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Samedi 2 mars 2013 6 02 /03 /Mars /2013 20:42

Y-a-t-il un flic pour sauver la reine (1988) de David Zucker avec Leslie Nielsen, OJ.Simpson

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En 1982, dans le cadre de la série Police Squad (que je n'ai toujours pas vu mais ça ne saurait tarder), la joyeuse équipe de Y-a-t-il un pilote dans l'avion ? (Jim Abrahams et les frères Zucker) va donner naissance à Frank Drebin, flic maladroit et gaffeur mais aussi tout simplement l'un des plus beaux personnages burlesques nés sur grand écran depuis l'inspecteur Clouseau de Blake Edwards.


Pour ses premières aventures sur grand écran, Drebin est chargé de protéger la venue de la reine d'Angleterre, menacée par un homme d'affaires véreux (Vincent Ludwig) qui est pourtant chargé d'organiser sa venue.

Comme dans la plupart des films du trio « ZAZ », le scénario importe peu et c'est la succession des gags qui emporte le spectateur. Mais pour être tout à fait franc, l'humour absurde et « hénaurme » qu'ils ont quasiment inventé et généralisé au cinéma a été tellement usé jusqu'à la corde (j'ai vu récemment par bribes le pénible RRRrrr !!! de Chabat : ça ne fait vraiment pas envie !) que j'avais peur d'être déçu en revoyant ce film.

Or force est de constater que l'ensemble tient encore fort bien la route.

 

Étant donné que le principe de ce burlesque est le mitraillage tout azimut, il est évident que certains gags tombent à l'eau et que tout n'est pas du même tonneau. Mais lorsque ça fonctionne, c'est tout simplement hilarant. Même si elle n'est pas très fine, la fameuse séquence où Drebin, au moment d'une conférence de presse, s'en va discrètement aux toilettes alors qu'il a oublié son micro dans sa poche est à pleurer de rire.

De la même manière, les enchaînements de catastrophes qu'il provoque fonctionnent parfaitement sur le principe de l'accumulation et du « plus c'est gros, meilleur c'est ». Il faut voir les deux séquences chez Ludwig où Drebin se débat dans un premier temps avec des piranhas belliqueux puis, dans un deuxième temps, revient discrètement sur les lieux pour chercher des informations confidentielles mais où sa maladresse lui fera tout casser et provoquer un incendie...

 

En revanche, le film est moins « parodique » que certaines œuvres des ZAZ. Les cinéastes se moquent de relatives nouveautés de l'époque, que ce soit l' Airbag ou les clips de MTV (la séquence cucul à souhait où notre flic court au ralenti sur une plage avec sa nouvelle fiancée et rentre dans un autre couple). On saisit également quelques clins d’œil aux classiques du film noir avec le héros qui marche dans la nuit tandis qu'une voix-off égrène ses pensées. Mais cette fois, ses pas le conduisent à sauter à la marelle et à se retrouver paumé hors de la ville ! Mais on ne reconnaît pas (ou alors je n'ai pas fait le lien direct) de citations directes de films déjà existants.

 

Une des forces du film, c'est également la performance du génial Leslie Nielsen qui parvient à être drôle sans arrêt sans jamais forcer la note et en gardant toujours, au contraire, son imperturbable sérieux (rien de plus désagréable que les acteurs qui surjouent le « comique »). Ce personnage provoque les catastrophes en chaîne mais sans en avoir confiance. Et le cinéaste d'en rajouter dans les gags récurrents (la manière très particulière qu'a le flic à de se garer en emboutissant tout ce qui se trouve aux alentours) et les jeux de mots foireux.

 

Sans être aussi délirant que Y-a-t-il un pilote d'avion ? (sans doute le chef-d’œuvre du trio), ce Y-a-t-il un flic pour sauver la reine? est un très agréable jalon de ce cinéma absurde et énorme des ZAZ : souvent imité, jamais égalé...

