusée), film loufoque et absurde (Billy s’enfuit avec un butin et son… âne ; alors qu’il est presque terrassé par la chaleur, la fatigue et la soif, il reprend soudain goût à la vie en apercevant sa compagne de route en soutien-gorge…) et film totalement nonchalant qui se contente, comme dans Les contrebandières, de suivre quelques personnages à travers des paysages assez époustouflants.

Car si le film frise une fois de plus la désinvolture la plus totale et la série Z la plus réjouissante (il faut voir Jean-Pierre Léaud et Rachel Kesterber « coincés » dans des anfractuosités de la montagne faire mine de se débattre comme des fous pour sortir d’un petit trou où ils ont l’air totalement à l’aise !), il est indéniable que Luc Moullet possède aussi un véritable sens du cadre et que certains plans sont aussi beaux qu’une faculté bloquée !

Contrairement aux deux films précédents, Une aventure de Billy le Kid a été tourné en couleurs et Moullet a un sens de l’espace que je qualifierais volontiers de fordien si je n’avais pas peur de faire s’étrangler de stupeur mon ami Vincent ! Notre lustucru joue à merveille des paysages incroyablement variés de ces montagnes (sols rocailleux, glaciers, déserts, étendues neigeuses, cours d’eau salvateurs…) et en découpant quelques silhouettes humaines dans cet environnement majestueux, il parvient mine de rien à faire de la mise en scène.

Les amateurs de westerns truffés jusqu’à ras bord de péripéties et de rebondissements auront intérêt à passer leur chemin devant cet OVNI minimaliste où il ne se passe quasiment rien. Par contre, ceux qui goûtent volontiers les voluptés enchanteresses de la contemplation et de l’humour tordu de Moullet se laisseront envoûter par la beauté des plans et par le rythme nonchalant de cette balade en plein air.  

Ils pourront alors constater que l’expérience en vaut la peine…



0 J’espère que vous n’avez pas manqué La princesse aux huîtres et La chatte des montagnes, deux petites perles de la période allemande du maître que je viens de découvrir en DVD : c’est un régal !

 

1 Quelqu’un est-il en mesure de me dire la durée exacte de ce film ? Dans le Dictionnaire des films et dans Télérama, c’est 1h45 qui est annoncée. Le film a-t-il été réduit d’une demi-heure pour son exploitation en DVD ? (puisqu’on retrouve cette durée d’1h15 annoncée dans le très beau compte-rendu que je vous citais la semaine dernière ici)

 

2 Saviez-vous que même aujourd’hui, certains de ses textes sont encore refusés par les revues « officielles » sous prétexte qu’ils sont trop irrévérencieux (pour Almodovar, par exemple). Cher monsieur Moullet, si vous tombez sur ces pages et que vous voulez bien nous confier votre prose, nous nous ferons un plaisir de publier ce texte (malgré l’intérêt que nous portons à l’œuvre du cinéaste espagnol !)

 


 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Lundi 12 novembre 2007 1 12 /11 /Nov /2007 15:52

Le cœur des hommes (2003) de Marc Esposito avec Gérard Darmon, Bernard Campan, Jean-Pierre Darroussin, Marc Lavoine, Fabienne Babe, Catherine Wilkening, Florence Thomassin

 

Mes premières remarques vont sans doute paraître très snobs mais cela faisait une éternité que je n’avais pas eu le « bonheur » de voir un film tronçonné par la publicité. Je ne regarde quasiment plus la télévision, excepté bien sûr les films que je vous commente sans relâche et que je sélectionne avant tout sur les chaînes câblées. Du coup, ça me soulage et plutôt que de critiquer en vain l’ignominie de TF1 ou de M6, je préfère les boycotter carrément.

Hier soir, l’envie m’a pris cependant de regarder le film de Marc Esposito, grand succès populaire que je ne connaissais pas et qui vient de donner lieu à une suite. Et en le découvrant entrecoupé de pubs, j’ai mesuré à quel point ce type de film était en tout point formaté pour s’insérer dans cette case convoitée du « prime time » et qu’il évoluait bien plus dans son milieu naturel à la télévision que dans une salle de cinéma.

Dès le départ, Esposito nous met dans le bain en nous annonçant la mort du père d’un des quatre copains qui se partagent l’affiche du film. Pour se faire, il aligne les gros plans sur les visages contrits des acteurs et souligne par des regards lourds à quel point ces amis sont soudés mais s’il arrive qu’ils s’engueulent ou se charrient.

