Vendredi 22 juin 2007 5 22 /06 /Juin /2007 14:44

Les désaxées (1972) de et avec Michel Lemoine et Janine Reynaud, Claudia Coste

 

Serais-je le dernier, je m’entêterais à continuer mon exploration de cet immense vivier à nanars que constitue le cinéma érotique européen des années 60/70 (avant que l’arrivée de la classification X des films vienne mettre un terme au genre). Reprenons, si vous le voulez bien, des fouilles archéologiques que j’avais délaissées depuis un certain temps et arrêtons-nous sur le cas de Michel Lemoine.

Héraut du cinéma bis des années 60, Lemoine fut d’abord remarqué comme acteur (on a pu le voir chez Jess Franco –Necronomicon- ou chez Bénazéraf –Frustration-) avant de réaliser ses premiers films soft aux débuts des années 70 (citons Les chiennes (alias : Le manoir aux louves) ou Les frôleuses (alias : Les confidences érotiques d’un lit trop accueillant)).

Puis, comme la plupart des artisans de cette époque, il se reconvertit dans le cinéma porno hard, signant la plupart de ses films du pseudonyme de Michel Leblanc. J’avoue n’avoir vu aucun de ses films X mais d’après les connaisseurs, ils se caractérisent par une esthétique papier glacé et représentent la part la plus aseptisée du genre. Signalons cependant qu’il fit tourner à de nombreuses reprises sa muse Olinka et que la simple évocation de ce nom fera venir un petit soupir nostalgique à bien des polissons !

Les désaxées est son premier film « officiel » (il aurait réalisé auparavant un film en Allemagne dont la paternité lui aurait été retiré pour d’obscures raisons juridiques) et le cinéaste le présente comme une œuvre fortement teintée d’autobiographie. Nous y faisons la connaissance de Michel, un libertin qui souhaite entretenir avec sa femme une relation libre et assouvir ses désirs pour les autres femmes sans pour autant renoncer à son amour. De son côté, Marianne (la sublime Claudia Coste, aux petits airs de Jeanne Goupil) pourra elle aussi faire l’expérience de la liberté.

J’avoue que l’aspect kitsch des films érotiques des années 70 est l’une de mes principales motivations pour les regarder (la plupart sont, quand même, terriblement ennuyeux). Kitsch, les désaxées l’est par certain aspect : les tenues des acteurs, une musique assez atroce et une mise en scène qui a assez mal vieilli malgré quelques jolies idées (Lemoine parvenant à brouiller la chronologie de la narration sans jamais souligner les flash-back). Mais ce qui étonne le plus, c’est que ce film s’avère, au bout du compte, totalement sincère et finalement assez émouvant.

L’érotisme n’est pas utilisé ici comme un appât commercial mais s’inscrit au cœur même des motivations d’un personnage qui souhaite vivre pleinement les idéaux de Mai 68. Michel s’obstine à voir dans le mariage autre chose qu’une prison et souhaite assouvir ses désirs sans pour autant cesser d’aimer sa femme. Il souhaite d’ailleurs partager ses plaisirs avec elle et l’inviter dans ses ébats (ce qui nous vaudra de belles et tendres scènes de triolisme). Je sais qu’en écrivant ces mots à l’heure du plus puant retour à l’ordre moral et au révisionnisme le plus abject concernant 68 (cause de tous nos maux actuels), j’ai l’impression de parler un dialecte que plus personne ne comprend mais le film est intéressant car il ne fait pas l’impasse sur l’écueil de ce type de relations utopiques.

Tout n’est pas réussi dans les désaxées et on aimerait parfois un peu plus de vigueur dans le montage, un peu plus de rigueur dans la direction d’acteurs (Janine Reynaud, épouse de Lemoine à l’époque, est néanmoins très bien). Mais il y a dans ce film un brin mortifère (surtout lorsqu’on le découvre 35 ans après) une vraie sincérité qui se conjugue assez bien avec un fond de tristesse.

