Mercredi 13 août 2014 3 13 /08 /Août /2014 18:28

Je vais essayer de faire court aujourd’hui dans la mesure où la splendouillette contribution du docteur Devo revient suffisamment en détails sur les dix dernières années de nos parcours communs au cœur de la blogosphère. Je rappellerai seulement ce que j’écrivais dans la note inaugurale consacrée à cet « anniversaire » : Matière focale a été le premier blog cinéphile que j’ai suivi avec assiduité. Je crois que c’était au début de l’année 2005, lorsque je suis tombé sur un incroyable texte consacré au film Mac et moi (que je n’ai d’ailleurs jamais vu mais que je connaissais grâce à une notule de Mad Movies). Ce qui m’a tout de suite séduit chez le Dr Devo, c’est son ton iconoclaste (on va le voir tout de suite) et sa manière unique de parler du cinéma du seul point de vue de la mise en scène. Tout ce qui ne relève pas du vocabulaire cinématographique n’a pas sa place sur Matière focale où on louera davantage Robbe-Grillet et Ruiz que Renoir et les frères Lumière. Nous ne fûmes pas toujours d’accord sur certains cinéastes et certains films mais j’ai toujours considéré l’équipe de Matière focale (outre Devo, je pense à l'excellent "Marquis", au complice Ludo Z.Man qui viendra d'ailleurs faire un tour ici, au sympathique Nonobstant Deumille...) comme des frères d’armes, ferraillant avec plaisir pour tenter de proposer (plutôt que d’imposer) une certaine vision du cinéma et inventer de nouveaux concepts (qui se souvient du « bluastro » ?). Comme le blog tourne désormais au ralenti, c’est avec une grande joie que je publie aujourd’hui ce texte totalement dans l’esprit des « grandes années Matière focale ». Et si ces 10 bougies pouvaient donner à nouveau au bon docteur le goût d’écrire, j’aurais gagné mon pari…  

 

***

 

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[Photo : "Oury is "..or Laugh" in French" par Dr Devo.]

 

 

Chers Amis,

 

Il y a en effet deux types de personnes : ceux qui s'accrochent jusqu'au bout et ceux qui abandonnent...

 

Et sans doute est-il vrai, aujourd'hui à l'heure du wouébe 2.0 et des intelliphones, que le temps soit encore plus assassin et qu'il emporte d'autant plus avec lui le rire des enfants, comme disait le poète. Toujours est-il que pour certains d'entre nous, le tueur n'avait pas un visage de brute épaisse. Il n'avait pas l'air aimable non plus. Enfin pas pour moi, puisqu'il ressemblait à un graphiste ou à un jeune architecte qui aurait fait ses études à Stockholm. [La barbe épaisse et les lunettes de designers ; vous voyez le genre...]

 

 

Sans qu'on ne s'en rende compte, en moins de temps qu'il n'en faut pour se gratter la tête ou allumer une cigarette, 10 ans ont passé...

 

Et ce qui m'embête le plus, c'est que ces 10 ans ont passé pour MOI, avant tout.

Alors oui, au moment de lancer mon traitement de texte design minimaliste (car même si je n'ai pas de lunettes ou le salaire d'un graphiste, j'ai la barbe plutôt épaisse), en retard sur tous les délais bien sûr, un vague sentiment d'injustice m'étreint, et malgré tout le respect que je dois à Pierrot Orlof, c'est d'abord à moi que je pense.

 

Je ne me suis rendu compte de rien...

 

Il y a 10 ans, ceusse qui voulaient tendre à devenir le hipster du moment, c'était nous, les Orlof, les Devo, etc… Nous arrivions un peu en retard sur le marché du blog, mais juste à temps pour que ça buzze sa génitrice. Et puis, on est allé chercher cette bière au frigo et nous ne sommes jamais revenus… En tout cas, pas cinq minutes plus tard.

 

Bon anniversaire à ce site et ses lecteurs !

 

Voilà, c'est fait.

 

 

Je suppose qu'il faudrait que je vous explique l'incroyable émulation, la stupéfiante drôlerie, la sensation fabuleuse de liberté qui nous a étreint à l'époque. Les commentaires d'articles à la dizaine. Les polémiques insensées. Les trolls. Les gens outrés. Les rhéteurs. La violence et la malice.

Je suppose également qu'il faudrait dire pourquoi je me baladais dans ces pages et pourquoi l’Orlof et moi-même sommes devenus les piliers du même comptoir de ce BDS du cinéma.

 

Mais parlons plutôt de moi.

