Mercredi 13 décembre 2006 3 13 /12 /Déc /2006 21:58

Eternal sunshine of the spotless mind (2004) de Michel Gondry avec Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst

 

 

 

Contrairement à hier, il ne s’agit pas de la réédition d’une note ancienne mais quasiment d’un remake puisque j’ai retrouvé dans ce film tout le charme et tous les défauts que je percevais dans le tout récent La science des rêves du même Michel Gondry.

Plus « créatif » qu’artiste, le cinéaste part toujours d’une idée très astucieuse en associant dans ce film la notion de mémoire humaine à celle de mémoire informatique. Imaginez que vous ne supportez plus votre conjoint et que vous voulez définitivement le rayer de vos souvenirs. Il vous suffit alors de consulter un médecin qui retrouve dans vos fichiers mémoire tout ce qui concerne votre ex et envoie une par une toutes ces données à la corbeille.

Pour oublier Clémentine (Kate Winslet), Joël (Jim Carrey) s’est prêté à l’expérience et une grande partie du film va nous faire voyager dans la tête de cet homme qui voit soudain s’évaporer tout un pan de sa vie et qui se met à le regretter…

 

 

Avec une telle trame, on imagine ce que le « clippeur » Gondry peut nous offrir : chaque étape de cette remontée à contre-sens sur le flot des souvenirs est traitée comme une saynète autonome où le cinéaste laisse libre cours à son inventivité visuelle. Difficile de ne pas reconnaître que cet homme a un sacré sens de l’imagination (décors mouvants, sautes temporelles, jeu incessant sur la taille des objets et des personnages…) et un univers propre (mélange de haute technologie et d’un côté un peu « vieillot » et « bricolé » qui appelle certainement l’adjectif poétique même si je rechigne à lui attribuer).

 

 

Parce qu’il est conduit de main de maître par un superbe couple d’acteur (Kate Winslet est définitivement une actrice sublime et Jim Carrey n’est pas seulement étonnant (les Farrelly, Milos Forman et Peter Weir nous avaient déjà prouvés qu’il est un grand comédien), il est impérial dans son premier rôle totalement « sérieux ») et parce que son fil directeur tient la route au-delà du côté « gadget », Eternal sunshine se révèle être le meilleur des trois films de Gondry. Et ça serait être de parfaite mauvaise foi que de nier qu’il nous a touché et ému plus d’une fois (même si une analyse froide et rationnelle nous conduirait à pinailler en constatant qu’après tout, si on enlève le côté onirique, le film ne recule devant aucune des facilités du bon mélo qui tache avec les amants qui courent dans les vagues ou qui regardent les étoiles sur un lac gelé).

 

 

Gondry est un malin et un sacré manipulateur qui sait toucher chez le spectateur la corde sensible. Même s’ils n’ont certainement rien à voir, les souvenirs de Joël réveillent forcément en chacun de nous des réminiscences, une scène privilégiée tapie au fond de notre mémoire et que nous aimerions pouvoir revivre indéfiniment. En jouant cette carte là et sur l’émotion que provoquera immanquablement l’idée de temps qui s’enfuit et des regrets que charrient son cours inéluctable ; le cinéaste tape dans le mille. Le film se regarde avec plaisir et ne procure aucun ennui.

 

 

Cependant, je reconnais une fois de plus que tout ça n’est pas franchement ma tasse de thé. Trop de « visuel », pas assez de cinéma comme on disait il y a quelques années ! Je le répète, je sens trop le labeur du « créatif » qui s’échine à trouver un « truc » pour sa saynète plutôt qu’une volonté de créer un vrai récit (qui existe cependant) et lui trouver une véritable forme cinématographique (et non pas un agencement de clips). Tout se passe comme si Gondry avait peur des sentiments de ses personnages, de jouer à fond la carte du mélodrame et qu’il tentait à chaque fois d’introduire une sorte de distance ironique, un regard au second degré très « fashion ».

Il y a beaucoup de pose dans ce film et sans doute pas assez de chair, de sang et de sentiments. Ce n’est presque pas un univers mental mais un univers «virtuel », quelque chose qui oscille entre le factice et un sincère désir d’offrir aux personnages une véritable histoire.

