Mercredi 8 août 2007 3 08 /08 /Août /2007 16:48

Le témoin (1978) de Jean-Pierre Mocky avec Alberto Sordi, Philippe Noiret, Roland Dubillard

 

Notre époque ne mérite pas Mocky. Elle se méfie trop de son humour râpeux et de ses films lancés comme des bombes dans les vitrines de nos bonnes consciences. D’ailleurs l’époque n’aime pas l’humour. Oh ! Certes, le « rire » est partout et il ouvre de larges boulevards aux annonceurs publicitaires ; mais ce n’est pas de l’humour. Du second degré roublard, de l’ironie mesquine, de la gaudriole épaisse, des plaisanteries resucées jusqu’à la nausée et un vague anticonformisme bien parqué derrière les barbelés des normes autorisées (Cf. les frères Larrieu) et de la bonne conscience humanitariste (Cf. Roüan) mais aucune place pour l’Umour de Jarry, le formidable éclat de rire de Vaché dans les tranchées ou celui d’Arthur Cravan, déserteur de cinq ou six pays disparu mystérieusement le long des côtes de l’Argentine. Fini l’humour noir de Breton, les cataractes dissolvantes de Benjamin Péret, l’esprit dévastateur de Guitry et d’Allais ou, pour revenir au cinéma, la frénésie destructrice des Marx, de W.C. Fields ou de Laurel et Hardy. Toutes proportions gardées, Mocky fait partie de cette lignée et il fait figure aujourd’hui de dernier des mohicans tant les tâcherons actuels de l’usine à rire ne sont là que pour ripoliner les poulies de notre monde comme il va en ostracisant tous ceux qui ne vont pas dans ce sens (on peut penser ce que l’on veut de Dieudonné mais la manière dont il a été excommunié par la grande foire médiatique est proprement ignoble !)

Bref, tout ça pour dire que notre époque ne veut plus de Mocky. Soit ! Contre vents et marées, notre cinéaste « va-t-en-guérilla » (Noël Godin) continue de se battre, de tourner des films qui ne sont plus montrés sauf dans la salle parisienne qu’il a rachetée (le Brady). Le voilà même qui investit la chaîne 13ème rue qui propose depuis un mois les « mardis Mocky ». Occasion rêvée de voir un film comme le témoin que je n’avais jamais vu.

Très modestement, Mocky nous l’a présenté comme un « grand classique » et il n’a pas tout à fait tort. En effet, le témoin n’appartient ni à la catégorie de ses comédies-guérillas, ni à celle de ses grands films noirs ravacholesques (Solo, l’albatros) mais à sa veine criminelle qui est souvent la plus soignée (voir Agent trouble ou Noir comme le souvenir).

Le film commence pourtant comme une pure comédie à la Mocky avec une idée par plan, quitte à négliger parfois la finition (d’où cette accusation permanente de « bâclage » dont souffre le cinéaste depuis près de…50 ans !).

Antonio (Alberto Sordi) est un restaurateur de tableau qui arrive à Reims où il retrouve son ami Robert (Philippe Noiret), grand notable de la ville. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où la très jeune adolescente qui posait pour le peintre est retrouvée morte après avoir été violée. Or il se trouve que ce soir là, Antonio était aux environs des lieux du crime et qu’il a vu la silhouette de Robert à cet endroit…

Le témoin est donc un film criminel relativement soigné (la très belle scène de l’enterrement de la fillette où Mocky raccorde sur toute une série de regards prouve qu’il sait parfaitement mettre en scène), qui bénéficie en outre d’un scénario solide lorgnant du côté de la comédie à l’italienne. Mais ne nous y trompons pas : l’univers de Mocky est bien là. Cette histoire de notable criminel est prétexte à une nouveau défilé de trognes totalement réjouissant : commissaires homosexuels, jardinier pédophile (le fidèle Dominique Zardi), rombières qui se dévergondent lorsque leurs maris sont absents, tendrons lubriques… Ce scénario lui sert également de terreau pour une tordboyautante satire sociale à la Chabrol, où les grands bourgeois provinciaux s’entendent pour dissimuler leurs crimes les plus abjects et où les préfets défilent cul nu sous des tabliers dans les parties fines qu’organisent les bourgeoises esseulées.

