Les Zombies au cinéma : Dead’s Zone (2022) de Joachim Daniel Dupuis (Éditions L’Harmattan, 2022)

Figure du zombie

Le titre du livre pourra paraitre trompeur. En effet, difficile d’imaginer possible qu’on puisse dresser un panorama exhaustif du zombie au cinéma dans un court essai de 70 pages. Qu’on ne s’attende surtout pas à un ouvrage historique sur la question mais à une réflexion sur la figure cinématographique du zombie. En ce sens, le titre n’est pas non plus mensonger puisque l’ambition de Joachim Daniel Dupuis est de sortir de l’ornière des sciences sociales le « zombie » (la sociologie, l’anthropologie…) pour le ramener dans le cadre du cinéma : « Et pourtant, dans la littérature zombie, on lit toujours un peu la même chose, à savoir que le zombie est toujours la métaphore de quelque chose. Associée, par la critique, à des outils issus du champ des sciences humaines (linguistique, sociologie), de l'anthropologie ou de la psychanalyse, la singularité cinématographique du zombie est sans cesse confisquée au profit d'usages métaphoriques. Cela revient à "zombifier" le zombie une nouvelle fois. »

Pour sortir de cette approche métaphorique, l’auteur s’appuie sur deux films : White Zombie (1932) de Victor Halperin et La Nuit des morts-vivants (1968) de Romero. Dans le premier cas, il s’agit de différencier le zombie des autres « monstres » créés par la mythologie du cinéma fantastique (le vampire en premier lieu), notamment grâce au dispositif hypnotique mis en place. Chez Romero, le zombie acquiert une dimension politique et Joachim Daniel Dupuis de revenir sur ses caractéristiques (se déplacer, démembrer, ingurgiter) ainsi que sur sa manière de perturber le monde des vivants.

Composé de deux courts essais, Les Zombies au cinéma s’appuie sur des concepts venus de la philosophie, que ce soit chez Deleuze et surtout Foucault puisqu’il est question de biopolitique dans la deuxième contribution et que l’auteur convoque souvent la notion d’hétérotopie : «Dans cette perspective, la démocratie est pensée comme une « membrane » qui enveloppe des « populations » : d’une part, elle les enserre par des normes, et de l’autres, elle joue vis-à-vis de certaines d’entre elles le rôle de gangue protectrice pour certaines et elle exclut les autres, comme le ferait une cellule face à une cellule étrangère. Le rôle des zombies, chez Romero, c’est de distendre cette membrane, peut-être même de chercher à la trouer. »  

Ces réflexions sur le mouvement induit par la figure du mort-vivant et par la remise en cause qu’il provoque du modèle démocratique sont intéressantes, d’autant plus que l’auteur revient pertinemment sur la figure du héros noir tué à la fin de La Nuit des morts-vivants, la rattachant de manière ironique et critique à Naissance d’une Nation de Griffith ou aux documents photographiques mettant en scène le Klu Klux Klan.

La petite limite de cet essai, c’est à mon sens (mais peut-être n’ai-je pas bien tout saisi !) qu’il entend dans un premier temps échapper à l’interprétation métaphorique du zombie et qu’il finit par retomber dans cette idée du zombie comme symbole politique (« il [Romero] transforme le zombie en opérateur pour cartographier l’état de la société et ses pouvoirs. »). Pour ma part, j’ai dû mal à imaginer qu’on puisse faire l’impasse sur la dimension symbolique de cette créature (à la fois « damnée de la terre » et esclave) donc je ne jetterai pas la pierre à l’auteur. Mais pourquoi alors prendre soin de s’en défier dans un premier temps ?

En tout cas, ce petit essai intéressera ceux qui cherchent une approche plus « philosophique » de la figure du zombie.

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