 

 

Sincère et roué, irritant et attachant ; voilà ce qui définit à mon sens les deux derniers films de Gondry (Human nature étant, quand même, très médiocre).

Nous attendons avec curiosité de voir comment va évoluer par la suite ce drôle de bonhomme…

 

 

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mardi 12 décembre 2006 2 12 /12 /Déc /2006 19:33

Charlie et la chocolaterie (2005) de Tim Burton avec Johnny Depp, Christopher Lee

 

 

Plutôt que de vous proposer un lien vers lequel vous n’irez même pas jeter un coup d’œil, je vous propose en exclusivité mondiale la première réédition d’une note en version revue et augmentée (comment ça, c’est de la pure fumisterie !). Les rajouts sont en bleu…

 

 

Deux raisons de se réjouir en allant (re)découvrir Charlie et la chocolaterie : premièrement, Tim Burton retrouve Johnny Depp, acteur avec lequel il a tourné, et de loin, ses meilleurs films (le sublime Edward aux mains d’argent, Ed Wood et Sleepy hollow).

 

Deuxièmement, le cinéaste adapte le grand Roald Dahl, auteur dont nous avions dis le plus grand bien lorsque nous avions évoqué la sympathique adaptation de Matilda tournée par Danny De Vito.

La rencontre de tout ce beau monde promettait un conte échevelé, plein d’enfance et de fantaisie et le résultat est à la hauteur de nos espérances. Mais commençons par le début.

 

 

Charlie et la chocolaterie a déjà été adapté au cinéma dans les années 70 par l’obscur Mel Stuart (pas si obscur que ça puisque le film semble avoir connu un grand succès aux Etats-Unis) qui signait néanmoins avec Willy Wonka and the magic factory un film délicieusement déglingué, avec Gene Wilder dans le rôle du chocolatier Willy Wonka. Par rapport à ce film, Tim Burton a bénéficié de moyens beaucoup plus conséquents lui permettant de totalement lâcher la bride de son imaginaire foisonnant. Pour autant, cette débauche visuelle n’altère pas le charme du conte.

 

 

Le célèbre chocolatier Willy Wonka , propriétaire d’une immense et mystérieuse usine sans ouvrier, lance un beau jour un concours au niveau mondial : les cinq enfants qui trouveront un ticket d’or dans une tablette de chocolat Wonka auront le droit de venir visiter ladite usine et les trésors de la chocolaterie.  Parmi les cinq moutards sélectionnés, on trouve Charlie, le plus pauvre de la bande qui vit dans une vieille bicoque de guingois avec ses parents et ses quatre grands-parents qui passent leurs journées alités.

 

 

Premier constat, Burton reste très fidèle à Dahl et adapte scrupuleusement le livre. Mais l’univers de l’écrivain correspond assez bien au sien (à nuancer), avec son lot de héros décalés et un sens de l’imagination à nul autre pareil. Le cinéaste joue à fond la carte du conte, avec la demeure de Charlie qui semble sortir tout droit du Cabinet du docteur Caligari (aucun angle droit dans cette vieille masure) et la neige pour accentuer l’atmosphère irréelle.

Nous pénétrons dans un monde où la grisaille du quotidien cède le pas au merveilleux et à l’onirisme. Il y a une très belle scène où Charlie faut mine de se résigner au réel. En réalisant qu’il pouvait vendre très cher son ticket, il propose de le faire afin de permettre à toute la famille de manger à sa faim. Mais les grands-parents ont vite fait de le dissuader et de le persuader d’aller visiter coûte que coûte cette chocolaterie. Belle morale : dans un monde soumis au diktat du fric, un rêve ne se monnaie pas et vaut plus que tous les biens matériels de ce vilain monde.

 

 

Commence alors la visite de la chocolaterie et de ses milles merveilles (sa rivière de chocolat, ses bonbons qui ne s’usent jamais…), menée de main de maître par l’hôte des enfants Willy Wonka. Dans le film de Mel Stuart, Gene Wilder jouait le personnage à la limite du cynisme, le rendant presque inquiétant. Johnny Depp le joue plus à la manière des personnages qu’il a interprété chez Burton : un pantin lunaire et décalé où demeure un irréfragable esprit d’enfance. Dans le regard qu’il porte sur les êtres et les choses se lit toujours la surprise et l’innocence. Il y a en plus quelque chose qui touche à la phobie chez Wonka (voir sa crispation lorsqu’une des petiotes le serre dans ses bras !). Il règne ici sur un univers qui lui est propre et qu’il a bâti de toute pièce, contre son père et le monde entier. A l’instar de Burton, cet univers fantasmatique où il trouve refuge est un moyen d’échapper à la société. Nous allons y revenir. 

