Jeudi 31 juillet 2014 4 31 /07 /Juil /2014 11:21

Coffret Max Pécas (4 films) L.C.J éditions. Sortie le 7 mai 2014

Je suis une nymphomane (1971) avec Sandra Julien, Michel Lemoine, Janine Raynaud

Je suis frigide…Pourquoi (1973) avec Sandra Julien, Marie-Georges Pascal

Club privé (1974) avec Philippe Gasté, Michel Vocoret

Sexuellement vôtre (1974) avec Yan Brian, Michel Vocoret, Tania Busselier

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La tentation est grande, lorsqu’on se trouve face à l’œuvre de Max Pécas, d’afficher une mine réjouie et le sourire goguenard de celui qui va pouvoir se faire plaisir en se vautrant dans le second degré. Un texte rigolard et plein de coups de coude dans les côtes du lecteur conquis, c’est fort aisé (je confesse y céder avec le titre de cette note !). A l’inverse, il ne s’agit pas non plus de sombrer dans une certaine complaisance nanarophile qui fait volontiers passer les vessies (pécassiennes) pour des lanternes (benazérafiennes, par exemple) et tend à tout réhabiliter au nom bien commode du kitsch-roi.

Quiconque a vu les comédies de la dernière partie de l’œuvre de Max Pécas sait qu’il n’y a absolument rien à sauver de ces navets franchouillards mal joués, mal écrits, mal filmés et d’une beauferie incommensurable. De là vient le problème : le cinéaste est désormais associé à jamais à ces comédies (notamment sa fameuse « trilogie » de Saint-Tropez : Les branchés à Saint-Tropez, Deux enfoirés à Saint-Tropez et On se calme et on boit frais à Saint-Tropez). Si elles constituent l’essentiel de la troisième et dernière partie de sa carrière (il faut visiblement mettre à part un polar musclé que je n’ai pas vu : Brigade des mœurs), elles sont un peu l’arbre qui cache la forêt et il y eu un Pécas avant Pécas.

Assistant dès la fin des années 40 et tout au long des années 50 de cinéastes du « samedi soir » hélas bien oubliés aujourd’hui (Jacques Daroy, Maurice de Canonge, Alfred Rode), Max Pécas débute comme réalisateur en 1960, au moment où déferle la Nouvelle Vague, avec Le cercle vicieux. Pendant près d’une décennie, il va suivre une carrière assez similaire à celle de José Benazeraf en tournant des polars à petits budgets agrémentés de scènes « sexy ». Sans avoir le talent flamboyant de son homologue, il semblerait que cette première partie de l’œuvre pécassienne mérite d’être redécouverte. D’une part, parce que le cinéaste devient dès 1963 et la fondation de sa maison de production « les films du Griffon » un auteur à part entière (il écrit, réalise et produit ses films). D’autre part, parce qu’il va demander à de grands écrivains de « séries noires » de participer à certains de ses scénarios. Jean-Patrick Manchette travaille sur le scénario de La peur et l’amour et Une femme aux abois tandis que Jean-Pierre Bastid est également associé à l’écriture de La peur et l’amour (décidément, on aimerait bien le voir celui-là !) et a écrit La main noire.

Max Pécas va suivre la trajectoire de la plupart des cinéastes populaires français. Après 1968 et profitant de la libéralisation des mœurs, il glisse tout doucement vers l’érotisme (dès 1970 avec Claude et Greta). Nous allons revenir sur cette période plus en détails mais même s’il pimente à chaque fois un peu plus les ébats qu’il filme, une chose est certaine : Pécas n’est pas un grand érotomane (à la différence de Don José) et filmer le sexe ne l’intéresse pas beaucoup. C’est donc surtout par roublardise et appât du gain qu’il s’est laissé tenter par le genre. Là encore, comme Korber, Mulot, Rollin, Davy, Bénazéraf et même l’ancêtre Willy Rozier, il tâtera (si j’ose dire !) à la pornographie le temps de deux films (Les mille et une perversions de Félicia et Luxure) pour abandonner définitivement un genre qui ne l’attire guère et se consacrer presque exclusivement à la comédie égrillarde à partir de 1977 (l’année du mythique Marche pas sur mes lacets).

