Les Yeux de Laura Mars (1978) d’Irvin Kershner avec Faye Dunaway, Tommy Lee Jones, Brad Dourif. (Éditions Sidonis Calysta) Sortie en DVD/BR le 13 mars

© Sidonis Calysta

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Je ne gardais pas un très bon souvenir de ce thriller découvert autrefois à la télévision. Peut-être qu’à l’époque, le jeune cinéphile en quête d’émotions fortes que j’étais ne l’avait pas trouvé suffisamment violent ou croustillant. Toujours est-il que sa redécouverte aujourd’hui a été plutôt plaisante. Il ne s’agit pas de crier au chef-d’œuvre du siècle mais de constater que l’œuvre est de bonne facture et suffisamment captivante pour nous préserver du moindre ennui.

La curiosité des Yeux de Laura Mars tient sans doute au fait que le film a été écrit par John Carpenter. L’intrigue policière se double ici d’une dimension surnaturelle puisque Laura Mars (Faye Dunaway), photographe à scandale renommée, est capable de voir par avance les meurtres en train d’être commis. Si la caméra subjective qui suit les faits et gestes du meurtrier jusqu’au moment où il accomplit ses méfaits (avec un pic à glace) évoque le prologue d’Halloween, c’est davantage à De Palma que l’on songe puisque le criminel semble copier des photographies préexistantes de Laura pour opérer. L’image est d’emblée entachée d’un certain soupçon et semble être la cause des assassinats. C’est d’ailleurs la dimension la plus intéressante du film. Laura Mars est une sorte d’Helmut Newton au féminin (les œuvres vues dans le film sont d’ailleurs signées du célèbre photographe « chic » et choc) qui cherche à témoigner de la violence de la société à travers son art. La question qui se pose alors est de savoir si les images de violence émanent de la société ou si elles-mêmes peuvent provoquer cette violence en la banalisant. L’idée que les visions de Laura précèdent les meurtres fait planer constamment une indécision, comme si son art et ses images pouvaient, à leur manière, les provoquer.

En donnant ce côté surnaturel au récit et en s’attachant aux traces d’un tueur particulièrement givré, Irvin Kershner cherche à adapter à la sauce américaine une certaine idée du giallo italien. Et ça fonctionne plutôt bien, y compris dans le retournement de situation finale qu’on voit quand même venir un peu en avance. Mais ce qu’il manque par rapport aux giallos, c’est le côté baroque et inspiré de la mise en scène. On regrette vraiment que John Carpenter n’ait pas lui-même filmé son scénario car la réalisation manque de personnalité. Irvin Kershner possède un certain métier mais c’est davantage un artisan à qui l’on peut passer commande dès qu’il s’agit de réaliser des suites (La Revanche d’un homme nommé cheval, Robocop 2) ou des épisodes de grandes sagas (qu’il s’agisse de James Bond –Jamais plus jamais ou Star WarsL’Empire contre-attaque-).

Le film souffre de ce côté un peu fonctionnel avec ce que cela peut supposer de concessions aux effets de mode du moment (il faut se fader un long clip publicitaire où Laura Mars fait une séance photo sur l’horrible morceau disco Let’s All Chant de Michael Zager Band). Mais à côté de cela, il est efficace et interprété à la perfection par une Faye Dunaway radieuse (pléonasme) et un Tommy Lee Jones prématurément fatigué en flic un peu dépassé par les événements.

Au bout du compte, Les Yeux de Laura Mars recèle suffisamment de suspense pour plaire aux amateurs de thrillers biscornus et fonctionne plutôt bien plus de 40 ans après sa réalisation. On ne criera pas au génie mais à une œuvre honnête, bien faite et qui fera assurément passer un bon moment…

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