Pas un chef-d’œuvre mais une curiosité pour ceux qui n’ont pas d’a priori sur un genre assez codifié…

 

NB : Signalons également le plaisir qu’il y a de voir dans les films de ces années-là de véritables femmes, sensuelles et suaves, à l’écran. Elles ont malheureusement totalement disparu du cinéma cochon depuis le début des années 90 où l’on a commencé à utiliser, à deux, trois exceptions près, des poupées de synthèse reconstituées en usine…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mercredi 20 juin 2007 3 20 /06 /Juin /2007 20:31

Persépolis (2007) de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud

 

Me voilà bien embêté pour débuter cette note puisque Persépolis fait partie de ces films incritiquables. En effet, il faudrait être une brute pour ne pas être touché par ce récit autobiographique d’une jeune femme qui a connu la dictature du Shah d’Iran, la révolution islamiste, la guerre, l’exil et le déracinement et ne pas ressentir un pincement au cœur devant les moments les plus émouvants du film. Et si je commence à émettre quelques réserves sur cette œuvre promise à un grand succès public (les applaudissement qui conclurent la projection en avant-première d’hier soir le garantissent), on va me taxer de sans cœur. Pourtant, face à ce genre de film, j’ai toujours la peur que cette émotion soit « verrouillée » d’entrée de jeu ; qu’elle ne soit pas distillée par une construction de la mise en scène mais par un simple chantage au vécu. Qui sommes-nous, petits occidentaux nantis, gorgés de suffisance, pour oser porter un regard critique sur une expérience aussi douloureuse et aussi traumatisante ? A partir du moment où Marjane Satrapi a vécu les évènements terribles qu’elle décrit, il n’y a plus de place pour un autre discours que celui de l’émotion et de la tautologie (« la guerre, c’est terrible »). Où l’art cinématographique peut-il alors trouver sa place ? Heureusement, si la dessinatrice me semble parfois heurter les écueils que je viens d’évoquer ; elle parvient aussi à les contourner assez brillamment.

Détaillons.

Pour dire très vite et de façon schématique, une œuvre d’art m’intéresse lorsqu’il y a adéquation entre un fond et une forme. C’est pour cette raison que je tiens Persépolis, la bande dessinée, pour quelque chose de très grand alors que j’avoue ne m’intéresser que très peu à ce domaine de la création. Pour raconter son enfance et son adolescence à Téhéran sous le régime totalitaire des ayatollahs ; Marjane Satrapi a su trouver un style (noir et blanc, trait simple voire presque naïf…) correspondant à merveille (me semble-t-il) à ce que pouvait être son regard de petite fille sur les évènements.

Or ce trait si caractéristique de son auteur, on le retrouve bien évidemment dans ce film d’animation qui reste assez fidèle, malgré certaines ellipses, aux bandes dessinées d’origine. Et c’est dans ce trait que se niche, en grande partie, les qualités de Persépolis le film. Marjane Satrapi parvient à dégonfler l’emphase de la grande Histoire par son point de vue d’enfant puis d’adolescente. Les évènements prennent d’autant plus d’ampleur qu’ils sont vus du point de vue intime.

Par son sens incroyable de la narration, du détail cocasse (le marché noir où Marjane achète sous le manteau des cassettes du groupe Iron Maiden) et du portrait, Satrapi parvient à dédramatiser le contexte dans lequel elle a grandi. Persépolis, il est plus que temps de le préciser, est aussi un film très drôle où le spectateur croise des personnages haut en couleurs (la mamie rebelle, portrait assez classique mais attachant dans la mesure où c’est Danielle Darrieux qui se charge de sa voix), des observations très justes sur le passage de l’adolescence ou les premières amours difficiles et des passages assez désopilants où la cinéaste évoque sa confrontation à une autre culture (ses premiers concerts de hard à Vienne, son regard sur le folklore autrichien…).

Tout ce qui relève de l’autoportrait est vraiment très réussi et l’on retrouve dans le film ce mélange délicat d’humour et de gravité qui faisait le prix de la BD.

