Mardi 3 avril 2007 2 03 /04 /Avr /2007 20:14

Volem rien foutre al païs (2006) de Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe

 

 

 

1-     « Arbeit macht frei » (joyeuse devise qui ornait l’entrée de certains camps nazis ).

 

 

 

Inutile de présenter ici le trublion Pierre Carles qui fut l’un des plus acerbes critiques du système médiatique français (c’est lui qui dévoila l’escroquerie de la fausse interview entre Castro et PPDA) et qui semble désormais reconverti dans une critique plus globale du capitalisme libéral mondialisé et, plus particulièrement, une remise en question assez exaltante de la valeur « travail ». Après l’excellent Attention danger travail où il suivait les traces de quelques déserteurs du marché de l’esclavage salarié tout en pointant certaines pratiques absolument immondes (on se souvient des livreurs de pizzas et des exploités du télémarketing) ; il poursuit sa critique dans Volem rien foutre al païs. Ce « documentaire » se présente sous la même forme que le précédent, montage hétérogène de petits sujets filmés par les réalisateurs et par des extraits variés (ici l’an 01 de Doillon, un film du grand Jan Bucquoy, mais également des extraits de JT, des interviews d’huiles du MEDEF, etc.). Cette fois, le propos va au-delà d’une critique cinglante du travail et tente de montrer diverses tentatives alternatives expérimentées par des individus pour échapper au salariat et aux antidépresseurs.

 

 

 

2-     « Croissance et plein emploi à tout prix et dans tous les sens : l’idéal de Keynes est aussi la devise des cellules cancéreuses. » (Jérôme Deshusses)

 

 

 

Le film s’ouvre sur le discours atterrant de l’immonde Pompidou annonçant le règne grandiose de la concurrence et du libéralisme à tout crin. La peu regrettée charogne prévient également que l’Etat n’est pas là pour encourager à la paresse. Ce qui afflige le plus dans ce flot de bêtises, c’est que nous ne sommes pas sorti de cette idéologie, comme le prouve également le petit clip pétainiste de Sarkozy sur la « France qui travaille » que montrent Pierre Carles et ses acolytes. On ne louera jamais assez ces trois lustucrus d’avoir pris à rebrousse-poil ce discours dominant et d’être parvenu à poser les bonnes questions : pourquoi produire plus ? Pourquoi travailler ? Pourquoi ne pas chercher à s’organiser autrement pour travailler le moins possible ? Etc.

Cinématographiquement, on reprochera au film d’être quelconque. Certes, les petits sujets filmés ne cassent pas des briques et ne se distinguent en rien de vulgaires reportages télé. Par contre, Carles est plutôt un bon monteur (attention aux lapsus) et le film offre des raccourcis parfois assez percutants, comme ce moment où un délégué syndical CGT trahit une fois de plus les ouvriers en se désolidarisant de ceux ayant foutu le feu aux locaux du MEDEF et où le cinéaste enchaîne immédiatement avec une pub Commodore où un patron gifle violemment ses employés.

Il y a également du cinéma dans Volem rien foutre al païs dans la mesure où les cinéastes utilisent le montage comme moyen de questionnement et non comme moyen de manipulation prosélyte. Certes, le film est engagé mais il ne recourt ni à la dramatisation larmoyante à la Michael Moore (« voyez ces pauvres ouvriers brimés par un système »), ni à la bonne conscience gauchisante (dans le style du court-métrage sur les enfants sans-papiers, projeté avant ce film). Ce que j’aime chez Carles, c’est que derrière son flegme ironique se cache un véritable enragé. Il faut le voir foutre hors de ses gonds un sinistre sbire du MEDEF en évoquant devant lui le sort de Georges Besse et expliquer très calmement que les petits sacripans d’action directe (qui pourrissent honteusement dans les geôles de notre belle République française !) n’étaient pas des illuminés mais avaient  un vrai discours politique (même si l’on peut, bien entendu, condamner leurs méthodes qui ne sont parvenus qu’à une chose : renforcer l’Etat). Sur les questions de la violence, de la gratuité (voir ces sympathiques catalans qui reprennent le mot d’ordre d’André Thirion « à bas le travail » et organisent des opérations « je fauche » pour redistribuer des repas à la population) et du système esclavagiste du salariat ; je trouve le film assez pertinent. J’ai été assez ému de revoir le génial Gébé présentant l’an 01 et analysant merveilleusement la façon dont les gouvernements instrumentalisent le spectre du chômage pour éveiller la peur et interdire toute réflexion sur le travail en général et les raisons qui nous poussent à travailler.

