Dimanche 6 juillet 2014 7 06 /07 /Juil /2014 18:26

Under the skin (2013) de Jonathan Glazer avec Scarlett Johansson

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Tenter de résumer Under the skin ne permettra en aucun cas de se rendre compte de la teneur de ce film inclassable. Nous dirons qu’une femme (Scarlett Johansson) dont nous ne saurons rien, si ce n’est qu’elle possède toutes les caractéristiques d’une extra-terrestre, arpente les rues d’Edimbourg à bord de sa camionnette, attire à elle les hommes seuls pour les faire disparaître.

S’il fallait trouver absolument une filiation à Under the skin, c’est du côté de ces OVNI qui traversent et illuminent parfois le ciel du septième art qu’il faudrait chercher. On songe évidemment à David Lynch (en particulier celui d’Eraserhead) pour les ambiances sonores, au Clean Shaven de Lodge Kerrigan (pour cette héroïne qui semble dépourvue du moindre affect) ou encore au magnifique Sombre de Philippe Grandrieux (avec un finale mystérieux dans une forêt immémoriale). Le début fait également songer au 2001, l’odyssée de l’espace de Kubrick avec ces plans abstraits, ces halos lumineux et ces formes en mouvement qui évoquent un vaisseau spatial. Et la naissance d’un œil (filmé en insert), véritable clé d’un film qui travaille constamment la question du regard et du point de vue.

Comme chez Kubrick, cette ouverture laisse le champ libre à toutes les interprétations possibles. Qui est cette femme ? Que représente-t-elle ? Est-ce une réflexion sur la nature humaine ? Le désir ? Les pulsions ?


La première chose qui vient à l’esprit est qu’il sera question de cinéma puisque le film débute véritablement par un long plan noir soudainement troué par un faisceau lumineux. Cette lumière blanche qui grossit évoque celle d’un projecteur dans une salle obscure. On pourrait penser qu’il s’agit d’une interprétation un peu tirée par les cheveux si à cette séquence quasi abstraite du début ne répondait pas ce beau moment où Scarlett Johansson contemple son corps nu devant une glace. Cette mystérieuse femme n’est pas un individu mais une pure « image », une surface lisse dont on peut se demander ce qu’elle dissimule.


Un des grands mérites du film de Jonathan Glazer (c’est son troisième et le premier que je vois) est de ne pas jouer la carte du « grand film abstrait » solennel et monumental. Ce qui séduit immédiatement dans Under the skin, c’est le contraste entre une certaine « familiarité » de l’univers décrit (le quotidien des habitants d’Edimbourg, la nature écossaise…) et les scènes « abstraites » qui viennent trouer le récit. D’une certaine manière, lorsque cette femme observe les habitants de la ville vaquer à leurs habitudes et qu’elle perçoit à travers toutes ses trajectoires un certain sentiment d’absurdité, la solitude qui pèse sur les épaules de ces hommes ;  on songe à Bird People de Pascale Ferran. Et puisque nous sommes dans le domaine des références, on songe également à Adieu au langage pour ses plans de forêt et ce sentiment d’un basculement de l’humanité du côté du « non humain », d’une technologie parfaite qui reproduit la nature à l’identique mais la vide de toute substance.

Comme son titre l’indique, Under the skin est un film de « peau ». Qu’y-a-t-il sous l’écorce parfaite de cette extra-terrestre (excellente idée d’avoir pris pour le rôle une star internationale. Scarlett Johansson est méconnaissable et elle est absolument magnifique) ? Pure apparence, elle excite toutes les convoitises et rend fou les hommes qu’elle attire. Le film bascule lorsqu’elle rencontre un homme dont l’apparence est monstrueuse mais qui n’a pas un comportement de prédateur. Le film pourrait jouer de manière un peu grossière sur le thème de « la belle et la bête » en renversant la donne : la monstruosité se dissimule chez la créature la plus parfaite en apparence tandis que la beauté peut se nicher derrière la laideur physique.