 

Il y a dix ans, un peu après Orlof, je créais aussi un blog. Il s'appelle Matière Focale, ce qui est déjà une belle profession de foi si vous voulez mon avis. Vous m'avez vu dans des articles tels que celui sur le KLIMT de Ruiz (article fondateur du mouvement OUCRIPO), ou sur l'INLAND EMPIRE de Lynch. Et je peux vous résumer ce qui s'est passé en 10 ans et quelques milliers de critiques longues et torturées. Que m'a apporté le blogariat ? Prenez un kleenex, je vais vous expliquer...

 

-Dans les premiers temps, le blog m'a apporté un nombre de lecteurs hallucinants. Trop, bien sûr. Depuis, Belzebuth merci, les choses se sont rééquilibrées. Mais gardez ça à l'esprit: on était super lu !

 

-J'ai découvert qu'on ne plaisantait pas avec le cinéma, que la chose était grave. De la même manière qu'on ne peut pas tuer son voisin, il y a des choses qu'on ne dit pas, qu'on ne fait pas. Ça ne se fait pas. Là aussi, le poète avait raison. Dire que la presse professionnelle se valait, de Studio Magazine à Positif. Dire qu'il était honteux qu'on réédite les films de Renoir ou de Ford (j'aime bien ce dernier d'ailleurs, ce n'est pas le problème). Dire qu'un critique digne de ce nom doit se placer à un endroit précis de la salle, s'habiller obligatoirement en noir, faire un jeu de mot par article et ne pas prendre une seule note pendant la projection. Dire que si la presse et les cinéphiles hardcore avaient sous le nez les nouveaux Lynch, Carpenter ou Straub-Huillet sous les yeux, ils ne le verraient pas et trouveraient ça nul. Dire que les distributeurs sont presque aussi stupides que ceux susnommés. Dire qu'on peut faire un bon film sans scénario. Sans acteurs même. On peut même faire des films sublimes avec des acteurs atroces. Dire qu'il faut ne rien lire sur le cinéma, surtout pas. Dire que l'enseignement du cinéma dans ce pays ne peut produire que des Michael Bay et des André Téchiné. Dire que le cinéma est encore malheureusement gangrené jusqu'au dernier degré par la Littérature. Etc...

 

-Mais on se marrait bien. Et surtout, on a réussi à faire quelque chose qui nous ressemble. Et c'est sans doute là, le vrai point commun entre Orlof et moi. Enfin, entre nos deux sites. Ca et un certain sens de l'éclectisme. Et je le dis d'autant plus sûrement que je ne connais pas Orlof autrement que par ses écrits et peut-être un échange de mails ici ou là. Je ne l'ai jamais vu. Je ne lui ai jamais parlé au téléphone. On n'a même pas essayé d'aller boire un verre ensemble, ni rien. Et en vérité, je vous le dis: son blog lui ressemble.

Premier point de l'hagiographie que je voulais éviter: ce site est le seul, quasiment que je garde en lien sur mon propre site [Matière Focale, c'est bon, mangez-en !], car c'est un des deux ou trois rares qui soient restés fidèles à lui-même. Non pas en rabâchant les mêmes choses d'ailleurs. Mais comme tous les gens passionnés qui font les choses sans calcul ou presque, avec un certain "feu sacré" (cette horrible expression) et surtout, surtout, surtout, sans jamais se poser la question du Ridicule, comme ces gens-là dis-je, on sait en deux phrases, un plan, un accord qu'on est en train de voir un film de Carpenter, d'écouter un morceau de Negativland ou de lire une critique de Orlof.

 

[Pierrot, tu peux envoyer les 80 euros à l'adresse habituelle...]

 

 

Mais revenons à moi. Voici concrètement ce que m'a rapporté mon blog...

 

-En tout et pour tout, les distributeurs m'ont envoyé à peu près un dvd tous les ans et demi. Et aussi un blu-ray une fois. [A l'époque il y avait quand même un article de 300 ou 3000 pages par jour. j'étais complètement fou, mes amis !] Comme le premier dvd est venu très vite, je pensais que c'était parti pour le tour du grand Paris en limousine blindée, avec champagne et stagiaires suédoises… Le principe de réalité nous a certes vite rejoints. Mais, les nuages ayant toujours des contours argentés comme on dit dans la langue de Jean-Jacques Shakespeare, du coup, cette expérience déceptive a automatiquement validé nos professions de foi de début de blog. Je ne jurais que par les mots "liberté", "Indépendance", "Humour Pipi-Caca" et "Jeux de Mollets". Bah, en soie, de fait, les choses se sont exactement passées comme ça. Et comme disent les djeun'z d'à c'tte heure: "ça, vieux, c'est priceless !" A l'instar de certains anciens Troskos passés dans le camp du Madelinisme le plus échevelé, ils ne doivent pas être beaucoup dans notre position (involontairement) héroïque et enviable ?