 

 

 

3-     «  Seul un gauchiste ou une bête peut vivre de pommes de terre. » (J.P. Manchette)

 

 

 

Si le film séduit par la manière dont il pose les questions (j’aime beaucoup les réactions d’un auditeur aux propos de grands patrons annonçant qu’en notre ère de « progrès », il était archaïque de se reposer sur des acquis sociaux vieux de 30 ans), il m’a moins convaincu par les réponses qu’il donne. Les individus que montrent les cinéastes ne sont pas antipathiques et disent parfois des choses très justes mais cela ne va guère plus loin qu’un baba-coolisme teinté d’écologisme très 70’. Certains vivent en communauté, d’autres se débrouillent pour subvenir à leurs propres besoins. Ils sont très ingénieux mais n’existent-ils pas d’autres solutions que le retour à la campagne (c’est quand même atroce, la campagne ! et ça, le film ne soulève pas le problème !) l’élevage de chèvres et les chiottes sèches ? D’une certaine manière, Carles remet en cause radicalement le travail mais ne propose qu’une façon alternative de travailler sans vraiment remettre en cause l’idée même de production (ce miroir qu’analyse formidablement le déjà très regretté Jean Baudrillard).

 

 

 

 

 

En ces sombres temps où l’idéologie du turbin à vie, payé le moins cher et avec le moins de droits sociaux possibles est en train de nous étouffer sous sa chape de plomb, Volem rien foutre al païs apparaît comme une salutaire bouffée d’oxygène, même si les solutions de rechange qu’il apporte s’avèrent assez décevantes. Mais cela nous permet quand même de nous rappeler que le travail sous la forme que l’on connaît n’est pas une fatalité et que sa remise en question a déjà inspiré les plus grands artistes et penseurs.

 

 

 

Petit florilège pour ne pas oublier :

 

 

 

« Il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, libre-penseuse ; il faut qu’il retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la paresse, mille et mille fois plus nobles et sacrés que les phtisiques Droits de l’homme, concoctés par les avocats métaphysiciens de la révolution bourgeoise, qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. » (Paul Lafargue)

 

 

 

« Un citoyen qui donne son travail pour de l’argent se dégrade au rang des esclaves. » (Paul Lafargue)

 

 

 

« Glorifier le travail est vain. Il n’y a pas lieu de béatifier le labeur. Le subir est suffisant. » (Georges Darien)

 

 

 

« Parlez de métiers. Les enfants des villes sont assez maigres pour avoir le droit de vous répondre qu’il n’en existe que des sots. » (René Crevel)

 

 

 

« Le droit au travail, c’est un non-sens. Le monde ne peut être sauvé que si tous les hommes refusent de travailler, car tout homme qui cherche à travailler davantage déséquilibre un peu plus l’économie (…). Il faut apprendre à tous la paresse avec sa beauté difficile. » (Albert Paraz)

 

 

 

« La gauche revendique le plein-emploi pour tous, nous revendiquons le chômage généralisé ! Le monde doit nous entretenir. » (Jerry Rubin)

 

 

 

« Le travail ne rend pas beau. » (Balzac)

 

 

 

« Contre ce dynamisme, il faut donc exalter la plus anti-sociale des valeurs d’insoumission, je veux dire la paresse. » (Raymond Borde)

 

 

 

« Une morale de l’oisiveté, de l’amour, du désir, de la voyance, est à la source des idées efficaces. » (Raymond Borde)

 

 

 

« Et le travail est d’abord une chose embêtante. Il l’est et doit l’être. C’est une duperie de le magnifier. C’est une insulte au Créateur qui fit du travail la grande punition. » (Albert Paraz)

 

 

 

« Le seul progrès, c’est de travailler le moins possible. » (Albert Paraz)

 

 

 

« Les hommes libres d’aujourd’hui doivent refuser tout travail autre que celui de l’esprit. Par dignité, par solidarité, par raison, parce qu’ils ne vaincront pas la crise autrement. Il est urgent de déshonorer le travail. » (Albert Paraz)

 

 

 

« Je ne veux ni travailler, ni me marier. Travail et mariage sont deux institutions contre-nature. » (Albert Paraz)

 

 

 

« L’apologie du travail, c’est, depuis que l’esclavage a disparu de l’Europe occidentale, une vieille idée des classes dirigeantes. Faire croire au monde que le labeur est le meilleur remède à l’emmerdement, voilà le fin du fin de la morale réactionnaire. » (André Thirion)

 

 

 

« Je ne doute pas qu’il faille bien peu d’humanité pour supporter sans dégoût le spectacle du travail » (André Thirion)

 

 

 

« Le travail a été ce que l’homme a trouvé de mieux pour ne rien faire de sa vie. Il a mécanisé où il s’agissait d’inventer une constante vivacité. » (Raoul Vaneigem)