Mais il est plus subtil que ça, travaillant autour de ces variations (de la même manière, la naissance supposée de sentiments chez la femme se traduit par sa perte) sans proposer de réponses toutes faites. Et tout ce qui relève de la pulsion, du désir, des instincts est traité dans des séquences abstraites étonnantes, comme cette espèce de lieu mental, pièce sombre où les hommes s’enfoncent dans une sorte d’eau noire tandis que Scarlett continue de marcher à la surface. Plastiquement stupéfiantes, ces séquences rappellent des visions oniriques que chaque spectateur a pu connaitre. De la même manière, une scène montre les deux victimes de la belle coincées dans cette substance indéfinissable (les « eaux glacées du calcul égoïste » chères à Lautréamont ?), vision cauchemardesque assez fascinante.


Under the skin oscille entre ces deux propositions : des visions plastiques assez hallucinantes et un réalisme plus quotidien qui permet d’ancrer le film dans la réalité d’aujourd’hui. Si on devait émettre une petite réserve, nous dirions que contrairement aux films les plus « tordus » de Lynch, il n’y a pas vraiment de progression dans le récit qui est parfois, un peu répétitif.


Mais l’étrangeté absolue de l’œuvre, ses visions pénétrantes, son opacité fascinante font du film de Jonathan Glazer une belle réussite qui donne envie de découvrir les deux films précédents du cinéaste et d’attendre avec impatience la suite de sa carrière.

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Dimanche 6 juillet 2014 7 06 /07 /Juil /2014 11:45

Aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres puisque ce blog fête ses 10 ans. Dix longues années à tenter d’écrire sur tous les films vus, à partager mes enthousiasmes et mes déceptions, mes coups de cœur et mes dégoûts viscéraux. En écrivant ma première note sur Combat sans code d’honneur de Fukasaku, je soulignais mon intention de ne pas proposer en ces pages une énième exégèse d’un film d’Hitchcock et mon désir de traiter du cinéma sous toutes ses coutures.


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S’il y a bien une chose que l’on ne pourra pas me reprocher (la seule ?), c’est de n’avoir jamais dévié de cette ligne et d’avoir toujours fait preuve d’éclectisme. En 10 ans, je ne crois pas avoir négligé un seul pan de l’histoire du cinéma, ayant abordé aussi bien la période muette que les sorties les plus récentes, les classiques hollywoodiens comme le cinéma d’auteur asiatique, le blockbuster dopé aux effets spéciaux et aux millions de dollars comme le plus fauché des films d’auteur. Je ne pense avoir oublié aucun genre dans mes chroniques où l’on pourra retrouver des films d’horreur, fantastiques, de SF, des westerns, des drames intimistes, des épopées, des films de guerre, des mélodrames, des comédies musicales, des films érotiques et pornographiques, des nanars de séries Z comme des chefs-d’œuvre indéboulonnables du 7ème art, d’improbables comédies franchouillardes comme de rigolards films de kung-fu, du cinéma expérimental et du cinéma d’action bodybuildé, etc. Pour ceux qui aiment chipoter, je dirais qu’il manque à mon palmarès une comédie érotique bavaroise et un film de catcheurs mexicains ! J’espère que l’on me pardonnera cette négligence totalement indépendante de ma volonté.

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***

Lorsqu’on débute un blog, on s’imagine volontiers que le succès va être immédiatement au rendez-vous, que les commentaires vont pulluler et qu’un dialogue va rapidement s’installer avec les lecteurs. Après quelques notes (sur L’ami de mon amie de Rohmer, l’horrible Fahrenheit 9/11 de Michael Moore…), je dus vite déchanter : mon blog ne suscitait aucune réaction. Je crois que le premier commentaire est venu après une critique de Spy game de Tony Scott (19/07/2004) et que mon « audience » commença à prendre un tout petit peu d’ampleur lorsque mon frère Boulet eut la gentillesse de me mettre dans les liens du blog qu’il venait de créer à son tour.