 

[Je profite de ne pas être sur mon site pour faire des allusions politiques, chose que je me suis interdite, il y a dix ans ! Ouais, parce qu'il faut que je vous dise: je suis contre l'Art Engagé, mais alors sévèrement contre, et dès qu'on parle d'Art, on devrait s'abstenir de s'engager justement… Question de justice...]

 

 

 

Que nous a apporté le blogariat ?

 

-Une fois, dans les deux premières années du blog, j'ai été invité pour être juré dans un festival. C'était le premier festival Mauvais Genre de Tours. On a été super bien accueilli. Très bon accueil, même. Ca ne s'est jamais reproduit. C'est là, avec 8 ans d'avance, sans me vanter, hein, c'est pas le genre de la maison,  que je repère avant tout le monde Cattet et Forzani que je défends tellement bien pendant les délibérations que personne ne veut leur donner un prix ! Leur premier grand échec, ils me le doivent en quelque sorte. Mais Cattet/Forzani, c'est Bibi qui a vu de quoi il en retournait en premier.

 

-Ha si, quand même, grâce au blog, j'ai pu interviewer Zulawski. C’est un peu comme si vous demandiez à une souris de rencontrer Mr Gruyère. Comme me disait récemment ce jeune asiatique pro-gamer de 12 ans: "c'est Worth".

 

-En 12.000 critiques de films, je n'ai reçu que 2 mails de réalisateurs. Le premier, violentissime mais très intéressant, de Fabrice Du Welz qui venait de sortir son CALVAIRE à la force du dernier de ses muscles et dont l'accueil a été d'ailleurs unanime ou presque. Après une réponse diplomatique de ma part, il refusa mon invitation à publier sur le site un article ou un texte pour me répondre. Un bon souvenir.

Le deuxième mail venait de Diane Bertrand qui venait de sortir un film qui s'appelait L'ANNULAIRE. Je n'étais pas monté dans le train, comme on dit, mais elle avait envoyé un mail pour dire merci. Ma critique faisait 3 tomes de 827 pages, là où la presse l'avait défendue à coup de notules anorexiques. Ca l'avait touché. Sympa.

 

Voilà pour la gloire. C'est tout. Ah si, j'ai participé à la plus mauvaise revue de cinéma du Monde (avec certains fans de Orlof qui traînent encore dans le coin d'ailleurs) qui était aussi  la plus chère revue de cinéma du monde, avec un prix conseillé de près de 20 euros ! Elle portait un nom sensationnel.  Accrochez-vous bien !

 

ACCROCHEZ VOUS MIEUX !!!!

 

"La Revue du Cinéma". Si, si. Une idée phénoménale qui frise carrément le génie quand on sait que ce nom avait déjà été utilisé dans le passé, car c'était celui d'un magazine dans les années 80. C'est ce genre de petit détail qui fait de vous soit un Marc Lavoine ou un Mozart ! [A chaque numéro, il y avait un dossier spécial sur un réalisateur. Pour celui sur Feu Pedro Almodovar, le « rédacteur en chef » avait intitulé ledit dossier : « Almodovar : l'Enfant Terrible de la Movida » ! Rires]

 

[J'ai essayé de me faire virer de la revue. Etant en charge d'une rubrique « La

Meilleure Vidéothèque du Monde », chronique en forme d'abécédaire, j'ai critiqué, entre CHRONIQUE D'ANNA MAGDALENA BACH de Straub-Huillet ou THE BBLACKOUT de Ferarra, et d'innombrables autres chefs-d’œuvre, les films HORROR CANNIBALIS 1 et 2 de Bruno Mattéi, série Z pauvrissime d'un cinéaste en déroute dont je disais que c'était deux œuvres incontournables du cinéma contemporain.  Mais je n'ai pas été viré!]

 

[Evidemment, on n'était pas payé ! Potiron sur le gâteau, c'était distribué dans toute la France à 36000 exemplaires par numéro ! 36000 ! Ma mère était si fière !]

 

 

Là, faisons une pause...

 

 

 

 

 

 

 

Assez parlé de moi maintenant. Parlons de ce site, parlons d’Orlof...

 

 

Ou plutôt parlons de ce qui s'est passé sur la planète cinéma en 10 ans.

 

-Plus aucun jeune ne lit de blog de cinéma. Ce n'est ni bien ni mal. C'est la vie qui veut ça, sans doute, comme disait une autre poète. Le bon docteur, hôte de ces pages, pense que c'est à cause du développement des réseaux sociaux. C'est sans doute très vrai. Rajoutons également que  l'homme de culture, désormais, va chercher, je crois, avis et discussion dans les forums. Et si vous cherchez un bon film sur qui parle des forums internet, je ne peux que vous conseiller JOHN DIES AT THE END de Don Coscarelli.