Mocky n’y va pas avec le dos de son bazooka mais ce que j’aime chez lui, c’est sa manière de ne jamais placer le spectateur au-dessus du spectacle pitoyable de cette humanité désolante. Son rire n’est jamais celui du cynique hautain qui contemple la fosse sceptique en se bouchant le nez avec ses gants de soie (il faudrait développer mais c’est, entre autre, pour cette raison que je déteste Autant-Lara). Mocky met les mains dans le cambouis : son cinéma n’est pas humaniste (manquerait plus que ça !) mais il pétrit avec un certain génie la pâte humaine. Même Noiret, qui n’a jamais été aussi bon qu’en incarnant ce plus pur salaud, n’est pas jugé définitivement. Parce qu’il est homme et qu’il a des noires pulsions qui peuvent soudain n’être plus contrôlables.

En mettant à nu l’hypocrisie des conventions sociales (la respectabilité des notables, l’innocence des préadolescentes…), Mocky signe également une charge contre l’absurdité d’un système judiciaire avide de vengeance et contre l’ignominie de la peine de mort.

Ajoutez à cela une distribution épatante (avec mention spéciale au génial Roland Dubillard, merveilleux en inspecteur fouineur) et vous obtiendrez une belle réussite dans l’œuvre sous-estimée du cinéaste.

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mardi 7 août 2007 2 07 /08 /Août /2007 14:07

Antonio das Mortes (1969) de Glauber Rocha

 

Il est plus que temps de mettre un terme à la petite trêve estivale (trêve somme toute relative puisque j’ai alimenté mon autre blog de quelques notes) que je me suis accordé en attaquant la reprise avec un morceau de choix : Glauber Rocha.

Dans le sillage de la Nouvelle Vague française, les années 60 vont voir éclore partout dans le monde de nouvelles générations de cinéastes bien décidés à rompre avec l’esthétique dominante de leurs pays respectifs. Ce sera le « free cinéma » en Angleterre, les nouvelles vagues tchèques (Forman), polonaises (Polanski, Skolimowski), japonaises (Imamura, Oshima…), italiennes (Pasolini, Bertolucci…)… Les critiques regrouperont sous le terme de « nouveau cinéma » ce vaste mouvement informel qui toucha également le Brésil. Glauber Rocha reste aujourd’hui la figure emblématique de ce « cinéma novo » dont l’importance n’est plus à démontrer mais qui reste encore très méconnu. Il est très difficile de voir actuellement ces films des années 60-70 et, pour ma part, Antonio das Mortes est le seul film que je suis parvenu à voir de Rocha.

Pour céder à la tentation de vouloir absolument trouver des influences ou des repères chez d’autres cinéastes, nous dirons qu’Antonio das Mortes évoque à la fois Pasolini (dans cette manière de filmer le peuple et de s’inscrire dans le mythe) et le Godard des années 60 (la disjonction de l’image et du son sur certaines scènes). Mais c’est réduire l’originalité d’un film qui semble inventer sa propre forme à mesure qu’il progresse.