Très vite, j’ai compris que l’intérêt des blogs était l’interaction. Pour espérer des réactions chez moi, il fallait aller commenter chez les autres. Je suis donc parti en quête « d’âmes sœurs ». Paradoxalement, mes premiers contacts réguliers n’étaient pas forcément des cinéphiles acharnés même s’ils s’intéressaient au septième art. Ils s’appelaient « Heure bleue » (qui tenait également un blog de cinéma sous le nom de « La rose pourpre du Caire »), « Féerisette », « Casaploum » ou « PacsdeCro ». Il y en avait d’autres que j’enrage d’avoir oubliés, notamment cette aimable lectrice qui me confectionna une bannière (un collage où trônait Anna Karina dans Pierrot le fou) pour la première mouture de ce blog.

C’était le temps où les ados se ruaient sur les skyblogs pour publier leurs photos de soirée et où les dessinateurs trouvaient dans ce support un nouvel espace de liberté. Et puis il y avait aussi les blogs cinéphiles avec qui on rêvait d’entrer en contact. Notamment le terrible Charles de Zohiloff qui insultait à peu près toute la profession et vouait aux gémonies 90% des nouveautés sorties sur les écrans. Il y avait également les critiques « pros » qui se risquaient alors à entrer dans l’arène et à confronter leurs jugements aux internautes. C’était le temps des blogs « kaywa » de Jean-Sébastien Chauvin, de Sébastien Bénedict ou le fameux Contrechamp de Sandrine Marques qui deviendra critique au Monde.

Pour ma part, c’est petit à petit que je vais faire la connaissance de cinéphiles passionnés sur la toile. Ma mémoire peut me jouer des tours mais si ce n’est pas le premier, le Dr Devo et son Matière focale est assurément celui qui m’a le plus marqué. J’y trouvais alors ce que je recherchais dans la « critique » sur Internet : un ton humoristique et décalé, une curiosité insatiable pour des films pas forcément très connus, une volonté de privilégier l’analyse de la « mise en scène » plutôt qu’une approche « littéraire » (analyse des thèmes, de la dramaturgie…). Avec les rédacteurs de ce blog, nous avons eu quelques divergences mais ils sont restés pendant très longtemps des compagnons de route incontournables (jusqu’au moment où le rédacteur en chef a plus ou moins abandonné les critiques).

Difficile de faire ensuite un « historique » des rencontres avec ceux qui sont restés des fidèles et avec qui j’échange toujours aujourd’hui. Fin 2005, je lance une sorte de grand référendum sur les films les plus « érotiques » de l’histoire du cinéma. Parmi les contributeurs, on retrouve déjà, par exemple, « le coin du cinéphage » et Vincent du blog Inisfree. Puis en fouillant dans les commentaires de mon blog fraichement déplacé vers la plateforme « over-blog », on peut retrouver petit à petit les noms de ceux avec qui je ne vais cesser de dialoguer : Vierasouto/Camille et Ludo de « Série bis » (un des blogs que je regrette le plus) en 2006, Jocelyn/Mariaque, Ludovic Maubreuil, Joachim Lepastier et Edouard en 2007, etc. 

Les années 2007/2008 constituèrent, de mon point de vue, une sorte « d’âge d’or » des blogs, chaque note attirant un certain nombre de commentaires et donnant l’impression d’un bouillonnement permanent. C’est d’ailleurs à cette époque que j’intègre la rédaction du site Kinok et que mon blog va se trouver trois mois de suite deuxième au classement « cinéma » de « Wikioblog ».

Puis c’est une sorte de long déclin qui s’amorce. Les réseaux sociaux prennent l’importance que l’on sait et je rejoins, pour ma part, Twitter en octobre 2009 et Facebook en mai 2011. C’est désormais ici que se sont déplacés les débats cinéphiles même si le support du blog ne me paraît pas pour autant obsolète, permettant de développer de manière plus construite les avis sur les films.