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Vendredi 1 mars 2013 5 01 /03 /Mars /2013 20:11

L'assassin (1961) d'Elio Petri avec Marcello Mastroianni, Micheline Presle (Editions Carlotta). Sortie le 6 mars 2013

 

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L'assassin est le premier long-métrage d'un cinéaste italien que je n'aime pas beaucoup : Elio Petri. Dans mon esprit, ce nom est définitivement associé à cette « fiction de gauche » que je ne supporte pas. Même si j'en garde peu de souvenirs aujourd'hui, Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon et La classe ouvrière va au paradis sont d'affreux pensums, démonstratifs et bien-pensants.

J'avais donc quelques craintes de découvrir un nouveau « film à thèse » avec L'assassin mais la surprise fut plutôt agréable. Si Petri s'y montre volontiers corrosif contre le pouvoir policier et la bureaucratie italienne ; il réalise avant tout un film de genre (une sorte de thriller kafkaïen où, comme chez Lang et Hitchcock, un homme est accusé à tort d'un crime qu'il n'a pas commis) et le beau portrait d'un séducteur (incarné génialement par le grand Marcello Mastroianni).

 

Antiquaire filou, volontiers cynique et égoïste, Alfredo Martelli est arrêté un beau matin à son domicile et conduit au commissariat. On l'accuse du meurtre de celle qui fut sa maîtresse (Micheline Presle) à qui il avait rendu visite la veille à son hôtel...

 

Avant toute chose, il convient de souligner le soin que Petri a apporté à sa réalisation : le cadre est souvent très beau et met en valeur les éléments environnants pour donner un sentiment d'étrangeté (l'architecture, le musée, la mer...) ou d'enfermement du personnage (les murs de la prison, les nombreuses vitres ou miroirs qui placent Alfredo face à lui-même). Sans ostentation, Petri se permet même quelques plans-séquences assez virtuoses, notamment lors de ce passage où un simple panoramique permet de passer d'un flash-back au présent et de revenir ensuite au passé dans le mouvement.

Ces va-et-vient entre le passé du personnage et le présent de la narration composent la structure principale d'un film à la construction relativement élaborée.

Car ce qui intéresse le cinéaste, c'est moins l'intrigue à proprement parler (est-ce que Martelli a tué ou non sa maîtresse?) que tous les éléments qu'il va pouvoir greffer sur cette trame afin de complexifier la personnalité de son personnage. Difficile de définir la teneur du projet (même si, honnêtement, on se doute de la réponse) sans révéler le fin mot de l'histoire. Disons qu'à l'instar de Lang (toutes proportions gardées), Petri parvient à brouiller les frontières entre le Bien et le Mal. Car si tout semble montrer que le personnage a été arrêté injustement et qu'il est victime d'un pouvoir policier accablant, tous ces flash-back permettent aux spectateurs de découvrir la personnalité ambiguë d'Alfredo.

Grâce à son physique de Don Juan, celui-ci parvient à séduire les femmes et à les manipuler, que ce soit les riches (comme sa nouvelle « fiancée ») ou les modestes (une scène terrible où il propose à l'un de ses complices de se faire passer pour un médecin pour lui permettre de voir la petite bonne (qui lui est totalement dévouée) nue). Alfredo est un être veule, égoïste (voir la séquence avec l'homme désespéré qui finit par se suicider) et cynique. Il flirte toujours avec l'escroquerie lorsqu'il achète pour une bouchée de pain des objets volés afin de les revendre à des prix prohibitifs (mais n'est-ce pas l'essence du commerce que de reposer sur l'escroquerie?).

Du coup, le film devient intéressant pour la tension qu'il parvient à créer entre sa ligne kafkaïenne (un héros innocent pris dans les rouages d'une machinerie qui le dépasse et le broie) et sa dimension « langienne » (l'innocence n'existe pas vraiment et chaque individu possède une certaine part de culpabilité).