 

 

 

« Apprenez à créer, ne travaillez jamais ! » (Raoul Vaneigem)

 

 

 

« Le travail se révèle en son désastre planétaire pour ce qu’il fut dès l’origine : une destruction de la vie au profit d’une rentabilité qui finit par épuiser la survie. » (Raoul Vaneigem)

 

 

 

« Aucun travail ne vaut la création d’un monde qui nous en débarrassera. » (Raoul Vaneigem)

 

 

 

« Il traitait Adam comme le dernier des derniers et lui infligeait le pire des châtiments qui puissent désoler l’humanité : j’ai nommé le travail. » (Alphonse Allais)

 

 

 

« Avec l’automation, il n’y aura plus de travail, dans le sens courant du terme, et il n’y aura plus de repos, mais un temps libre pour de libres énergies anti-économiques » (G. Pinot-Gallizio)

 

 

 

« C’est en effet du travail que suinte tout ce qu’il y a de plus sordide, de plus visqueux sur cette planète que l’on peut en fin de compte considérer comme une énorme colonie pénitentiaire » (Jacques Sternberg)

 

 

 

« Le labeur quotidien vaut toutes les écoles militaires. Il apprend la discipline, l’obéissance, la platitude, le sens du devoir. Il forme des hommes résignés à tout, élimés, malléables, routiniers, mécanisés, résistants, à peine pensants. Donc de futurs soldats admirablement conditionnés ». (Jacques Sternberg)

 

 

 

« L’homme n’est pas fait pour travailler. La preuve, c’est que cela le fatigue. » (Tristan Bernard)

 

 

 

« L’esclavage humain a atteint son point culminant à notre époque sous forme de travail librement salarié. » (George Bernard Shaw)

 

 

 

« Le travail, c’est en effet la santé. Mais celle de ceux qui vivent du travail des autres. » (Jacques Sternberg)

 

 

 

« Le travail manuel n’a en soi rien qui soit nécessairement digne, et il est en grande partie absolument dégradant. » (Oscar Wilde)

 

 

 

« De même, l’Humanité passera son temps à s’amuser, ou à jouir d’un loisir raffiné, -car sa destination est telle, et non le labeur- ou à faire de belles œuvres, ou à lire de belles choses, où à contempler l’univers avec admiration, avec enchantement pendant que la machine fera tout le travail nécessaire et désagréable. » (Oscar Wilde)

 

 

 

« Le travail doit être maudit, comme l’enseigne les légendes sur le paradis, tandis que la paresse doit être le but essentiel de l’homme. » (Kasimir Malevitch)

 

 

 

« Rien, humainement, ne justifie l’argent, ni le travail pour quiconque au-delà de deux ou trois heures par semaine au maximum. Tous les travaux non créatifs (à peu près tous les travaux exercés à ce jour) auraient pu être automatisés depuis longtemps. Et dans un système sans argent, tout le monde aurait tout ce qu’il veut, et du meilleur. » (Valérie Solanas)

 

 

 

« Ce qui pourra libérer les femmes de l’emprise masculine, ce sera donc la destruction totale du système fondé sur l’argent et le travail et non l’égalité économique à l’intérieur du système. » (Valérie Solanas)

 

 

 

« Oui ! L’argent est grotesque. Il est temps de s’en passer. Mort au crédit ! Et c’est par la suppression du travail qu’on y parviendra…Il faut liquider le travail pour liquider le chômage. Le jour où l’obligation de travailler sera percée comme un abcès gorgé de pus d’or, la vie bien vidée pourra revivre. » (Marc-Edouard Nabe)

 

 

 

« Quand on ne travaillera plus le lendemain des jours de repos, la fatigue sera vaincue. » (Alphonse Allais)

 

 

 

« Se livrer au travail, c’est ôter à l’amour et son arc, et ses flèches. » (Ovide)

 

 

 

« Je hais le travail au point de ne pouvoir l’exiger des autres » (Scutenaire)

 

 

 

« Un grand travailleur est un pauvre diable qui s’ennuie. » (Louis Scutenaire)

 

 

 

« Le problème qui est posé n’est pas celui de la gestion de l’économie, c’est la suppression pure et simple du travail comme nécessité économique, comme activité parcellaire. Le travail imposé doit être remplacé par les machines automatiques. » (Yves Le Manach)

 

 

 

« Un jour, le projet essentiel apparaîtra clairement : arrêter de bosser. Si tout le monde refusait de travailler pour le Système, alors on pourrait parler de Révolution. Le travail rémunéré justifie toutes les abjections des hommes résignés. » (M.E. Nabe)

 

 

 

« Oui, il devrait être obligatoire de ne pas travailler, de sortir de sa famille et de n’appartenir à aucune patrie. » (M.E. Nabe)

