Samedi 11 janvier 2014 6 11 /01 /Jan /2014 15:09

Tonnerre (2013) de Guillaume Brac avec Vincent Macaigne, Solène Rigot, Bernard Menez. Sortie le 29 janvier 2014

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De tous les jeunes cinéastes français ayant tourné leurs premiers films ces dernières années, Guillaume Brac est sans doute le plus singulier et le plus enthousiasmant. J'étais littéralement tombé sous le charme de son moyen-métrage Un monde sans femmes, comédie sentimentale possédant un style et un ton déjà très affirmés. Il y avait du Rozier dans cette balade estivale, joyeuse et mélancolique.

Avec Tonnerre, son premier long-métrage, Brac retrouve son acteur fétiche Vincent Macaigne. Il incarne cette fois un musicien de rock qui a décidé de passer quelques mois en Bourgogne (à Tonnerre, plus précisément) pour préparer au calme son nouvel album. Il rencontre Mélodie (Solène Rigot), une jolie journaliste locale de qui il va s'éprendre...

 

Le film débute comme une comédie sentimentale où l'on retrouve ce qui nous avait ravis dans Un monde sans femmes : une manière de capter sur le vif des instants précieux et drôles avec un naturel et une spontanéité assez stupéfiants. Le cinéaste mêle comédiens professionnels et gens du cru et parvient à rendre ces confrontations savoureuses. D'ores et déjà, la séquence avec les viticulteurs faisant goûter du Chablis au couple Maxime/Mélodie ou celle avec le vendeur de sapins morvandiaux sont déjà anthologiques. Il y a également cette séquence du repas où Bernard Menez invite l'une de ses conquêtes et où Brac renoue avec le naturel d'un Maurice Pialat (le cinéaste, présent hier, nous a dit très justement que pour obtenir ce résultat, il n'hésitait pas à découper les séquences et que c'est le son – celui qui parle est souvent hors-champ- qui assure, au montage, la continuité du mouvement). Le spectateur est sous le charme de cette belle histoire d'amour entre un homme fragile mais néanmoins charismatique (voir l'excellente scène où Macaigne se met à danser comme un fou) et cette jeune femme gracieuse et retrouve avec bonheur ce ton qui fit la grandeur du cinéma de Jacques Rozier (la partie de ski de fond, avec les fous-rires de Solène Rigot, est tout simplement merveilleuse). Si le film s'était contenté de suivre les sentiers buissonniers de la comédie sentimentale à la Rozier, il aurait très séduisant mais il est probable que la critique aurait reproché à Guillaume Brac de refaire Un monde sans femmes en hiver.

Du coup, le cinéaste ose une vraie rupture de ton lorsque Mélodie quitte inexplicablement Maxime. Le film s'aventure alors sur des pistes plus graves, évoquant à la fois le désespoir qui étreint après une rupture amoureuse (Macaigne traduit parfaitement ce sentiment d’étouffement) mais également la relation complexe entre Maxime et son père. Il est tant de saluer la performance de Bernard Menez, absolument génial dans une composition qui évoque ses rôles passés chez Pascal Thomas et Jacques Rozier (le séducteur un peu dérisoire qui, de plus, a désormais atteint un âge respectable). Il est à la fois très drôle tout en parvenant à donner une véritable émotion à son personnage lorsqu'il est question de la mère disparue.

 

C'est un vrai pari pour Guillaume Brac que de jongler avec les émotions et de passer de la comédie à un drame assez lourd. Pourtant, le cinéaste sème des petits cailloux dès la première partie. Tout d'abord, il fait dire à Bernard Menez un poème de Musset (La nuit d'octobre) le temps d'une scène hilarante (le père s'adresse à son chien, sensible à la poésie) mais les vers qu'il récite annoncent le drame futur (« honte à toi qui la première/ m'a appris la trahison/ Et d'horreur et de colère/ m'a fait perdre la raison »). De la même manière, cette petite fille qui récite « Il pleure dans mon cœur/ comme il pleut sur la ville » annonce la profonde mélancolie qui va baigner la deuxième partie du film. Le père de cette fille est un ami d'enfance de Maxime qui lui fait visiter la maison qu'il est en train d'aménager et lui montre également un revolver. La scène est d'une intensité émotionnelle rare, qui préfigure les gouffres qui peuvent s'ouvrir aux pieds d'un cœur à la dérive.