 

-La grande et même énorme révolution de ces 10 dernières années est passée, elle, comme une lettre à la poste et sans faire beaucoup de remous. C'est une affaire de projection: nous sommes passés au numérique. Cela pose à mon sens beaucoup de problèmes. Primo, imaginer la détresse des projectionnistes. La moitié a été virée, et les autres sombrent dans l'alcool. Fini le prestige d'un métier bien mystérieux, entouré de ce halo de magie qui plaisait tant aux femmes… Sans le 35mm, le projectionniste et son métier n'existent plus.

Mais ne nous embêtons pas avec ces quelques malheureux smicards. Dans l'abandon du 35mm, comme à chaque fois dans les industries de la Culture, le changement de format technique n'implique qu'une chose fondamentale pour l'afficionado: le catalogue d'œuvres va rétrécir, au moins dans un premier temps, et des centaines de chefs-d’œuvre vont disparaître du circuit de distribution, déjà bien pauvre, et aussi de la mémoire des cinéphiles. Adieu, les Russell, les Roeg ! Dans 20 ans, plus personne ne s'occupera de vous. Plus grave encore, que va-t-il advenir des quelques-uns  à la popularité déjà plus modestes que nous avions défendus dans le passé ? Pour eux, ça ira encore plus vite. Les Hal Hartley, les Philip Ridley, Julio Medem, c'est terminé. [Là, je fais preuve d'une mauvaise foi incalculable, car le sort était déjà scellé avant que le numérique ne s'impose… Mais vous comprenez l'idée: quand le changement de support s'impose, la chance de ressortir de l'Oblivion des gens comme ça passe de "quasiment nulle" à "impossible".]

 

-Point positif du passage au numérique: en général, la projection est plus lumineuse. Les différences de copie (notamment l'étalonnage) s'estompent bien plus d'une salle à l'autre. La stabilité est meilleure. Le format ne pose plus de problème. Points négatifs: réalisateurs et équipes techniques photoshopisent plus facilement leurs étalonnages, justement. Pour le spectateur, les grandes failles du numérique sont : les effets de diffusion du blanc sur certains écrans et surtout, la difficulté de coder le rouge (particulièrement atroce dans la réédition de vieux films d'ailleurs) qui tournent souvent au rose, au rouge pifpafpoombadaboomcestmoibebel, voire au orange. Difficulté aussi de trouver des noirs profonds. Et enfin, scories très visibles et effets d'escalier dès qu'il y a une diagonale dans le plan et/ou un effet de panoramique ou de travelling.

Et quand vous reverrez un film 35mm en salle dans les prochains mois si vous avez cette chance, vous serez stupéfait de voir la différence de texture et de profondeur. Pour résumer: y'a du bon et du mauvais. Comme dans (plus belle) la vie !

 

 

Parlons enfin de distribution. Là aussi, en 10 ans, la tendance s'est poursuivie. Il suffit de lire un programme de cinéma art et essai pour voir que les sujets s'uniformisent toujours de plus. C'est la fameuse "sundancisation" des esprits que j'évoquerai peut-être plus bas. Voilà aussi pourquoi le cinéma fantastique par exemple se porte si mal(en termes de distribution en salle). Pareil pour la comédie. Les cinéastes et la chaîne de production s'encouragent tellement à  reproduire les sujets en vogue du moment d'une part, et à reproduire les sujets qui ont bien marché ou bénéficient d'une aura supposé "dans le public" (je mets entre guillemets car ce sont là des présupposés: "le public veut ça en ce moment"), que finalement le cinéma d'art et essai a fini par produire aussi des catégories de films et des sous-catégories d'icelles. Osons le mot: LE CINEMA D'AUTEUR (entre guillemets) EST DEVENU UN CINEMA DE GENRE. Evidemment, pas avec des monstres ou des extra-terrestres, mais avec des mères-courages dans les pays du Maghreb ou des ados qui s'arrachent tant mal que bien de leur condition pauvre aux USA. Par exemple. Il y a des "films de mères-courages" comme il y a des "films de zombies". Le film de "comédie douce-amère moyen-orientale" est devenu le sous-genre du "film d'actualité" comme jadis le film de collège était sous-genre de la comédie américaine.

 

Il y a 10 ans, quelques rares exploitants voyaient encore les films qu'ils programmaient en salle. Là, par contre, c'est complètement terminé, ça n'arrive plus. On programme ce qui buzze en festival. Point barre. Et tous les festivals présentent grosso modo les mêmes films.