Là où le bât blesse, c’est lorsque l’auteur décide de tirer de son expérience individuelle de grandes leçons d’humanisme. Cette dimension était déjà présente dans les BD mais me semblait davantage couler de source. En quatre volumes, Satrapi avait moyen de plus fouiller ses personnages et son récit pour que cet aspect arrive naturellement. Dans le film, cela semble plus artificiel et l’animation même plombe un peu la légèreté du trait pour surligner les passages émouvants.

Plus que de grands discours, une scène me semble particulièrement résumer ma pensée. Marjane est à Vienne, avec sa bande de potes, des punks vaguement anars et nihilistes. Un soir de Noël, l’un d’entre eux récite à nouveau son sempiternel discours sur le néant et sur l’inintérêt patent de l’existence. Alors Marjane s’emporte et, pour lui clouer le bec, lui rappelle que son oncle est mort pour avoir défendu la liberté, héroïsme qui prouve de manière irréfutable l’intérêt de la vie. L’émotion que nous propose Satrapi est de cet ordre : elle ne souffre aucune réplique, aucune risposte car elle repose sur du vécu (mais j’aimerai sincèrement qu’on me prouve en quoi les millions de morts qu’on fait toutes les guerres ont amélioré en quoique ce soit le sort de l’humanité !) Et Persépolis, en misant sur cette seule émotion, n’énonce plus alors que quelques sophismes à l’usage d’un public enseignant ou lecteur de Télérama : la guerre, contrairement à ce que disait Apollinaire, n’est pas jolie ; l’intégrisme, c’est mal mais on ne touche pas aux religions, la condition des femmes sous l’islamisme est pire que celle des hommes… Cela ne va pas plus loin et c’est le ralliement à l’humanitarisme le plus plat, celui qui se contente de l’ordre des choses ici sous prétexte que lesdites choses vont beaucoup plus mal là-bas (à l’image de cet ignoble clip pour la Ligue des droits de l’homme diffusé avant le film où l’on se réjouit que des jeunes cons puissent proférer les pires banalités médiatiques sur des hommes politiques. C’est fou le nombre d’individus qui croient encore sincèrement qu’ils ont le choix lorsqu’ils votent pour l’UMP ou le PS !)

Je vous rassure, ces platitudes d’ordre général me paraissent assez ponctuelles dans un film qui sait conserver le point de vue de son héroïne. Et malgré les défauts énumérés, Persépolis parvient à transposer à l’écran ce regard singulier et précieux de cette jeune fille surdouée. Pour ces beaux yeux, le film mérite un petit crochet…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Lundi 18 juin 2007 1 18 /06 /Juin /2007 19:45

She-devil (1989) de Susan Seidelman avec Meryl Streep, Roseanne Barr

 

Petit jeu amusant : trouvez pour chaque décennie un cinéaste qui fut célébré en grandes pompes pour avoir humé un peu de l’air du temps et qui, quelques années plus tard, a sombré dans le plus légitime oubli ou dans la plus terne des médiocrités. Pour les années 60, je citerais volontiers Vadim et Eric Rochant pour les années 90. Quand aux années 2000, gageons que Christophe Honoré occupe déjà la pole position dans la liste des cinéastes branchouilles surestimés que nos enfants ne connaîtront sans doute plus. Tous ces cinéastes « à la mode » sont déjà insupportables en temps normal alors imaginez les cinéastes « branchés » de la plus immonde décennie de tous les temps : les années 80 ! Eh bien Susan Seidelman fait partie de ces spécimens rares !

Je me souviens encore du succès de Recherche Susan désespérément et de son côté « hyper tendance » (Madonna, les émois sentimentaux de la jeunesse branchée…): j’étais trop jeune pour l’avoir vu en salles mais je l’ai découvert quelques années plus tard et l’ai trouvé absolument nul.

She-devil, c’est encore pire !