Pour en donner une idée plus précise, nous dirons qu’il s’agit au départ d’un western ou plus exactement d’un film de cangaceiros (ces bandits issus de la classe paysanne qui donnèrent à leurs actions criminelles une portée sociale en s’opposant au gouvernement et aux grands propriétaires fonciers). Antonio das Mortes est un mercenaire engagé par un richissime propriétaire afin de débarrasser la ville d’une bande de cangaceiros. Il blesse grièvement le chef de cette bande puis se rend soudain compte des magouilles politiciennes auxquelles se livrent les propriétaires appuyés par l’église. Il décide alors d’œuvrer pour la justice…

Raconté de cette manière, vous ne percevrez sans doute pas l’originalité de ce film qui s’inscrit au cœur même de l’âme du peuple brésilien. Ces affrontements entre parties adverses sont distanciés par les chants et danses folkloriques auxquels à recours le cinéaste. L’histoire d’Antonio prend alors des allures de tragédie antique avec le peuple dans le rôle du chœur, qui vient rythmer et commenter l’histoire. Blessé, le chef cangaceiro prend le rôle du coryphée qui décille le regard d’Antonio en lui dévoilant les souffrances de son peuple paysan, asservi par le joug des grands propriétaires terriens. 

En jouant la carte de l’inscription la plus organique dans le Réel (le peuple existe comme rarement à l’écran) et de la distanciation, Rocha ne réalise pas un film didactique mais dialectique. Son héros prend peu à peu conscience des conditions de vie du peuple et de la manière dont il est exploité avant de se ranger de son côté.

Ce parcours émancipatoire (mon dieu que ce terme est laid !) d’Antonio redouble d’une certaine manière le trajet qu’effectue le cinéaste en tentant de rénover le langage cinématographique. Comme le Brésil dans son ensemble (voir l’enseigne d’une fameuse compagnie de pétrole américaine qui pollue le paysage), le cinéma brésilien est « colonisé » par l’esthétique dominante du cinéma hollywoodien. Antonio das Mortes est une proposition fructueuse pour renouer avec une culture « populaire » brésilienne (au sens le plus noble du terme) et inventer une forme cinématographique correspondant au mouvement même de l’émancipation du peuple brésilien.

Malgré ses chants, ses danses, le film n’a rien de « folklorique ». Il s’inscrit dans quelque chose de plus profond que nous pourrions nommer, avec un brin d’emphase, l’âme du peuple. D’où son caractère « ancestral », un côté granitique qui vient de la nuit des temps (et qui m’a fait un peu songer au cinéma des Straub) et qui prend naissance dans la terre. D’un autre côté, le film est absolument « moderne » dans la manière qu’il a de briser la narration, de la tenir à distance et de la malmener par le montage (le son devance ou précède parfois l’image).

Voilà qui mérite donc un petit détour et qui donne très envie de découvrir, par exemple, le dieu noir et le diable blond

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mardi 17 juillet 2007 2 17 /07 /Juil /2007 22:42

Amityville, la maison du diable (1979) de Stuart Rosenberg avec James Brolin, Margot Kidder, Rod Steiger

 

Un zeste de nostalgie pour commencer. Ayant vu très tôt de nombreux films fantastiques et d’horreur, je dois avouer sans forfanterie que je n’ai pratiquement jamais eu peur au cinéma. Certains films me font sursauter (les asiatiques sont très forts pour ça, n’est-ce pas monsieur Nakata ?) ou peuvent m’impressionner vivement sur le coup (ce ne sont d’ailleurs pas souvent des films relevant du genre : je pense au choc que fut pour moi la découverte du Salo de Pasolini) mais je n’ai pas le souvenir d’un film m’empêchant de dormir ou me donnant des cauchemars (alors que je suis parvenu, avec ma note sur Visitor Q, à faire cauchemarder ma sœur ! quel talent !).

En fait, vous vous doutez que si je commence par une longue introduction générale, c’est pour citer l’exception qui confirmera la règle. Effectivement, j’ai vu Amityville tout minot et je crois que jamais un film ne m’a autant foutu la pétoche. Sans me souvenir des détails du récit, je conservais jusqu’à hier un souvenir assez vif de ce film, resté pour moi une de mes grosses trouilles de gamin. J’avais d’ailleurs un peu peur de rompre le sortilège en le revoyant hier soir et de trouver l’œuvre maîtresse du tâcheron Rosenberg sans intérêt.

