Vendredi 30 novembre 2007 5 30 /11 /Nov /2007 17:48

Genèse d’un repas (1978) de et avec Luc Moullet

 

Une fois de plus, nous ferons l’impasse sur la polissonnerie du jeudi soir (le  médiocre « classique » de François Jouffa La bonzesse) pour arriver directement au sujet qui nous passionne en ce moment : Luc Moullet. J’ai le regret de vous dire qu’il s’agit là du dernier film diffusé sur Cinécinéma Culte et que les occasions de parler du cinéaste risquent de devenir plus rares désormais. Profitez-en et offrez-vous une pause Moullet !

Genèse d’un repas est un documentaire « engagé » à petit budget qui parvient à éviter à peu près tous les défauts du « docu-cul » didactique. L’idée est simple : Moullet se filme en train de manger et décide de remonter toute la chaîne de ses aliments (en l’occurrence ici : du thon en boite, des œufs et des bananes) pour comprendre le processus qui les amène dans nos assiettes. Voilà donc Moullet parti, caméra sous le bras, en Bretagne pour enquêter sur la fabrication et la distribution des œufs, au Sénégal pour comprendre comment le thon péché par les autochtones finit dans des boites métalliques où figurent de belles têtes de marins bretons et, enfin, en Equateur pour décortiquer la chaîne de la banane, de sa production à sa distribution.

Le résultat est assez étonnant : d’une part parce que Moullet parvient à dénoncer un certain nombre de pratiques liées à l’inhumanité complète du système capitaliste, de l’autre, parce que les problèmes soulevés à l’époque (l’exploitation des pays du tiers-monde, les délocalisations, l’odieuse logique du profit qui réduit les hommes en esclavage…) restent toujours d’actualité.

A partir d’une simple boite de conserve, le cinéaste parvient à remettre en question tout un système absurde et criminel. A l’heure où notre « Omniprésident » et ses sinistres sbires piétinent de leurs gros croquenots de beaufs joggers tout un système d’entraides sociales et viennent, sans rire, annoncer que pour mieux vivre il faudra désormais accepter et renforcer son statut d’esclave (travailler plus, s’arrêter plus tard : y a t-il vraiment une personne au monde pour croire qu’après ces effets d’annonce un ouvrier qui se ruine la santé 40 heures à la chaîne ou un travailleur à temps partiel obtiendront des salaires de ministre ?) ; il n’est pas inintéressant de découvrir ce film où Moullet montre que dans le système d’exploitation capitaliste, c’est toujours la « masse salariale » qui trinque. Pas inutile non plus de réfléchir au pourquoi de la « croissance » à tout prix, de la surproduction et de la consommation à tout crin qui amène à des situations scandaleuses où les matières premières sont détruites au moment même où les populations locales qui les produisent souffrent de sous-alimentation.

Je résume le film de façon extrêmement grossière alors que derrière l’humour noir et « naïf » de Moullet se dissimule une réflexion extrêmement fine et construite. Genèse d’un repas n’a rien d’un documentaire militant, jouant sur l’apitoiement pleurnichard envers les victimes et se contentant d’aligner les grands slogans bateau. Ce n’est pas un film didactique mais un véritable film « dialectique » : la caméra est là pour interroger, confronter, mettre en perspective et, tout simplement, regarder. Moullet donne la parole aux patrons, aux distributeurs puis la confronte à celle des ouvriers et des pêcheurs ; il met en parallèle les conditions de travail en France et dans le Tiers-monde, il décortique savamment la manière dont sont réparties les richesses à partir du produit (combien de marge pour les distributeurs, les producteurs…), bref, en termes cinématographiques, il fait du montage.

Et c’est là que le film se révèle passionnant : si les images que nous offrent Moullet sont suffisamment « parlantes » par elles-mêmes (les taudis dans lesquels vivent les pêcheurs de thons sénégalais, ces enfants engagés comme dockers dès l’âge de huit ans en Equateur…), il a en plus le mérite de les mettre en perspective, de faire réfléchir le spectateur par leur agencement et ses choix de montage. Avec peu de moyens, Moullet comprend le monde dans lequel nous vivons et il pointe dès 78 les ravages de ce qu’on n’appelait pas encore la mondialisation.