 

Quel impact pour nous ? Quelles nouveautés pour ces années 2010 et suivantes ?

-Les gros réalisateurs populaires de naguère ne voient plus sortir leurs films en salles. Ou mal. John Landis, Carpenter, Romero, Peter Greenaway… En salles, c'est terminé et en dividi, bah ça dépend faut voir, peut-être dans deux ans… C'est une énorme révolution. Invisible. Et qui ne choque personne, et surtout pas le cinéphile qui trouve normal d'acheter son Wes craven ou son Carpenter en import U.S. "Landis, ça fait pas tripette en salles". Je vous jure, j'ai entendu ça ! ou encore "C'est bon, Hartley, [accrochez-vous bien ! Accrochez-vous mieux!] il a eu son quart d'heure ! Là, en ce moment, j'achète du films coréens et israéliens: c'est là que ça passe". La violence  de cette phrase que m'a dite un distributeur un jour entre le fromage et le dessert ! Se rend-il compte ? Se souvient-il de Warhol justement ?

Les films atypiques foufous un peu attendus ne sortent plus non plus. PONTYPOOL ? Non !  JOHN DIES AT THE END ? Non? Non! DETENTION ? Non, non. Et même sans parler de ces grands films, le bon film populaire bosseur et original a beaucoup de mal à se mouvoir jusque nous...

 

-2éme remarque qui résume bien le tout: la sortie du denier Ferrara sur DSK.

Distribué par un mec qui connait très bien son métier, issu d'une grosse boîte de distribution et…Sortie en VOD avec grosse machine médiatique pour faire le buzz. Voilà un type  qui a largement les moyens de sortir le film, mais non, il ne le fait pas. Pire, il feint la censure ce qui est assez balèze vu que, du coup, c'est le film dont on a parlé le plus pendant le festival de Cannes ! Il sait qu'il va gagner pas mal d'argent rapidement en buzzant  ainsi tel un goret. Une anecdote qui nous apprend deux ou trois choses. Primo, ce mec s'en fout que ce soit un film de Ferrara. Deuxio, Ce mec s'en fout de distribuer un film de Ferrara. Troisio, ce mec s'en fout que vous puissiez (seulement «pouvoir », seulement avoir la possibilité) voir le dernier Ferrara. VOUS NE VERREZ PAS LE DERNIER FERRARA EN SALLE. Dans le noir. Dans un fauteuil. Sur Grand écran. [Il est d'ailleurs assez logique que le gars se vantait dans la presse que le film avait été énormément téléchargé !]. Là encore, voilà qui ne choque pas le cinéphile. Ferrara, ça fait longtemps que c'est devenu minable, doit-il se dire.

 

 

Mais faire son Jean-Pierre Elkabach, son Duhamel, c'est facile. Un lectorat comme celui de ce blog en veut plus.

Ok. Je vous en donne, les amis ! Je vais plutôt me transformer en Raël ou en Paco Rabane, ce qui, vous en conviendrez, est quand même plus gratifiant et plus sexy, en vous donnant deux axes à surveiller pour les dix années à venir. L'avenir, en vérité je vous le dis, va se jouer sur deux points. 1) Le cinéphile va-t-il arrêter de faire ses courses sur 666Amazon666 ? 2) Les salles de cinémas vont-elles devenir des plateformes de broadcast ? (Pour l'instant le fichier numérique d'un film est sur l'ordinateur qui pilote le projecteur. Mais ce qui pourrait arriver, c'est que le cinéma transmette le signal en streaming, pour ainsi dire, ou diffuser le flux si vous voulez… Flux émis par le distributeur ? Une Major ? Tu la sens la concentration industrielle qui monte ?]

L'Avenir, mes amis, se nourrit à ses deux mamelles. Je ne sais pas ce qu'il va se passer, mais ça va se jouer là...

 

 

Je sens bien que les gens qui me lisent pour la première sont en train de se demander quel est ce vieux con cynique, et pourquoi diable le bougrement positif Dr Orlof invite-t-il ce désabusé  de tout à venir souiller ses colonnes...

 

 

En fait, je ne suis pas désabusé. (Le twist !)

 

Tout va très bien, merci.

 

Il y a en fait une chose dont ne parle pas dans cet article. Malgré nos différences, le Dr Orlof et moi-même partageons sans doute le même enthousiasme. Et l'enthousiasme fréquent qui m'étreint quand je regarde des films n'est simplement pas aussi présent dans ce texte que "in real life" comme dirait Darknarutto666 qui vient de me battre du haut de ces 11 ans, lors d'une partie de jeu en ligne. Orlof, moi et les gens qui gravitons autour sommes des gens de passion. Les blogs, et ce blog, ont permis simplement à celle-ci de s'exprimer, bien sûr, mais surtout ont permis d'exploiter et partager cette passion de manière magnifiquement juvénile, à notre manière. Bibi's way, comme dirait De Palma. On peut faire de la critique en mettant son slip sur la tête ou ses doigts dans son nez. Et en mangeant les crottes ! Elle ne sera pas plus mauvaise, bien au contraire. Elle sera mieux ! Ceux qui disent le contraire mentent.