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***

Plutôt que de poursuivre longuement cette note que je pourrais émailler de multiples souvenirs et anecdotes, j’ai proposé à ceux qui me lisent et me connaissent (depuis longtemps ou pas) de participer à une espèce de grand livre d’or où chaque contribution me permettrait de revenir sur un pan précis de l’histoire de ce blog. La forme est entièrement libre (textes, dessins, photos, vidéos, que sais-je encore…) et le fond également.

Si, pour l’instant, je me suis limité aux personnes avec qui je suis en contact (par mail ou sur Facebook), je renouvelle aujourd’hui cette invitation à participer à ce « livre d’or ». Si vous avez été marqués, agacés, amusés, révoltés par une de mes notes, si vous adorez ou abhorrez ce blog, si vous avez des anecdotes, des histoires, des réflexions à faire sur l’histoire et l’évolution des blogs ; n’hésitez pas à le dire et à m’envoyer (takeshivinz [arobase] hotmail [point] com) vos contributions. Que vous soyez « cinéphile » ou non, qu’elles se limitent à quelques lignes ou qu’elles fassent 30 pages, ne soyez pas timide. Toute participation me fera extrêmement plaisir !

Elles me permettront de revenir, jour après jour, sur l’histoire d’une aventure débutée il y dix ans et que je ne pensais pas poursuivre aussi longtemps.


A vous de jouer ! 

 

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Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Samedi 5 juillet 2014 6 05 /07 /Juil /2014 11:52

Il y a presque 10 ans, le 6 juillet 2004, un certain « Pierrot » écrit sur la plateforme de blog « 20six » (aujourd’hui disparue) une note intitulée :

machine à explore

« Mes débuts de "blogueur"... »


Elle disait ceci :


« Pourquoi décider aujourd'hui de livrer sur internet, à une cohorte de fans déjà conquis, les critiques de cinéma que j'écris pour moi depuis une dizaine d'années? quel intérêt de grossir inutilement la masse des jugements ineptes portés sur tel ou tel film alors que je n'ai ni l'envie de devenir critique aux "cahiers du cinéma", ni même la prétention d'avoir suffisamment d'éloquence pour inciter quelqu'un à aller voir un film?

 

Lassitude d'un éternel monologue adressé à moi-même? défi de confronter mon jugement à celui des autres? (je vous préviens, je suis d'une parfaite mauvaise foi!), désir de partager une vision du monde en espérant que d'autres extra-terrestres y adhèrent également (qui sait?)?

 

Un peu tout ça et surtout l'envie d'écrire... 

 

Alors à très bientôt… »

 

 

à suivre…

 

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Mercredi 2 juillet 2014 3 02 /07 /Juil /2014 23:19

New Mexico (1961) de Sam Peckinpah avec Maureen O’Hara, Brian Keith, Steve Cochran (Editions Sidonis Calysta). Sortie le 3 juin 2014

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The deadly companions est le premier long-métrage réalisé par Sam Peckinpah. Celui qui deviendra le grand cinéaste iconoclaste que l’on connaît (La horde sauvage, Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia…) débute sa carrière avec un beau western qui navigue entre un certain classicisme et une volonté de « pervertir » les figures du genre.

Rien de plus classique, en effet, que cette histoire de vengeance et de rédemption. Yellowleg (Brian Keith) recherche l’homme qui, autrefois, l’a cruellement blessé. Il s’acoquine avec Billy (Steve Cochran) et Turk pour braquer une banque. Le film bifurque ensuite lorsqu’au cours d’une fusillade, Yellowleg tue accidentellement le fils de Kit (Maureen O’Hara), une entraîneuse de la bourgade. Il décidera d’accompagner la jeune femme en territoire Apache pour offrir au jeune garçon une sépulture à côté de celle de son père…

Dans un premier temps, Peckinpah paie son tribut au classicisme fordien : des plans de crépuscules flamboyants qui évoquent La charge héroïque (She wore a yellow ribbon), une figure d’entraîneuse qui doit encaisser les railleries des bigotes hypocrites du coin rappelant la pétulante prostituée de Stagecoach (La chevauchée fantastique) et, bien entendu, la présence de l’égérie rousse de Ford, la magnifique Maureen O’Hara.