Dès que Maxime se fait abandonner, le film devient imprévisible et l'on ignore tout le temps ce que le personnage va être capable de faire. Brac joue habilement sur le montage pour laisser planer cette ambiguïté. A un moment donné, Maxime se trouve derrière les fenêtres d'une pizzeria, isolé dans le plan, à regarder Mélodie et son petit ami. Il vise ce dernier avec le revolver et le cinéaste raccorde ce geste avec la main de Maxime froissant un sac en papier dans sa voiture. Le bruit que fait ce sac est véritablement assourdissant (parce qu'il vient après ce geste terrible) et donne un coup au cœur.

 

Pour être tout à fait honnête, la partie « dramatique » est un peu moins séduisante que la partie « comédie ». Certains passages paraissent un poil plus faibles, peut-être parce que Macaigne retrouve un personnage semblable à celui qu'il tient dans un film que j'ai détesté : La bataille de Solférino. Là encore, on le retrouve en sangsue « border line » qui paraît à deux doigts de sombrer dans la folie et la violence (voir la scène du stade de foot où il est refoulé par la sécurité).

 

Mais Brac parvient à trouver un équilibre entre l’empathie que le spectateur ne doit pas perdre pour ce personnage et la distance qui s'instaure logiquement lorsqu'il commence à péter un câble. C'est d'ailleurs la beauté de son cinéma : filmer des individus qui n'ont rien d'héroïque et qui doivent composer avec leurs petites lâchetés ou faiblesses quotidiennes (comme nous tous) en refusant de les juger et en offrant même de les sauver. Je n'en dirai pas trop mais ce footballeur que nous détestons au début (ce fut mon cas), Brac lui offre une scène que je trouve bouleversante et qui finit par le « racheter ».

 

Tonnerre confirme donc la singularité de ce cinéaste et son immense talent. Le film ne se conclut pas de manière « fermée » mais sur une belle scène de rapprochement entre le père et le fils.

Il fait encore très froid dehors mais malgré les épreuves, les cœurs se sont un peu réchauffés...

Par Dr Orlof - Publié dans : Avant-première
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Jeudi 9 janvier 2014 4 09 /01 /Jan /2014 22:52

Noce blanche (1989) de Jean-Claude Brisseau avec Vanessa Paradis, Bruno Crémer, Ludmila Mikaël, Véronique Silver

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Mes lecteurs fidèles savent que j'ai pour Jean-Claude Brisseau une admiration sans borne et que je le considère comme l'un des plus grands cinéastes français en activité. Noce blanche est un film un peu particulier dans sa filmographie : après une série de films âpres et ancrés dans la réalité sociale (La vie comme ça, De bruit et de fureur), il tourne une œuvre plus classique qui rencontrera un succès public assez inattendu qui peut sans doute s'expliquer par la teneur de son sujet (une passion amoureuse entre un professeur de philosophie bourru et son élève) et par la présence de la toute jeune Vanessa Paradis décrochant à 16 ans un premier rôle mémorable au cinéma.

 

En dépit de ses aspects sulfureux, Noce blanche est un film plutôt consensuel, variation classique sur un thème éternel qui inspira autant les écrivains que les cinéastes : le désir et l'amour d'un homme mûr pour un tendron. Mais alors que l'adolescente paraît, dans un premier temps, n'être qu'un petit animal fragile et blessé ; on réalisera que c'est elle qui tire les ficelles et manipule son amant à sa guise. On pense à la fois à La femme et le pantin de Loüys (porté à l'écran par Sternberg et Buñuel), à Lolita de Nabokov et surtout à L'ange bleu de Sternberg, notamment dans ces scènes où Mathilde provoque délibérément son vieil amant en s'affichant aux bras d'autres garçons.