 

 

Et le fait qu'Orlof publie cet article sans queue ni tête, complètement hors-sujet, à la table de son goûter d'anniversaire, en est exactement la preuve. Alors, nous on va bouffer le Gâteau, mettre Tata Yoyo sur la platine et boire du Champomy pendant les 10 prochaines années. Vous venez avec nous ?

 

 

 

 Bon anniversaire, Pierrot ! (...et à tous ceux qui le liront)

 

 

Dr Devo.

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Mardi 12 août 2014 2 12 /08 /Août /2014 15:11

Il a donc fallu que ce soit un parisien (en l’occurrence, Gérard Courant) qui me présente à la joyeuse équipe de la Cinémathèque de Bourgogne (j’en ai parlé un peu ici). Cette photo, que l’ami Nicholas Petiot m’a gentiment (et sournoisement car il sait comme je déteste montrer ma triste trogne) offerte a été prise à l’occasion d’un week-end dédié au cinéma expérimental à Dijon.

Jean Douchet est venu présenter, de sa manière inimitable, Film socialisme de Godard. J’ai un très bon souvenir du débat qui a suivi cette présentation dans la mesure où étaient présents dans la salle des personnalités aussi fortes et intelligentes que Dominique Noguez et Vincent Nordon. C’est donc à cette occasion que j’ai pu approcher un peu l’auteur de L’art d’aimer et me retrouver en photo à ses côtés.

Mais comme je déteste vraiment la tête que j’avais à cette époque, je vais un peu tricher et rendre un hommage à Robin Williams dans Harry dans tous ses états puisque l’acteur vient de nous quitter… 

***

http://ddata.over-blog.com/0/23/00/64/Nicholas-petiot_censored.jpg

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Lundi 11 août 2014 1 11 /08 /Août /2014 13:21

Les lecteurs réguliers de ce blog n’ignorent sans doute pas que je considère Jean-Pierre Bouyxou comme le meilleur historien du cinéma ni toute l’admiration que je peux lui porter (à tel point que Christophe Bier m’a gentiment et tendrement qualifié de « bouyxoudolâtre »). Je ne reviendrai donc pas sur ses multiples activités : essayiste (l’indispensable Aventure hippie), journaliste (il tint quasiment seul les rênes, pendant 30 numéros, de la géniale revue Fascination), romancier (une douzaine de roman érotico-subversifs parus sous les bannières Bébé Noir et La Brigandine), réalisateur (de films expérimentaux et pornographiques), scénariste (pour Jean Rollin et Michel Barny), acteur (chez Jess Franco, par exemple), agitateur hors-pair (voir la belle notice que lui consacre Noël Godin dans L'anthologie de la subversion carabinée) et j’en passe. Pour ne pas faire trop long, je n’insisterai que sur un point, et je pense que quiconque a eu la chance de fréquenter un jour Jean-Pierre me donnera raison : son incroyable générosité.

Lorsque je suis entré en contact avec lui pour la première fois, c’était à l’occasion de l’article que je projetai d’écrire sur les éditions La Brigandine. Alors que j’étais un parfait inconnu et que la revue dans laquelle devait paraître mon papier (l’excellente Chéri-Bibi) ne bénéficiait d’une petite renommée que chez quelques initiés ; Jean-Pierre m’a accueilli chaleureusement et s’est longuement entretenu avec moi au téléphone, en toute simplicité. C’est ensuite grâce à lui que j’ai obtenu de nombreux contacts avec le directeur de ces mythiques collections et certains romanciers. Je n’oublierai jamais la gentillesse de ces personnes et mon seul regret est de n’avoir pas eu la chance de rencontrer « en vrai » des personnalités aussi attachantes et adorables que Jean-Claude Hache, Jacques Boivin ou le cinéaste Philipe Bordier aujourd’hui disparues.