 

Parallèlement, Petri commence déjà (mais dans le cadre du genre, sans absolument vouloir réaliser un dossier) à dénoncer les fonctionnements douteux des institutions italiennes. Comme le souligne justement Jean Gili en bonus, lorsque Alfredo est libéré, le commissaire le qualifie devant les journalistes « d'homme bon ». Il n'est désormais plus question d'innocence ou de culpabilité mais d'un jugement moral sur un homme dont on sait parfaitement qu'il ne l'est pas (moral et bon). Cette omnipotence du pouvoir judiciaire et policier, capable de définir ce qui est « bon » et « mauvais » (et qui ne se limite pas à juger des actes commis) finit par devenir vraiment inquiétante dans la mesure où l'individu n'a aucun recours pour se défendre et se disculper, sinon clamer sans arrêt son innocence.

Les scènes de prison sont assez impressionnantes, surtout lorsque deux autres prisonniers harcèlent Alfredo au point de le pousser quasiment à avouer un crime qu'il n'a certainement pas commis.

 

Sarcastique et ambiguë, cette fable sur la place de l'individu au cœur d'institutions qui l'écrasent montre la talent de Petri à l'époque où il ne cherchait pas encore à illustrer des « dossiers » déjà joués d'avance.

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Jeudi 28 février 2013 4 28 /02 /Fév /2013 18:08

La commissaire (1967) d'Alexandre Askolodov avec Nonna Mordyukova (Éditions Montparnasse) Sortie le 5 Mars 2013

 

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L'histoire de ce film est assez étonnante. En 1967, Alexandre Askoldov est un brillant diplômé de l'école de cinéma de Moscou. Pour célébrer les 50 ans de la révolution russe, il réalise en guise de film de fin d'études une adaptation de l'écrivain Vassili Grossman montrant, entre autres, les mauvais traitements infligés aux juifs d'Ukraine par l'armée rouge. La commissaire est immédiatement interdit par le pouvoir soviétique. Réalisé juste après la guerre des Six jours, il est taxé de « pro-sionisme ». Par chance, le personnel des archives d’État du cinéma conservent les négatifs et les cachent.

Au moment de la Perestroïka, le réalisateur (qui ne tournera plus aucun autre film) obtient que son film soit reconstitué et puisse être diffusé. Le film recevra l'Ours d'argent au festival de Berlin en 1988 et de nombreux autres prix.

 

Étrange destinée pour un film assez unique. La commissaire se situe en 1922. Madame Vavilova est une commissaire politique d'une unité de l'armée rouge aussi austère que dévouée au parti. Elle doit néanmoins abandonner son poste pour cause de maternité. Du coup, elle est recueillie (un peu froidement au début) par une famille de juifs ukrainiens d'origine modeste. Au cœur de cette famille nombreuse, elle va redécouvrir les valeurs aussi universelles que l'amour familiale, la bonté, la générosité et la fraternité alors que les conditions de vie se dégradent globalement de plus en plus...

 

La première chose qui frappe dans ce film, c'est sa grande liberté. Liberté de ton (Askoladov a le courage de s'opposer frontalement au pouvoir soviétique, ce qui paraît quand même un peu plus courageux que l'anticonformisme formaté de nos actuels « artistes dérangeants ») mais également liberté de forme dans la mesure où La commissaire s'éloigne résolument des chemins balisés du film de propagande ou même du « réalisme soviétique ». En le découvrant, on songe à la fois aux recherches formelles d'un Eisenstein (l'expressivité qui naît du cadre, de l'inventivité du montage) mais également aux films des « nouveaux cinémas » des pays de l'Est avec ce que cela suppose de dimension onirique et poétique.

 

L'une des plus belles séquences du film est d'une rare cruauté et met en scène les enfants de la famille juive qui se griment en soldats et font mine d'arrêter et de torturer leur petite sœur. Représentée comme un jeu d'enfant, cette séquence est glaçante dans la mesure où Aksolodov parvient, par le montage, à lui donner un rare degré d'intensité et d'expressivité. Rarement on aura représenté avec autant de force la terreur et l'oppression sur grand écran.

Pour être tout à fait honnête, le film n'est pas toujours à la hauteur de cette séquence extraordinaire mais le cinéaste parvient néanmoins à transcender le réalisme de la chronique. Lorsque l'héroïne accouche, elle est assaillie de visions qui relèvent à la fois du « flash-back » (des opérations éprouvantes dans le désert) ou de purs moments de délires surréalistes (ces soldats qui fauchent le sable du désert), renvoyant d'une certaine façon à l'absurdité et à la folie de ces guerres civiles meurtrières.

