Marguerite Duras par Gérard Courant (1976-2015) de Gérard Courant. Editions L’Harmattan

Autour de Duras

Contrairement aux autres anthologies consacrées à des cinéastes (Godard, Garrel, Schroeter, etc.), celle-ci ne comporte aucun long-métrage et se compose d’un ensemble d’extraits de Carnets filmés, de fragments et de courts-métrages.

Si Courant n’a jamais filmé Duras, il fit partie de ces jeunes cinéphiles qui gravitaient à une époque dans son cercle (il était ami avec son fils Jean Mascolo) et il a toujours été un grand  admirateur de la cinéaste. Pour preuve, un extrait du Carnet Le Ciné-club universitaire de Dijon où Courant annonce, en 1976, la tenue d’un week-end consacré au « cinéma féminin ». Ces deux minutes sont intéressantes car elles résonnent avec la récente polémique sur le manque de représentation féminine à la Cinémathèque. Courant explique bien que le cinéma féminin n’existe pas avant les années 50/60 et que si certaines (rares) femmes ont tourné, elles ont fait du cinéma « comme les hommes ». C’est donc de nouvelles conditions économiques (l’arrivée de la pellicule 16 mm, par exemple) qui ont permis aux femmes de prendre des caméras pour exprimer une vision du monde plus spécifique (que la vision d’Akerman, Duras ou Varda soit « spécifiquement féminine » me parait très réducteur mais c’est un autre débat !).

Autre preuve, le texte extrêmement louangeur que Courant consacre à L’Homme atlantique dans la revue Cinéma 82 : « notre Marguerite nationale a atteint ce qu’elle désirait depuis longtemps : faire du vide une matière pleine, faire du néant, un océan d’images. ». A partir de ce texte, Gérard Courant a réalisé un film (L’Homme atlantique de Marguerite Duras par Gérard Courant), essentiellement composé d’un écran noir (forcément !) où viennent s’inscrire ses mots inspirés. Un bel exemple de ce que l’on pourrait appeler un « texte filmé ».

Cette compilation regroupe également de précieux témoignages de collaborateurs de Duras. Bulle Ogier revient sur le tournage d’Agatha et les lectures illimitées dans Bulle Ogier sur Radio Ark en ciel tandis que Vincent Nordon nous narre avec sa verve coutumière le récit de la création de la maison de production Cinéma 9 par François Barat et Joël Farges, structure à qui l’on doit Son nom de Venise dans Calcutta désert mais qui disparut après les faramineux dépassements d’Alain Fleischer sur Zoo zéro. Nordon raconte également comment il tenta de sauver la maison de production en extorquant un gros chèque à un héritier de l’entreprise Seb. C’est à la fois drôle et passionnant et ça se trouve sur le Carnet Vincent Nordon, Marguerite Duras, Kenji Mizoguchi et le Japon. En revanche, Luc Moullet semble ne pas avoir très envie de parler de Nathalie Granger (qu’il produisit) dans un extrait un peu gênant (Moullet a l’air d’être malade et ailleurs) d’On dirait qu’il va faire beau.

Sinon, ce sont les films de Duras eux-mêmes qui ont inspiré Gérard Courant, notamment le temps de deux clips réalisés à partir des images d’India song pour la chanteuse Elisa Point (L’exception IV, La Chanson d’un autre cœur). Et il faut ajouter à cela les incontournables compressions dont il a été question dans ma dernière note. Je n’épiloguerai pas si ce n’est pour dire que certains plans de Duras ont l’air très beaux (notamment ceux des nuages dans Aurélia Steiner) mais que même compressés et réduits à une durée de quelques minutes, ils ont toujours l’air hiératiques et languissants !

Autour de Duras

Je n’en ai rien dit jusqu’à présent mais contrairement à Gérard Courant, je n’ai aucune attirance pour le cinéma de Marguerite Duras que j’ai toujours considéré (sans doute à tort) pour une imposture. Pour moi, la cinéaste (et l’écrivain) se contente de recycler les apports de la modernité pour en faire une petite tambouille « post-moderne » dénuée de toute la dimension subversive des artistes originaux. Pour prendre un exemple précis, je n’arrive pas à m’extasier devant les écrans noirs de L’Homme atlantique alors que Debord l’avait fait 25 ans plus tôt dans Hurlements en faveur de Sade avec une portée beaucoup plus critique et révolutionnaire.

Mais on aura compris que ce n’était pas le sujet aujourd’hui et que l’admiration de Courant n’a rien d’illégitime, d’autant plus qu’il nous offre un magnifique Lire de l’amant de Duras, Dionys Mascolo, qui lit avec une émotion qui donne le frisson sa terrifiante Lettre polonaise.  

En supplément du DVD, 11 Cinématons de collaborateurs plus ou moins proches de Duras, de Dominique Noguez (portrait génial) à Françoise Lebrun en passant par Pascal Kané, Jean Mascolo et Marylène Négro.

Retour à l'accueil