 

Mais en 1961, le maître réalise L’homme qui tua Liberty Valance et se met, lui aussi, à remettre en question la légende de l’Ouest et à réfléchir sur la notion de point de vue. Peckinpah arrive trop tard pour pouvoir adopter le genre en toute innocence. Ce n’est sans doute pas un hasard s’il débute sa carrière avec l’acte le plus inhumain qu’on puisse imaginer : la mort d’un enfant. Pardon pour la tarte à la crème de la réflexion critique mais difficile de ne pas y voir la fin de l’innocence d’un genre.

La communauté humaine que représente Peckinpah n’est en rien idéalisée : les hommes sont mus par des instincts bestiaux (se venger mais également assouvir ses besoins avec n’importe quelle femme -le personnage de Billy qui se montre toujours pressant avec Kit, au point de friser le viol-) et se caractérisent par leur hypocrisie. A ce titre, la scène où l’assemblée villageoise écoute un pasteur rigide et sévère est assez exemplaire. On y entend toutes les rombières s’indigner de la présence de Kit et son fils tout en crachant leur venin. L’enfant se tourne alors vers sa mère et à cette phrase terrible : « si elles doivent aller au paradis, n’y allons pas ».

 

Si la prostituée de Stagecoach était accueillie de la même manière, il y avait chez Ford une manière de l’intégrer à la joyeuse communauté de la diligence. Ici, Kit est atteinte par un drame atroce et portera toujours en elle la marque de cette stigmatisation.

Peckinpah, même s’il s’inscrit dans cette « ère du soupçon » du western (Penn, Aldrich avant Leone), ne verse pas encore dans le nihilisme qui sera le sien par la suite. Les personnages n’ont plus rien d’héroïque, ils ont un passé douloureux marqué au cœur même de leur chair (la cicatrice de Yellowleg) mais la fin du film (que je ne dévoilerai pas) prouve qu’une certaine rédemption est encore possible.

Le mouvement qu’imprime le cinéaste à son récit est celui qui mène de la vengeance sauvage (avec ce risque « d’accident » qui provoque une bifurcation dans la trajectoire des personnages) à une possibilité de « rachat ».

 

Tout en proposant un autre regard sur le mythe de l’Ouest américain (il est assez symptomatique que Peckinpah débute son film en caractérisant ses personnages par…leurs pieds), New Mexico s’achève de manière assez apaisée et revient au classicisme.

 

Si l’on s’apprête à enterrer le genre, il conserve néanmoins quelques beaux restes…

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mercredi 25 juin 2014 3 25 /06 /Juin /2014 22:18

Kriminal (1966) d'Umberto Lenzi avec Glenn Saxson, Helga Liné, Andrea Bosic

Le retour de Kriminal (1968) de Fernando Cerchio avec Glenn Saxson, Helga Liné, Andrea Bosic

(Editions Artus Films) Sortie en DVD le 1er juillet 2014

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La nouvelle collection « Ciné-Fumetti » d'Artus s'étoffe aujourd'hui de trois nouveaux titres. Occasion rêvée de découvrir un genre très populaire en Italie mais que l'on connaît finalement assez peu en France. Pour ceux qui ignoreraient ce que sont les « fumetti », il convient de ne pas rater le générique de Kriminal puisque Lenzi nous propose un montage habile entre des images arrêtées de son film et des cases de la BD originelle.

Sauf erreur, Kriminal est la première des adaptations de ces bandes dessinées bon marché mettant en scène des génies du crime (la plus célèbre restant le Danger Diabolik de Mario Bava). Kriminal est un bandit de haut vol qui commet ses méfaits déguisé dans une combinaison qui fait de lui un véritable squelette vivant. Dans ce premier épisode, l'inspecteur Milton organise son évasion afin que le criminel les mène aux joyaux de la couronne anglaise qu'il a dérobés...