 

Face à la rigidité de la discipline soviétique et à l'horreur d'une idéologie faisant passant la ligne générale du parti avant la vie des individus, le cinéaste oppose la joie et le bonheur de vivre de cette famille modeste. A leur contact, la commissaire s'humanise et prend conscience de leur quotidien difficile auquel ils répondent à leur manière (vivre à tout prix, profiter de chaque instant, danser...). Askolodov livre un tableau assez saisissant des conditions de vie des juifs dans cette Union Soviétique. Yefim, l'artisan, parle d'une période de transition, entre les pogroms de l'époque tsariste et de ce qui les attend par la suite lorsque l’État aura mis tout le monde à contribution. Et le cinéaste de se permettre une séquence assez étonnante : un flash-forward sur les camps de concentration. De cette manière, il fait un parallèle assez osé entre l'antisémitisme russe et l'horreur nazie.

 

La commissaire flotte ainsi entre des tableaux extrêmement crus de la désolation de cette époque , des impasses des idéologies (la mère finira par sacrifier son bébé à la « révolution ») tout en se plaçant résolument du côté de la vie, des individus et en n'hésitant pas à opter pour la voie de l'onirisme.

 

Le résultat n'est pas forcément totalement abouti mais mérite néanmoins le coup d’œil...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mercredi 27 février 2013 3 27 /02 /Fév /2013 17:32

Cinématon 2251-2280 (2009-2010) de Gérard Courant

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Me, myself and I Cinématon n°2269

 

Cette étape ne ressemble à aucune autre puisque elle correspond à l'époque où j'ai rencontré Gérard Courant et où je suis moi-même entré dans la grande famille de Cinématon. Mes aimables lecteurs me pardonneront pour cette fois de céder à la tentation du récit autobiographique et des souvenirs personnels mais, après tout, le journal intime n'est-il pas l'essence même d'un blog ?

 

Cette parenthèse narcissique me permettra de passer sous silence le portrait du sinistre folliculaire xénophobe Ivan Rioufol (n°2278) mais également ceux des cinéastes Jean-Claude Missiaen (n°2257) et Krzysztoff Zanussi (n°2270) qui auront, je l'espère, la bonté de ne pas m'en tenir rigueur. Idem pour Gilles Ribstein (n°2254) qui se cache derrière une espèce de miroir où est inscrit « Ceci n'est pas mon portrait » et où se reflète une partie du Cinématon de Jean-Pierre Bouyxou.

 

Pour débuter mon récit, il convient de remonter le temps. Le 22 octobre 2009, Alain Cavalier est attendu à Dijon pour présenter son film Irène. A cette occasion, le cinéma Art et Essai de la ville (L'Eldorado) organise un mini-cycle consacré au « journal intime » à l'écran. Joseph Morder et Gérard Courant sont conviés à une petite table ronde autour de ce thème, animée par Philippe Roger. J'ignorais à ce moment-là que Courant continuait de filmer. Pour moi, il était l'homme des Cinématons et de quelques titres croisés au hasard de mes lectures des Saisons cinématographiques (j'avais déjà entendu parler de Cœur bleu, par exemple). Je réalise alors, en consultant son site Internet, que le cinéaste est toujours en activité (et très prolifique !) qu'il est l'auteur d'une œuvre foisonnante et qu'il a lui-même vécu à Dijon. La manière dont il évoque son œuvre devant le public ce soir-là me donne très envie de la découvrir, mais comment ?

 

Après le débat avec Cavalier, le directeur de la salle me propose de me joindre à tout ce beau monde pour aller boire un verre. Paradoxalement, Courant sera le seul des trois cinéastes avec qui je n'échangerai pas un mot. Pendant le trajet en voiture, Alain Cavalier me pose plein de questions sur les blogs et m'interroge sur mon pseudonyme en me confiant que sa mère cuisinait autrefois le « veau Orloff ». Un peu avant, j'avais pu échanger quelques mots avec Joseph Morder qui m'apprit qu'il connaissait le site Kinok, qu'il avait lu mes articles concernant ses films et qu'il les avait aimés. Je n'en fut pas peu fier. Mais pour ce qui est de l'auteur de Cinématon, je n'arrivai pas à l'approcher.