Le constat est assez terrifiant, entre ces ouvrières bretonnes qui n’ont pas le droit de s’asseoir pour effectuer leurs tâches abrutissantes sous peine de diminuer le rendement et cette très jolie sénégalaise qui se ruine la santé pour toucher des clopinettes qui lui serviront juste à payer la nourrice qui s’occupe de son enfant. Le plus navrant est sans doute ce même fatalisme qui semble toucher à la fois les dockers équatoriens, les pêcheurs sénégalais et les ouvrières françaises ; comme si ce système ignoble était l’unique voie possible, la volonté de Dieu !  

Moullet ne joue pas les redresseurs de tort (sa conclusion, très drôle, montre la manière dont sa pratique de cinéma le conduit également à enrichir les trusts multinationaux) mais il livre ici une réflexion drôle et incisive (ses vues sur la géopolitique et sur la manière dont l’occident exploite indécemment les anciens empires coloniaux sont particulièrement percutantes) sur un monde dans lequel nous végétons de plus belle.

C’est dire si ce film est indispensable…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mercredi 28 novembre 2007 3 28 /11 /Nov /2007 20:06

Le vélo de Ghislain Lambert (2000) de Philippe Harel avec Benoît Poelvoorde, José Garcia, Daniel Ceccaldi

 

Dès l’ouverture du film (la voix-off très médiatique d’Antoine de Caunes entreprenant de nous narrer les « exploits » d’un petit coureur cycliste anonyme), les choses sont fixées une fois pour toutes : plutôt que de s’intéresser à un « héros » ou, au moins, à un champion ; le cinéaste met en garde le spectateur contre la vanité de vouloir s’échapper à tout prix du troupeau… pardon, du peloton (n’y aurait-il pas là quelque chose d’anti-démocratique ?) et exalte la juste tempérance et la médiocrité où tout individu « moyen » est censé se reconnaître.

Une fois lancés ces enjeux populistes, Harel (parfaite incarnation de ce cinéma du « milieu » que j’appelais autrefois le « ventre mou » du cinéma français) déroule sans surprise sa petite comédie sans fièvre, ni exaltation.

Il retrouve ici Benoît Poelvoorde qu’il avait fait tourner dans le très mauvais Les randonneurs et José Garcia, personnage principal de son meilleur film : Extension du domaine de la lutte (Houellebecq oblige !). Grâce au grand comédien belge, on regarde le vélo de Ghislain Lambert jusqu’au bout. Certaines de ses réparties furibardes parviennent à faire mouche et l’on sourit parfois devant les démonstrations (habituelles mais on ne se lasse pas !) de son caractère irascible.  A part Poelvoorde : le néant ! Même le jeu de José Garcia, que je considère comme l’un des tempéraments comiques français les plus forts, m’a paru moins convaincant cette fois et illustre parfaitement l’échec du film. En effet, le comédien prend ici un accent belge assez ridicule qu’il ne semble pas toujours tenir. C’est totalement artificiel et on le sent mal à l’aise. Le résultat montre assez bien qu’entre la chronique populiste vaguement nostalgique (nous sommes au début des années 70, au temps de l’ORTF et d’Eddie Merckx) et la franche comédie, Harel et Garcia ne sont pas parvenus à trouver un juste milieu.  

Du coup, on est un peu gêné de contempler un spectacle qui fait l’éloge de la médiocrité non sans une certaine mesquinerie. On exalte le « peuple » comme entité a priori aimable (faut pas plaisanter ! On n’imagine pas le cinéaste « attaquer » frontalement son public comme a su si bien le faire Jean-Pierre Mocky : voir la différence entre ce film sportif mou du genou et cette charge carabinée contre la connerie humaine que reste A mort l’arbitre) mais on regarde chacun des personnages avec une certaine bassesse, accentuant leurs défauts sans chercher à leur donner plus de profondeur. Je ne suis pas en train de me transformer en père la morale imposant aux cinéastes d’être « gentils » avec leurs créatures mais il me semble qu’il faut un certain talent pour bien parler du « français  (ou, en l’occurrence, du « belge) moyen ».