 

Avouons-le tout de suite, Noce blanche est sans doute le moins intéressant de Brisseau. On n'y retrouve ni l'âpreté qui firent la puissance de ses premiers films, ni ses échappées métaphysiques qui lui permirent toujours de transcender le terne naturalisme. Son mélodrame est un peu convenu, moins habité qu'il le sera trois ans plus tard avec le superbe Céline. Le cinéaste peine ici à faire vibrer les sentiments et la passion. Les comédiens ne sont pas en cause : Vanessa Paradis, passés les préjugés que j'avais contre elle au moment de la sortie du film, s'en tire plutôt pas mal et à une vraie présence à l'écran. Entre ingénuité et perversion, elle est la parfaite Lolita. Quant à Crémer, il est très bon : bloc de granit qui se fissure petit à petit. Que ça soit physiquement (sa stature, sa voix caverneuse) et par le rôle qu'il incarne (un professeur, ancien métier de Brisseau), il est un double évident du cinéaste qui exprime ici un fantasme de transmission (voir le très beau et méconnu A l'aventure) et « d'éducation » qui traversera toute son œuvre.

Malheureusement, tout cela est un peu trop retenu et la mise en scène est d'une sagesse qui frise parfois une certaine platitude. Noce blanche manque de ce lyrisme si particulier qui rendra bouleversants des films comme Céline, Choses secrètes ou encore Les savates du bon dieu.

Il est assez frappant de constater que Brisseau cherche à en dire le moins possible sur le personnage de Mathilde : son passé, sa famille, ses relations étranges... Mais ce qui aurait pu donner au film une certaine profondeur, une opacité finit par produire un effet inverse et on a la sensation que le cinéaste n'ose pas totalement accompagner ses personnages au bout de leur passion, qu'il se drape dans une retenue un peu trop calibrée.

 

Je viens d'exposer les réserves qui me font dire que Noce blanche est un film mineur dans la filmographie de Jean-Claude Brisseau. Mais qu'on ne se méprenne pas : c'est néanmoins un joli film qui comporte même quelques très beaux moments. L'un de ceux-là, c'est le moment où Mathilde se lève et, au tableau, livre son exposé sur l'inconscient. Ici, la mise en scène se fait presque « godardienne » avec un travail intéressant sur le chevauchement des sons (la musique qui se lève, une voix d'un autre élève qui s'élève hors-champ...). Cet « emballement » se poursuit ensuite par le début de la passion et de très jolies scènes bucoliques où le cinéaste retrouve son sens du lyrisme en frisant le ridicule (ces cartes postales des amants courant dans les herbes hautes sont pourtant très émouvantes). Dans le même style, on soulignera la beauté du plan final qui annonce clairement l'esthétique de Céline.

 

Mais je me demande si, au bout du compte, ce n'est pas le rôle de la femme du professeur qui m'a le plus touché. Incarnée par la divine Ludmila Mikaël, ce type personnage revient régulièrement dans le cinéma de Brisseau : celui du « témoin ». Comme Lisa Hérédia dans Céline, elle accompagne le « héros » sans pouvoir vraiment toucher de doigts la passion qui le submerge. Elle est donc à la fois en retrait mais ce rôle un peu ingrat est aussi ce qui permet au film de glisser vers une autre direction, plus douloureuse (la terreur est parfois proche), plus secrète.

 

Ce sont ces personnages un peu sacrifiés par le récit mais pas par la mise en scène qui font, malgré tout, le prix du cinéma de Brisseau (soulignons aussi le rôle de Véronique Silver, la « boiteuse » de La femme d'à côté, qui tient elle aussi un rôle ingrat de CPE mais parvient à donner une certaine émotion à ce personnage).

 

Même mineur, un film de Brisseau offre plus de plaisir de cinéma que les trois quarts de la production cinématographique française !

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Lundi 6 janvier 2014 1 06 /01 /Jan /2014 23:02

L'orpheline avec en plus un bras en moins (2012) de Jacques Richard avec Noémie Merlant, Melvil Poupaud, Jean-Claude Dreyfus, Dominique Pinon, Caroline Loeb. (Editions L'Harmattan). Sortie en décembre 2013

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L'un de mes grands regrets de l'an passé, c'est d'avoir loupé Les rencontres d'après-minuit de Yann Gonzalez dans la mesure où le film semble rompre d'une fort belle manière avec le naturalisme en vigueur dans le cinéma français. La presse a suivi avec beaucoup d'entrain ce premier long-métrage et c'est tant mieux. Je m'étonne néanmoins qu'elle n'ait pas loué avec autant d'ardeur L'orpheline avec en plus un bras en moins de Jacques Richard, objet totalement insolite qui n'a pourtant pas été salué comme il aurait du l'être : une tentative, certes imparfaite mais passionnante, de renouer avec un cinéma loufoque, surréaliste (désolé d'utiliser ce terme si galvaudé!), et d'un humour très noir.