 

Je profite néanmoins du cycle « journal intime » pour aller en salle découvrir le très beau Nuages américains de Morder et j'enchaîne, le 26 octobre, avec la projection de Promenade dans les lieux de mon enfance dijonnaise de Courant. C'est le premier film que je découvre du cinéaste (j'ai déjà dû voir quelques extraits des Cinématons les plus célèbres – Godard, Bonnaire- mais je ne crois pas en avoir regardé un entièrement) et je tombe sous le charme de ce « carnet filmé » tourné en « négatif » et en un seul plan-séquence. Je publie une note sur mon blog le lendemain et c'est là que tout débute. Le cinéaste tombe sur ma critique et me laisse un commentaire où il propose de m'envoyer quelques DVD de ses films. Très vite, j'en reçois et publie mes réactions à leur propos tandis qu'une correspondance par courrier électronique commence à s'établir.

 

Profitant de ses passages réguliers à Dijon, le cinéaste m'informe que nous pourrions convenir d'un rendez-vous pour nous rencontrer. Ladite rencontre se fera grâce à Matthias Chouquer, directeur de l'Eldorado qui, après avoir convenu d'un déjeuner avec le cinéaste, m'a gentiment proposé de me joindre à eux. Par courrier, Courant me propose également de tourner mon Cinématon.

A la fois très excité par cette idée et, en même temps, fort inquiet, je commence à réfléchir à ce que je pourrai bien faire pendant plus de trois minutes devant la caméra. Une idée me vient à l'esprit mais il faudra absolument que le tournage ait lieu chez moi...

 

Ce 21 décembre 2009, je retrouve donc Mathias et un ami, formateur et réalisateur, qui m'apprend qu'il vient de tourner son Cinématon devant le cinéma (on aperçoit l'affiche de Vincere de Bellocchio), dans le froid hivernal de cette fin de matinée (la neige recouvre encore le capot d'une voiture). La caractéristique du portrait d'Aurélio Savini (n°2267), puisque c'est de lui dont il s'agit, est qu'il est le premier de la série à avoir été tourné à Dijon.

Je fais donc connaissance avec Gérard Courant qui, pour l'occasion, m'a encore gâté et apporté plein de films (Gérard est un homme très généreux qui n'offre pas que ses films : c'est lui, par exemple, qui m'a fait découvrir Stéréo et Crimes of the future de Cronenberg ou Harvey de Koster).

Nous allons dans un restaurant et je garde le souvenir d'une après-midi délicieuse à écouter le cinéaste parler aussi bien de sa propre œuvre que du cinéma en général qu'il connaît très bien, qu'il s'agisse de Rohmer ou de Louis de Funès. Après le repas, ce fut au tour de Matthias Chouquer (n°2268) de se faire filmer. Dans le restaurant, il roule une cigarette et l'allume tout en parlant avec Courant et en dégustant un verre de vin blanc (qui était, entre parenthèses, fameux).

 

Arrive le moment où la question de mon propre Cinématon revient sur la table. J'exprime le souhait de tourner chez moi en espérant que le cinéaste ne trouve pas que ça soit trop loin (je n'habite pas du tout dans le coin du cinéma!). Par chance, il se trouve qu'il loge à deux pas de chez moi et que nous sommes quasiment voisins. Du coup, nous voilà partis pour le « tournage ».

 

Trouvant que les Cinématons expriment une certaine « vérité » des personnes filmées, je décide de dresser un court inventaire de mes goûts (essentiellement cinématographiques mais un peu littéraires aussi). Les livres et DVD que je présenterai à la caméra auront pour tâche de me « représenter » mais également de me donner une contenance pendant les 3 minutes et 20 secondes de l'enregistrement.