Blier y est parvenu parfois (ses paumés du petit matin dans Notre histoire ou Tenue de soirée), Joël Séria aussi (à ses débuts) : Philippe Harel se contente d’épingler de manière assez facile et plutôt mesquine un petit univers prêtant facilement le flanc à la caricature (les courses de vélos en province).

Plus grave : comme 99% des films « populaires » français, le réalisateur fait de la télévision, du téléfilm ! Sa mise en scène a presque autant de consistance qu’un article du Nouvel observateur : c’est mou, c’est plat, c’est indigent ! Alors imaginez la réaction de quelqu’un comme moi qui s’intéresse au cyclisme à peu près autant qu’au CAC 40 ! Ben oui, on trouve le temps très, très long (le film dure quand même près de deux heures !).

N’insistons pas plus longuement sur ce Vélo de Ghislain Lambert parce que j’aime vraiment les deux comédiens qui se partagent son affiche et que ce n’est pas non plus une honteuse bouse.

Juste un film « fast-food » de plus : aussitôt vu, aussitôt oublié !

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mardi 27 novembre 2007 2 27 /11 /Nov /2007 18:31

El Topo (1971) de et avec Alexandro Jodorowsky

 

J’ai horreur de l’expression « film culte », employée à toutes les sauces depuis quelques temps par des folliculaires en mal d’imagination. Il suffit désormais qu’un film ait du succès pour qu’on lui accole cette étiquette galvaudée (faire des Visiteurs un « film culte » est un non-sens total !). Seuls quelques rares films peuvent mériter cette appellation. Ils se caractérisent souvent par leur caractère bizarre et/ou provocateur et ce sont souvent, à l’origine, des objets totalement confidentiels devenus de véritables objets « de culte » par le bouche à oreille et les séances de minuit. S’il fallait en citer quelques uns, nous penserions d’emblée au fabuleux Eraserhead de David Lynch, à Pink Flamingos de John Waters et à l’imputrescible Rocky horror picture show. A ce lot, on peut ajouter sans hésiter le western sous acide de Jodorowsky El Topo, deuxième long-métrage de l’auteur et le premier que je découvre.

Peut-on résumer un tel OVNI ? Essayons : El topo est un cavalier tout de noir vêtu qui chevauche dans le désert en compagnie d’un petit garçon nu. En chemin, il découvre un atroce carnage perpétré par un colonel et ses hommes. Il venge les victimes, abandonne l’enfant à des moines et s’enfuit dans le désert avec une femme. Elle l’incite à tuer les quatre maîtres du désert, ce qu’il fera avec plus ou moins de brio. Après la trahison de sa compagne, il se retrouve à la tête d’une communauté de « freaks » prisonniers dans une montagne, et tente de creuser un tunnel pour les libérer…

Alors qu’El Topo commence comme un western de Sergio Léone (l’homme sans nom venu de nulle part, les grands espaces, l’exacerbation de la violence…), ce film se transforme bien vite en fantasmagorie allégorique et ésotérique assez étonnante. Jodorowsky rythme son film en le découpant en quatre parties évoquant des épisodes bibliques (1-La Genèse, 2-Les prophètes, 3-Les psaumes, 4-L’Apocalypse) et en le truffant de symboles qui, je dois l’avouer en ce qui me concerne, nous passent souvent au-dessus de la tête.

Mais l’intérêt du film ne vient pas de ce mysticisme complètement fumeux et d’une stupidité sans nom (pardon pour les fans adeptes de toute cette supercherie ésotérico-apocalyptique !) mais du travail proprement cinématographique. Je n’apprendrai rien à personne : Jodo est connu avant tout pour son travail de scénariste de bandes dessinées (l’Incal avec Moebius restant la plus célèbre de ses contributions). Or si El Topo fait preuve d’une indéniable inventivité visuelle, il a le mérite de recourir à de véritables procédés cinématographiques (même s’ils sont parfois très baroques et proches d’un découpage BD) et de ne pas se fourvoyer dans un « cinéma phylactère » à la Bilal, sans doute le réalisateur le plus ennuyeux du monde !