Le coffret proposé par L.C.J regroupe quatre films érotiques de Max Pécas réalisé entre 1971 et 1974. A travers ces quatre œuvres se dessine une certaine évolution du cinéma de l’auteur, non pas dans la manière de filmer les corps et le sexe (même si Sexuellement vôtre est un peu plus pimenté – ça reste très relatif- que Je suis une nymphomane) mais dans le ton. En effet, les deux titres tournés avec Sandra Julien (Je suis une nymphomane et Je suis frigide…pourquoi ?) sont de purs mélodrames alors que Sexuellement vôtre est une comédie qui annonce clairement la dernière partie de l’œuvre pécassienne.

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Je suis une nymphomane et Je suis frigide…pourquoi ? sont construits sur les mêmes schémas. Une jeune provinciale est victime d’un « accident » qui détraque sa sexualité. Après avoir sombré dans la débauche à Paris pour tenter de guérir, elle finira sauvée en trouvant… le grand amour. Dans les deux cas, l’héroïne est incarnée par Sandra Julien et c’est sa voix-off omniprésente qui fait avancer le récit en nous faisant partager ses états d’âme.

Notons au passage que si les dialogues de ces deux films sont assez ampoulés, ils sont assez bien écrits : chez Pécas, on ne se « moque » pas, on « persifle » et lorsqu’un personnage dit « tu peux y aller », il n’oublie pas de faire la liaison !

De mon côté, j’avais un très mauvais souvenir de Je suis une nymphomane, vu autrefois un dimanche soir sur M6 sous le titre moins cru de Carole et ses démons. Je me souvenais d’un film horriblement hypocrite et réactionnaire, dénué du moindre soupçon d’érotisme. Le revoir m’a fait un peu réviser mon jugement.

Certes, sur le fond, le film est toujours aussi déplaisant puisque la nymphomanie de Carole est clairement considérée comme une « maladie » (qu’elle a contractée en faisant une chute dans un escalier !). Tout le long du récit, nous devrons subir les lamentations de cette pauvrette victime de ses désirs insatiables (il existe pire, me semble-t-il !). Qu’une femme puisse être ainsi inassouvie semble être un grand péché pour Pécas qui n’hésite pas à l’envoyer voir un curé et qui la sauvera grâce au grand et unique amour ! Dès Je suis une nymphomane, Pécas affiche clairement son double jeu : d’un côté, profiter de la libération des mœurs pour s’encanailler et montrer de la fesse à vil prix, de l’autre, jouer les moralisateurs et renvoyer tout le monde à ses foyers et à l’amour conjugal à la fin.  

Mais si on passe outre cet aspect pudibond et hypocrite, Je suis une nymphomane n’est pas un mauvais film. C’est un mélodrame correctement filmé et plutôt joliment photographié. J’ai été très surpris par la bonne tenue de nombreuses séquences et par ces jeux habiles de lumières rouges qui font que l’œuvre semble parfois éclairée comme un giallo. A ce titre, la séquence du manège où Carole commence à délirer est vraiment très réussie et assez fascinante.

L’érotisme reste très soft (Pécas n’est pas Lars Von Trier) mais la belle Sandra Julien est suffisamment bien mise en valeur pour combler le spectateur.

Avec Je suis une nymphomane et Je suis frigide…Pourquoi ?, Pécas adapte à la fiction un sous-genre de la « sexploitation » très en vogue à l’époque : l’« hygiene picture ». En effet, à la fin des années 60, il y eut une mode (surtout chez nos voisins teutons mais pas seulement : voir les films de Pierre Chevalier chez nous) pour les films « d’éducation sexuelle ». L’avantage était double : racoler un public toujours friand d’images inédites sur le sujet et se draper dans une pseudo-objectivité scientifique pour ne pas affoler les ligues de vertu.

