Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /Mars /2007 20:01

Nabonga (1943) de Sam Newfield avec Buster Crabbe, Julie London

 

Puisque nous parlions de récompense à propos du film de Jacques Audiard (huit Césars, si je ne m’abuse), commençons par présenter ce Nabonga par la prestigieuse distinction qu’il obtint en 1985, au festival Sigma de Bordeaux. Le Navet doré fut effectivement raflé par Sam Newfield et Nabonga entra dans les annales du septième Art comme le « plus mauvais film du monde », récompense convoitée qui fit blêmir de jalousie Claude Lelouch tout en couronnant assez justement l’œuvre d’un des cinéastes les plus formidablement incompétents de l’histoire du cinéma. A ce titre, on ne louera jamais assez la maison d’édition vidéo « Bach movies » qui nous a exhumé cette perle rare sans le moindre travail de restauration, nous laissant ainsi savourer une post-synchronisation épouvantablement dégueulasse (il faut tendre l’oreille pour comprendre ce que disent ces voix françaises qui semblent avoir été enregistrées dans un hangar !). Mais cet immonde doublage n’est pas sans ajouter une certaine dose de folie surréaliste à un film déjà bien allumé…

 

L’histoire ? Ca vous intéresse vraiment ? Un avion s’écrase dans une jungle et seule une fillette s’en sort. Elle est secourue et élevée par les singes. Des années plus tard, deux groupes d’hommes blancs (un bon et un méchant) se rendent sur les lieux de l’accident pour retrouver un trésor, volé autrefois par le père de la demoiselle… Tous les ingrédients sont là pour un palpitant film d’aventures avec son lot d’exotisme, de bestioles patibulaires, de marches harassantes dans une nature hostile et de romance amoureuse entre le jeune premier et la belle sauvage… Tous les ingrédients sont là, sauf que nous sommes dans l’économie de la plus pure série Z ! Il faudra donc savoir modérer ses attentes…

La jungle ? Faudra vous contenter d’un bout de studio avec quelques feuillages ! Les animaux dangereux ? Bah, des stock-shots de documentaires animaliers feront l’affaire ! On notera quand même un grand moment où notre jeune héros se jette courageusement dans un combat au corps à corps avec un crocodile pourtant bien inoffensif (en fait, comme Bela Lugosi et sa pieuvre dans Bride of the monster d’Ed Wood ; Buster Crabbe se jette sur un reptile en caoutchouc et l’agite dans tous les sens pour donner l’illusion du mouvement et de la bataille).

Quand aux conditions de vie dans la jungle, que nous imaginions rudes et sans pitié ; nous devrons convenir que le film en donne une image réellement neuve puisque notre héroïne, élevée depuis l’enfance par les singes, est toujours impeccablement maquillée et permanentée, avec même une décoration florale fantaisiste dans la coiffure. Mieux ! Elle est parfois munie… d’un sac à main qui fera sans doute rire les amateurs de séries Z pendant de nombreuses années.

 

Absolument fauché, Nabonga et son gorille belliqueux (un acteur est caché là-dessous) se débrouille toujours pour en rajouter dans le calamiteux et le n’importe quoi. L’indigence la plus parfaite règne en maître et l’on ne pourra que s’esclaffer devant ces aventures de pacotille qui fleurent bon le colonialisme d’antan (ah ! le fidèle serviteur noir qui ne cesse de dire « oui, bwana »). A quoi bon parler « technique » (certains plans ne sont quasiment pas éclairés) alors que nous sommes dans un univers qui nous dépasse, l’univers d’un maître qui a réalisé plus de 150 films (dont le fabuleux Terror of Tiny town dont je vous avais parlé autrefois (ici), hallucinant western interprété par des nains) et que Jean-Pierre Putters n’hésite pas à qualifier d’ «père spirituel de Jess Franco ».

Tout est dit !