 

Je dois avouer, mais c'est un tort, que je ne me suis jamais intéressé au cinéma de Jacques Richard. Je n'ai vu qu'Ave Maria qui ne m'avait pas vraiment emballé malgré son affiche qui fit scandale à son époque. L'orpheline avec en plus un bras en moins s'inscrit dans le même contexte campagnard (l'action se déroule en Bourgogne, entre Beaune et Mâcon) et permet au cinéaste de se livrer à une satire des mœurs de province. Mais alors qu'Ave Maria se révélait assez plat dans son approche « réaliste » d'un monde rustique rétrograde ; l'orpheline avec en plus un bras en moins convoque un imaginaire qui nous a plus touché.


Jacques Richard renoue avec le roman-feuilleton d'autrefois. Si son intrigue est contemporaine (il est même question de recherches sur Internet), le réalisateur prend soin de gommer tous les signes ostensibles qui pourraient « dater » le film : pas de téléphones portables, des vêtements assez « neutres » qu'on aura du mal à raccrocher à un quelconque courant de la mode, des décors immuables... Quant à l'intrigue, elle aurait pu être écrite par un feuilletoniste du 19ème siècle : une orpheline éduquée de manière stricte par des bonnes sœurs sévères, un riche avocat désireux d'adopter la pauvre petite affublée de plus d'un terrible handicap (elle a perdu un bras), un tenancier de club véreux (Dreyfus qui cabotine à outrance mais il a l'air de se faire plaisir), des meurtres étranges...

Sans second degré cynique ni révérence trop appuyée pour le genre, Richard rend un bel hommage à cette littérature populaire qui, de Leroux à Féval en passant par Zevacco et Eugène Sue, a enthousiasmé nos arrières-grands-parents.

Cette veine rocambolesque, il la mâtine d'un soupçon d'étrangeté qui vient directement de celui qui imagina cette histoire : le grand Roland Topor. Celui qui inspira Laloux (La planète sauvage) et Polanski (Le locataire) imprègne immédiatement de son univers le film de Jacques Richard : crucifix auquel il manque un bras, magiciens excentriques, musées macabres...

 

Ce mélange donne au film des allures de cabinet de curiosités où l'on navigue entre des caves lugubres, des chambres dotées de miroirs sans tain, des bordels interlopes ; des airs de bric-à-brac improbable où les cadavres surgissent des malles des magiciens (« cela ne vous suffisait pas de transpercer les malles, il vous fallait éventrer les femelles !») et on l'on croise les fantômes de Tod Browning (L'inconnu) et où les saillies macabres ne manquent pas (devant le cadavre d'une femme au bras arraché, un homme sanglote : « moi qui voulais demander ta main »...).

 

Si l'on peut faire déceler dans L'orpheline avec en plus un bras en moins une certaine portée satirique évoquant Mocky (galerie de trognes invraisemblables, notabilité dissimulant derrière une respectabilité de façade des abîmes de noirceur...), c'est surtout cette façon qu'a Richard de ne jamais céder aux modes en vigueur dans le cinéma français qui séduit. Le film navigue de fort belle manière entre le mélodrame, l'étrange, le fantastique, l'horreur et l'humour le plus absurde (le mécène de la belle Éléonore qui veut lui faire greffer un bras mais qui n'en trouve qu'un... noir!).

 

On pourra ergoter en trouvant que la mise en scène manque parfois un peu de souffle. Mais face à la singularité de l'objet, on ne peut qu'applaudir à cette œuvre qui mérite le détour.


NB : A noter que le DVD propose deux versions : la version couleur sortie en salles et une version « director's cut » en noir et blanc, un tout petit peu plus courte. Les suppléments sont assez riches : un "making of" pas inintéressant (ce qui est rare!), les essais de la jolie Noémie Merlant et, surtout, des scènes coupées qui prolongent l'univers du film.

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Vendredi 3 janvier 2014 5 03 /01 /Jan /2014 16:52

Nous ne sommes que le 3 janvier, et j’ai pourtant le sentiment d’arriver après la bataille. Voilà donc, après tout le monde, mon Top 10 pour l’année 2013.