Avec ces deux films, Pécas cherche à embrasser tout l’éventail de ce que pourrions nommer, faute de mieux, le « désir féminin ». Après être devenue nymphomane, notre pauvre Sandra Julien va devenir frigide dans le film Je suis frigide…Pourquoi ? Avouons que la raison de ce blocage est plus logique que dans le film précédent puisque, fille de jardinier, elle se fait violer par le fils (et la complicité de sa sœur) du patron ! Mais hélas, le film sera tout aussi nauséabond sur le fond que Je suis une nymphomane puisque le cinéaste ne condamnera quasiment pas ce crime, allant même jusqu’à faire dire à un docteur : «au fond, peu importe le viol » (sic !). On comprendra que Doris, au fond, était amoureuse de son agresseur et qu’elle retrouvera le plaisir en entamant une liaison avec lui ! (sous-entendu : ce n’est pas vraiment un viol puisqu’elle était déjà amoureuse du jeune homme. Mouais…)  

Pour le coup, le film n’est même pas sauvé d’un point de vue cinématographique et s’avère bien moins intéressant que Je suis une nymphomane. On s’ennuie beaucoup et ce ne sont pas les quelques gags qui parsèment le récit (lorsque Doris est devenue call-girl) qui éveilleront l’intérêt.

J’ai parlé l’an passé de Club privé, mélo coquin pas désagréable mais tout aussi moralisateur. Je n’insiste pas plus et vous renvoie à ma note. Je notais déjà la présence d’un humour égrillard qu’apportait la présence de l’ineffable Michel Vocoret (qui tient d’ailleurs un petit rôle dans Je suis une nymphomane). On retrouve le bonhomme comme acteur et aux dialogues de Sexuellement vôtre qui, pour le coup, est une véritable comédie (que cette comédie soit drôle est une autre affaire !)

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Le spectateur y suit les frasques de Gérard Casanova (Yan Brian), descendant du grand séducteur, qui exerce la profession de « call-boy ». Chaque rendez-vous galant qu’il offre, moyennant finance, à une gente féminine conquise d’avance par ce play-boy à moustaches donne lieu à une saynète paillarde. La plupart du temps, les situations relèvent du vaudeville (Vocoret fouetté par une vieille baronne en corset adepte des jeux SM) et « l’humour » repose sur des voix-off qui nous font partager les pensées contradictoires des personnages.

Un seul bon gag à sauver : Casanova se livre à de chaudes étreintes avec la belle Valérie Boisgel au son d’un violon romantique. Nous pensons qu’il s’agit d’une musique extra-diégétique mais à la faveur d’un panoramique, nous découvrons que Michel Vocoret est en train de jouer dudit violon au pied du couple !

Pour le reste, c’est assez pathétique et annonce clairement la dernière partie de carrière de Pécas : Vocoret en fait des tonnes, les gags volent au ras des pâquerettes (à l’époque, ça faisait beaucoup rire de dévoiler après coup que les femmes avec qui le héros venait de batifoler étaient en fait des travestis !), l'érotisme est presque aussi émoustillant qu'un stand de charolaises au salon de l'agriculture et la réalisation est d’une médiocrité affligeante.

De ce coffret fort sympathique au demeurant, on retiendra surtout Je suis une nymphomane (et éventuellement Club privé) et l’idée que ce Max Pécas, aussi roublard fut-il, mériterait quand même d’être redécouvert… 

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mercredi 30 juillet 2014 3 30 /07 /Juil /2014 16:38

Christian fait également partie de mes plus vieux compagnons de route puisque je l’ai rencontré alors que nous officions tous les deux sur la plateforme 20six de sinistre mémoire. Ce qui nous a rapprochés immédiatement, c’est une curiosité insatiable pour tous les aspects du cinéma. Christian est un puits de science qui ne néglige ni le cinéma « bis », ni les nanars gouleyants qu’a pu produire le cinéma français, par exemple. A ce titre, c’est un grand et fin connaisseur de tous les seconds ou troisième rôles qui ont pimenté le cinéma du « samedi soir ».

