La main qui venge (1950) de William Dieterle avec Charlton Heston, Lizabeth Scott (Editions Sidonis Calysta) Sortie en DVD le 17 mars 2020

© Sidonis Calysta

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Après une longue période à la Warner, William Dieterle fut engagé par la Paramount où il put tourner, entre autres, cette Main qui venge de bonne facture. Il s’agit d’un film noir tout ce qu’il y a de plus classique centré sur trois joueurs invétérés qui escroquent un beau jour un brave père de famille en déplacement. Plumé, l’homme se suicide. Mais peu à peu, les tricheurs se sentent menacés par le frère du défunt venu pour se venger…

A la lecture de ce court résumé, on remarquera que cette trame évoque celle de nombreux films d’horreur qui inonderont les écrans par la suite (le tueur psychopathe qui revient éliminer un par un ceux qui l’ont fait souffrir). On peut d’ailleurs regretter le côté attendu et linéaire de l’œuvre : les rebondissements sont assez téléphonés et le récit ne réserve pas beaucoup de surprises.

Néanmoins, on aurait tort de faire la fine bouche parce que La main qui venge (Dark City) possède de nombreuses qualités. Qualités de mise en scène en premier lieu puisque William Dieterle se fond dans le genre du « film noir » avec aisance et parvient à créer une atmosphère poisseuse avec tripots enfumés et quais embrumés. Jouant sur les clairs-obscurs, le cinéaste sculpte la lumière de façon souvent passionnante. A ce titre, la scène d’ouverture est très réussie. Il s’agit d’une descente de police dans le tripot où travaille Danny (Charlton Heston). Par le jeu des cadrages, du montage, Dieterle parvient à donner une teneur expressionniste à son film et ce sont ces trouvailles visuelles parsemées tout au long du récit qui maintiennent constamment l’attention. Citons, par exemple, la scène du premier meurtre effectué par vengeance qui est une merveille de concision et de stylisation (une main sort d’un rideau et seule sa bague nous permet « d’identifier » le tueur). On sera aussi séduit par le jeu massif de Charlton Heston qui trouvait là son premier grand rôle. Incarnant un personnage peu sympathique, tenant à distance la femme amoureuse de lui (Fran, incarnée par Lizabeth Scott) et pouvant être tenu pour responsable du suicide d’un homme ; il parvient néanmoins à susciter une certaine empathie qui grandit au fur et à mesure qu’avance le récit. Il faut dire que Dieterle, sur les recommandations de son producteur (c’est Tavernier qui le dit dans l’une des trois présentations du film), fait bifurquer son histoire sur une pente plus mélodramatique. Comme le soldat français torturé par le remord qui se rend dans la famille du soldat allemand qu’il a tué pour ensuite tomber amoureux de la fiancée du défunt dans L’homme que j’ai tué de Lubitsch ; Danny se rend chez la veuve du suicidé et semble en tomber amoureux (du moins, il manifeste le désir de se « racheter » en l’aidant). Cet aspect plus sentimental tranche avec le côté « sec » du thriller et, avouons-le, s’avère moins convaincant. Par ailleurs, on se serait aussi passé des nombreuses chansons qui parsèment l’intrigue et la ralentissent plus que de nécessaire.

Sans être un grand film, La main qui venge témoigne néanmoins d’une époque où Hollywood savait confectionner des œuvres parfaitement ciselées. Les ficelles sont sans doute (déjà) un peu usées mais ça reste de la belle ouvrage avec cette petite touche de noirceur nihiliste, ce désabusement si typique des grandes heures du film noir. Une jolie découverte, donc…

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