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mardi 27 mars 2007 2 27 /03 /Mars /2007 18:24

De battre mon cœur s’est arrêté (2005) de Jacques Audiard avec Romain Duris, Niels Arestrup, Emmanuelle Devos, Aure Atika

 

Pour quelles raisons me suis-je dis que tout était joué dès la première scène et que je ne pourrai jamais aimer ce film qui obtint pourtant un inexplicable triomphe auprès du public, de la critique et des professionnels de la profession (la pluie de Césars qui lui fut réservée) ? Jacques Audiard débute son film par un dialogue entre Tom (Romain Duris) et l’un de ses compères qui lui raconte la relation ambiguë qu’il a vécu avec son père. Le monologue qui s’engage permet de comprendre que notre type n’a jamais supporté que son père le traite comme un pote, lui parle de ses aventures sexuelles et que, d’une certaine manière, les rôles s’inversent : le fils endossant à son insu le rôle du père. Dès cette scène d’exposition, De battre mon cœur s’est arrêté sort l’artillerie lourde de la psychologie et lorsque dix minutes plus tard, nous pourrons constater que Tom vit une relation similaire avec un son père (Niels Arestrup) qui lui annonce son remariage ; on réalise alors que tout est définitivement écrit et que le film ne sortira jamais plus des rails de son psychologisme lourdaud, même si Audiard tente de le dissimuler sous un vernis de film noir et d’une retenue devenue aujourd’hui le parangon d’un nouvel académisme (comme le remarquait très justement Ludovic ici).

 

Rapport au père, donc. Tom est une petite frappe qui suit les traces de son père en magouillant dans l’immobilier (peut-on faire autre chose dans ce secteur d’activité ?). Marchand de biens, il n’hésite pas à inspecter lui-même ses possessions pour déloger les familles qui y squattent à coups de batte de base-ball. C’est lui qui se charge également de régler les coups foireux de son père (au cas où l’on n’aurait pas bien compris qu’ils ont inversé les rôles et que c’est désormais lui qui prend en charge l’existence de son père). Un beau jour, il croise l’impresario de sa mère pianiste, aujourd’hui décédée. Ce dernier lui propose une audition et, sur un étrange coup de tête, Tom décide de se remettre au piano…

 

Le thème de la filiation hante les précédents films d’Audiard (Regarde les hommes tomber) et lorsqu’on porte un tel nom, le spectateur lambda se dit que de nombreuses résonances intimes doivent parcourir De battre mon cœur s’est arrêté. Intéressant de voir comme un homme tente d’échapper à l’héritage paternel (d’une certaine manière, Michel Audiard était le pur représentant de la tendance lourde du parc immobilier du cinéma français), à l’anonymat du commerce dans sa dimension la moins glorieuse pour une sorte de rédemption par l’Art (la musique pour Tom, un cinéma de metteur en scène et non de dialoguiste pour Jacques). Intéressant de voir également la manière dont le cinéaste se drape dans une certaine humilité factice (Tom ne deviendra jamais un grand pianiste) pour tenter de réconcilier le père et la mère (cinéma « populaire » mais « profond », cinéma « psychologique » mais jouant sur la discrétion et la retenue…). Malheureusement, le film ne fonctionne pas et tous ces thèmes que le cinéaste dévide assez bruyamment (rien de plus « voyant » que sa retenue) paraissent trop étudiés et réfléchis pour prendre corps à l’écran. C’est véritablement du cinéma de scénariste, où tout paraît calibré et fabriqué. De la « qualité française » remise au goût du jour, c’est-à-dire avec moins de mots d’auteur et de cabotinage de la part des comédiens (plutôt bons ici) et plus d’ « atmosphère » (film noir et mélancolique). Mais c’est le même principe : un peu de sociologie (les associatifs qui se battent aux côtés des expulsés, c’est pour plaire à Télérama !), une tonne de psychologie (regards lourds en sous-entendus, effets soulignés lourdement, oppositions schématiques –Art et commerce-…) et pas réellement de personnages mais des « types » (à ce titre, il faudrait développer la manière dont Audiard se montre incapable de construire un personnage féminin et comment il les abandonne au cours du récit).

 

Sans être totalement ennuyeux (le récit, signé Benacquista, est plutôt solide), le film ne m’a jamais séduit et m’a plutôt agacé par ses chichis « auteurisants » (cette manière de tenter de  tout « anoblir » par la musique). Côté mise en scène, si Audiard évite l’indigence du champ/contrechamp téléfilmique du polar à la française tendance années 80 ; il se contente souvent de plans serrés auxquels il donne un vernis  moderniste  grâce à une caméra parfois portée à l’épaule et une photo ripolinée.