Quand il a débuté avec son Coin du cinéphage, Christian livrait des critiques de films et il a continué jusqu’à 2010 à peu près. Je me souviens, par exemple, d’un excellent papier sur Les couilles en or de Mocky publié…un premier avril. Mais les déboires rencontrés sur 20six l’ont peu à peu éloigné de la « critique » à proprement parler et il a transformé son blog en passionnante encyclopédie où l’on trouve de nombreuses notices nécrologiques, des portraits de comédiens et une mine d’informations diverses et variées sur le cinéma.

Par ailleurs, j’ai retrouvé Christian avec plaisir sur Facebook où là, encore, il laisse libre court à son affection sans mesure pour les acteurs (et surtout actrices) en composant de superbes albums de photographies (rares ou méconnues) qu’il va piocher dans les recoins perdus du Net.

Cinéphile autant que cinéphage, Christian est un érudit qu’on espère (re)lire plus souvent sur la Toile…ou ailleurs !

adieu-au-langage.jpg

***

 

"Par chance, il se trouve que le cinéma était né 
dès le début sur deux jambes: une jambe absolument 
populaire, basique, triviale, imaginaire et une jambe 
cultivée, compliquée, philosophique, élitaire, et qui appelait 
la critique… Et que choisir le cinéma, c'était sans s'en rendre 
compte, d'un point de vue intellectuel et théorique, 
choisir une maison avec deux portes: une porte que 
tout le monde prend - et qu'il faut prendre, sinon on ne 
comprend rien au cinéma – et une porte dérobée dans 
laquelle les gens, dès le début, ont demandé au cinéma 
des choses absolument extravagantes
" (Serge Daney)

 

D’abord, bon anniversaire, et un salut général à Vinz pour avoir illustré, sans relâche, cette citation de Serge Daney. Il y aurait beaucoup à dire sur le petit monde du web, pour illustrer la critique de cinéma, ou pour parler amoureusement de cet art. Il faut le déplorer, mais c’est le plus souvent la roublardise qui est payante, voire le mieux référencé qui a raison de toute façon, quitte à jeter toute probité aux orties. Il faut arriver à persévérer, ce qui peut être un tantinet lassant parfois, sur un support qui peut s’avérer moyennement stable. Tout comme notre ami Orlof, (puisque c’est ce pseudonyme franquiste tendance Howardvernonien qui a été adopté par notre ami), j’ai appris en passant par la catastrophique plateforme 20six, que tout labeur pouvait devenir extrêmement volatile. On pourrait longtemps gloser sur les avatars techniques de cette ineffable plateforme, perdant en chemin toutes les données postées. Pour être passé par là tout comme « Pierrot », son premier pseudonyme, évidemment ça crée des liens, il faut parfois tout recommencer avec opiniâtreté. On ne peut donc que le louer d’avoir tenu ce cap des dix ans, tout en se renouvelant constamment, là où beaucoup, dont mézigue, se découragèrent. Et second point commun avec ma pomme, on peut donc avoir une cinéphilie tout en étant provincial, parfaitement honorable d’ailleurs. Si par exemple il n’aura pas vu le dernier Godard en 3D, il pourra se consoler, en nous donnant l’une des meilleures lectures de ce film. Donc de la salle au DVD, il nous transporte, dans ce cinéma à « deux portes », passant allègrement du « Trouble-fesses » de Raoul Foulon à « La chute de la maison Usher » classique du muet de Jean Epstein. On s’amusera à le rejoindre ou non dans ses avis toujours pertinents, portés par le petit « Ulysse » façon Télérama, azimuté à la sauce Orlof. Du cinéma expérimental de Joseph Morder ou Gérard Courant, au cinéma « Mauvais genres », aux grands classiques. Cet infatigable lecteur (On recommandera aussi la lecture de son autre blog « La cave du docteur Orlof »), a donc réussi, passant de l’actualité au patrimoine, à persister dans cette activité chronophage.