 

Kriminal, play-boy blond le jour et dangereux brigand la nuit, a des allures de Fantômas. Mais il se rapproche davantage du personnage sombre inventé par Allain et Souvestre et adapté à l'écran par Louis Feuillade que du héros bon enfant incarné par Jean Marais dans les sympathiques nanars d'André Hunebelle. Pour prendre un exemple parmi d'autres, Kriminal n'hésite jamais à tuer ceux qui se mettent en travers de son chemin, y compris ses jolies conquêtes féminines.

Autre influence notable de ce genre de films : la saga des James Bond qui a débuté, avec le succès que l'on sait, au début des années 60 (James Bond 007 contre Dr No date de 1962) : même « héros » séducteur et amoral (même si Bond est du côté du « bien », il a le fameux « permis de tuer »), même esthétique « pop » et colorée (un comble pour des « fumetti » qui étaient publiés, à l'origine, en noir et blanc), même goût pour les gadgets curieux...

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Réalisé par le touche-à-tout du cinéma de genre italien Umberto Lenzi, Kriminal s'avère plaisant pendant 25 minutes puis l'intérêt du spectateur se délite petit à petit. La faute à un scénario un peu filandreux et à l'absolu manque de charisme de Glenn Saxson qui incarne le bandit au costume de squelette.

L'ensemble n'est pas désagréable mais on s'ennuie quand même un peu. Lenzi, qui assiéra sa réputation en réalisant des films d'horreur particulièrement éprouvants (l'horrible, à tous les sens du terme, Cannibal Ferox) se montre un peu mou. Un des défauts de ce film est de gommer les aspects les plus caractéristiques des BD (la violence, l'érotisme...) pour proposer une vision édulcorée et un peu trop lisse pour accrocher.

A ce titre, Satanik et son héroïne machiavélique était beaucoup plus percutant.

 

C'est Fernando Cerchio, vieux routard du cinéma populaire italien (Le vicomte de Bragelonne, Les mystères de Paris, La vallée des pharaons...) qui s'est chargé de réaliser Le retour de Kriminal. Cette suite s'avère presque meilleure que l’œuvre originelle dans la mesure où le scénario est plutôt mieux construit et la mise en scène a plus de tenue. Le début est même assez amusant puisque l'affreux Kriminal n'hésite pas, avec beaucoup de flegme, à assassiner de vieilles dames pour toucher les primes d'assurance. Le voilà ensuite embarqué dans une rocambolesque chasse au trésor devant le mener à des toiles de maîtres (un Rembrandt et un Goya). Il devra trouver quatre petites statues de Bouddha recelant chacune une partie de la carte menant au butin. On songe alors davantage à L'homme de Rio qu'aux cruels « fumetti ».

L'ensemble est assez enlevé même si le récit s'enlise un peu et finit par manquer de souffle. Comme pour le premier épisode, on regrette surtout le côté très édulcoré du film. Malgré la présence de la splendide Helga Liné, les deux Kriminal manquent cruellement de présences féminines et de cette pincée d'érotisme qui faisait le prix de Satanik. De la même manière, la violence est beaucoup trop atténuée pour forcer l'intérêt que l'on pourrait avoir pour ce genre de film.

 

Reste un sympathique parfum de la fin des années 60 : leurs couleurs acidulées et une esthétique « pop » qui, parfois, fait mouche (cette manière d'arrêter certaines images et de leur substituer une case de BD).

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Bonus. Comme d'habitude, le travail éditorial d'Artus est remarquable. Les films (présentés dans d'excellentes copies) sont agrémentés de bons suppléments. On pourra entendre, après avoir vu Kriminal, un entretien avec Umberto Lenzi tandis que David Didelot présente en long et en large la prolifique carrière de l'éclectique italien. Même si on peut sourire face à certains superlatifs employés à propos de Lenzi (qui n'est quand même pas un grand cinéaste), Didelot donne très envie de découvrir certaines de ses œuvres (en particulier ses « gialli »)

Quant à l'habitué Curd Ridel, il dissèque avec beaucoup de talent Le retour de Kriminal et fait un point salutaire sur cette célèbre saga de « fumetti »...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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