 

 

 

« Je trouve qu’un travail, ça doit rester purement alimentaire, sinon c’est l’invasion. Le type qui prend son travail à cœur, qui adore ce qu’il fait pour gagner sa vie, il est foutu, il n’a plus envie de rien faire d’autre que de gagner sa vie. Il ne peut plus aller dans les bars, lire des tas de livres, parler et baiser avec sa fiancée, jouer aux courses. Il s’intéresse à son travail. Il est foutu. » (Philippe Jaenada)

 

 

 

« On peut (…), s’irriter ou rire de l’idéologie de la chose, qui veut humaniser la prison (et puis quoi encore ? vous allez voir qu’un de ces jours il va y avoir des gens qui parleront d’humaniser même le travail, ça paraît dingue mais je vous le prédis.) » (Jean-Patrick Manchette)

 

 

 

« Ah ! Banquiers, étudiants, ouvriers, fonctionnaires, domestiques vous êtes les fellateurs de l’inutile, les branleurs de la nécessité. Je ne travaillerai jamais, mes mains sont pures. Insensés, cachez-moi vos paumes, et ces callus intellectuels dont vous tirez votre fierté. Je maudis la science, cette sœur jumelle du travail. Connaître ! Etes-vous jamais descendus au fond de ce puits noir ? Qu’y avez-vous trouvé, quelle galerie vers le ciel ? Aussi bien, je ne vous souhaite qu’un grand coup de grisou qui vous restitue enfin à la paresse qui est la seule patrie de la véritable pensée… » (Aragon, lorsqu’il n’était pas encore un répugnant vieillard sénile)

 

 

 

« Je protesterai au passage contre cette façon de voir qui fait du rendement le seul critère de notre condition d’homme. Le ciel ne travaille pas, il joue. Les hommes sont vraiment eux-mêmes lorsqu’ils sont libres ; et si je m’aperçois qu’au travail les hommes sont prétentieux, mais qu’en vacances, ils sont démocrates, je me permettrai d’être en faveur des vacances… » (G.K. Chesterton)

 

 

 

« Quant aux gens qui sont assez vicieux pour travailler sans nécessité, il faut laisser ces malheureux à leur passion, comme ceux qui s’abandonnent à d’autres excès : le travail est aussi funeste, il use aussi vite son homme que la boisson, le tabac ou l’opium… » (Georges de la Fouchardière)

 

 

 

« Si vous considérez les bêtes, Niquette, vous remarquerez que les bêtes joyeuses sont celles qui ne travaillent pas : le moineau sur son toit, le pinson dans son arbre, le papillon parmi ses fleurs, la truite dans son eau fraîche, le chat à son foyer et l’agneau folâtre et le pourceau candide qui jamais ne meurent de maladie. Les bêtes tristes, c’est le bœuf courbé sous le joug, c’est le cheval qui gagne son avoine à la sueur de son front !... Il ne faut pas croire, Niquette, les moralistes qui veulent nous faire prendre le travail pour la liberté : le travail, c’est l’esclavage, et les gens qui sont intéressés à dire le contraire sont précisément ceux qui, ne faisant rien, gagnent leur pain à la sueur du front des autres…Plus tard, ma petite fille, vous ne lirez pas les œuvres d’Emile Zola, qui chanta le travail et ses joies, car ce paradoxe du travail joyeux dénote un esprit particulièrement vicieux, et voilà pourquoi Zola n’est pas un auteur convenable pour les jeunes personnes bien élevées. » (Georges de la Fouchardière)

 

 

 

« Vous autres, bonnes gens, chrétiens de l’Occident, taisez-vous ! ou alors, si vous voulez faire table rase pour vous livrer à une nouvelle expérience, commencez par supprimer le travail. » (Blaise Cendrars)

 

 

 

« Il ne s’agit pas d’affranchir le travail, mais de le supprimer. » (Karl Marx)

 

 

 

« On prend de ces manières à quinze ans et on vieillit sans qu’on les perde. Ainsi moi j’aime pas travailler, ça m’emmerde… » (Aristide Bruant)

 

 

 

« Le travail est probablement ce qu’il y a sur terre de plus bas et de plus ignoble. Il n’est pas possible de regarder un travailleur sans maudire ce qui a fait que cet homme travaille, alors qu’il pourrait nager, dormir dans l’herbe ou simplement lire ou faire l’amour avec sa femme. Le travail peut prendre des tas de formes ; c’est surtout ce qu’on est forcé de faire régulièrement sans en avoir envie, et ce n’est pas encore que ça, mais on le définit bien par des exemples : ce sont les huit heures par jour que le comptable passe à son bureau, les dix heures par jour que le figurant gesticule au studio, les ruisseaux de sueur que le terrassier sécrète sous les poils de son torse brillant. C’est ce qu’on ne peut pas s’arrêter de faire quand on a envie de s’arrêter de le faire. » (Boris Vian)