 

Donc pas de flagornerie pour ma part, ce blog reste pour moi dans les indispensables, à l’heure où des films sont parfois liquidés en 4 ou 5 lignes, même dans des magazines dits sérieux. Pour ma part, je veux bien repartir comme lecteur pour une décennie de plus. On peut rêver d’un éditeur avisé, qui nous livrerait un dictionnaire des films traités sur ce blog, et l’on retrouverait le plaisir de la lecture papier. Une réintégration des premiers textes serait aussi appréciable, même s’il reste des traces ici, mais c’est illisible si vous ne maîtrisez pas le « c?t? l? gat !pro, » nouveau langage 20six que l’on pourrait volontiers qualifier d’hermétique. Mais n’oublions pas que s’il n’est peut-être pas le meilleur support pour une critique érudite, le web nous permet de nous régaler de l’écriture passionnée de cinéphiles originaux.

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Mardi 29 juillet 2014 2 29 /07 /Juil /2014 17:46

J’ignore quel air on respire à Caen mais une chose est sûre, il semble stimuler les bonnes volontés et inciter à la naissance de belles initiatives. Pour ma part, je considère que c’est à Caen qu’est né le meilleur dictionnaire des synonymes en ligne. Mais c’est surtout du fameux Ciné-club de Caen dont il va être question. Comme tout cinéphile pointilleux qui cherche un jour quelques renseignements précis, je me suis retrouvé à naviguer sur ce site qui est une mine d’informations et où l’on ne néglige pas pour autant la dimension « critique » face aux films qui sortent. C’est grâce à Edouard, lorsqu’il a lancé le site Panoptique, que j’ai fait connaissance (virtuellement) avec Jean-Luc Lacuve, le fondateur de ce site. C’est d’ailleurs sous la coupe du « Ciné-Club » que Panoptique perdurera quelques mois après l’abandon de son créateur. Depuis, Jean-Luc est devenu un fidèle compagnon de route qui commente de temps en temps chez moi et que j’ai retrouvé avec plaisir dans l’équipe de Zoom Arrière.

C’est également grâce à des cinéphiles comme lui que le septième art parvient à exister vraiment en province et fait de nouveaux adeptes chaque jour. Pour reprendre le terme fétiche de Daney, Jean-Luc est un précieux « passeur » qui mérite tout notre respect pour le travail impressionnant qu’il a accompli…

Merci Jean-Luc.

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***

Le journal cinéma du Dr Orlof que je parcours régulièrement depuis sans doute maintenant plus de cinq ans avait pourtant tout pour me dérouter : vampires torves et comtesses dénudées, goût maniaque pour les photomatons de Gérard Courant, les livres peu diffusés. Je ne tardais pourtant pas à m’apercevoir que son auteur, premier parti pour les aventures cinéphiles collectives (cinémathons, Kinok, panoptiques, cinéma scandaleusement pris par la quille et autre Zoom arrière), fédérait pourtant tout ceux qui sont passionnés par le cinéma comme levier  pour soulever le monde (et il en faut aujourd’hui pour appuyer sur le manche).  Je me mis donc à lire plus attentivement le fameux journal et m’aperçus que j'en partageais presque tous les choix. En revoyant nos étoiles attribuées sur un an dans le panoptique, je note tout juste avoir mieux aimé Les adieux à la reine et moins Moonrise kingdom. Dans ce dernier cas je suis sûr d’avoir tort. Sur Zoom arrière, excepté quelques nanars épars, les différences ne sont pas légions et me ramènent souvent à revoir ma critique.

Chaque jour ou presque je clique  donc sur le journal, guettant la tête de son avatar, débordant de cœurs ou poings serrés de colère. J’attends maintenant avec impatience la dernière série de Gérard Courant et rêve même de  passer un jour par Dijon pour saluer ce subtil cinéphile.