Même si j’ai désormais du mal à comprendre pourquoi ce film m’a tant traumatisé (encore que…), je dois avouer que j’ai pris un certain plaisir à cette nouvelle vision. Cette histoire de maison possédée par les esprits démoniaques fonctionne plutôt bien et elle est honnêtement réalisée.

Stuart Rosenberg se souvient qu’au cœur du cinéma d’épouvante, le film de maison hantée est quasiment un genre en-soi. Suivant les traces du grand classique La maison du diable de Robert Wise, le cinéaste commence par jouer la carte de la suggestion.

Après un prologue assez sanglant qui rappelle qu’une famille a été décimée autrefois à Amityville, le film distille la peur par petites touches lorsque emménagent les nouveaux propriétaires. Avec très peu de choses (un courant d’air glacial que ne semble ressentir que le mari, des mouches qui envahissent une pièce au moment de la venue d’un prêtre, les sanitaires qui refoulent une sorte de substance liquide noirâtre…), le metteur en scène parvient à créer un climat angoissant et lourd. C’est du très classique mais c’est plutôt bien fait. En recourant parfois à des cadres insolites (plongées depuis les plafonds de la maison ou, inversement, contre-plongée donnant à certains détails du décor une nouvelle importance), Rosenberg parvient à tirer un profit maximum de la topographie de sa maison et à en faire un véritable organisme vivant et menaçant (une des façades fait songer à un visage).

Après, il y a des choses moins réussies, quelques « effets spéciaux » inutiles et vieillis (le visage du meurtrier se dessinant en surimpression sur un mur, l’espèce de monstre aux yeux lumineux…) avant un final un peu décevant entre grand guignol et queue de poisson.

Pas un chef-d’œuvre mais du bon artisanat, plutôt bien joué par ailleurs.

Ce qu’il y a d’intéressant dans Amityville, c’est la manière dont il s’inscrit dans un courant « diabolique » du cinéma américain. Après le reflux des utopies des années 60, les années 70 ont vu revenir en force la figure du Diable, que ce soit chez Friedkin (l’exorciste, son meilleur film et celui qui synthétise le mieux le manichéisme du regard de ce cinéaste) ou dans la malédiction de Donner (et les deux séquelles autour de Damien, son personnage principal). Tout se passe comme si le cinéma traduisait un renouveau de la religiosité en Amérique et des croyances de tout type (on nous affirme quand même que ce film est tiré d’un fait divers ! C’est peut-être ça qui m’a terrorisé enfant). C’est ainsi que la figure du Mal refait surface et j’ai d’ailleurs été frappé par la ressemblance de l’acteur principal (James Brolin) avec Charles Manson. L’image de ce mari « idéal » soudain possédé par les démons au point de commettre une tuerie rituelle est assez troublante dans les similitudes qu’elle peut avoir avec des images réelles.

Sur ces considérations que je ne développe pas (eh, oh ! c’est les vacances !), je vous laisse en compagnie de Satan et m’en vais me coucher…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Jeudi 12 juillet 2007 4 12 /07 /Juil /2007 14:00

Le sixième sens (Manhunter) (1986) de Michael Mann avec William Petersen

 

Attention ! Ce Sixième sens n’est pas celui réalisé par Shyamalan et vous ne trouverez ici ni petit garçon voyant des fantômes, ni de Bruce Willis se rendant compte à la fin du film qu’il est mort ! Il s’agit ici d’un thriller de Michael Mann (dont j’ai déjà dit du mal en chroniquant le médiocre Collateral) et de la première apparition à l’écran du cannibale Hannibal Lecter.

Ne faisons pas durer le suspense : je n’aime pas beaucoup ce film mais il va nous donner l’occasion, une fois de plus, de faire le distinguo entre le scénario et la mise en scène adoptée pour faire vivre un récit, lui donner une épaisseur à l’écran.