Finalement, après avoir commencé par un succédanée pas terrible des aventures du docteur Orloff (celui signé Pierre Chevalier où Howard Vernon créé un homme invisible), je montrerai quelques livres (de Jean-Pierre Bouyxou, de Noël Godin, de Jean-Patrick Manchette, de Vaneigem et Debord), une bande-dessinée de mon frère (quoi de mieux que la famille pour caractériser ce que l'on est? ) et beaucoup de DVD (de Demy à Rohmer en passant par Yoshida et Sirk). Ne me sentant absolument pas à l'aise, je prononce parfois quelques mots mais Courant reste impassible, m'indiquant de temps en temps l'avancée des minutes. J'arrive au bout du portrait et termine en montrant le coffret 120 cinématons que vient de m'offrir le cinéaste. La boucle est bouclée : Orlof (n°2269) vient de rentrer dans cette grande œuvre !

 

Courant laisse tourner sa caméra après la fin du film et m'interroge sur mes impressions et mon sentiment général. Je laisse échapper quelques platitudes (« c'est long, trois minutes »!) en espérant que ces instants ne se retrouveront pas dans un « Carnet filmé »...

 

Même si je déteste me voir sur un écran (vous n'imaginez pas ma souffrance lorsque ce Cinématon a été projeté dans une salle de cinéma à Nice!), je dois admettre que l'expérience a été fort agréable et que j'en garde un excellent souvenir. On imagine après, quand il est trop tard, tout ce qu'on aurait pu faire devant la caméra. Mais peu importe : le film existe et marque la fin de ma première rencontre avec Gérard Courant.

 

Ce ne fut pas la dernière...

Par Dr Orlof - Publié dans : Cinémarathon
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Mardi 26 février 2013 2 26 /02 /Fév /2013 12:36

La porte du paradis (1980) de Michael Cimino avec Kris Kristofferson, Christopher Walken, Isabelle Huppert, John Hurt, Jeff Bridges, Sam Waterson, Joseph Cotten, Mickey Rourke

 

Au cinéma en version restaurée le 27 février 2013 (Carlotta Films)

 

bravo.jpg J'ai sans doute découvert Heaven's gate trop tôt car je ne l'avais pas aimé à l'époque. Pour le jeune coq épris de cinéma d'auteur européen, le film de Cimino devait être trop « américain », trop enraciné dans le mythe de l'Ouest, ses rites et sa remise en question. En le redécouvrant hier, j'ai compris mon erreur et réalisé à quel point ce film est absolument superbe. Pourtant, je ne l'ai pas vu dans des conditions optimales sur mon petit écran de télé cubique et dans une copie de travail non restaurée. Mais j'imagine la puissance que le film de Cimino peut avoir sur un grand écran, dans la version restaurée que proposent aujourd'hui les éditions Carlotta.

Autre bonne nouvelle : c'est la version intégrale qui ressort au cinéma, soit 3h36 de grand cinéma au lieu de la version mutilée de 2h30 que nous connaissions jusqu'à présent. Il est possible désormais de savourer en toute quiétude le côté démesuré et foisonnant de cette fresque incroyablement dense.

 

On sait que l'échec cuisant de La porte du paradis provoqua la disparition du mythique studio des United Artist créé aux débuts du cinéma par Chaplin et Griffith. D'une certaine manière, le film de Cimino marquait la fin définitive d'un certain classicisme hollywoodien comme Naissance d'une nation de Griffith avait représenté la naissance de ce cinéma classique. Les deux films symbolisent les deux faces d'une même pièce : d'un côté, la naissance d'un mythe (celui de la Nation américaine se construisant avec le sang des esclaves), de l'autre, l'envers de ce mythe (la violence, les conflits de classe...)