 

 

 

Mais qui dit enfance ne dit pas niaiserie (c’est mon credo, vous l’aurez remarqué ! Oui à Miyazaki, à Burton ! Non à Spielberg ! (Je laisse à dessein cette petite provocation pour faire réagir mon ami Vincent qui ne me lisait sans doute pas il y a de ça un an et demi) et de ce point de vue le film, comme le livre, est un splendide réquisitoire contre le royaume de l’enfant-roi. Car les quatre compagnons de voyage de Charlie sont des petits morveux de la pire des espèces. Véruca Salt a gagné son ticket parce que papa est un riche capitaliste qui possède une grosse entreprise et qu’il a acheté une impressionnante quantité de cartons de tablettes de chocolat. Violette est une affreuse petite mâchouilleuse de chewing-gum, aussi stupide et décolorée que sa bimbo de maman. Il y a également un arrogant petit merdeux abruti par sa télé et ses jeux vidéo et un gamin obèse qui n’a pas inventé le fil à couper le beurre.

Ce n’est pas sans une certaine jubilation que nous voyons un film prendre ouvertement fait contre ces sales gamins et leur faire subir les pires des outrages (la petite bourge aux ordures, la vulgaire transformée en myrtille…) A l’heure où tout tourne autour des bambins (pour des raisons purement économiques), cela fait rudement plaisir de voir un film qui s’en prend à l’acculturation desdits mômes via la télé, les jeux vidéos ; qui montre les ravages d’une éducation basée sur le tout est permis (bon, je ne suis évidemment pas pour le retour des châtiments corporels ou pour les « bonnes vieilles méthodes » d’éducation mais il n’y a rien de pire que ces enfants à qui personne n’a su dire non) . Qu’un film crache sur les petits singes consommateurs, voilà qui procure une rare jouissance surtout que c’est pour faire l’éloge de la différence et de l’imaginaire qui n’ont pas cours dans un monde de compétition et de consommation.

Cette dimension « agressive » est ce qui m’a le plus frappé en revoyant ce film. Car si Wonka est un personnage Burtonien en diable, il règne sur un univers qui est à l’opposé de celui que chérit habituellement le cinéaste (avec son côté noir, gothique…). Ici, les couleurs sont pétaradantes et agressives, les chorégraphies sont totalement kitsch et Burton semble revendiquer cette vulgarité destructrice. Car ce qui change, ce n’est pas un de ses personnages (tel Edward et ses mains d’argent) qui se retrouve dans une société à laquelle il ne peut se faire mais une société entière, avec ses tares et ses laideurs, qui est convoquées dans un monde construit par le cerveau de Wonka. Tout se passe comme si Burton, auquel on a pu reprocher son côté morbide, asocial et noir se vengeait en jouant expressément la carte du « solaire », du « sucré » afin de le détruire avec une jubilation vengeresse. Ce ne sont pas les savants fous, les chevaliers sans tête ou les morts-vivants qui sont laids, mais bel et bien le culte du fric, de la compétition, du corps ; la malbouffe et la vulgarité télévisuelle. 

 

 

Burton fait également, et c’est plus curieux, l’éloge de la famille. Curieux car la seule liberté qu’il prend avec le roman surgit au moment où il se consacre à la généalogie de Willy Wonka et parce que la famille est rarement la panacée chez Roald Dahl (voir les affreux parents beaufs de Matilda ou les vieilles tantes cruelles de James et la pêche géante).

Mais là encore, nous ne sommes pas dans l’apologie sénile et réactionnaire de la famille à la Spielberg mais plutôt dans le fantasme d’une généalogie de cinéma où Tim Burton se voit comme le fils d’une certaine tradition de cinéma fantastique. Enfant, avec un appareil dentaire disproportionné, Willy Wonka est dans la lignée des « monstres » burtoniens, créatures différentes tombées par hasard sur cette maudite planète. Il est d’ailleurs significatif que Christopher Lee (le célèbre Dracula des films de la Hammer) interprète le rôle du père comme Vincent Price incarnait le « père » d’Edward aux mains d’argent. Et comme dans Big fish, il s’agit avant tout pour un fils de se réconcilier avec son père.