Pitch (employons le vocabulaire raffiné d’un rédacteur des Inrocks) : une brave mère de famille au physique ingrat (c’est peu de le dire) décide de se venger froidement de son mari comptable lorsque celui-ci s’éprend d’une belle et richissime romancière à succès (Meryl Streep, en Barbara Cartland d’opérette).

A quelques niveaux que nous prenions ce film, il s’avère lamentable.

Sur le fond, il dégage de vieux relents de féminisme rance puisque la mère de famille décide de prendre en main son destin et de châtier un mari qui cumule les défauts de la gente masculine (lâcheté, priapisme, bêtise…). D’un autre côté, la cinéaste prend parti pour le boudin contre les belles femmes (forcément niaise, superficielle et affublée d’un petit caniche ridicule). C’est la revanche de la ménagère anonyme contre les déesses hollywoodiennes. Misère de ce féminisme aigre et mesquin, dégorgeant autant de frustrations et de ressentiments qu’un discours d’une chienne de garde !  Jamais nous ne nous identifierons à la femme délaissée et c’est le premier échec du film que de rendre Roseanne Barr (actrice au demeurant exécrable) totalement antipathique alors que malgré sa niaiserie supposée, Meryl Streep est beaucoup mieux et bien plus attachante.

Rarement j’ai vu un film qui fonctionne autant à rebrousse-poil. Ca aurait pu finir par le rendre intriguant sauf que Seidelman se montre incapable de donner un semblant de vie à sa collection de caricatures et barbotte pendant une heure et demie dans la fange de la vulgarité.

Viens alors le moment d’envisager le film au niveau du « rire » qu’il provoque puisque c’est censé être une comédie. Là encore, le résultat est affligeant : pas de rythme, pas de gags, pas de répliques cinglantes, pas de construction de situations comiques…L’horizon que tente d’atteindre la cinéaste, c’est celui de la sitcom (outre l’héroïne de la série Roseanne, que je n’ai jamais vu, on repérera dans un second rôle de gigolo latinos un des acteurs de l’ineffable feuilleton Santa Barbara) et elle ne parvient qu’à en restituer l’indigente platitude formelle.

Vulgarité, bêtise et mesquinerie sont les seuls mots qui viennent à l’esprit pour qualifier cette affligeante pochade pas drôle.

Nous n’épiloguerons donc pas plus…

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mardi 12 juin 2007 2 12 /06 /Juin /2007 20:29

Boulevard de la mort (2007) de Quentin Tarantino avec Kurt Russell

 

Si je voulais être méchant (ce n’est pas mon style !) et attaquer d’emblée par une petite polémique ; je dirais que Tarantino est le Christophe Honoré américain. Comme lui, il se contente désormais de dupliquer les films du passé en tentant de leur donner une petite connotation contemporaine. Maintenant que je vous ai bien fait bouillir, précisons que l’auteur de Pulp fiction se situe à des coudées au-dessus d’Honoré et cela pour deux raisons. La première, c’est qu’il a la cinéphilie beaucoup moins snob et qu’on sent toujours plus chez lui la passion de l’adolescent que la volonté d’épater les mondains. La deuxième, c’est que Tarantino refait des films de genre. Or ce cinéma de genre fonctionne, par essence, sur des stéréotypes et il n’y a donc aucun inconvénient à se les réapproprier puisqu’ils sont toujours opérants (tandis que de la Nouvelle Vague, Honoré ne retient que quelques tics formels qu’il régurgite scolairement et de façon totalement artificielle).

Boulevard de la mort joue donc sans complexe la carte du film de « drive-in » avec son cascadeur tueur qui poursuit en voiture de jolies donzelles décervelées pour les mettre en pièces. Scénario basique mais construit sur un dispositif assez malin (nous y reviendrons), hommage appuyé au cinéma d’exploitation qu’adule Tarantino et qu’il va jusqu’à imiter dans la texture de l’image (les sautes de pellicules au moment des raccords, la photo très 70’, l’utilisation du zoom). D’après moi, Boulevard de la mort est, après Kill Bill, ce que fut Mars attacks après Ed Wood dans la filmographie de Tim Burton : une volonté de réaliser une véritable série Z après un grand film réflexif sur leur amour commun pour le cinéma bis.