Merci Vincent

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Mardi 29 juillet 2014 2 29 /07 /Juil /2014 10:23

Les amants d’outre-tombe (1965) de Mario Caiano avec Barbara Steele, Paul Muller. (Editions Artus Films) Sortie le 1er juillet 2014

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La collection « les chefs-d’œuvre du gothique » des excellentes éditions Artus commence à s’étoffer et disons-le d’emblée : Les amants d’outre-tombe fait partie des meilleurs titres de la série. Il n’atteint peut-être pas tout à fait le niveau des excellents Danse macabre de Margheriti ou du fameux Masque du démon de Bava mais il reste un film de très bonne tenue.

Premier atout : la présence de l’immense Barbara Steele dans un double rôle. Elle est d’abord Muriel, la femme d’un savant pratiquant de mystérieuses expériences dans son laboratoire (l’excellent Paul Muller, déjà vu dans Le fantôme de Lady Morgan). Délaissée par son mari, elle se réfugie dans les bras de son amant mais elle est surprise en flagrant délit par le professeur. Très vexé, il les torture et les tue.

Là encore, et nous considérerons qu’il s’agit de son second atout, le film se distingue par sa violence et par sa cruauté. Les passages où Muller châtie les deux amants renvoient à tout un imaginaire sadien qu’on n’avait rarement vu de cette manière à l’écran à cette époque : corps enchaînés, fouettés et marqués au fer rouge dans une crypte lugubre, coups de poing divers, électrocution…

Après ce départ en fanfare, le film redémarre avec l’arrivée de la demi-sœur de Muriel, Jenny (à savoir, Barbara Steele en blonde !). Elle a épousé à son tour le professeur qui convoite un héritage qui lui avait échappé. Des phénomènes mystérieux vont débuter puisque la défunte Muriel semble vouloir accomplir sa vengeance en possédant l’âme de sa sœur…

Reconnaissons-le, Les amants d’outre-tombe souffre d’un petit « ventre mou » lorsque se met en place la deuxième partie du récit. La mise en scène de Caiano, au demeurant très soignée, manque peut-être un peu de tonus pour vraiment maintenir l’attention de manière constante. Mais à cette réserve près, l’amateur du genre sera comblé. Le cinéaste, qui n’est pourtant pas un habitué du fantastique (sa réputation s’est faite autour de quelques péplums – Ulysse contre Hercule, Maciste, gladiateur de Sparte- quelques westerns et il a même réalisé un film de « nazisploitation ») convoque avec brio tous les détails attendus : décors somptueux d’un vaste château recelant de nombreux couloirs sombres et une inquiétante crypte, portes qui grincent et claquent lorsque se lève un grand coup de vent, orages, tombes vides…

L’atmosphère « gothique » est parfaitement rendue, d’autant plus que l’éditeur nous propose ici une très belle copie du film qui rend justice à son noir et blanc très contrasté. Sans révéler les ficelles du dénouement, il convient quand même de souligner que le film bascule à nouveau dans l’horreur du début et qu’il fait preuve d’une violence assez inédite (pour l’époque, je le répète : ça reste très relatif) : personnage à moitié défiguré, sang qui coule abondamment…

Si on aurait aimé que le cinéaste développe certains aspects sous-tendu par son scénario, notamment la dimension « romantique noire » de ces amants qui viennent se venger depuis la mort ou encore la relation étrange qui noue le professeur à sa servante Solange qui a retrouvé sa jeunesse après la mort de Muriel. Le savant à un côté « horrible docteur Orlof » que Caiano aurait pu, à mon sens, plus accentuer.

Mais ceci est une autre histoire : Les amants d’outre-tombe est un film gothique suffisamment morbide et noir pour séduire l’amateur du genre qui ne restera pas, de toute manière, insensible au charme incandescent de l’icône absolue de ce cinéma : la géniale Barbara Steele !