 Ce n’est même plus du cinéma psychologique, c’est de la vignette publicitaire : on ne nous vend pas du fromage ou des sous-vêtements mais de l’émotion lyophilisée, empaquetée sous cellophane. Jamais le film ne se départira de cette « esthétique de la vignette » : plan d’ensemble « carte postale » qui annonce chaque séquence tournée sur le même mode : gros plans et champs/contrechamps téléfilmiques. A la fin, nous aurons même droit à la grande réconciliation dans une splendide villa dans le Midi dont l’esthétique ne manquera pas de vous faire songer à une célèbre pub pour une marque de chicorée.

On sent que Marc Esposito, ancien critique au magazine Première, veut marcher sur les pas d’Yves Robert ou de Claude Sautet : d’un côté, l’humour boulevardier d’un éléphant, ça trompe énormément, de l’autre, la chronique chaleureuse-mais-douce-amère des amitiés viriles à la Vincent, François, Paul et les autres. Je n’ai rien d’un grand fanatique de ces deux réalisateurs mais force est de constater que leur artisanat s’inscrivait encore dans un champ cinématographique.

Chez Sautet en particulier, il y a une volonté d’installer un véritable « temps » cinématographique et d’inscrire ses personnages dans un espace (ses fameux cafés enfumés- ah le bon vieux temps !) créé par une mise en scène. Après, on peut être réticent face à certaines lourdeurs psychologiques mais ça reste du « cinéma ». L’esthétique de la vignette se caractérise par une absence totale « d’espace » cinématographique (qui croit un instant que Campan est prof de sport ? aux boulots de Darroussin et de Darmon ?) et par l’incapacité à créer la moindre durée, la moindre temporalité. C’est l’idée de la pub : une scène succède à une autre en évitant surtout d’afficher la moindre ambiguïté (tout doit être « lisible » immédiatement par « l’espace disponible du cerveau »).

Cela a pour conséquence deux choses. D’une part, une absence paradoxale de rythme (le film « zappe » d’une saynète à une autre et s’avère plutôt mou et vite assez ennuyeux) ; d’autre part, des personnages qui n’en sont pas : juste des caricatures taillées à la hache. Pour que le « message » passe le mieux possible, nos quatre bonhommes se réduisent à un trait de caractère (un slogan ?) : le cocu romantique (Bernard Campan), le vieux célibataire endurci (Darmon), le séducteur volage (Marc Lavoine) et le petit commerçant discret (Darroussin). Les acteurs sont alors obligés de surligner chaque émotion pour être les plus conformes à cette « image » et ils sont assez mauvais. Si Darmon s’en sort plutôt pas mal et Darroussin aussi (sauf lorsqu’il pique sa crise de colère) ; Campan que j’ai parfois trouvé très bon (chez Blier, en particulier) est assez épouvantable et il ne cesse de grimacer. Idem pour Lavoine qui possède l’expressivité d’un agglo ! Simple faire-valoir dans le scénario, les femmes s’en sortent mieux : Catherine Wilkening (une compatriote bourguignonne !) est toujours aussi rayonnante et on se dit qu’il faut vraiment être imbécile pour tromper une femme comme elle ; et c’est avec un plaisir constant que nous retrouvons la trop rare Fabienne Babe sur un écran.

A part ces actrices (citons aussi l’étonnante Florence Thomassin), le film est lourd, épais et dénué de la moindre idée de cinéma. C’est aussi plat qu’un téléfilm mais, je le répète, c’est davantage une succession de vignettes qui n’offre aucune échappatoire au spectateur, qui ne lui permet pas de s’approcher des personnages mais souligne immédiatement l’émotion (rire ou larme) qu’on attend de lui. Aucun secret, aucune ambiguïté, aucune connaissance de l’être humain et de ses mystères (on reste dans la grossière caricature), aucun sens du hors-champ, du non-dit, du silence (la bande originale est abominable !).

Aucun intérêt, donc. Dans le genre, le rigolo Mes meilleurs copains de Poiré était bien mieux !   

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Samedi 10 novembre 2007 6 10 /11 /Nov /2007 19:07

Macbeth (1948) de et avec Orson Welles

 

C’est la première fois que nous évoquons en ces pages le nom d’Orson Welles et ce n’est sans une certaine intimidation que nous nous y collons. Tout a déjà été dit sur ce cinéaste, incontestable génie dont le premier coup d’éclat (Citizen Kane) semble voué à trôner pour l’éternité en tête du classement des « plus beaux films du monde » (voir ici). Cette hégémonie n’a d’ailleurs rien de scandaleuse et loin de moi l’idée de jouer les iconoclastes de bazar (il y en a déjà tellement sur la toile qui se veulent absolument originaux et qui finissent par défendre les mêmes choses !) : j’aime sincèrement le cinéma de Welles et j’ai eu un plaisir infini à découvrir, sur grand écran, des chefs-d’œuvre comme La soif du mal ou La dame de Shanghai. 