 

 

 

« C’est tout son temps, toute sa vie que l’ouvrier consacre à l’édification d’un monde absurde et ne le concerne en rien. » (Jean-Pierre Voyer)

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Samedi 31 mars 2007 6 31 /03 /Mars /2007 18:46

Frenzy (1972) d’Alfred Hitchcock

 

S’il y a bien une chose qu’on ne pourra jamais retirer à Hitchcock, c’est d’avoir été fidèle aux mêmes thèmes toute sa vie. En découvrant Frenzy (eh oui ! je ne l’avais jamais vu), j’ai cru revoir Jeune et innocent et un certain nombre d’autres films du maître. Une fois de plus, il est question d’un homme accusé à tort d’être un tueur en série ; maniaque sexuel qui abuse des femmes avant de les étrangler avec sa cravate.

Ce qui a changé dans ce film, c’est l’époque. Hitchcock est passé de l’insouciance de la période anglaise (on batifole en attendant de trouver les véritables coupables) aux obsessions et angoisses des chefs-d’œuvre des années 50/60. Mais ce qui restait encore relativement sous-jacent dans Vertigo, Fenêtre sur cour et Psychose est étalé brutalement dans Frenzy. Hitchcock ne se préoccupe désormais plus de ce qui a fait sa renommée jusqu’alors, le suspense (le spectateur sait très rapidement qui est le meurtrier), mais livre désormais sans filet ses obsessions.

Je ne connais pas tous les films du cinéaste mais Frenzy me paraît être le plus agressif d’entre tous, celui où il ménage le moins un spectateur qui prend en pleine face le spectacle de la perversion sexuelle. Symptomatiquement, c’est également le premier film où le prude Hitchcock filme des corps nus et affiche ouvertement un grand plaisir sadique à maltraiter les femmes de son histoire.

 

Plus que le fadasse faux coupable, c’est le meurtrier qui semble avoir la prédilection du cinéaste et dans lequel il projette ses fameuses obsessions. C’est un type en apparence normal mais qui souffre de ses relations malheureuses avec les femmes. Du coup, sa frustration s’est transformée en perversion et il ne peut désormais plus imaginer une liaison autrement que sur le mode du rapport de force (dans les agences matrimoniales qu’il fréquente, il réclame des femmes soumises, qui acceptent les rapports masochistes). Cette personnalité rappelle celle d’Hitchcock, qui n’est certes pas devenu meurtrier, mais qui a sublimé ses frustrations en se comportant de manière tyrannique avec ses actrices.

Ce désir d’asservir le corps de la Femme, on le ressent très fortement dans Frenzy, avec ces séquences assez longues où le tueur « étrangle » sa première victime après l’avoir violée. Images chocs de cadavres dénudés, de regards exorbités et de langues pendantes après strangulation qui donnent au film un caractère parfois à la limite du Grand Guignol. Je pense notamment à ce passage assez hallucinant où le tueur tente de retrouver l’épingle à cravate qu’il a laissée entre les mains d’une de ses victimes. Le voilà donc dans un camion, tentant d’extirper le cadavre d’un sac de patates et de lui arracher l’objet en question de ses doigts rigidifiés. Rarement on aura traduit aussi abruptement la phobie de la chair que lorsque notre homme se retrouve la tête dans l’entrejambe de la défunte, au milieu des pommes de terre !

 

Le film serait sans doute insupportable s’il ne jouait pas la carte volontaire de l’humour noir. Dans cette scène du camion, c’est davantage le côté grotesque qui saute aux yeux que l’aspect véritablement macabre de l’action. Le côté pathologique du film, les névroses qu’il dévoile assez crûment sont distanciés par un humour parfois très morbide (la découverte du premier corps dans la Tamise alors qu’un « officiel » annonce la fin de la pollution du fleuve) ou très flegmatique (ces délicieuses scènes où l’inspecteur raconte les évènements à sa femme tout en essayant d’échapper à sa cuisine « exotique »).

 

Pour être franc, ce n’est pas le film d’Hitchcock que je préfère et je le trouve plutôt mineur (si le cinéaste maîtrise à la perfection son art, je n’ai pas noté de très grands moments de mise en scène, à part peut-être ce très beau et long travelling arrière, allant d’un pallier jusqu’à l’extérieur en redescendant des escalier, faisant office d’ellipse lors du deuxième meurtre).