Jodorowsky imprime un véritable rythme cinématographique à son film, influencé qu’il est par le western et le film d’aventures. Plastiquement, c’est absolument superbe ; avec des plans qui rappellent parfois la peinture de Dali. Car il faut bien préciser que nous sommes dans un univers totalement surréaliste où l’on trouve des œufs cachés sous le sable dans le désert et où un coup de feu sur un rocher peu faire jaillir une source d’eau potable. Le cadre est sans arrêt étonnant et le cinéaste parvient à donner une véritable forme à ses délires hallucinogènes.  

Comme le récit est totalement décousu et qu’El topo recherche une adhésion purement « plastique » et sensorielle, je dois reconnaître que j’ai parfois trouvé le temps un peu long (deux heures, c’est presque trop !). Heureusement, Jodorowsky compense ces quelques longueurs à la fois par un humour très noir (ces flots d’hémoglobines qui accompagnent les duels et autres massacres, ce moment délicieux où les hommes entament une partie de roulette russe et où un petit garçon voulant se prêter au jeu se fait malencontreusement sauter la cervelle : il fallait oser !) et par une vision hallucinée de l’humanité souffrante.

Dans la dernière partie du film, Jodorowsky oppose de manière assez grinçante (la caricature est énorme mais elle s’inscrit parfaitement dans le cadre du film) la notabilité d’une petite ville (où de vieilles rombières nymphomanes abusent de leurs esclaves nègres avant de les faire pendre en les accusant de viol !) et le peuple de parias qui vit dans la montagne. Certainement influencé par le Freaks de Browning et le sublime Terre sans pain de Buñuel, le cinéaste nous présente tout un peuple de « monstres » où l’on croise des manchots, des culs-de-jatte, des nains et autres êtres difformes  réprouvés par la société des gens « normaux ».

Le massacre final de ces « freaks » est un tableau dantesque assez impressionnant.

Et c’est pour ces quelques visions assez extraordinaires qu’El Topo mérite le détour, au-delà de son propos mystico-fumeux…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /Nov /2007 20:41

Anatomie d’un rapport (1976) de Luc Moullet et Antonietta Pizzorno avec Luc Moullet, Christine Hébert

 

Vous l’attendiez tous avec impatience et j’ai le plaisir de vous retrouver aujourd’hui pour le rendez-vous hebdomadaire le plus attendu de la toile : la faramineuse opération destinée à rendre célèbre Luc Moullet et faire de ce cinéaste le plus renommé de France. Opération de longue haleine qui ne semble pas attiser les vocations mais j’ai bon espoir que de nobles croisés prennent le relais pour chanter héroïquement les hauts faits de la geste moulletienne !

Nous quittons cette fois-ci les paysages somptueux de montagnes des derniers films pour revenir dans un appartement parisien étriqué où le poster du film Nathalie Granger (brrr !) de Marguerite Duras tient lieu de seule décoration.

Lui est un cinéaste dont les films ne marchent pas (ça vous rappelle quelqu’un ?), elle est enseignante mais confie sa lassitude « d’enseigner des choses auxquelles elle ne croit plus ». Elle en a assez également d’être considérée comme un « objet sexuel » et elle se met à revendiquer son droit au plaisir. L’harmonie du couple est rompue et ce sont dès lors de longues discussions où les deux dissèquent, comme le titre du film l’indique, la réalité de leur rapport amoureux…

Résumé ainsi, le film a tout pour faire fuir : minimalisme durassien (un film à deux dans une chambre), des moyens financiers qui ne doivent guère dépasser le salaire mensuel d’un instituteur en fin de carrière et qui donnent au film ses allures de « home movie » amateur et, pire que tout, la crainte de voir se profiler les grands discours idéologiques des années 70 et de se retrouver face à ces films « militants » tournés avec trois sous que fustigeait avec beaucoup de drôlerie Jean-Patrick Manchette.