 

Le seul personnage qui m’a paru un peu plus intéressant, c’est celui de la répétitrice chinoise (qui, en fait, doit être vietnamienne). Lorsque Tom joue du piano devant elle, il se noue une relation qui, enfin !, ne passe ni par le langage ni par les clichés psychologiques. D’où notre déception lorsque arrive une fin totalement artificielle et qui ne s’inscrit absolument pas dans la logique du film.

 

Vous aurez compris que je n’ai décidément pas accroché du tout à ce que je considère comme un nouvel avatar de l’académisme « new look » d’un bon nombre de cinéastes français…

 

 

 

 

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Lundi 26 mars 2007 1 26 /03 /Mars /2007 20:14

Octobre (1927) de Sergueï M. Eisenstein,

La grève (1924) de Sergueï M. Eisenstein

    

 

 

Que vais-je pouvoir ajouter aux précédentes notes que j’ai déjà consacrées à Eisenstein ? Va-t-il falloir que je vous serve une fois de plus le couplet de la dichotomie que j’opère entre l’artiste, l’inventeur d’une forme incroyablement expressive et novatrice et l’idéologue totalement affilié à la ligne générale du parti, oeuvrant dans un strict but de propagande ?

Tourné en 1927 pour fêter les 10 ans de la Révolution, Octobre est une vaste fresque qui retrace les principaux évènements de 17 : la révolution de février et la prise du pouvoir par la bourgeoisie, la colère du peuple qui gronde sous les effets de la famine et de la répression, enfin, le triomphe du prolétariat en octobre (je me place ici du point de vue du film puisqu’il est évident que, très vite, octobre 17 marquera surtout les débuts de la « dictature du secrétariat » [Souvarine])

Eisenstein a eu ici les moyens de ses ambitions et Octobre frappe d’abord par son caractère de superproduction monumentale. Le cinéaste reconstitue les évènements de 1917 avec une ampleur assez époustouflante, qui culmine d’ailleurs dans les nombreuses scènes de foule qui rythment le film (les émeutes de février, la prise du Palais d’Hiver de Petrograd…).

Plus que la vérité historique du film, somme toute assez douteuse (nous sommes dans la plus pure propagande léniniste, le film ayant été d’ailleurs remanié pour que le personnage de Trotski, banni du parti à l’époque, disparaisse quasiment du récit) ; c’est le souffle lyrique du film qui emporte l’adhésion. Ce n’est pas d’un point de vue politique qu’Eisenstein est révolutionnaire mais d’un point de vue artistique. Une fois de plus, ses théories sur le montage, expérimentées dans Le cuirassé Potemkine et ses autres œuvres, font merveille.

Visuellement, le film est d’une beauté à couper le souffle, alternant dans une même symphonie de larges plans d’ensemble (le mouvement de la foule à l’assaut du vieux monde) et des gros plans expressifs en diable. Eisenstein « type » les figures qu’il isole ainsi de la foule et en fait directement des symboles (que ce soit celui de l’oppression ou de l’insoumission). Ce n’est pas toujours finaud d’un point de vue politique mais c’est toujours frappant (comment oublier l’image de cette ville où les ponts sont relevés pour isoler les ouvriers du centre-ville et cette carcasse de cheval mort qui, misérablement, tombe à l’eau sous la pression du mouvement ascendant des ponts ?) 

 

 

 

La grève date de 1924 et s’avère être le premier film d’Eisenstein. Si l’on reconnaît d’emblée son inégalable sens du montage, son expressivité et sa manière de typer les personnages, on s’aperçoit aussi qu’il reste encore influencé ici par les théories du kino-glaz (ciné-œil) de Dziga Vertov. Cela se traduit par de nombreux effets (surimpressions, fondus enchaînés…) qu’Eisenstein abandonnera par la suite.

Le scénario du film est bête comme chou : accusé à tort d’avoir volé du matériel, un ouvrier de la Russie tsariste se suicide parce qu’il ne peut prouver son innocence. Face à cette injustice, ses camarades déclenchent une grande grève et font valoir de légitimes revendications (baisse du temps de travail, hausse des salaires…). C’est peu dire qu’Eisenstein ne lésine pas sur le schématisme : patrons abjects et bedonnants, avec l’équipement ad hoc (cigares, champagne…), idéalisation de la famille ouvrière (voir le tableau angélique de celle-ci aux premiers jours de grève)… Chaque plan est là pour marteler dans l’esprit du spectateur que cet état de fait est injuste. Ce n’est pas forcément léger mais la fin justifie les moyens ! (même si le propagandisme d’Eisenstein me gêne par moment, n’allez pas croire pour autant que je renie toute sa vision du monde et qu’il n’y a pas, aussi, une certaine justesse et une vraie générosité dans son regard ; notamment dans ses descriptions de la misère du prolétariat).