Le mélange des genres (policier, horreur, comédie) fonctionne plutôt bien mais m’a empêché d’adhérer totalement au film. C’est un très bon divertissement (c’est déjà beaucoup) mais il ne laisse pas les empreintes indélébiles de ses grands chefs-d’œuvre…

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Vendredi 30 mars 2007 5 30 /03 /Mars /2007 20:03

Jesse James contre Frankenstein (Jesse James meets Frankenstein’s daughter) (1966) de William Beaudine

 

 

Ludo de Série bis est un être vil et méprisable ! Jugez plutôt : cela faisait un certain temps que, dans mon esprit, je peaufinais une introduction du tonnerre pour cette note, profitant de son absence prolongée pour vous annoncer, fier comme un coq, que je prenais le relais et me chargeais désormais de vous initier régulièrement aux joies suprêmes de la série Z la plus calamiteuse. Sauf qu’après trois bonnes semaines de désertion, voilà que le bougre nous pond hier deux notes fort passionnantes et qu’il me fait tomber mon effet à l’eau ! Si ça ne s’appelle pas couper l’herbe sous le pied des collègues ! Je propose qu’en guise de punition, le coquin nous régale de notes beaucoup plus régulières (au moins trois par semaine) et que vous, aimables lecteurs, n’hésitiez pas à aller jeter un œil à son blog dont je ne me lasserai jamais de louer la qualité. Allez lui dire que ces choses ne se font pas, bon Dieu !

Fort de cet emportement salutaire, les plus rusés d’entre-vous auront compris que j’avais déjà en tête une introduction de rechange (elle est faite !) et constateront que dans l’art de brasser du vent et du bavardage inepte, je parviens quasiment à égaler les putains politiciennes en campagne. Mais trêve de considérations oiseuses ! Il y a des choses plus importantes dans l’existence que le centrisme révolutionnaire (la bonne blague !) de Bayrou ou les provocations policières de Sarkozy, grand manitou proclamant qu’il est le seul à pouvoir mettre un terme à une situation critique qu’il a lui-même créée. Que sont ces nains, n’est-ce pas, à côté de William Beaudine, de Jesse James et de la fille de Frankenstein ? Sachez quand même repérer l’essentiel, le Grand et le Beau, s’il vous plait !

 

Bref, William Beaudine ! L’homme aux 200 films ! Celui qui fit tourner aussi bien l’immense W.C Fields (voir ici) que les pitoyables East Side Kids (voir ). L’homme qui se satisfaisait, en toute circonstance, d’une unique prise de vue (d’où son surnom de « one-shot Beaudine ») et qui arpenta tous les territoires du cinéma bis, de la comédie aux films fantastiques miteux. C’est dire le pincement au cœur qui me vint quand je découvris que son dernier film, Jesse James meets Frankenstein’s daughter, était disponible en DVD pour deux modestes euros (merci Bach films). Un titre pareil promettait moult aberrations délirantes ne pouvant qu’éveiller nos papilles de gourmet cinéphage.

Surprise ! Le film se révèle plutôt soigné et Beaudine, nonobstant un point de départ totalement surréaliste, se montre plutôt fidèle au genre et s’inscrit moins dans l’économie fauchée du Z que dans celle de la solide série B d’antan.

 

Contrairement à ce que laisse entendre le titre original du film (sans parler de la version française !), le film met en scène la petite-fille de Frankenstein, bien décidée à poursuivre les expériences de son glorieux aïeul et à créer un être hybride en greffant un nouveau cerveau sur des villageois utilisés comme cobayes. Mais face aux échecs à répétition, la damoiselle comprend qu’il lui faut un cobaye plus costaud, capable de résister au choc de l’opération…

Ca tombe bien, Jesse James et son fidèle compagnon Hank, un molosse tout en muscles qui vous désintègre en éternuant, passent dans le coin… Et Beaudine de passer d’un film fantastique dans la plus pure tradition des classiques Universal à un petit western goguenard avec saloons, rixes entre garçons vachers et marshals à la poursuite de l’ennemi public numéro un !

Fallait oser la greffe entre les deux, Beaudine l’a fait ! Et il ne s’en tire pas si mal. Bien sur, sa mise en scène est un brin poussive (elle manque un peu d’expressivité) et certains plans, en nuit américaine, sont totalement sous-exposés (on ne voit rien !) . A côté de ça, les décors sont plutôt beaux et l’on constate un véritable effort pour soigner la réalisation (un beau technicolor bien kitsch !). On oublie assez vite le passage d’un genre à un autre (j’aime quand même beaucoup ce moment où la petite-fille de Frankenstein parvient à greffer son cerveau sur Hank et rebaptise tout de suite sa créature…Igor ! Il s’agit vraiment de ne pas perdre les traditions familiales) et le film se suit sans déplaisir.