 

 

Pour conclure, on peut dire que Willy Wonka est un peu l’alter ego de Tim Burton : un grand enfant au commande d’une immense entreprise. Cette taille disproportionnée qui pourrait être un handicap (rappelez-vous le semi-échec de sa trop hollywoodienne Planète des singes) ne pose ici aucun problème car elle est totalement repeinte (dans des tons pastel, à la limite du kitsch parfois) par l’imagination débordante du cinéaste. Celui-ci se permet même quelques parodies assez drôles (notamment un ballet aquatique à la Bubsy Berkeley et un hommage rigolo à 2001, l’odyssée de l’espace : le fameux aérolithe est en fait une tablette de chocolat ! ) C’est parfois un peu clinquant et de ce point de vue, les chansons des Oompa-Loompas étaient mieux dans le film de Mel Stuart.

Mais à cette petite réserve près, cette sucrerie est un délice qui réjouira vos palais de gourmets…

 

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Dimanche 10 décembre 2006 7 10 /12 /Déc /2006 10:45

Correspondant 17 (1940) de Alfred Hitchcock avec Joel McCrea, George Sanders

 

 

 

Reprenons en marche, si vous le voulez bien, le train du cycle Hitchcock qui ne m’a pas l’air d’être une véritable « intégrale », Une femme disparaît n’ayant pas été diffusé alors que la chaîne câblée semble avoir opté pour une diffusion chronologique des œuvres.

Nous sommes en 1940, Hitchcock a signé un contrat et tourne désormais aux Etats-Unis. De là-bas, il voit, non sans une certaine inquiétude, le vieux continent sombrer sous le joug des dictatures et l’atrocité d’une nouvelle guerre. Le conflit mondial hante l’arrière-plan de ce Correspondant 17 à tel point qu’Hitchcock fera retourner un épilogue où il prône très ouvertement l’intervention américaine alors que la nation s’en tient à présent à une stricte neutralité. Contrairement au bouleversant discours final du Dictateur de Chaplin qui est admirablement amené par la construction de la mise en scène, l’épilogue de Correspondant 17 paraît assez artificiel et plaqué un brin arbitrairement. Ce n’est pas le meilleur moment de ce film par ailleurs délicieux.

 

 

Le directeur d’un journal américain décide d’envoyer en Europe Jones (J.McCrea) un reporter au regard « neuf » pour qu’il rapporte des scoops relatifs aux évènements qui menacent l’Europe, notamment la clause secrète d’un traité de paix. Jones cherche d’abord à rencontrer un diplomate hollandais mais celui-ci se fait abattre. Aidé par la fille d’un homme à la tête d’une organisation pacifiste et un autre reporter (le grand George Sanders), Jones découvre que le diplomate a, en fait, été enlevé et qu’un sosie a été tué à sa place…

Ces quelques lignes ne sont sans doute pas très claires à quiconque n’a pas vu le film et traduisent bien mon embarras à résumer ce film qui ne cesse d’enchaîner les rebondissements les plus invraisemblables et les chausses-trappes scénaristiques. Avec ce film d’espionnage rocambolesque, Hitchcock s’amuse avec un récit feuilletonesque qui lui permet d’exercer librement sa virtuosité. L’intrigue est menée tambour battant et l’on garde en mémoire des séquences admirablement filmées et montées : la scène du meurtre du faux diplomate et la poursuite dans une foule masquée par des parapluies, la séquence des moulins qui annonce brillamment les grands moments de La mort aux trousses

A cela s’ajoutent un sens certain de l’humour qui désamorce le tragique des situations et une histoire d’amour classique traitée sur le mode de la comédie du « remariage » (le couple se cherche à coups de griffes avant de se trouver).