Mais, pour reprendre les mots de l’auteur de Nada à propos de Genèse d’un repas du même Moullet (rendez-vous la semaine prochaine !), Anatomie d’un rapport est « très amusant bien qu’il s’agisse d’un film social à petit budget, chose a priori détestable ».

Ce qui est amusant, c’est la manière dont le cinéaste parvient à tordre le coup aux grands discours idéologiques alors en vogue (le féminisme n’étant qu’un avatar de cette lèpre idéologique !) pour les tourner en ridicule. Cela tient peut-être à son humour si particulier et à la figure burlesque qu’il incarne lui-même : sa voix traînante, son accent si caractéristique, sa gaucherie et son air ahuri finissent par désarmer tout didactisme.

Lorsque sa compagne lui présente la doxa féministe alors en cours (« je ne veux plus être un objet », « je veux que tu t’occupes de mon plaisir », blablabla…), Moullet lui répond très pertinemment qu’elle semble réciter un cours appris par cœur et que son couvert d’émancipation individuelle, les femmes se comportent comme des robots en généralisant des données somme toute strictement individuelles. Mais la force du cinéaste, c’est qu’il parvient néanmoins à ne pas jouer les gros phallocrates et à faire entendre également la voix d’une femme (ça me fout en rogne, cette manière de parler des femmes en général !)

Sans avoir l’air d’y toucher et sous ses allures foutraques et potaches (ce plan désopilant où Moullet filme des quidams dans la rue et affirme qu’eux ont une vie sexuelle normale car elle n’est pas l’objet d’un débat tous les soirs !), Anatomie d’un rapport prend acte d’un tournant dans la civilisation (le cinéaste se lamente humoristiquement d’être né juste à cette époque) où l’harmonie entre les sexes (de part leur différenciation) s’estompe au profit de discours revendicatifs oiseux et d’intellectualisation à outrance qui ne parviennent jamais à gommer la dimension de culpabilité (que ce soit celle des femmes et maintenant celle des hommes).

Pour Moullet, le monde est toujours analysable sous la forme d’une « comédie » (Cf. La comédie du travail). Ici, c’est la comédie du sexe qu’il décrypte avec lucidité. L’idéologie féministe est devenue alors une monnaie d’échange : plutôt que de désaliéner réellement la femme (se débarrasser de cette culpabilité liée à leur plaisir) elle n’a fait qu’inverser les termes du problème et permettre de faire porter le poids de la culpabilité sur des hommes veules et faibles (le portrait que Moullet projette de lui est peu reluisant). Tout reste finalement placé sous le signe du jeu et du rapport de force, à l’image de cet épilogue curieux où Moullet et sa co-réalisatrice se filment en train de réfléchir au film qu’ils sont en train de faire. Jeu entre le vrai et le faux accentué par le fait que le rôle de Antonietta Pizzorno soit tenu par une « actrice «  dont on peut se demander si elle « joue » à être femme ou si elle est d’abord une « femme » qui joue.

Malgré sa drôlerie et son ton badin, anatomie d’un rapport se révèle au bout du compte assez pessimiste et désenchanté.

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mercredi 21 novembre 2007 3 21 /11 /Nov /2007 14:01

Une femme de ménage (2002) de Claude Berri avec Jean-Pierre Bacri, Emilie Dequenne, Catherine Breillat

 

Alors qu’il nous a longtemps assommé avec ses adaptations littéraires académiques et ses productions monumentales (de grosses bouses comme Germinal ou Lucie Aubrac), Claude Berri semble revenir depuis quelques temps à ses premières amours et à des projets plus modestes. Certes, Une femme de ménage est encore adapté d’un roman de Christian Oster mais on ne peut pas dire que ce récit minimaliste ait un quelconque rapport avec les reconstitutions lourdes chères à Berri.