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1-La vie d’Adèle (Abdellatif Kechiche)

2-Shokuzai (Kiyoshi Kurosawa)

3-Passion (Brian de Palma)

4-La fille de nulle part (Jean-Claude Brisseau)

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5-Inside Llewyn Davis (Ethan et Joel Coen)

6-La belle endormie (Marco Bellocchio)

7-La jalousie (Philippe Garrel)

8-Django Unchained (Quentin Tarantino)

9-Le loup de Wall Street (Martin Scorsese)

10-Eurociné, 33 Champs-Elysées (Christophe Bier)

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L’année 2013 fut très riche car quatre films que j’ai beaucoup aimés se pressaient au portillon de ce classement. Il s’agit de Blue Jasmine (Woody Allen), Mud (Jeff Nichols), Camille Claudel 1915 (Bruno Dumont) et même (eh oui !) La maison de la radio (Nicolas Philibert)

Pour poursuivre, citons d’autres grands moments de l’année

Meilleur film vu en salle en 2013 : Le goût du saké (Ozu)


Meilleure actrice : Adèle Exarchopoulos (La vie d’Adèle)


Meilleur acteur : Oscar Isaac (Inside Llewyn Davis)

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Pire film vu cette année en salle : La bataille de Solférino (Justine Triet)


Pire film de l’année pas vu mais la bande-annonce est suffisante : The Hobbit 2 (Peter Jackson)


Top 5 des meilleurs films pas vus en 2013 : 1- Les rencontres d’après minuit (Gonzalez), 2- Spring breakers (Korine), 3- Snowpiercer (Bong Joon-Ho), 4- Touch of sin (Jia Zhang-Ke), 5- Frances Ha (N.Baumbach)


Tout le monde aime, pas moi : Zero dark thirty (Bigelow)


Tout le monde aime, moi aussi mais sans partager l’enthousiasme général : L’inconnu du lac (Guiraudie)


Film le plus négligé même s’il n’est pas parfait : Mes séances de lutte (Doillon)


Meilleur DVD de l’année : La porte du paradis (Cimino)


Meilleur coffret DVD de l’année : Paradjanov aux éditions Montparnasse


Je vais généralement voir ses films mais pas cette année : François Ozon (Jeune et jolie)


Je vais voir tous ses films mais le dernier me donne envie d’arrêter : Sofia Coppola (The bling ring)


Je n’avais jamais vu un seul de ses films et je m’y suis mis cette année : PT.Anderson pour The master (intéressé mais pas emballé)


La redécouverte de cette année : le cinéma de Robbe-Grillet que je n’aimais pas du tout et que j’ai redécouvert avec un grand plaisir.

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2014 ne sera pas une année comme les autres puisque ce blog fêtera ses 10 années d’existence. Nous en profiterons sans doute pour faire un petit point sur l’évolution de ce médium que nous avons tant aimé et qui semble désormais en perte de vitesse.

En attendant, je vous souhaite, chers lecteurs (faut-il encore préciser que le pluriel englobe bien évidemment les « lectrices » ?), une excellente année et n’hésitez pas à publier vos propres « top » ici… 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Top des tops
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Samedi 28 décembre 2013 6 28 /12 /Déc /2013 15:44

Le loup de Wall Street (2013) de Martin Scorsese avec Leonardo Di Caprio, Rob Reiner, Jean Dujardin

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Dès les premières images de son film, Scorsese nous place en terrain familier. Des traders cravatés s’amusent au lancer de nains : arrêt sur image, une voix-off qui prend en charge le récit et un bon vieux blues en bande-son. Comme dans Les affranchis et Casino, Scorsese renoue avec ses fresques-fleuve et lorsque nous voyons Jordan Belfort (Di Caprio) se présenter devant une assemblée les bras en croix et se faire acclamer, nous pensons avoir affaire à un nouveau parcours christique balisé qui passerait par l’ascension, la chute et la rédemption finale.


Mais les choses ont changé chez Scorsese : déjà à la fin de Casino, il pointait le passage d’un monde à un autre. Le loup de Wall Street pourrait d’ailleurs être une espèce de double négatif de ce film : une plongée dans ce « nouveau monde » des requins de la finance où le sens de l’honneur et du groupe (la famille ou le clan) laisse place à un individualisme sans la moindre conscience. Dans Les infiltrés, le cinéaste filmait également une nation de « rats » où flics et gangsters étaient devenus interchangeables. Ici, c’est un monde de loups qui ne songent qu’à dévorer leur prochain pour s’enrichir. Plus de rédemption possible, donc, dans un univers inversé où l’homme s’est changé en dieu de pacotille (alors que dans l’optique catholique qui irriguait le cinéma de Scorsese de ses débuts à A tombeau ouvert, c’est Dieu qui s’était fait homme).