Manhunter est une adaptation du roman Dragon rouge de Thomas Harris. Je n’ai pas lu le livre mais je pense qu’il doit être plutôt bon, les amateurs de polars me démentiront ou me le confirmeront. Parce que si le film a une qualité, c’est de posséder une bonne architecture dramatique. Pour démasquer un tueur psychopathe qui décime des familles les jours de pleine lune, les services de la police ont recours à un ancien collègue démissionnaire dont les méthodes consistent à se mettre dans la peau du tueur pour comprendre son raisonnement.

Pour se faire, il rend visite en prison au terrible Hannibal Lecter qu’il a contribué, autrefois, à faire arrêter…

Outre que les révélations successives de l’enquête policière sont efficacement agencées, cette histoire a le mérite, sur le papier, de présenter des personnages ambigus : le tueur n’est pas un être radicalement différent mais quelqu’un à qui un policier peut s’identifier jusqu’à succomber aux mêmes vertiges.

Malheureusement, toutes ces promesses ne sont pas tenues lorsqu’il s’agit de leur donner une forme cinématographique. Manhunter et ses vingt petites années apparaît aujourd’hui comme un film très daté. Pas forcément « vieillot » mais vérolé par les tics de cette atroce décennie que furent les années 80.

Ca commence par une bande-son abominable, saturée de nappes de musiques synthétiques et de morceaux chantés à la Genesis (ça situe le niveau !). Puis c’est cette photo d’une grande laideur où Mann abuse de ses fameux filtres bleutés, qui, esthétiquement, situe l’œuvre quelque part entre les séries télévisées de l’époque (Miami vice, forcément) et les horreurs à la Jean-Jacques Beineix.

Si l’on suit le film sans ennui (il faut être franc !) lorsque le scénario se concentre sur la pure résolution de l’intrigue, on sombre par contre dans une immense torpeur lors des digressions narratives que Mann se montre incapable d’incarner à l’écran. C’est ce moment parfaitement ridicule et kitsch de l’idylle amoureuse entre le tueur et la jolie aveugle (aucun cliché ne nous sera épargné, jusqu’au contre-jour sur la plage au petit matin !). C’est la relation de l’enquêteur avec sa femme et son fils (le dialogue père/fils dans le supermarché est aussi un grand moment de n’importe quoi, d’autant plus que le gamin est un épouvantable comédien).

Du coup, même l’ambiguïté perçue « sur le papier » a du mal à passer. Symptomatiquement, lorsque notre héros s’apitoie un instant sur le sort du monstre et de sa probable enfance difficile ; il précise immédiatement que l’adulte qui tue mérite d’être abattu sans la moindre pitié. Alors que la frontière entre le Bien et le Mal devrait chez lui, comme chez le Lloyd Hopkins de James Ellroy, s’estomper ; le cinéaste se dépêche de clarifier les choses et de montrer que son héros reste parfaitement sain.

Est-ce que ce manque d’ambiguïté vient aussi d’une distribution que je trouve particulièrement fadasse (à l’exception de l’acteur qui incarne Hannibal et dont Hopkins s’inspirera lorsqu’il tournera Le silence des agneaux) ? C’est possible…

Toujours est-il que Manhunter donne le sentiment d’un beau sujet gâché par une mise en scène chichiteuse et datée, incapable de donner une ampleur à cette confrontation entre un homme et le Mal absolu que représente ce « dragon rouge »…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mercredi 11 juillet 2007 3 11 /07 /Juil /2007 14:35

Barbarella (1968) de Roger Vadim avec Jane Fonda

 

En 1956, Vadim croise le chemin d’une jeune comédienne, Brigitte Bardot, qui n’a alors tourné que de sombres nanars franchouillards. Au lieu de la diriger autoritairement et de l’emprisonner dans le carcan d’un scénario bétonné, le jeune cinéaste à l’idée de génie de l’observer et de la laisser libre de ses mouvements. A l’écran, nous ne voyons plus une actrice mais une nature dont chaque geste, chaque réplique idiote (« quel cornichon ce lapin », nous n’aurions jamais entendu ça dans un film d’Autant-Lara ou de Carné !) marquera définitivement les esprits et préfigurera le cinéma de la Nouvelle Vague. Le film s’intitulera Et Dieu créa la femme et, sans être un chef-d’œuvre (loin de là !), s’il demeure encore aujourd’hui le meilleur film de Vadim, c’est qu’il fit office de pythie pour une époque nouvelle.