S’il fallait ajouter à tout prix un petit bémol, je dirais que les séquences finales m’ont paru moins haletantes. Hitchcock se laisse aller à un plaisir dont abuseront par la suite de nombreux tâcherons, à savoir celui des effets-spéciaux (signés W.C.Menzies, un bonhomme pas inconnu des amateurs de cinéma bis puisqu’il tourna quelques films de SF que je n’ai point vu : la vie future d’après Wells et Invaders from Mars). Cela nous vaut une catastrophe aérienne filmée de manière très spectaculaire mais qui, personnellement, m’a moins convaincu.

 

 

Du côté de certains thèmes hitchcockiens, Correspondant 17 est, par contre, très intéressant. Jones est un reporter « naïf », quelqu’un qui croît aux apparences. Son directeur l’envoie parce qu’il veut un regard « direct » et neuf. Malgré le double patronyme dont il se voit affublé, il ne cache jamais sa véritable identité et fait montre d’une parfaite transparence dans son enquête (il ne ruse jamais, ne dissimule pas les informations qu’il collecte et se confie sans douter des personnes qu’il a en face). Son principal trait de caractère, c’est de faire confiance à tout le monde, au point de ne pas se méfier du sicaire qu’on lui a collé et qui tente de le pousser sous les roues d’une voiture. Jones est « jeune et innocent » mais Hitchcock montre que le monde a évolué et que derrière les apparences se cachent des données beaucoup plus obscures. Correspondant 17 est un premier pas vers une vision désenchantée du monde chez le cinéaste. Une des plus belles scènes du film, en ce qui me concerne, est ce moment où le chef de l’organisation pacifiste (qui travaille en fait pour l’ennemi) tente d’abuser du vieux diplomate et lui demande de lui confier son secret. Le vieil homme est sur le point de faire jusqu’au moment où Sanders, prisonnier des conspirateurs, lui crie de ne rien dire, que cet homme n’est pas son ami. Hitchcock nous offre alors un sublime contrechamp, vision subjective du diplomate qui voit un groupe d’hommes plongés dans un clair-obscur inquiétant. Ce plan quasi-Langien jette soudain l’ombre d’un doute sur le règne des apparences. Les hommes ne sont ni noirs, ni blancs mais gris et surtout, ils ne sont pas forcément ce que laissent deviner les apparences (les pacifistes sont des ennemis, les détectives des tueurs…).

Ce brouillage des cartes est à la fois une opération ludique (permettre au scénario de rebondir et d’étonner) mais également plus théorique : avec ce conflit qui menace soudain l’équilibre de la planète, il n’est plus possible de jeter un regard « innocent » sur le monde. Correspondant 17 prend acte de cette nouvelle donne…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Vendredi 8 décembre 2006 5 08 /12 /Déc /2006 19:58

Fascination (1979) de Jean Rollin avec Brigitte Lahaie

 

 

Je vous prie pour une fois, amis lecteurs, de ne pas attacher une importance excessive à la signalétique que j’adopte ce soir. Vous pourriez croire sinon que je n’attache pas plus d’importance à Fascination qu’au dernier film de Pascal Bonitzer, ce qui n’est pas le cas. Disons qu’il s’agit d’une tentative un peu dérisoire de définir une valeur « objective » au film alors que s’il existe bel et bien une œuvre impossible à juger objectivement, c’est celle de Jean Rollin !

Si l’on choisit d’adopter les critères habituels de jugement pour mesurer la valeur de Fascination, on risque d’être vite déconcerté : les acteurs sont absolument épouvantables (ils ne jouent pas, ils récitent et c’est finalement notre Brigitte nationale qui s’en tire le moins mal), les dialogues sont ineptes (Jean Rollin aurait du ne réaliser que des films muets, il serait aujourd’hui considéré comme un génie et j’écris cela sans la moindre ironie), le scénario est indigent (en 1905, les jeunes filles anémiques sont soignées par de drôles de médecins qui leur font avaler du sang de bœuf frais. Certaines poussent l’expérience plus loin et sacrifient de jeunes mâles en bonne santé pour se repaître de leur hémoglobine) et la mise en scène a parfois du mal à dissimuler un manque cruel de moyens. Par conséquent, Rollin filme paresseusement quelques scènes érotiques « soft » et a beaucoup de mal à nous faire croire aux meurtres qu’il met en scène (les cadavres continuent de respirer, le sang sort ostensiblement des couteaux et non des corps…).