Par ailleurs, Jean-Pierre est toujours disponible lorsqu’il s’agit de répondre à une question et il n’est jamais avare en anecdotes (passionnantes), en découvertes étonnantes…  

Il y aurait énormément de choses à dire sur Jean-Pierre mais je ne voudrais pas que cette présentation prenne des allures de notices nécrologiques. Alors je conclurai en disant que j’ai été ravi de pouvoir le rencontrer, que j’espère bien que d’autres occasions de boire un verre ensemble se présenteront (je n’en doute pas !) et que sa contribution pour les 10 ans de mon blog me va tout simplement droit au cœur…

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***

Dix ans seulement ? C’est incroyable ! J’ai l’impression, ami Orlof, de vous connaître depuis toujours. J’aime la belle élégance et l’absence de fioritures de votre style, j’aime votre probité intellectuelle, j’aime votre façon de raisonner et d’arraisonner, j’aime votre intelligence et votre culture, j’aime votre humour et votre sensibilité, j’aime votre modestie et votre assurance, j’aime votre goût de l’argumentation et de la (dé)mesure. J’aime vous lire, et je parcours votre blog comme je parcourrais les lettres d’un confident. Vous me faites plaisir, vous me faites du bien – et n’allez surtout pas, chenapan, chercher dans ces sincères compliments la moindre connotation érotique !

En fait, vous m’émouvez. Je ne partage pas toutes vos options critiques (je me contente d’en partager la plupart), mais je suis régulièrement frappé et touché par la justesse de vos analyses, par leur précision scrupuleuse, par l’honnêteté désarmante avec lesquelles vous les exprimez. Vous ne cherchez pas à imposer vos ressentis, vos foucades, vos détestations, vos colères, vos enthousiasmes. Vous vous ingéniez plutôt à les faire comprendre, à les faire partager. Si vous avez des doutes, si vos avis évoluent, vous n’hésitez pas à l’écrire. Il y a parfois, peut-être, et c’est tout à votre honneur, un peu de candeur dans votre démarche. Mais on y trouve essentiellement, à coup, sûr, une formidable et chaleureuse passion.

Et puis vous avez une qualité très rare, très précieuse, que j’apprécie infiniment : vous êtes éclectique. Loin de tout sectarisme, vous refusez les sottes hiérarchisations et mettez la même chaleur communicative à saluer les chefs-d’œuvre, reconnus ou non, et à défendre d’indéfendables nanars pourvu qu’ils vous plaisent. Vous n’êtes allergique ni au classicisme (qui, vous l’avez admirablement compris, n’a rien de commun avec l’académisme) ni à la désinvolture – qui, d’ailleurs, peuvent très bien, pas si paradoxalement que ça, aller de pair. Un film intello, si austère soit-il, a autant de chances de vous séduire (ou de vous rebuter) qu’un petit film dit « de genre », si débraillé puisse-t-il sembler. Nous ne sommes pas si nombreux à placer a priori sur un plan d’égalité Walsh et Corbucci, Méliès et Markopoulos, Eisenstein et Franco, Keaton et les Trois Stooges, Hollywood et Bollywood, la flamboyance et le bordélisme, les superproductions richissimes et les séries Z faméliques, le cinoche expérimental le plus radical et le cinoche porno le plus crado…

Je vous considère, Orlof, comme une sorte de frère en cinémaboulerie. Un petit frère, et même un tout petit frère, puisque j’aurais pu, déjà chenu, vous faire sauter sur mes genoux alors que vous portiez encore des couches-culotes, mais un frère quand même. Et ne rigolez pas, s’il, vous plaît. Je suis très sérieux. La preuve : pendant toutes les lignes qui précèdent, j’ai oublié que nous nous tutoyons. Comme des frères, justement.

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Dimanche 10 août 2014 7 10 /08 /Août /2014 16:25

Banalité de base : même si on se défend parfois de prétendre qu’on écrit pour les autres, le blog fut pour moi un formidable moyen de sortir d’une sorte de monologue permanent (les critiques que je consignais dans un cahier) pour me confronter à l’avis des autres. J’ai eu de la chance car je n’ai pas le souvenir, à deux ou trois exceptions près, de commentaires vraiment désagréables tout au long de ces 10 ans. La contribution de Kirawea, que je connais uniquement comme sympathique et régulier commentateur, me donne donc l’occasion de remercier tous les « anonymes » qui sont venus échanger avec moi de manière régulière ou occasionnelle. Occasion également de rappeler qu’il n’est pas encore trop tard et que tout le monde est invité à contribuer à ce « livre d’or » : pas seulement les cinéphiles confirmés ou les blogueurs (rappel ici)…

NB : En fouillant un peu, j’ai réalisé que notre ami Kirawea tenait également un blog

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***

Bonjour,

Il me semble t’avoir déjà dit tout le bien que je pense que ton blog sous ton billet de la nouvelle année, avec en filigrane la jalousie que je ressens à l’égard des gens qui, comme toi, savent sinon parler (je n’en sais rien), au moins écrire sur ce qu’ils aiment.

