La Peur (1954) de Roberto Rossellini avec Ingrid Bergman

Visages du cinéma italien : 8- Roberto Rossellini

Dans Stromboli, Karen (l’héroïne incarnée par Ingrid Bergman) assistait à une impressionnante pêche au thon et voyait dans le destin de ces poissons une image de sa condition de prisonnière insulaire rejetée par les habitants du village. On retrouve dans La Peur cette métaphore animalière puisqu’à la fin du film, Irène (toujours Ingrid Bergman) se retrouve dans le laboratoire de son mari au milieu des cages d’animaux (souris, hamsters, lapins…) servant de cobayes aux expériences du scientifique sur le curare. L’image fonctionne de la même manière et traduit la condition de cette femme enfermée dans sa cage (elle ment car elle a un amant) et soumise à de mauvais traitements (le chantage dont elle est l’objet). Mais cette mise à l’épreuve permettra également la découverte de l’antidote (un mal pour un bien) et lui offrira femme une forme de rachat.

En adaptant la nouvelle de Stefan Zweig, Rossellini poursuit sa réflexion sur la faute et le pardon dans une optique métaphysique. A la fin de Stromboli, la confrontation avec la nature et Dieu (le volcan comme image de la divinité), Karen trouvait une forme de salut face à ses tourments. Ici, Irène suit une trajectoire similaire à celle de sa fillette qui ne veut pas avouer son mensonge dans un premier temps et qui finit par se faire pardonner par son père lorsqu’elle ose dire la vérité. Pour le cinéaste (dans une optique chrétienne), c’est moins la faute qui importe que la possibilité (et la volonté) de la confesser. C’est en acceptant d’avouer son « péché » qu’Irène peut accéder à une forme de rachat et se faire pardonner par son mari.

On n’est pas obligé d’adhérer à ce propos pour admirer la beauté sèche du film, même s’il n’a pas, malgré tout, la force et l’intensité de Stromboli.

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