Cependant, l’oeuvre de Welles c’est un peu comme celle de Kubrick : un cinéma d’une tyrannique perfection qui ne laisse rien au hasard, des « machines cinématographiques célibataires » qui forcent, d’une certaine manière, le spectateur à s’incliner et qui visent plus à son ébahissement qu’à son adhésion. Encore une fois, il ne s’agit pas de remettre en question certaines hiérarchies1 mais d’avouer en toute subjectivité que nous admirons sans réserve le cinéma de Welles mais que nous lui préférons des œuvres plus « humaines » comme celles de Minnelli ou de l’immense Douglas Sirk (de la même manière que nous reconnaissons le génie de Ford ou de Walsh mais que nous leur préférons le cinéma de Hawks et Hitchcock).

Passée cette petite note d’intention, nous devons bien reconnaître, une fois de plus, que Macbeth mériterait d’être présenté dans toutes les écoles de cinéma et surtout,  à tous les cinéastes à qui il prend soudain l’envie de transposer à l’écran une pièce de théâtre (ou un roman). Ces derniers devraient se souvenir de Welles qui tourna son adaptation shakespearienne pour un petit studio spécialisé dans la série B (Republic) et qui le fit sans moyen et dans un délai record (une vingtaine de jours).

Avec des conditions pareilles, inutile de songer aux décors, aux costumes et autres colifichets qui plombent sous un académisme lourdingue la plupart de ce genre de film ! Il a bien fallu penser en terme de cinéma et c’est assez extraordinaire. Macbeth se déroule le plupart du temps dans des décors stylisés et baigne dans un incessant brouillard qui masque la pauvreté des moyens engagés. Technique éprouvée mais qui se révèle payante ici en donnant au film une atmosphère trouble, sombre et tourmentée qui convient parfaitement au climat du drame de Shakespeare.

Welles nous cueille à froid avec une séquence admirable et impressionnante où le simple enchaînement (en fondu) des plans de paysages brumeux se superpose à des plans de potions grumeleuses que préparent les trois sorcières de la pièce.

Elles commencent par interpeller les deux guerriers (Macbeth et Banquo) avant de prévoir leurs destinées futures (que vous connaissez tous !).

Dès cette ouverture, le ton est donné : bruit, fureur et onirisme feront bon ménage pendant près de deux heures. Welles donne par la suite libre court à son style expressionniste : cadre toujours inventif, changements d’axes permanents, jeu splendide entre des plongées et contre-plongées qui offrent un représentation visuelle des états d’âme de Macbeth, travail incroyable sur la lumière et les jeux d’ombres…

A l’opposé du très sage Hamlet de Laurence Olivier sorti la même année (pas un grand film mais je l’aime bien car il est au service d’une grande pièce et magnifiquement interprété par des comédiens britanniques), Welles trouve ici un équivalent visuel à la fureur shakespearienne (son Othello vaut aussi le coup !).

Je laisse désormais aux thuriféraires du génial dramaturge élisabéthain le soin de deviser sur les thèmes de la pièce et sur ses enjeux dramatiques. Je me contenterai de voir ici un parallèle entre le destin tragique du souverain régicide Macbeth et celui de Welles cinéaste. Qu’il interprète lui-même ce personnage a quelque chose de troublant car on peut y voir l’image d’une ambition démesurée et tyrannique (cette volonté de maîtrise absolue que l’on trouve chez Welles) qui s’exerce à tout prix, malgré les avertissements des oracles. Tout se passe comme si le cinéaste avait conscience de son destin mais qu’il s’échinait malgré tout à vaincre le sort, à parvenir à ses fins quitte à aller droit dans le mur.

C’est cette énergie suicidaire qui fait la grandeur et la beauté de ce Macbeth tourmenté et violent.



1 Certaines mériteraient pourtant de l’être : je pense aux toujours bonnes places qu’occupent dans ce classement les pensums de Marcel Carné alors que les films de Tati ou d’Ophuls sont bien moins représentés !