Présenté ainsi, Fascination semble un parfait avatar de cette bonne vieille série Z que nous persistons à défendre et qui a fait surnommer un peu cruchement Jean Rollin le « Ed Wood français ».

 

 

Malgré tout, je n’échangerais pas un plan de Jean Rollin contre l’œuvre complète de Kenneth Branagh (avez-vous vu la satanique bande-annonce de La flûte enchantée ? Je pense que le tâcheron s’est surpassé dans l’horreur boursouflée). Car si notre cinéaste n’est pas un as de la mise en scène (elles restent souvent poussives, convenons-en), c’est un génie du plan, de la vision fulgurante. Jean-Pierre Bouyxou n’a pas tort lorsqu’il écrit que les « temps forts » de sa grande « saga érotico-vampirique » évoquent « les plus beaux collages de Max Ernst ».

Et même si Fascination n’est pas son meilleur film, on gardera en mémoire ces premiers plans où des jeunes filles habillées à la mode 1900 reçoivent leurs verres de sang dans un abattoir. On se souviendra également de Brigitte Lahaie, nue sous une cape noire (telle la comtesse noire de Jesus Franco) traversant un petit pont pour occire à la faux une jeune femme.

A son habitude, Rollin célèbre d’une manière très belle les noces d’Eros et de Thanatos. Il faut voir le cérémonial qui précède le sacrifice : il sature ses plans (merveilleusement composés à ce moment) de cierges et joue sur l’envoûtement que génère la vision de jeunes filles nues sous leurs robes de gaze.

Rollin est également un cinéaste du lieu et c’est des images fortes d’endroits précis qui restent en mémoire de ses films (le cimetière de la rose de fer, les gares de triage dans la nuit des traquées ou les deux orphelines vampires…). Plus que le château et ses intérieurs somptueux (bien filmés), c’est ce petit pont qui relie la demeure et la campagne environnante qui marque notre esprit. C’est là qu’aura lieu le sacrifice final qui reste un assez beau moment, comme le moment que j’évoquais un peu plus haut : lorsque Brigitte arrive avec sa faux, Rollin parvient à créer une certaine sidération de l’apparition. C’est ainsi que fonctionne son cinéma : beaucoup de mollesse et d’à-peu-près (conséquence de budgets faméliques) traversés par des éclairs de beauté fulgurante, des flashs détonants, des visions inédites et des collages d’un surréalisme magnifique qui font que, malgré tous ses défauts, nous aimons Jean Rollin et que son cinéma nous passionne…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Jeudi 7 décembre 2006 4 07 /12 /Déc /2006 20:03

Je pense à vous (2006) de Pascal Bonitzer avec Edouard Baer, Géraldine Pailhas, Marina de Van, Charles Berling, Hippolyte Girardot

 

 

Deux sentiments contradictoires m’animaient lorsque je me suis rendu en salle pour découvrir le nouveau film de Pascal Bonitzer. Du côté des ondes positives, le souvenir des trois films précédents du cinéaste, pas inoubliables (la preuve, ils me sont totalement sortis de l’esprit) mais plutôt plaisants, pas mal écrits et interprétés par de bons comédiens (Berroyer dans Encore, Lucchini dans Rien sur Robert et Auteuil dans Petites coupures). Côté onde négative, une certaine lassitude (pour ne pas dire une lassitude certaine) à l’égard de ces comédies « intellos » qui pullulent sur les écrans depuis 10 ans et qui se targuent de nous faire rire en mettant en scène (c’est un bien grand mot) la psychanalyse (Cf. Jeanne Labrune, Danièle Dubroux, Sophie Fillières et consorts) et des personnages d’écrivains, de médecins ou d’étudiants quadragénaires peinant à terminer leurs thèses.

Autant l’avouer tout de suite, ma bienveillance pour Bonitzer à cette fois-ci été battue en brèche par mon « côté obscur » : Je pense à vous est un film raté et authentiquement bourgeois.