Certes, Kill Bill, sans doute le plus grand film du cinéaste, était déjà un film de genre mais qui parvenait à dépasser tous les styles convoqués. On pouvait y voir à la fois un hommage, une réflexion d’un cinéphile sur le cinéma l’ayant nourri mais sans que cette inspiration se fasse au détriment d’une vraie richesse narrative ou des personnages construits (Uma Thurman, c’est quand même autre chose que Kurt Russell, même si il est très bien !)

Boulevard de la mort ne possède pas cette ampleur et se révèle beaucoup plus simple : une équipe de filles en bagnole et un tueur à leurs trousses avec une structure en boucle puisque la deuxième partie semble reprendre la première avec de légères variations : photo plus soignée aux couleurs plus contrastées et plus vives, filles plus « viriles » (elles aiment les mêmes films que Tarantino, en particulier le Point limite zéro de Richard Sarafian, grande référence du film), etc. (curieusement, ce dispositif m’a moins fait penser aux films de genre qu’à Une sale histoire d’Eustache). Je n’ai lu pour l’instant qu’une seule critique de ce film, celle de Télérama, mais en feuilletant d’autres revues, je me rends compte que les zélateurs du film vont délirer sur cette astuce scénaristique.

Voir dans ce dispositif un parangon de la modernité me paraît exagéré. Le film m’a paru beaucoup moins emballant d’un point de vue narratif que ne le furent Jackie Brown ou Kill Bill et Tarantino ne tire pas grand-chose de ce dispositif si ce n’est l’idée, assez illustrative, que les films de « drive-in » sont construits sur cet éternel retour des mêmes stéréotypes, déclinables à l’infini.

Pour résumer la construction des deux parties de boulevard de la mort, nous observerons qu’elles se composent dans un premier temps d’une longue séquence dialoguée, plutôt brillamment (marque de fabrique du cinéaste depuis Reservoir Dogs) où les filles se crêpent le chignon ; puis d’une course-poursuite entre elles et notre cascadeur bas du front.

Le résultat est brillant (franchement, on ne s’ennuie pas une seconde et Tarantino reste un virtuose de la caméra) mais m’a néanmoins paru d’une abyssale vacuité. De plus, j’ai retrouvé dans ce dernier opus ce qui m’agaçait un peu dans ses deux premiers films : une manière de jouer au petit malin et d’afficher sa cinéphilie déviante comme quelque chose de très « tendance » (un peu à la manière des bobos prisant les 33 tours !). Vous remarquerez que les personnages ne parlent que de ça : comment être « cool », comment se donner des frissons pour « déconner », sans parler du « look » de ses potiches vulgaires censées incarner l’essence de la féminité d’aujourd’hui. Ceux qui parlent de grand film « féministe » me font marrer. D’une part parce que Tarantino filme des personnages féminins bêtes à manger du foin, d’autre part parce que je conseille à ceux qui pensent ainsi de revoir le Faster pussy cat, kill !kill ! de Russ Meyer (cinéaste cité au générique de fin du film. Les deux meilleurs moments du film sont d’ailleurs les génériques !) pour constater que Tarantino n’a rien inventé et qu’il se contente de puiser largement dans ledit film (et dans ceux de Robert Lee Frost, entre autres).

Bon, je le répète : je surjoue ici la sévérité parce qu’il me semble que l’accueil réservé à ce film me semble un peu disproportionné. A côté de cela, c’est un pur exercice de style, très virtuose, qui se regarde avec un vrai plaisir. Entre Gomez et Tavarès 2 et Shrek 3, y a pas à tortiller : c’est Tarantino qu’il faut préférer.