Sans être mon film préféré du maître soviétique, la grève annonce déjà la grandeur de son style et reste en mémoire pour quelques moments chocs (l’assassinat d’un enfant d’ouvrier, jeté froidement dans le vide).

 

 

 

A l’heure où des avortons prétendument de gauche affichent comme unique projet de société la possession pour chaque habitant d’un drapeau français et l’apprentissage de la marseillaise (vous ne rêvez pas ! C’est bien la France !) ; nous serions presque amené à regretter l’idéalisme forcené d’Eisenstein. Moi qui n’ait jamais fait preuve de la moindre bienveillance suspecte pour le léninisme (au contraire, j’ai toujours pensé que les bolcheviques, pourtant minoritaires, avaient d’emblée confisqué la Révolution et massacré ses plus brillants représentants –marins de Cronstadt, les troupes paysannes d’Ukraine de Makhno-…) , j’en arrive presque a avoir une certaine nostalgie pour ces temps, qui semblent si éloignés, où les individus croyaient encore à quelque chose.

Ma bonne dame, on aura tout vu !

 

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Dimanche 25 mars 2007 7 25 /03 /Mars /2007 12:34

L’anguille (1997) de Shohei Imamura

 

Un homme ordinaire apprend, via des lettres anonymes, que sa femme le trompe régulièrement, notamment les nuits où il part à la pêche. Un soir, il revient à l’improviste et la surprend dans les bras de son amant. Froidement, il s’empare d’un couteau de cuisine et la poignarde violemment avant d’aller se dénoncer à la police. Huit ans plus tard, il obtient la liberté conditionnelle et s’installe comme coiffeur dans une petite bourgade…

Les scènes d’exposition du film sont très fortes et implacables. Il faut voir le regard extraordinaire que jette la femme adultère au moment où son mari va lui percer le ventre : il y a dans ce regard de défi toute l’eau des passions humaines dans laquelle va s’immerger Imamura. En quelques plans, il met à nu un ensemble de pulsions, de frustrations et de désirs qui vont, par la suite, servir de motifs à son film.

Je ne connais malheureusement pas bien la première partie de l’œuvre d’un des enfants terribles de la Nouvelle Vague japonaise (sans doute le plus doué avec Oshima) mais j’ai une passion sans borne pour ses trois derniers films : l’anguille, Kanzo Senseï, et le merveilleux De l’eau tiède sous un pont rouge. A l’instar des plus grands (je pense aux derniers Buñuel, au Gertrud de Dreyer…), Imamura ne devait plus rien à personne sur la fin de sa vie et il est parvenu à réaliser des films à la fois « classiques » et suprêmement libres ; déployant un art souverain de la mise en scène assez époustouflant.

Citons par exemple ce moment merveilleux où notre héros, tout juste sorti de prison, découvre dans de hautes herbes le corps d’une jeune femme qui vient de tenter de se suicider. La beauté de ces plans ne doit pas seulement à la joliesse du décor mais à un mouvement secret du film (le terme n’est pas approprié mais je n’arrive pas à dire mieux) qui en fait presque une résurrection, par opposition au meurtre originel. Par la suite, c’est cette femme, Keiko, qui va réapprendre à Yamashita à retrouver les chemins du désir.

 

Prenons notre petit dictionnaire des lieux communs cinématographiques et reportons-nous à la notice consacrée à Imamura : on y lira sans aucun doute le terme « d’animalité ». Toute son œuvre est construite sur la parallèle entre les passions humaines et la part animale des pulsions qui gisent en chacun de nous. Cette fois, c’est une anguille qui fait office de métaphore : animal ambigu, mutique et dont le mode très particulier de reproduction servira de miroir à la situation de Keiko et Yamashita. En mettant en parallèle le mode d’existence d’un homme dont le passé l’a amené à fermer toutes ses portes aux passions et à l’amour et celui d’une anguille prisonnière de son bocal ; Imamura dresse un tableau saisissant des diverses émotions qui agitent nos existences humaines : la jalousie, la pulsion (à la scène du meurtre du début répond une autre scène très sèche où Yamashita saisit un rasoir et blesse au visage un type qui l’agresse), le désir, la frustration (voir cet autre prisonnier en liberté conditionnelle qui tente de violer Keiko), l’impuissance... L’anguille symbolise à merveille toutes ces passions et plusieurs scènes étonnantes montrent Yamashita propulsé dans les eaux troubles du bocal avec cet étrange animal. Sauf que le cinéaste reste toujours opaque et ne se contente pas d’analogies simplistes : la métaphore lui permet seulement de sonder des gouffres sans avoir recours à la psychologie et au naturalisme.