Lorsque j’emploie ce terme de « bourgeois », j’aimerais être sûr que nous nous comprenons bien. Il ne s’agit pas de reprocher à Bonitzer de ne s’intéresser qu’à des nantis parisiens et de lui intimer l’ordre d’aller à l’usine pour faire des films ! Je le répète, je préfère qu’un cinéaste me parle bien du milieu qu’il connaît plutôt qu’il me tanne de bons sentiments avec quelque chose qu’il ne connaît pas. Je ne suis pas persuadé que Bonitzer serait l’homme le mieux placé pour me parler du travail à la chaîne ou du quotidien des enfants des rues de Bombay !

Ce que je lui reproche, c’est d’être « bourgeois » (ou frileux, conformiste ; ce qui revient sensiblement au même) dans la forme. La bourgeoisie peut-être un sujet passionnant s’il est traité avec un véritable point de vue et des enjeux cinématographiques, que ce soit la culpabilité et le retour du refoulé (comme dans Caché de Haneke) ou les grandes questions existentielles qu’aborde, par exemple, Alain Resnais dans Cœurs (j’espère que vous y êtes allés ; sinon, vous avez loupé le plus beau film de l’année).

 

 

Or, Je pense à vous ne dépasse jamais le caractère anecdotique et étriqué de son scénario. Il est question d’un écrivain qui déballe sa vie sentimentale passée dans un livre (Charles Berling), de l’ex-compagne dudit écrivain qui veut lui intenter un procès pour atteinte à la vie privée (G.Pailhas) alors que c’est son nouveau mari (Edouard Baer) qui l’édite. Editeur qui voit également sa vie basculer lorsque re-débarque à l’improviste son ex (Marina de Van).

Quelques quiproquos vaudevillesques, quelques allusions à des personnages existants (l’affaire Desplechin/ Denicourt ; Christine Angot…) pour ébaudir le microcosme parisien et les critiques qui, bien évidemment, ont adôôôrré ce film et c’est tout ! Rien qui ne dépasse le train-train d’un scénario pas bien passionnant (en tout cas, pas très original) et d’un humour quasiment absent (un petit film comme Quatre étoiles de Christian Vincent est beaucoup plus drôle !)

 Seul un personnage aurait pu faire basculer le film dans une autre dimension, c’est celui qu’incarne Marina de Van. Cette fille a un talent fou. Elle fut scénariste pour François Ozon et lui permit de réaliser son meilleur film (Regarde la mer) avant de tourner un très prometteur premier long-métrage (Dans ma peau). Ici, elle est à la fois co-scénariste et actrice. Dans la peau de l’ex d’Edouard Baer, elle est à la fois extrêmement séduisante tout en étant très inquiétante (cheveux tirés en arrière, elle a des allures de nounous psychotiques à la Henry James). Quand elle apparaît, le climat du film se tend et flirte avec une folie que Bonitzer n’exploite absolument pas. C’est elle qui menace le couple bourgeois et, par ricochet, l’ordonnancement trop propret du film. La manière (je ne dirai pas comment) dont le film évince ce personnage est absolument scandaleuse et nous offre une fin désastreuse qui permet le triomphe dégoûtant de la morale bourgeoise. De cette manière, nous tenons là une version parisienne du Peindre ou faire l’amour des frères Larrieu !

On aura compris que je n’aime pas beaucoup ce film. Cependant, si on le compare à certains machins épouvantables dans le même genre (Gentille, par exemple), c’est moins détestable. D’une part, parce que si Bonitzer n’est pas un grand cinéaste (à part deux ou trois cadrages assez beaux et un ou deux raccords malins, il n’y a rien qui distingue Je pense à vous d’un téléfilm tourné pour France 3) ; c’est un scénariste assez brillant (Rivette et Ruiz, ce n’est pas rien ! On regrette même qu’il ne s’abandonne pas à une veine un peu plus « étrange » comme il l’avait fait lors de certains passages de Rien sur Robert). D’autre part, parce que le film est très bien joué : Baer dans son registre habituel mais plus undercover (je brigue une place à Chronic’art !) qu’à l’accoutumé, Marina de Van pour des raisons déjà exposées et Géraldine Pailhas, actrice que je trouvais fadasse à ses débuts et qui devient de plus en plus belle et sexy à mesure qu’elle vieillit (elle a de la chance !). Ajoutez à cela qu’elle est maintenant une excellente comédienne et vous comprendrez mon plaisir à la voir s’épanouir sur grand écran !

Mais sans ces acteurs, le film ne serait vraiment rien !

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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