Des fleurs pour un espion (1966) d’Umberto Lenzi avec Roger Browne, Yoko Tani

Operation Re Mida (1967) de Jess Franco avec Ray Danton, Barbara Bold, Rosalba Neri

(Artus Films)

© Artus Films

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En 1962 (1963 en France et aux Etats-Unis) débarque sur les écrans un phénomène mondial bien connu pour son matricule : 007. La saga James Bond débute en ce début des années 60 et les cinéastes européens vont s’engouffrer dans son sillage pour nous proposer de nombreux ersatz du célèbre espion.

En Italie, après l’âge d’or du péplum et l’arrivée du western, « l’Euro Spy » va connaître une sorte de parenthèse enchantée entre 1965 et 1967 et de nombreux films vont être tournés. Mais c’est en France qu’a débuté cette mode. Dans ce contexte de guerre froide, il faut rappeler que les kiosques de gare proposent les innombrables titres de la collection « Espionnage » du Fleuve Noir. Sous la plume de Paul Kenny nait Coplan qui deviendra un personnage cinématographique sous les caméras de Maurice Cloche (Coplan, Agent Secret FX18), Maurice Labro (Coplan prend des risques) ou encore Riccardo Freda et Yves Boisset. On ne présente plus non plus OSS 117, né sous la plume de Jean Bruce et qui débarquera sur les écrans en 1963 (OSS 117 se déchaîne d’André Hunebelle).

Les indispensables éditions Artus Films nous proposent aujourd’hui de redécouvrir deux fleurons de ce genre qui fleure bon les sixties, les jupes qui raccourcissent et une certaine désinvolture « pop ».

Lorsqu’il réalise Des fleurs pour un espion, Umberto Lenzi a déjà une bonne quinzaine de films à son actif. Il représente l’artisan consciencieux et éclectique, capable de se plier à tous les genres imaginables, ayant tâté du film d’aventures exotiques (Le Temple de l’éléphant blanc), du péplum (Maciste contre Zorro) et ayant déjà signé l’année auparavant un film d’espionnage avec Roger Browne : Super 7 appelle le sphinx. Des fleurs pour un espion reprend tous les ingrédients du genre : un héros très viril et tiré à quatre épingles (avouons cependant que Roger Browne a le charisme d’un concombre de mer), des petites pépées fort accortes, une méchante chinoise (jouée par la japonaise (!) Yoko Tani) et de l’exotisme à tout crin.

Martin Stevens a pour mission de retrouver les brigands ayant volé un Electroscomètre, un appareil capable de neutraliser le courant électrique et de plonger une grande ville dans l’obscurité. Il affrontera de patibulaires bandits mais devra aussi déjouer des trahisons et de nombreux rebondissements. Inutile de s’aventurer plus avant dans les détails de l’intrigue : c’est celle d’un roman de gare (dans ma bouche, ce n’est évidemment pas péjoratif) mené tambour battant. Lenzi nous offre une succession de cartes postales au gré des pérégrinations de ses personnages en France (passage un peu décevant car nous n’aurons droit qu’à un seul plan des Champs-Élysées), en Suisse et surtout en Grèce où se déroule l’essentiel de l’histoire (avec les airs de sirtaki de rigueur !). Il accumule des scènes d’action plaisantes et ces péripéties fantaisistes sont dénuées de la moindre prétention.

Le film n’est sans doute pas inoubliable mais c’est un excellent divertissement, désuet et charmant.

© Artus Films

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Les « Euro Spy » des années 60 sont souvent le fruit de coproductions italiennes, espagnoles, françaises et allemandes. On ne sera donc pas surpris de constater que le stakhanoviste Jess Franco tâta lui aussi du genre. Ses deux films précédents, Cartes sur table (scénario de Jean-Claude Carrière) et Ça barde chez les mignonnes relevaient déjà de l’espionnage et mettaient en scène des agents secrets incarnés par Eddie Constantine. Operation Re Mida voit l’agent Lucky Milligan (Ray Danton) mener l’enquête pour démembrer une organisation criminelle inondant le monde de faux billets.

Avec ses cadrages expressionnistes (n’oublions pas que Franco fut l’assistant de Welles), son atmosphère nocturne et la célérité du montage, la première séquence du film est extraordinaire. Franco nous embarque dans une intrigue totalement rocambolesque au rythme endiablé. Night-clubs, meurtres en pagaille, incessantes courses-poursuites… le spectateur est pris dans une succession d’actions haletantes. Le cinéaste respecte le cahier des charges du genre avec son héros de charme distillant les bons mots à la demande, son chapelet de donzelles aux silhouettes avantageuses et ses méchants de pacotille (une médaille pour la terrible chef d’une organisation albanaise). Mais dans un même mouvement, il nous propose une véritable parodie du genre qui lorgne ostensiblement du côté des « fumetti » (bandes dessinées populaires italiennes) avec ses images arrêtées, ses phylactères qui apparaissent parfois à l’écran et ses gags totalement nonsensiques, à l’image de ce rayon paralysant qui empêche le héros de s’écraser au sol en interrompant son vol plané.

Jess Franco ne se prend jamais au sérieux et multiplie gags et dialogues absurdes, se moquant comme d’une guigne de son scénario stéréotypé. Le film est une sorte de jeu de l’oie à ciel ouvert, où chaque rencontre offre l’occasion à Lucky de se déplacer d’un point à un autre où de nouveaux dangers l’attendent. Le rythme est trépidant même si on peut regretter que le dernier tiers du film s’essouffle un tantinet.

Reste qu’en matière de mise en scène, Operation Re Mida est un film brillant : le cadre est constamment inventif et le montage d’une redoutable efficacité. Franco parvient à traduire le rythme de la bande dessinée au cinéma, ce qui n’est pas une chose aisée (beaucoup s’y sont cassés les dents). Ce n’est sans doute pas son film le plus personnel (ils arriveront dans les années 70) mais une œuvre colorée et pop qui n’a rien à envier au Danger : Diabolik de Mario Bava.

Avec ces deux films proposés, Artus nous offre un beau panorama des charmes de ce genre gentiment suranné. Ils sont accompagnés de présentations passionnantes de l’incontournable Christophe Bier qu’on écouterait volontiers des heures tant son érudition et son goût pour la culture populaire sont communicatifs. Alors pourquoi s’en priver ?

 

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