On finit juste par regretter que les alléchantes promesses annoncées par le titre ne soient finalement pas tenues et qu’en lieu et place d’une série Z hybride et disjonctée, on nous serve une honnête série B sans réel cachet…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /Mars /2007 20:01

Nabonga (1943) de Sam Newfield avec Buster Crabbe, Julie London

 

Puisque nous parlions de récompense à propos du film de Jacques Audiard (huit Césars, si je ne m’abuse), commençons par présenter ce Nabonga par la prestigieuse distinction qu’il obtint en 1985, au festival Sigma de Bordeaux. Le Navet doré fut effectivement raflé par Sam Newfield et Nabonga entra dans les annales du septième Art comme le « plus mauvais film du monde », récompense convoitée qui fit blêmir de jalousie Claude Lelouch tout en couronnant assez justement l’œuvre d’un des cinéastes les plus formidablement incompétents de l’histoire du cinéma. A ce titre, on ne louera jamais assez la maison d’édition vidéo « Bach movies » qui nous a exhumé cette perle rare sans le moindre travail de restauration, nous laissant ainsi savourer une post-synchronisation épouvantablement dégueulasse (il faut tendre l’oreille pour comprendre ce que disent ces voix françaises qui semblent avoir été enregistrées dans un hangar !). Mais cet immonde doublage n’est pas sans ajouter une certaine dose de folie surréaliste à un film déjà bien allumé…

 

L’histoire ? Ca vous intéresse vraiment ? Un avion s’écrase dans une jungle et seule une fillette s’en sort. Elle est secourue et élevée par les singes. Des années plus tard, deux groupes d’hommes blancs (un bon et un méchant) se rendent sur les lieux de l’accident pour retrouver un trésor, volé autrefois par le père de la demoiselle… Tous les ingrédients sont là pour un palpitant film d’aventures avec son lot d’exotisme, de bestioles patibulaires, de marches harassantes dans une nature hostile et de romance amoureuse entre le jeune premier et la belle sauvage… Tous les ingrédients sont là, sauf que nous sommes dans l’économie de la plus pure série Z ! Il faudra donc savoir modérer ses attentes…

La jungle ? Faudra vous contenter d’un bout de studio avec quelques feuillages ! Les animaux dangereux ? Bah, des stock-shots de documentaires animaliers feront l’affaire ! On notera quand même un grand moment où notre jeune héros se jette courageusement dans un combat au corps à corps avec un crocodile pourtant bien inoffensif (en fait, comme Bela Lugosi et sa pieuvre dans Bride of the monster d’Ed Wood ; Buster Crabbe se jette sur un reptile en caoutchouc et l’agite dans tous les sens pour donner l’illusion du mouvement et de la bataille).

Quand aux conditions de vie dans la jungle, que nous imaginions rudes et sans pitié ; nous devrons convenir que le film en donne une image réellement neuve puisque notre héroïne, élevée depuis l’enfance par les singes, est toujours impeccablement maquillée et permanentée, avec même une décoration florale fantaisiste dans la coiffure. Mieux ! Elle est parfois munie… d’un sac à main qui fera sans doute rire les amateurs de séries Z pendant de nombreuses années.

 

Absolument fauché, Nabonga et son gorille belliqueux (un acteur est caché là-dessous) se débrouille toujours pour en rajouter dans le calamiteux et le n’importe quoi. L’indigence la plus parfaite règne en maître et l’on ne pourra que s’esclaffer devant ces aventures de pacotille qui fleurent bon le colonialisme d’antan (ah ! le fidèle serviteur noir qui ne cesse de dire « oui, bwana »). A quoi bon parler « technique » (certains plans ne sont quasiment pas éclairés) alors que nous sommes dans un univers qui nous dépasse, l’univers d’un maître qui a réalisé plus de 150 films (dont le fabuleux Terror of Tiny town dont je vous avais parlé autrefois (ici), hallucinant western interprété par des nains) et que Jean-Pierre Putters n’hésite pas à qualifier d’ «père spirituel de Jess Franco ».

Tout est dit !