 


 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Vendredi 9 novembre 2007 5 09 /11 /Nov /2007 20:07

Les contrebandières (1969) de Luc Moullet avec Françoise Vatel

 

Avant d’aborder la nouvelle étape de notre grand « Moullethon » (je rappelle que dans six moi, ce Luc là doit être plus connu que Besson ! Internautes, encore un effort si vous voulez être révolutionnaires…), un petit mot du Déclic de Jean-Louis Richard diffusé juste avant les contrebandières. Un mot suffira d’ailleurs pour définir cette adaptation de la célèbre BD de Manara : pitoyable ! Mais il y a Florence Guérin qui reste l’un de mes plus fantasmes les plus vifs de préado et si j’étais trop jeune pour voir ses films lors de leurs sorties en salles (ils étaient interdits au moins de 13 ou 18 ans), je m’étais juré de découvrir un jour la bonne (c’est fait depuis quelques années) et ce Déclic devenu très rare. Florence reste toujours aussi belle (mais qu’est-elle devenue ?) mais on peut se dispenser de ses œuvres (quoique La bonne n’est pas totalement mauvais).

Venons-en à Moullet. Dans les contrebandières, nous retrouvons l’une des deux Brigitte de son film précédent (la délicieuse et sexy Françoise Vatel) mais elle a désormais quitté Paris pour s’installer à la frontière franco-mexicaine (sic !) et s’y adonner à la contrebande. Elle agit pour le compte d’un douanier corrompu qui, en outre, fait travailler une autre contrebandière (Francesca) de l’autre côté de la frontière. Ce sont les aventures saugrenues de ce trio pas comme les autres que nous allons suivre.

Comme tous les films de Moullet, Les contrebandières est un objet non identifié (il n’existe pas un autre film semblable à celui-là dans toute l’histoire du cinéma et les détracteurs du bonhomme pousseront sans doute un « ouf » de soulagement) pratiquement impossible à décrire.

D’humeur montagnarde, le cinéaste soigne ici plus sa mise en scène que dans le brouillon bouillonnant Brigitte et Brigitte et utilise plutôt bien son imposant décor naturel (beaucoup de gags naissent des trajectoires, des positionnements des personnages dans le champ…). Quand à la narration, elle est pratiquement toujours prise en charge par les voix-off des individus et le film ne comporte quasiment aucun dialogue (je pense que ce principe devait revenir moins cher que la post-synchronisation !).

Nous assistons donc à des pérégrinations rupestres totalement décalées et farfelues où Moullet fait preuve de son sens de l’absurde (nos deux contrebandières se retrouvent la cible favorite des douaniers, ce qui semble logique, mais également du syndicat des contrebandiers qui revendique les allocations chômage pour ses passeurs et qui traque avec un hélicoptère les non-syndiqués !) sans jamais craindre de friser le n’importe quoi (cette perche qui surgit soudain du ciel pour dégrafer le soutien-gorge de Brigitte qui a l’habitude, ne me demandez pas pourquoi, de travailler en maillot de bain et de se balader ainsi dans les vastes étendues alpines)

Une fois de plus, notre hurluberlu de cinéaste se retrouve du côté de la série Z en tournant cette parodie de film d’aventures qui se termine par un hilarant tableau de la vie de bureau (avec cet adage que je vous demande de retenir en ces périodes troublées : « voler cinq minutes de travail à son patron met de bonne humeur et augmente le rendement des employés »). Trouver un sens à ces balades sportives en plein air, ces courses-poursuites où s’enchaînent des escalades et des traversées de fleuve à la vitesse d’un escargot sous Prozac relèverait de la plus pure science-fiction. Mais bon, est-ce que le cinéma n’est pas aussi dans ces gestes simples d’humer le grand air, de concocter deux ou trois gags idiots et de regarder de jolies filles  en tenues légères ?

Je pose la question en toute innocence car en ce qui concerne Moullet, je me demande si quelqu’un est en mesure de répondre et de déterminer vraiment si c’est de l’Art ou du cochon…

 

NB : Pour poursuivre notre découverte de Luc Moullet, un excellent panorama ici.

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Jeudi 8 novembre 2007 4 08 /11 /Nov /2007 19:23

Les promesses de l’ombre (2007) de David Cronenberg avec Viggo Mortensen, Naomi Watts, Vincent Cassel

 

Nous sommes gâtés en terme de sorties ces derniers temps : après Gus Van Sant et Woody Allen les semaines précédentes, et en attendant Coppola la semaine prochaine ; voilà le nouvel opus de David Cronenberg. L’auteur de la mouche semble avoir amorcé un virage depuis A history of violence et les promesses de l’ombre s’engage résolument dans le même chemin : même classicisme de façade (un thriller rondement mené, captivant d’un bout à l’autre), même acteur principal (Viggo Mortensen, qui n’a jamais été aussi inquiétant qu’ici, bloc de granit impénétrable) et mêmes ruses d’un passé qui semble ressurgir par éclats brutaux.