 

Dès la première séquence à Harvard, nous sommes pris dans un tourbillon d'images qui ne faiblira jamais tout au long du film. Deux camarades de la promotion de 1870, James et Bill, semblent promis à un avenir radieux tandis que Le beau Danube bleu de Strauss emporte les danseurs insouciants. Au cœur de cette allégresse et de cette euphorie, Bill réalise cependant qu'une page se tourne irrémédiablement et que la joie n'aura qu'un temps. La porte du paradis sera le récit de cette désillusion et de la perte d'innocence d'une Nation qui sut pourtant si bien mettre en valeur un rêve d'ascension sociale pour tous.

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20 ans plus tard, les deux compères se retrouvent dans le Wyoming. James (Kristofferson) est devenu un shérif désabusé tandis que Bill (John Hurt), alcoolique notoire, est membre d'une association d'éleveurs bien décidée à éliminer une centaine d'immigrants européens venus s'installer dans ces hostiles contrées. Si la ligne directrice du récit sera ce massacre programmé et approuvé par le gouvernement, Cimino va étoffer la trame de son récit en mêlant aux séquences épiques (l'attaque finale) un foisonnement de détails et d'évocations qui font de son film un chef-d’œuvre romanesque.

Le cinéaste retrouve à la fois le souffle épique des grands pionniers (ce sens des grands espaces qui lui vient de John Ford, par exemple), s'attarde sur des longues séquences de foule (le passage où Jim révèle les noms inscrits sur la « liste noire » a la puissance des grands moments des films d'Eisenstein), joue sur le contraste entre les histoires individuelles (la jolie prostituée française, incarnée par Isabelle Huppert, prise entre l'amour de Jim et celui de Nate (Christopher Walken), membre de l'association des éleveurs) et le bouillonnement de la grande Histoire.

 

Cimino est un grand cinéaste américain en ce sens qu'il éprouve toujours le besoin de décrire (avec une rare intensité) les rites de la communauté. A ce titre, les séquences de danse (la première à Harvard mais également celle en patins à roulettes) sont admirables et d'un lyrisme échevelé. Parallèlement, lorsqu'il développe les instants sentimentaux, il joue à merveille de la splendeur souveraine des paysages (certains plans évoquant des tableaux de la grande peinture américaine) et cette immensité tend à rendre les passions humaines dérisoires. Cimino se fait alors élégiaque pour décrire les amours impossibles d'Ella et de ses prétendants.

 

Alors qu'il a souvent été taxé cruchement de « cinéaste de droite », Cimino montre avec La porte du paradis le revers du mythe américain en se positionnant du côté des faibles et des opprimés. Ceux ci ne sont pas forcément idéalisés (ils volent pour survivre mais utilisent également ce bétail volé pour payer les prostituées, ils sont capables de désigner un bouc-émissaire lorsqu'ils se sentent menacés...) mais ils représentent les victimes de l'Histoire, les lésés du rêve américain.

Un passage obligé du western classique intervient à la fin du film : l'arrivée triomphale de la cavalerie. Chez Ford, elle vient défendre la Nation et une certaine idée de l'Amérique. Ici, elle scelle le destin des pauvres en avalisant les méfaits des riches éleveurs. Cimino remet violemment en question la légende du « self made man » venu du monde entier pour faire fortune aux États-Unis. Chez lui, il y a de pauvres immigrés tentant vaille que vaille de subsister tandis que ceux qui possèdent l'argent et le bétail s'organisent pour faire appliquer leurs lois par le meurtre et la violence.

La porte du Paradis est un grand film sur la Loi et sur son équité problématique. Dit comme ceci, ça ne fait pas forcément envie mais le film est porté par un grand souffle épique et mélancolique. Car c'est aussi un film sur la fin d'un monde et d'une certaine innocence. L’ Amérique est désormais un paradis perdu, où les rêves de justice et d'égalité n'ont plus cours (ou n'ont jamais eu cours). Si Cimino prend bien soin de débuter son film du côté des élites de la Nation, c'est pour montrer que jamais l'intelligence et la raison n'arriveront à combattre de manière équitable la brutalité, l'injustice et la violence.

 

Une scène de combat de coqs représente assez bien cette animalité terrée au fond de la nature humaine et qu'aucun vernis de civilisation ne parviendra à faire totalement disparaître...

Par Dr Orlof - Publié dans : Avant-première
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