Ma contribution à ton livre d’or se limitera donc à un modeste encouragement à continuer. En effet, si les réseaux sociaux favorisent l’échange (sous réserve d’avoir les interlocuteurs appropriés, bien sûr), ils ne remplacent pas le support plus durable que constitue un blog garni d’articles développés et indexés, pratique pour le lecteur mais aussi pour l’auteur qui souhaite parcourir l’historique de ses réflexions et les remettre en question.

Et comme je n’ai rien d’autre qui me vienne à l’esprit que des clichés pour conclure, bonne continuation.

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Samedi 9 août 2014 6 09 /08 /Août /2014 17:16

C’était il y a à peine un an. Vincent Malausa écrit alors un papier assassin dans le Plus du Nouvel Observateur sur No pain, no gain du tâcheron Michael Bay et déclenche un de ces tollés dont il a le secret. Je me souviens m’être engueulé avec un type pour voir défendu la liberté du critique et avoir trouvé les réactions outrées (insultes en tout genre) bien disproportionnées (un film de Bay, quoi !). Plutôt que de se réfugier dans sa tour d’ivoire, Vincent Malausa est descendu dans l’arène et… a ouvert un compte Twitter.

Alors que certains critiques « pros » (ou pas, d’ailleurs) sont d’un snobisme à toute épreuve et daignent à peine vous répondre lorsque vous tentez d’échanger avec eux (je ne citerai personne), Vincent s’est d’emblée révélé comme le critique le plus ouvert à la discussion, le plus drôle et le plus piquant. Avec quelques autres (n’oublions pas de citer les toujours très aimables et passionnants Nicolas Saada –ex Cahiers du cinéma-, Adrien Gombeaud et Laurent Vachaud de Positif, Christophe Narbonne de Première…) ; il fait partie des critiques avec qui j’ai le plus de plaisir à échanger régulièrement.

Sur Twitter, nous pouvons aussi bien évoquer l’actualité cinématographique que nous replonger dans les délices du cinéma d’horreur des années 80 (Vincent est un fan du méconnu et très réussi Street Trash de Jim Muro). Volontiers provocateur, je m’amuse beaucoup à voir les réactions épidermiques qu’il suscite, aussi bien chez les cinéastes sans talent (je ne citerai pas de nom mais beaucoup l’auront reconnu) que chez les « geeks » ou les… décoratrices d’intérieur (mais je crois qu’il vit désormais une grande histoire d’amitié avec Valérie Damidot)

Pour les 10 ans de ce blog, Vincent Malausa a eu la gentillesse de me proposer une petite critique d’un film que j’aurais volontiers défendu ici-même. En relisant ma première note, j’ai réalisé que j’avais écrit ne pas avoir l’ambition de devenir critique aux Cahiers du cinéma en débutant ce blog. En accueillant aujourd’hui avec grand plaisir une des meilleures plumes actuelles de cette mythique revue, on peut dire qu’une certaine boucle est bouclée…

***

La Marque du diable de Michael Armstrong (1969) 

 

The Ecstasy of Films

 marque-diable.jpeg

Le film d'inquisition fut un micro-genre du cinéma d'horreur des années 60 porté par deux films-étendards : Le Grand Inquisiteur de Michael Reeves (1968) et La Marque du diable de Michael Armstrong (1969), restés dans les mémoires pour leur cruauté outrée et un hyperréalisme assez novateur pour l'époque. La sortie de La Marque du diable dans une édition collector qui ravira les fétichistes (un sac à vomi promotionnel datant de la sortie du film accompagne le coffret !) fait écho aux éditions VHS de René Château qui vantaient ces "films que vous ne verrez jamais à la télévision" (Massacre à la tronçonneuseZombieManiac...). De fait, le film d'Armstrong, cinéaste britannique oublié, n'a rien perdu de ce pouvoir oppressant qui le fit interdire en France malgré son succès mondial : dans un village autrichien du XVIIIème siècle, un inquisiteur monstrueux torture et décime des femmes innocentes avant de se faire voler la vedette par un envoyé du pouvoir censé réguler - mais qui ne fait que décupler- ce déchaînement de sadisme. Le cinéaste filme cette fable infernale avec beaucoup de raffinement, dans un mélange de reconstitution médiévale et de démence plastique qui suspend les scènes de torture en une suite de tableaux hallucinés. Croisant réalisme et folie, dépeignant un univers entièrement régi par les pulsions, Armstrong joue du contraste entre sensualité psychédélique (il a commencé avec David Bowie et lance ici Udo Kier) et cauchemar totalitaire réduisant les corps à néant (les mécanismes de torture insensés). Dans ce genre particulièrement outrancier, il n'est pas dit que La Marque du diable ait été égalé depuis sa sortie. 

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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