De là à en faire le film de l’année…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Vendredi 8 juin 2007 5 08 /06 /Juin /2007 20:10

Infernal affairs (2002) de Andrew Lau et Alan Mak avec Tony Leung, Andy Lau

 

La côte de ce petit thriller urbain « made in Hong Kong » n’a cessé de croître depuis que Martin Scorsese en a réalisé un brillant remake l’an dernier (les infiltrés). J’étais curieux de découvrir cette œuvre originelle qui met en scène deux adversaires qui ne se connaissent pas mais qui œuvrent tout deux comme « taupe ». L’un est un truand infiltré chez les flics tandis que l’autre est un flic parvenu à s’introduire dans le « milieu » pour y cueillir des renseignements…

Difficile d’évoquer ce film sans se prêter au petit jeu des comparaisons. Comparaisons qui s’imposent d’autant plus que Scorsese est resté très fidèle à l’original, au point de refaire certaines scènes à l’identique (la scène de l’ascenseur à la fin du film, par exemple) et de reprendre à son compte les inventions de Lau et Mak (même rôle des téléphones portables, mêmes rendez-vous perchés sur des toits, même scènes au cinéma ou chez la psychanalyste…). Pourtant, au risque de faire hurler les idolâtres du cinéma asiatique (dont je fais partie, d’ailleurs !), je dois avouer que les infiltrés me paraît un film plus abouti, avec plus de souffle et d’ampleur.

Ne nous méprenons pas : Infernal affairs est un polar rondement mené, souvent astucieux quant aux idées de mise en scène (cette manière d’insister sur des objets jouant comme le téléphone ou une enveloppe qui soudain fera éclater la vérité) et d’une efficacité jamais prise en défaut. C’est déjà beaucoup et loin de moi l’idée de me plaindre.

Mais ça reste un exercice de style, un film de série assez brillant mais qui ne fait que reproduire un certain maniérisme asiatique très en vogue et une sophistication formelle un brin convenue (disons que la première fois qu’on a vu ce type de film, c’est très bien mais après John Woo, Tsui Hark, Johnnie To et consorts, un sentiment de redite se fait sentir dans le cas présent).

Tous les clichés liés au polar chinois (de Hong Kong) sont dans Infernal affairs : personnages masculins aux allures d’icônes « pop » d’aujourd’hui, ambiances mafieuses et urbaines, « gunfights » et formalisme un brin chichiteux (arrêts sur image, cadrages alambiqués…). C’est très bien fait et malgré quelques moments confus, plutôt agréable à suivre mais cela ne va pas plus loin que le « programme » annoncé par le scénario et sa résolution. On sent qu’Andrew Lau et Alan Mak tentent d’introduire, sur la fin, le thème de l’identité et de l’angoisse, à l’heure où l’individu est réduit à un ensemble de données compressées dans des ordinateurs, de ne plus exister aux yeux du monde. Thème intéressant mais effleuré et non pas incarné comme y est parvenu John Woo dans Volte-face. 

Infernal affairs me semble davantage relever de la série B d’aujourd’hui. Ce n’est pas une critique mais Scorsese parviendra à transcender cette œuvre pour y greffer ses obsessions et livrer une véritable réflexion sur l’Amérique contemporaine (« nation de rats »). Quelques exemples au hasard : les seconds rôles. Inexistants chez Lau et Mak, ils apportent chez Scorsese un humour totalement absent d’Infernal affairs. Idem pour le personnage du « parrain » : insignifiant ici, il acquiert une force assez mémorable dans les infiltrés grâce à la composition de Nicholson.

Parlons maintenant des femmes. Scorsese a fait des deux potiches décoratives (le terme est un peu méchant pour ces deux somptueuses beautés) d’Infernal affairs un seul personnage féminin complexe et passionnant, objet d’enjeux nouveaux dans le cadre de la narration.

On pourrait multiplier les exemples : les infiltrés porte un regard sur une nation qui dépasse l’astuce du scénario. Infernal affairs se contente de cette trame narrative pour être un polar solide et captivant. C’est très bien mais ça ne va pas au-delà d’une série B assez maligne et un brin clinquante.

Tout cela dit sans aucun mépris…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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