La suite prouvera, par contre, que Vadim fut un très mauvais cinéaste ; recyclant les vieilles recettes de l’académisme « qualité française » d’antan (adaptations de classiques comme Laclos ou Zola) en les pimentant de quelques audaces au goût du jour (un sein dévoilé, une paire de fesses fugitivement révélées…). C’est tellement flagrant aujourd’hui que j’en viens à douter du goût que je professais jusqu’à présent pour François Ozon. Un navet comme Angel ne tend-il pas à prouver que ce cinéaste a bénéficié de notre intérêt à cause de quelques provocations très à la mode lui permettant de masquer le conventionnalisme de son inspiration ? L’avenir nous le dira mais il est grand temps de fermer cette parenthèse pour en arriver à Barbarella.

Avec ce film de SF à gros budget pour l’époque (adapté de la BD de Jean-Claude Forrest) ; Vadim ne semble avoir que deux buts : en mettre plein les yeux aux spectateurs et filmer son épouse d’alors, Jane Fonda, sous toutes les coutures. 40 ans après, difficile de ne pas sourire devant un résultat aussi kitsch. Même dans les pires séries Z américaines, nous n’avons pas autant ce sentiment de ne jamais être dans l’espace mais dans un décor de studio mal fichu !

Barbarella est une jolie terrienne dépêchée par son gouvernement pour mettre la main sur l’affreux Duran Duran, inventeur d’un rayon capable de réintroduire la guerre sur une terre pacifiée depuis des siècles.

Le résultat fleure bon le « summer of love » avec cette héroïne toujours prête à se livrer corps et âme aux hommes qu’elle croise (elle retrouve même le plaisir ordinaire de l’amour charnel alors qu’une pilule permet désormais de se livrer aux ébats amoureux en se touchant seulement la main !).

Décors futuristes invraisemblables, costumes improbables (signés par le charlatan Paco Rabanne) et rebondissements cucul composeront l’essentiel de ce menu où le véritable plat de résistance reste la divine Jane.

Après le mythique strip-tease en apesanteur qui ouvre le film et qui dégivrerait le plus coincé du calcif des fidèles de Saint-Nicolas du Chardonnet ; la belle est de tous les plans et Vadim se plait à l’accoutrer des tenues les plus légères et les plus sexy. Difficile de résister à cet érotisme désuet lorsque la belle se fait attaquer par des poupées carnivores (est-ce ce film qui a inspiré Stuart Gordon ?) ou par de féroces perruches (sic !) qui lui déchirent les chairs mais surtout les vêtements (oh, yeah !). Vadim se montre obnubilé par sa muse (on le comprend, elle est à croquer !) et en fait une icône pop, capable par sa séduction de rendre à un ange la capacité de voler (l’amour donne des ailes, c’est bien connu) ou même de détraquer la « machine à plaisir » inventée par le cruel Duran Duran qui échouera à pousser à bout la volcanique blonde.

Face à un film aussi ringardissime (mais charmant), on se dit que Vadim n’a fait du cinéma que pour filmer de belles actrices sous tous les angles (mauvais cinéaste mais homme de goût !)

On se demande également un instant pourquoi l’imagerie pop et futuriste de Barbarella n’a pas permis à ce film de devenir un « must » des cinéphiles déviants. Puis on lit dans Télérama que la très mauvais Roberto Rodriguez a projeté d’en faire prochainement un remake. Ca sera sans doute nul et aseptisé (le secret de l’érotisme des années 60 et 70 est malheureusement définitivement perdu) mais la boucle est maintenant bouclée…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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