 

Le film est étonnant, laissant sourdre derrière la sérénité de sa mise en scène (calme apparent du personnage principal, beauté somptueuse des éléments naturels…) un bouillonnement d’affects et de pulsions. La manière dont Imamura filme la renaissance du désir de Yamashita pour Keiko est tout simplement magnifique. Il y a cette inimitable manière qu’ont les asiatiques (je sais que c’est un tort de généraliser de la sorte mais considérez que je parle des plus grands) de filmer les histoires d’amours et les sentiments les plus brûlants sans avoir l’air d’y toucher. Jamais vous ne verrez le couple que forme Keiko ou Yamashita s’embrasser ou se laisser aller à je ne sais quelles effusions. Et pourtant, par des petits riens, Imamura nous touche en plein cœur. Il suffit d’un casse-croûte que Keiko cherche absolument à donner à Yamashita pour que tout soit dit. C’est rien, comme cette manière qu’avait la jeune héroïne de A scene at the sea  de Kitano de plier les vêtements de celui qu’elle aime sur la plage, mais c’est bouleversant. Il y a une délicatesse, une retenue dans ces moments là que je ne retrouve nulle part ailleurs que dans le cinéma asiatique.

 

Avec l’anguille, Imamura arrive à nous parler de l’homme sans, d’une certaine manière, avoir recours aux mots, au langage parlé (qui réduit tout à des codes psychologiques, sociologiques…). Il y parvient en ne parlant que le langage du cinéma : celui d’un cinéma ambigu, opaque mais néanmoins lumineux et particulièrement émouvant.

C’est tout simplement magnifique…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Vendredi 23 mars 2007 5 23 /03 /Mars /2007 18:28

La belle captive (1983) d’Alain Robbe-Grillet avec Daniel Mesguich, Gabrielle Lazure, Daniel Emilfork, Arielle Dombasle, Roland Dubillard

 

Je parlais dans une note futile de ces cinéastes dont je n’arrivais pas à découvrir les films. Il a suffit que je couche ces remarques sur papier (si j’ose dire !) pour voir mes vœux exaucés puisque après avoir découvert il y a peu mon premier Griffith, c’est maintenant dans l’œuvre de Robbe-Grillet que je commence à croquer. Du pape du « nouveau roman », je ne connaissais jusqu’à présent que le magistral l’année dernière à Marienbad dont la réussite doit moins, à mon sens, au texte d’origine qu’au superbe travail de mise en scène d’Alain Resnais.

N’ayant pas vu ses films les plus célèbres (l’immortelle, Glissement progressif du plaisir…), je me garderai bien d’un jugement définitif mais force est de constater, au vu de cette Belle captive (son pénultième film), que Robbe-Grillet est loin d’être un cinéaste de la trempe de Resnais et que ses bricolages cinématographiques relèvent moins d’un véritable de travail de déconstruction de la forme cinématographique que de jeux intellectuels un peu stériles.

 

Le titre nous l’indique clairement : Robbe-Grillet entend rendre hommage ici à René Magritte et truffe son film de références picturales à l’œuvre du peintre surréaliste. Il nous embarque sur les traces d’un agent (Daniel Mesguich) d’une mystérieuse « organisation » invité à transmettre un message à un sénateur en danger. Il croise une mystérieuse femme blonde (Gabrielle Lazure)  en boite de nuit et la retrouve gisant sur une route de campagne après un accident. Il lui porte secours mais se retrouve prisonnier d’une vaste demeure occupée par d’étranges individus. Après une nuit traversée par d’inexplicables images, notre bonhomme découvre que la fille a disparu et que son contact est décédé…

 

Difficile de résumer un film où l’auteur n’hésite pas à mêler fantasmes et réalité, vampirisme et érotisme, jouant sans arrêt la carte de l’onirisme, du récit gigogne (les actions semblent se répéter) pour mieux briser la linéarité de la narration. Tous ces aspects m’intriguaient au départ et mon goût forcené pour le surréalisme me faisait appréhender avec beaucoup de bienveillance ce film. Sauf qu’on se rend compte très vite que ça ne fonctionne pas.