 

En bonus : Une riche présentation du film par l’incontournable Alain Petit qui répond cette fois à des questions et donne ainsi un peu moins l’impression de ronronner (disons que l’échange est plus vivant que dans certains suppléments où le grand critique se contente d’énumérer des filmographies). A cela il faut ajouter un entretien avec le cinéaste Mario Caiano qui revient sur l’aventure des Amants d’outre-tombe

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Lundi 28 juillet 2014 1 28 /07 /Juil /2014 17:52

C’est en achetant un remarquable petit ouvrage intitulé Censure-moi : une histoire de la classification X au début des années 2000 que j’ai découvert Christophe Bier. Je tenais là un de ces passionnants érudits pour qui rien de ce qui touche au bizarre, à l’étrange n’est étranger. Outre l’érotisme et la pornographie dont il est l’indispensable chantre inspiré, Christophe Bier est un spécialiste de la firme Eurociné, des nains au cinéma, des acteurs ayant joué sous des déguisements de singe, etc. C’est peu dire que j’ai tout de suite été enchanté par cet homme se baladant systématiquement hors des chemins battus de la cinéphilie et dont le savoir est encyclopédique.

En 2008, je fis partie des abonnés de l’éphémère (hélas !) et passionnante revue Cinérotica qui permit à Christophe Bier de publier en petits fascicules les prémisses de son grand œuvre : Le dictionnaire des films français pornographiques et érotiques en 16 mm et 35 mm dont je fus un heureux souscripteur et qui mérite de figurer dans toute bibliothèque qui se respecte. C’est à ce moment où je fis davantage connaissance avec l’auteur car il lança son propre blog où je m’empressai de commenter. Puis, comme il le dit lui-même, nous eûmes d’autres échanges au moment où j’écrivis mon article sur les éditions La Brigandine pour le magazine Chéri-Bibi.

Outre sa grande gentillesse et sa constante disponibilité (il a toujours répondu aux questions que je lui ai posées, éclairant souvent ma lanterne par son incroyable culture), Christophe Bier me fait aujourd’hui l’honneur d’apporter sa contribution à mes 10 ans de blog. J’en suis à la fois très fier et très touché. Un grand merci à lui en attendant avec impatience de nouveaux écrits ou films documentaires réjouissants…

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***

Un bloggeur qui se baptise Orlof ne peut qu’attirer ma bienveillance. La preuve ? Il m’a fait l’honneur de classer mon documentaire Eurociné 33 Champs-Elysées dans son top 10 pour l’année 2013, parmi Brian de Palma, Brisseau, Bellocchio, Garrel, Tarantino, Scorsese… En fait, la première fois que j’ai entendu parler du « dr Orlof » d’Internet, c’était grâce à Jean Gourguet. Le Dr n’apprécie pas du tout le cinéma de Jean Gourguet dont, malheureusement, il n’a vu que la dernière phase, la moins palpitante, excepté son le film La Traversée de la Loire. Le mélo coquin façon Gourguet a été lourdement critiqué par le Dr Orlof, considérant La Cage aux souris et autres Promesses dangereuses comme des « mélos rustico-pétainistes ». C’est le propre du blog du Dr Orlof d’éviter des propos tièdes. Ceux-là n’ont pas été du goût de la fille du cinéaste (la « petite Zizi » que son père fit jouer dans quelques mélos au début des années 50). Elle était persuadée que je connaissais l’identité du Dr Orlof… Elle supputait même que ce pouvait être un dénommé… Jean-Pierre Bouyxou ! Avait-elle vu La Comtesse noire de Jess Franco, poème tragique dans lequel le cinéaste avait improvisé l’écriture du rôle – pourtant devenu essentiel – du fils aveugle du Docteur Orloff pour le confier à Bouyxou ? L’étude attentive de l’orthographe permettait d’éviter l’amalgame. Notre bloggeur, quoique Bouiyxoudolâtre (et on le comprend !), se réclamait du premier horrible Dr Orlof, avec un seul « f ». Ce n’est que quelques années après que j’ai mieux fait connaissance avec ce Dr Orlof du Net, autour des romans de gare édités par la Brigandine.

Félicitations au Dr Orlof d’animer ainsi, depuis dix ans, un blog aussi intéressant, sous le double parrainage d’Howard Vernon et Jess Franco.

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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