Jacques est un ingénieur du son quinquagénaire qui vit seul depuis le départ de sa femme et qui semble mal supporter la solitude. Sa vie bascule le jour où il engage Laura, une jeune fille au sourire lumineux, afin qu’elle vienne chez lui faire quelques heures de ménage. La suite est prévisible : Laura s’installe chez Jacques après une rupture sentimentale et la liaison attendue va arriver…

Le scénario d’Une femme de ménage, on a pu le constater, est bête comme chou et se réduit à ces quelques lignes. Pourtant, le film parvient à être un peu curieux car Berri ne se réfugie ni dans la psychologie, ni dans le pathos pour traiter son sujet mais, au contraire, dédramatise cette trame narrative pourtant déjà bien dépouillée. Tout s’enchaîne sans larmes (ou presque) ni transports passionnels (ou alors, ils sont bien maquillés). De fait, le film est presque « terne » dans cette manière qu’il a d’avancer sans variation de ton. Berri filme au ras du quotidien le « métro-boulot-dodo » de personnages ordinaires et c’est ce qui finit par intriguer un petit peu car il parvient ainsi à nous offrir quelques notations assez justes sur la solitude contemporaine et les difficultés à s’ouvrir aux autres (cette femme qui refuse le verre que lui propose Jacques à une terrasse de café).

Malheureusement, aussi curieux soit-il, il est difficile de dire qu’Une femme de ménage est un film réussi. D’abord parce que Berri cède à certaines facilités et n’évite pas la caricature (d’un côté, Jacques qui n’aime que la musique classique et la lecture tandis que Laura écoute d’horribles morceaux de rap et se bidonne devant Lagaf à la télévision ! Chabrol se montrait plus subtil dans La cérémonie lorsqu’il s’agissait de montrer la « lutte des classes ») Même si on sait gré au cinéaste de nous épargner le sempiternel couplet de « l’ouverture à l’autre » (en temps normal, soit Laura aurait soudain été touchée par le « grand Art », soit Jacques aurait fini par faire fi de leurs différences culturelles) et de ne pas jouer la carte du  naturalisme (même si le film est au ras du quotidien, il reste assez irréaliste et apparaît sur la durée comme une sorte de parenthèse enchantée pour un homme qui renaît à la vie grâce à l’amour d’une jeune fille) ; Une femme de ménage ne parvient que difficilement à faire exister ses personnages hors de ces différences de milieux sociaux et la métaphore de cette jeune fille qui vient « dépoussiérer » le cœur de l’homme vieillissant est un peu trop voyante.

Plus grave peut-être : pour montrer le train-train quotidien et l’ennui qui suppure de jours identiques, il me semble qu’il faut adopter un parti pris de mise en scène assez fort pour ne pas être ennuyeux. Or Berri n’a jamais été un grand cinéaste et son film est un peu plat pour montrer la platitude. Rares sont les moments où l’on échappe à une esthétique de téléfilm.

L’ensemble n’est pas honteux et si l’on échappe même souvent à l’ennui, c’est surtout grâce au couple vedette du film. Jean-Pierre Bacri est dans son registre habituel de l’homme vieillissant bougon mais il fait son numéro avec un grand talent qui lui permet justement d’éviter de se cantonner à un « numéro ». Mais c’est surtout Emilie Dequenne qui tire son épingle du jeu. Tout le monde sait que l’actrice fut révélée par sa superbe prestation dans le Rosetta des frères Dardenne (dont Berri parodie le style lors d’un court moment du film) et elle rendosse ici le costume de la fille nature issue certainement d’un milieu populaire. Ce n’est pas toujours facile de dire pourquoi un acteur est bien dans les films. On se contente souvent d’aligner les superlatifs mais ils ne disent pas réellement la nature même de la performance. Pour Emilie Dequenne, j’ai presque envie de parler de présence. Elle ne dit pas grand-chose mais elle est là et on ne l’oublie pas. Présence incroyablement charnelle qu’illumine soudain un extraordinaire sourire et qui m’a fait songer (ce n’est pas un mince compliment) à celle de Sophie Guillemin dans L’ennui de Cédric Kahn. Elle devient, au-delà de son rôle, l’image même d’une jeunesse que Jacques a vu s’enfuir et la petite flamme qui permettra -qui sait ?- à son cœur de s’embraser à nouveau…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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