Le film est extrêmement pessimiste dans son propos mais Scorsese choisit de traiter ce parcours en farce bouffonne, faisant de Belfort et de ses comparses de vulgaires pantins s’agitant vainement dans un univers sans repères. La mise en scène extrêmement fluide du cinéaste est en parfaite adéquation avec un univers « lisse » où seul compte la logique du flux de l’argent. Il y a quelque chose d’assez vertigineux dans cette manière qu’a le cinéaste de montrer un microcosme où rien ne semble connecté à une quelconque réalité. La frénésie boursière, cette éternelle fuite en avant pour accumuler le plus de fric possible ne conduit à aucune rédemption possible. Sans dévoiler le magnifique plan final, le spectateur comprend que le héros « scorsesien » est toujours ce charlatan qui fascine les foules.

C’est d’ailleurs sans doute la dimension la plus intéressante du film. Une charge contre Wall Street, la bourse et la finance internationale aurait pu être réjouissante (à la manière du film d’Oliver Stone) mais n’aurait sans doute pas été très loin, confortant le spectateur « social-démocrate » dans ses certitudes. Or Scorsese montre très bien que ces dieux de pacotille n’existent que parce qu’il y a des gogos pour les admirer et les croire (la foi dans l’économie et la finance est pourtant beaucoup plus aberrante que la foi religieuse !). Ce discours sur l’homme se réalisant lui-même et devenant son propre dieu (l’idéologie protestante contre la foi catholique) sert au capitalisme à résoudre ses propres contradictions. D’une part, parce que cet univers où cohabitent le luxe le plus indécent, la coke et les putes exerce une indéniable fascination sur les « petites gens » (y compris le spectateur, soyons honnête). C’est le sens de ce plan cruel où le flic qui vient de réussir sa mission rentre chez lui en métro et constate la misère sociale  à laquelle lui-même n’échappe que de justesse. D’autre part, parce que le cinéaste montre très bien comment cet univers impitoyable parvient à se draper dans les oripeaux de la vertu pour continuer à fonctionner. Il faut entendre le discours larmoyant de Belfort revenant sur la manière dont il a aidé l’une de ses fidèles collaboratrices ou affirmer cyniquement que ce fric lui permet également de donner à des associations caritatives ou aux partis politiques.


Sans avoir l’air d’y toucher, Scorsese pointe admirablement bien la manière dont le capitalisme (qui est le seul horizon proposé pour tous) a étendu son emprise à tous les domaines de l’existence et qu’il n’est plus contesté nulle part dans la mesure où toutes les contestations partielles sont immédiatement et spectaculairement résolues, que ce soit en dénonçant ses anciens partenaires ou en jouant la carte de la vertu.


Jamais, sans doute, Scorsese n’avait été si loin dans la description d’une ronde infernale et grimaçante (l’équipe de Belfort, lui-même fort cabotin, semble tout droit venir d’un film de Mocky !). Si les truands qui officiaient autrefois dans ses films étaient malhonnêtes et dangereux, ils avaient pour eux un sens de l’honneur, une fidélité aux liens du sang et à ceux de l’amitié. Dans Le loup de Wall Street, il ne reste rien de tout cela puisque rien n’a désormais plus de sens. Il faut voir notre jeune loup, totalement camé et pris dans les fils de son téléphone comme dans une toile d’araignée pour comprendre la vacuité de ce monde où chacun s’agite sans but si ce n’est la prédation et l’appât du gain.


Le capitalisme financier est une sarabande grotesque, un puits sans fond mais il ne fonctionne que parce qu’il s’est érigé lui-même en religion unique en interdisant toute contestation (les critiques partielles visant d’ailleurs à permettre à ceux qui les émettent de se faire une petite place au sein de ce système) de la part des « fidèles » (qui croient, les naïfs, à leur chance dans ce « paradis » terrestre).


La démonstration est implacablement drôle et terriblement pessimiste.  

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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