Va falloir maintenant que je m’explique car certains ne manqueront pas de me coincer en flagrant délit de contradiction, moi qui porte aux nues quelqu’un comme David Lynch et qui soudain boude les jeux de construction oniriques de Robbe-Grillet. Alors pour faire vite, je résumerai la situation en disant que Lynch ne fait QUE du cinéma (malgré l’extrême richesse de son univers pictural et plastique) alors que Robbe-Grillet fait tout sauf du cinéma. J’entends déjà les hurlements de mon bien-aimé confrère le docteur Devo, grand zélateur de l’auteur de l’Eden et après, alors je vais tenter de préciser.

Dans la belle captive, il n’y a pas de plans : il y a des images. La nuance est subtile mais je vous laisse le soin de méditer cet adage. Robbe-Grillet se contente, la plupart du temps, de filmer des toiles de Magritte telle quelle. C’est parfois assez beau parce que la photo d’Henri Alekan est absolument superbe, mais ce n’est pas du cinéma : c’est de la peinture (on reproche beaucoup aux cinéastes de faire du théâtre ou de la littérature ; pourquoi ne pas pointer ceux qui ne font que de la peinture).

On va me dire : et le montage ? Et la narration éclatée ? Oui, sauf que là encore, je n’y ai pas vu du cinéma mais de la littérature. Il ne faut pas confondre narration et mise en scène : un film peut-être extrêmement linéaire et ne relever que du plus pur cinéma de mise en scène (Cf. La plupart des classiques hollywoodiens) alors que la déconstruction peut n’être qu’une vue du scénario, un « truc » théâtral (même si je l’aime souvent beaucoup, le cinéma de Blier, c’est ça !). Chez Robbe-Grillet, la construction n’a rien d’organique (c’est l’inverse de Mulholland drive) mais relève du plus pur arbitraire d’un scénario omniscient. Il faut entendre la voix-off de Mesguich pour mesurer à quel point la belle captive navigue entre le plus pur pompiérisme littéraire et l’insipidité la plus navrante (je vais sans doute me faire engueuler mais l’écriture de Robbe-Grillet n’est pas tellement intéressante et elle est souvent très pauvre).

 

Alors on se raccroche à quelques belles images, à quelques juxtapositions (le mot me semble plus approprié que « montage ») assez surprenantes et l’on songe, dans les meilleurs moments, à Jean Rollin. Sauf que le surréalisme de ce dernier est totalement cinématographique et qu’il a la modestie de se cantonner à un genre qu’il adule (le fantastique, les vampires…). Ce qui agace chez Robbe-Grillet, c’est ce côté « intellectuel qui mesure ses effets ». Chez Rollin, il y a une forme de naïveté très touchante alors que chez Robbe-Grillet, on ne sent que l’épate un peu chic et toc.

Plus intéressé par la peinture et la littérature, il se montre, par exemple, incapable de diriger ses acteurs qui sont tous très mauvais (à part quelques seconds rôles, comme l’immense Daniel Emilfork). Daniel Mesguisch est épouvantable : il commande un café en déclamant comme sur les planches du Français et l’on a envie de le baffer toutes les fois où il apparaît à l’écran. Gabrielle Lazure est plutôt décorative mais dégage la sensualité d’un plant de fenouil (nous sommes loin de l’érotisme brûlant des films de Rollin). Ne parlons pas de cette pauvre Arielle Dombasle qui apparaît au cours d’une séquence qui lui laisse le temps d’être mauvaise comme un cochon (à part les écrits de son mari, je ne vois pas pire !).

 

Bref, à part un côté visuel assez soigné (tout n’est quand même pas fabuleux et les citations de Cocteau avec ces motards venus d’on ne sait où puent le kitsch des années 80 à plein nez) et une construction narrative qui tient un peu en éveil ; ce premier film que je découvre de Robbe-Grillet ne m’a pas convaincu. Mais j’attends avec impatience que les fans me fassent partager leur enthousiasme…

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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