Sept femmes pour l'assassin

Le tueur à l'orchidée (1971) d'Umberto Lenzi avec Rossella Falk, Antonio Sabato

Sept femmes pour l'assassin

Faut-il rappeler une fois de plus l'importance qu'a eu en Italie Six femmes pour l'assassin, le magnifique de Mario Bava ? Même s'il y a eu des précurseurs, c'est assurément à partir de ce film que l'on voit éclore un genre qui va faire florès par la suite : le giallo. Cette « série noire » à l'italienne (le terme vient de « jaune », la couleur des livres policiers chez nos voisins transalpins) se caractérisera par un certain nombre de motifs récurrents : des tueurs en série, des meurtres violents, essentiellement commis à l'arme blanche et une atmosphère lourde où se mêlent volontiers des éléments érotiques et horrifiques.

Réalisé par le roublard mais parfois talentueux Umberto Lenzi, Le tueur à l'orchidée à tout d'un ersatz du film de Bava : des femmes assassinées l'une après l'autre, un accident de voiture comme déclencheur des événements, un assassin vêtu de noir et ganté... Et pourtant, même si le récit sent le réchauffé, quelque chose prend et on se laisse assez rapidement happé par l'atmosphère du film.

Est-ce la musique entêtante ? Le fumet sulfureux qui se dégage des premiers meurtres lorsque ces femmes sont sauvagement assassinées après avoir été largement dénudées ? Ou encore l'habileté du montage de Lenzi qui joue sur des variations de points de vue rapides (les visions subjectives du tueur dont on ne voit que les gants qui alternent avec les plans « objectifs » permettant de présenter les futurs victimes et les inscrire dans un environnement) ?

Sans doute un peu des trois et parmi les premiers crimes, certains sont assez marquants notamment celui de cette américaine qui finit sous des pots de peinture s'écoulant lentement sur sa peau (le sang et le rouge de la peinture ne faisant alors plus qu'un, soulignant cette volonté caractéristique du giallo d'esthétiser la violence). Plus tard, Lenzi nous gratifiera d'un meurtre à la perceuse qui annonce la mémorable intrusion que le cinéaste fera par la suite dans le cinéma « gore » (avec le mythique Cannibal ferox, par exemple).

Tout n'est sans doute pas au niveau de l'ouverture du film et des scènes de meurtre qui le rythment avec un certain brio (certains zooms « phobiques » annoncent des scènes que l'on retrouvera dans certains De Palma) : l'enquête patine parfois un peu et il faut jeter un voile pudique sur certaines incohérences inhérentes au genre : le tueur sévit dans le compartiment d'un train mais parvient néanmoins à disparaître alors qu'un contrôleur a fait irruption sur les lieux du crimes, le tout premier meurtre n'est plus jamais évoqué par la suite...

Mais mis à part ces quelques défauts, Le tueur à l'orchidée est un film habile qui joue avec talent sur les ambiances nocturnes et un mystère que symbolise parfaitement les portes-clés en demi-lune que sème le tueur. Il y a également cette atmosphère très particulière des années 70 qui nimbe l’œuvre, notamment lors d'une scène de fête où un peintre drogué se sert des corps des femmes comme support. Même si cette volonté est moins franche que chez de grands cinéastes comme Bava, Argento ou Fulci, on retrouve chez Lenzi cette volonté de faire du crime une véritable discipline des beaux-arts.

Plutôt efficace et bien réalisé, Le tueur à l'orchidée fait partie des jolies réussites de Lenzi et mérite assurément un petit coup d’œil...

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