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mardi 27 mars 2007 2 27 /03 /Mars /2007 18:24

De battre mon cœur s’est arrêté (2005) de Jacques Audiard avec Romain Duris, Niels Arestrup, Emmanuelle Devos, Aure Atika

 

Pour quelles raisons me suis-je dis que tout était joué dès la première scène et que je ne pourrai jamais aimer ce film qui obtint pourtant un inexplicable triomphe auprès du public, de la critique et des professionnels de la profession (la pluie de Césars qui lui fut réservée) ? Jacques Audiard débute son film par un dialogue entre Tom (Romain Duris) et l’un de ses compères qui lui raconte la relation ambiguë qu’il a vécu avec son père. Le monologue qui s’engage permet de comprendre que notre type n’a jamais supporté que son père le traite comme un pote, lui parle de ses aventures sexuelles et que, d’une certaine manière, les rôles s’inversent : le fils endossant à son insu le rôle du père. Dès cette scène d’exposition, De battre mon cœur s’est arrêté sort l’artillerie lourde de la psychologie et lorsque dix minutes plus tard, nous pourrons constater que Tom vit une relation similaire avec un son père (Niels Arestrup) qui lui annonce son remariage ; on réalise alors que tout est définitivement écrit et que le film ne sortira jamais plus des rails de son psychologisme lourdaud, même si Audiard tente de le dissimuler sous un vernis de film noir et d’une retenue devenue aujourd’hui le parangon d’un nouvel académisme (comme le remarquait très justement Ludovic ici).

 

Rapport au père, donc. Tom est une petite frappe qui suit les traces de son père en magouillant dans l’immobilier (peut-on faire autre chose dans ce secteur d’activité ?). Marchand de biens, il n’hésite pas à inspecter lui-même ses possessions pour déloger les familles qui y squattent à coups de batte de base-ball. C’est lui qui se charge également de régler les coups foireux de son père (au cas où l’on n’aurait pas bien compris qu’ils ont inversé les rôles et que c’est désormais lui qui prend en charge l’existence de son père). Un beau jour, il croise l’impresario de sa mère pianiste, aujourd’hui décédée. Ce dernier lui propose une audition et, sur un étrange coup de tête, Tom décide de se remettre au piano…

 

Le thème de la filiation hante les précédents films d’Audiard (Regarde les hommes tomber) et lorsqu’on porte un tel nom, le spectateur lambda se dit que de nombreuses résonances intimes doivent parcourir De battre mon cœur s’est arrêté. Intéressant de voir comme un homme tente d’échapper à l’héritage paternel (d’une certaine manière, Michel Audiard était le pur représentant de la tendance lourde du parc immobilier du cinéma français), à l’anonymat du commerce dans sa dimension la moins glorieuse pour une sorte de rédemption par l’Art (la musique pour Tom, un cinéma de metteur en scène et non de dialoguiste pour Jacques). Intéressant de voir également la manière dont le cinéaste se drape dans une certaine humilité factice (Tom ne deviendra jamais un grand pianiste) pour tenter de réconcilier le père et la mère (cinéma « populaire » mais « profond », cinéma « psychologique » mais jouant sur la discrétion et la retenue…). Malheureusement, le film ne fonctionne pas et tous ces thèmes que le cinéaste dévide assez bruyamment (rien de plus « voyant » que sa retenue) paraissent trop étudiés et réfléchis pour prendre corps à l’écran. C’est véritablement du cinéma de scénariste, où tout paraît calibré et fabriqué. De la « qualité française » remise au goût du jour, c’est-à-dire avec moins de mots d’auteur et de cabotinage de la part des comédiens (plutôt bons ici) et plus d’ « atmosphère » (film noir et mélancolique). Mais c’est le même principe : un peu de sociologie (les associatifs qui se battent aux côtés des expulsés, c’est pour plaire à Télérama !), une tonne de psychologie (regards lourds en sous-entendus, effets soulignés lourdement, oppositions schématiques –Art et commerce-…) et pas réellement de personnages mais des « types » (à ce titre, il faudrait développer la manière dont Audiard se montre incapable de construire un personnage féminin et comment il les abandonne au cours du récit).

 

Sans être totalement ennuyeux (le récit, signé Benacquista, est plutôt solide), le film ne m’a jamais séduit et m’a plutôt agacé par ses chichis « auteurisants » (cette manière de tenter de  tout « anoblir » par la musique). Côté mise en scène, si Audiard évite l’indigence du champ/contrechamp téléfilmique du polar à la française tendance années 80 ; il se contente souvent de plans serrés auxquels il donne un vernis  moderniste  grâce à une caméra parfois portée à l’épaule et une photo ripolinée.

 

Le seul personnage qui m’a paru un peu plus intéressant, c’est celui de la répétitrice chinoise (qui, en fait, doit être vietnamienne). Lorsque Tom joue du piano devant elle, il se noue une relation qui, enfin !, ne passe ni par le langage ni par les clichés psychologiques. D’où notre déception lorsque arrive une fin totalement artificielle et qui ne s’inscrit absolument pas dans la logique du film.

 

Vous aurez compris que je n’ai décidément pas accroché du tout à ce que je considère comme un nouvel avatar de l’académisme « new look » d’un bon nombre de cinéastes français…

 

 

 

 

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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