La femme qui faillit être lynchée (1953) d’Allan Dwan avec Joan Leslie, John Lund, Audrey Totter (Editions Sidonis Calysta) Sortie en DVD et BR le 9 septemhttp://drorlof.over-blog.com/article-du-cote-de-chez-dwan-123171663.htmlbre 2019

© Sidonis Calysta

© Sidonis Calysta

Tourné pour le modeste studio de Republic Pictures, La femme qui faillit être lynchée est un western de série B assez caractéristique du style du prolifique Allan Dwan (voir ma note ici). Pour le dire vite, le récit à proprement parler ne présente pas un grand intérêt et son écriture est assez grossière mais la mise en scène, sèche, implacable et inventive du cinéaste fait souvent merveille.

Sally Maris (la belle Joan Leslie) se rend en diligence à Border City, une petite bourgade qui a comme particularité, en cette période de Guerre de Sécession, d’être traversée en son milieu par la frontière qui sépare les états unionistes et les états sécessionnistes du Sud. Grâce à la propriétaire d’une mine de plomb qui fait également office de maire, la ville a su préserver sa neutralité en dépit des convoitises qu’elle suscite du côté des deux camps… Sally est venue retrouver son frère qui tient un saloon mais ce dernier se fait tuer par un officier sudiste. La jeune femme reprend alors l’affaire du défunt et doit affronter le gang du hors-la-loi Quantrill…

Si j’évoquais plus haut une écriture assez grossière, c’est pour la simple et bonne raison que les situations s’enchainent ici sans grandes nuances et sans véritable souci de vraisemblance. Sally est d’abord une jeune femme distinguée perdue dans un monde de brutes mais devient rapidement une impitoyable tireuse. L’homme qui a tué son frère est logiquement son pire ennemi avant de devenir son amant. Quant à sa rivale (Kate Quantrill), elle finira par devenir sa plus fervente complice… L’intérêt de La femme qui faillit être lynchée ne réside donc pas dans son scénario mais vraiment dans sa réalisation. Habitué à composer avec de petits budgets, Dwan déploie des trésors d’invention et parvient à nous accrocher grâce à la perfection de son découpage, la richesse de ses mouvements de caméra et un rythme toujours soutenu (voir la première attaque de diligence). Le film séduit également par l’originalité de ses personnages. D’un côté, Dwan s’amuse à convoquer de nombreuses figures du banditisme américain (Quantrill, les frères James, Cole Younger), de l’autre, il porte une attention toute particulière à ses personnages féminins. Un an avant Johnny Guitar, le cinéaste donne un rôle primordial aux femmes qui, dans le western, furent souvent réduites à jouer les utilités. Même si elles sont un peu caractérisées à la serpe (la garce intégrale devenant soudainement une héroïne vertueuse en dépit des saletés qu’elle a pu commettre auparavant), les personnages féminins ont une véritable existence chez Dwan (on le verra également dans son chef-d’œuvre Quatre étranges cavaliers) et possèdent autant (sinon plus) de force que les hommes.

Sally, par exemple, s’avère une excellente tireuse qui refuse catégoriquement que celui qui a tué son frère la prenne sous son aile et assure sa protection. Elle n’a pas besoin d’un homme pour exister et n’hésite pas non plus à relever ses manches pour se battre avec sa rivale dans une scène à la fois épique, spectaculaire (presque aldrichienne) et extrêmement drôle (Sally trainant Kate par les cheveux sur toute la longueur du comptoir du saloon). Kate Quantrill, de son côté, est d’abord la garce parfaite, qui séduit par ses yeux de velours et ses chansons dans la grande tradition des « femmes fatales ». Mais peu à peu, elle révèle son caractère meurtri et Dwan parvient à la rendre émouvante. Enfin, et le fait mérite d’être relevé, la petite ville est dirigée et administrée par une femme forte et tempétueuse. Pour faire régner l’ordre et préserver la neutralité de sa bourgade, elle n’hésite pas à commander des exécutions pour quiconque enfreint la loi. Les fonctions généralement attribuées aux hommes (virilité, autorité, agressivité, force, puissance…) sont parfaitement assumées par les femmes du film… Dépité par ces forts caractères et parlant d’un d’entre eux, un des personnages masculins va jusqu’à dire qu’il est persuadé qu’elle « ne sait même pas faire la cuisine », renversant une fois de plus le cliché de la femme ménagère et épouse dévouée.

Cette prégnance de l’élément féminin dans le cadre pourtant très « viril » du western (bien sûr, il y a des exceptions) fait tout l’intérêt de La femme qui faillit être lynchée, œuvre mineure mais réussie de l’étonnant Allan Dwan…

Bonus. Trois présentations du film par des fidèles des éditions Sidonis. Bertrand Tavernier révise un peu à la baisse son jugement sur l’œuvre et souligne la manière dont le western classique ayant abordé la guerre de Sécession occulte systématiquement la question de l’esclavage qui en fut pourtant à l’origine.

Patrick Brion axe son intervention sur les représentations de Quantrill au cinéma et à la télévision tandis que Philippe Ferrari revient, comme Tavernier, sur la place des femmes dans ce film.

Retour à l'accueil