A Londres, une sage-femme (Naomi Watts) tente en vain de sauver une jeune fille mineure lors d’un accouchement en catastrophe qui permet néanmoins au bébé de vivre. Afin de le rendre à sa famille et de lui éviter l’assistance publique, Anna cherche à traduire le journal de sa mère, écrit en russe. Ses démarches l’amèneront à côtoyer l’univers interlope de la mafia russe londonienne…

Cronenberg joue parfaitement le jeu des codes du « film de mafia » : bandits cravatés et laconiques, règlements de compte entre divers clans, explosions de violence (certains passages sont assez insoutenables, autant vous prévenir tout de suite). Je le répète, c’est extrêmement bien fichu et quiconque veut seulement jouir d’un bon film de gangsters sera entièrement comblé. Le cadre est toujours inspiré et, comme dans A history of violence, le travail sur la lumière est remarquable.

Mais les promesses de l’ombre vaut plus que ça et l’on sent bien que ce qui intéresse Cronenberg, c’est moins les rites mafieux (il n’est ni Coppola, ni Scorsese) mais bien la question de l’identité de l’individu et de la pérennité du Mal.

Autrefois, le cinéaste s’est employé longuement à montrer l’avènement d’une « nouvelle chair », d’un être humain mutant à l’ère des grandes épidémies (Frissons, Rage, La mouche…) et des nouvelles technologies (Videodrome, eXistenZ…). Il s’intéressait au devenir de l’homme alors que désormais, il traque le Mal dans son passé (les origines du héros de Spider, la construction narrative d’A history of violence). La métaphore la plus forte du film, ce sont évidemment ces tatouages qui ornent les corps des mafieux, traces d’un passé au cœur même de la chair humaine, qui racontent l’histoire de celui qui les arbore…Le Mal n’a plus à prendre la forme d’excroissances monstrueuses : il est inscrit dans la chair même des individus.

Cronenberg va mettre en orbite son récit autour de cette « zone morte » du passé des personnages, cette obscurité qui nappe les vicissitudes de cette famille de mafieux et qui surgit par éclairs aveuglants (les pages du journal intime de la jeune prostituée dont la traduction est lue en voix-off).

Depuis Spider, les liens familiaux et leur complexité semblent être devenus le nœud gordien du cinéma de Cronenberg. Le film tente de lever le voile opaque qui masque la nature même des liens entre un pater familias inquiétant, son fils alcoolique et plutôt dégénéré (Vincent Cassel, qui n’a pas été aussi bon depuis longtemps) et ce mystérieux « chauffeur » qu’incarne Mortensen. Il y aurait de nombreuses choses à dire sur ce sac de nœud mais je vais m’en dispenser (fainéant ! fainéant !) car pour analyser tout ça, il faudrait déflorer une intrigue qui mérite d’être préservée intacte car elle vous réserve quelques surprises. Contentez-vous de savoir que le cinéaste creuse ici des thèmes qui semblent lui devenir chers : la filiation, la transmission du Mal et l’éventualité d’une rédemption.

Une scène anodine en apparence du film indique assez bien la teneur générale des Promesses de l’ombre. Anna est à table avec sa mère et son oncle et ce dernier commence à lui parler de son ex-petit ami. Comme la jeune femme avoue qu’elle est seule, l’homme lui tient alors d’invraisemblables propos et affirme que cela n’a rien d’étonnant, que les Noirs finissent toujours par partir et qu’une union avec un homme d’une autre « race » ne pouvait peut jamais fonctionner. La preuve ? Ce bébé qu’elle aussi a perdu autrefois. Propos atroces mais qui témoignent de cette phobie que les personnages éprouvent à se « mêler » aux autres : le vieux mafieux a peur d’être contaminé par un virus quand la police lui fait une prise de sang, on intronise les individus dans un clan en leur faisant renier père et mère et en inscrivant dans sa chair la marque de son appartenance…Le drame du chauffeur, c’est justement ces tatouages qui le font appartenir à la « famille » mafieuse et en font un corps mutant, désormais inassimilable par l’autre partie (« les gens normaux » comme le proclament les parents d’Anna) de l’humanité. Il est comme Christopher Walken dans Dead zone : radicalement différent mais peut-être capable de trouver dans son irréductible étrangeté la planche de salut pour la rédemption.

Cette vision très pessimiste d’une humanité « clanique » que nous propose Cronenberg pourrait être prétexte à une extrapolation « politique » du film mais là encore, la fatigue me gagne et je vous épargne cela pour cette fois ci. Contentez-vous de retenir que les promesses de l’ombre est un film très riche (tiens, si je parlais de sa dimension «religieuse » avec ces deux faux frères et le fils qu’on veut sacrifier ; sans parler de la dernière scène assez « biblique » du film…) et qu’il mérite qu’on s’y rue sans hésiter…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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