Lundi 11 août 2014 1 11 /08 /Août /2014 13:21

Les lecteurs réguliers de ce blog n’ignorent sans doute pas que je considère Jean-Pierre Bouyxou comme le meilleur historien du cinéma ni toute l’admiration que je peux lui porter (à tel point que Christophe Bier m’a gentiment et tendrement qualifié de « bouyxoudolâtre »). Je ne reviendrai donc pas sur ses multiples activités : essayiste (l’indispensable Aventure hippie), journaliste (il tint quasiment seul les rênes, pendant 30 numéros, de la géniale revue Fascination), romancier (une douzaine de roman érotico-subversifs parus sous les bannières Bébé Noir et La Brigandine), réalisateur (de films expérimentaux et pornographiques), scénariste (pour Jean Rollin et Michel Barny), acteur (chez Jess Franco, par exemple), agitateur hors-pair (voir la belle notice que lui consacre Noël Godin dans L'anthologie de la subversion carabinée) et j’en passe. Pour ne pas faire trop long, je n’insisterai que sur un point, et je pense que quiconque a eu la chance de fréquenter un jour Jean-Pierre me donnera raison : son incroyable générosité.

Lorsque je suis entré en contact avec lui pour la première fois, c’était à l’occasion de l’article que je projetai d’écrire sur les éditions La Brigandine. Alors que j’étais un parfait inconnu et que la revue dans laquelle devait paraître mon papier (l’excellente Chéri-Bibi) ne bénéficiait d’une petite renommée que chez quelques initiés ; Jean-Pierre m’a accueilli chaleureusement et s’est longuement entretenu avec moi au téléphone, en toute simplicité. C’est ensuite grâce à lui que j’ai obtenu de nombreux contacts avec le directeur de ces mythiques collections et certains romanciers. Je n’oublierai jamais la gentillesse de ces personnes et mon seul regret est de n’avoir pas eu la chance de rencontrer « en vrai » des personnalités aussi attachantes et adorables que Jean-Claude Hache, Jacques Boivin ou le cinéaste Philipe Bordier aujourd’hui disparues.

Par ailleurs, Jean-Pierre est toujours disponible lorsqu’il s’agit de répondre à une question et il n’est jamais avare en anecdotes (passionnantes), en découvertes étonnantes…  

Il y aurait énormément de choses à dire sur Jean-Pierre mais je ne voudrais pas que cette présentation prenne des allures de notices nécrologiques. Alors je conclurai en disant que j’ai été ravi de pouvoir le rencontrer, que j’espère bien que d’autres occasions de boire un verre ensemble se présenteront (je n’en doute pas !) et que sa contribution pour les 10 ans de mon blog me va tout simplement droit au cœur…

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***

Dix ans seulement ? C’est incroyable ! J’ai l’impression, ami Orlof, de vous connaître depuis toujours. J’aime la belle élégance et l’absence de fioritures de votre style, j’aime votre probité intellectuelle, j’aime votre façon de raisonner et d’arraisonner, j’aime votre intelligence et votre culture, j’aime votre humour et votre sensibilité, j’aime votre modestie et votre assurance, j’aime votre goût de l’argumentation et de la (dé)mesure. J’aime vous lire, et je parcours votre blog comme je parcourrais les lettres d’un confident. Vous me faites plaisir, vous me faites du bien – et n’allez surtout pas, chenapan, chercher dans ces sincères compliments la moindre connotation érotique !

En fait, vous m’émouvez. Je ne partage pas toutes vos options critiques (je me contente d’en partager la plupart), mais je suis régulièrement frappé et touché par la justesse de vos analyses, par leur précision scrupuleuse, par l’honnêteté désarmante avec lesquelles vous les exprimez. Vous ne cherchez pas à imposer vos ressentis, vos foucades, vos détestations, vos colères, vos enthousiasmes. Vous vous ingéniez plutôt à les faire comprendre, à les faire partager. Si vous avez des doutes, si vos avis évoluent, vous n’hésitez pas à l’écrire. Il y a parfois, peut-être, et c’est tout à votre honneur, un peu de candeur dans votre démarche. Mais on y trouve essentiellement, à coup, sûr, une formidable et chaleureuse passion.

Et puis vous avez une qualité très rare, très précieuse, que j’apprécie infiniment : vous êtes éclectique. Loin de tout sectarisme, vous refusez les sottes hiérarchisations et mettez la même chaleur communicative à saluer les chefs-d’œuvre, reconnus ou non, et à défendre d’indéfendables nanars pourvu qu’ils vous plaisent. Vous n’êtes allergique ni au classicisme (qui, vous l’avez admirablement compris, n’a rien de commun avec l’académisme) ni à la désinvolture – qui, d’ailleurs, peuvent très bien, pas si paradoxalement que ça, aller de pair. Un film intello, si austère soit-il, a autant de chances de vous séduire (ou de vous rebuter) qu’un petit film dit « de genre », si débraillé puisse-t-il sembler. Nous ne sommes pas si nombreux à placer a priori sur un plan d’égalité Walsh et Corbucci, Méliès et Markopoulos, Eisenstein et Franco, Keaton et les Trois Stooges, Hollywood et Bollywood, la flamboyance et le bordélisme, les superproductions richissimes et les séries Z faméliques, le cinoche expérimental le plus radical et le cinoche porno le plus crado…

Je vous considère, Orlof, comme une sorte de frère en cinémaboulerie. Un petit frère, et même un tout petit frère, puisque j’aurais pu, déjà chenu, vous faire sauter sur mes genoux alors que vous portiez encore des couches-culotes, mais un frère quand même. Et ne rigolez pas, s’il, vous plaît. Je suis très sérieux. La preuve : pendant toutes les lignes qui précèdent, j’ai oublié que nous nous tutoyons. Comme des frères, justement.

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Dimanche 10 août 2014 7 10 /08 /Août /2014 16:25

Banalité de base : même si on se défend parfois de prétendre qu’on écrit pour les autres, le blog fut pour moi un formidable moyen de sortir d’une sorte de monologue permanent (les critiques que je consignais dans un cahier) pour me confronter à l’avis des autres. J’ai eu de la chance car je n’ai pas le souvenir, à deux ou trois exceptions près, de commentaires vraiment désagréables tout au long de ces 10 ans. La contribution de Kirawea, que je connais uniquement comme sympathique et régulier commentateur, me donne donc l’occasion de remercier tous les « anonymes » qui sont venus échanger avec moi de manière régulière ou occasionnelle. Occasion également de rappeler qu’il n’est pas encore trop tard et que tout le monde est invité à contribuer à ce « livre d’or » : pas seulement les cinéphiles confirmés ou les blogueurs (rappel ici)…

NB : En fouillant un peu, j’ai réalisé que notre ami Kirawea tenait également un blog

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***

Bonjour,

Il me semble t’avoir déjà dit tout le bien que je pense que ton blog sous ton billet de la nouvelle année, avec en filigrane la jalousie que je ressens à l’égard des gens qui, comme toi, savent sinon parler (je n’en sais rien), au moins écrire sur ce qu’ils aiment.

Ma contribution à ton livre d’or se limitera donc à un modeste encouragement à continuer. En effet, si les réseaux sociaux favorisent l’échange (sous réserve d’avoir les interlocuteurs appropriés, bien sûr), ils ne remplacent pas le support plus durable que constitue un blog garni d’articles développés et indexés, pratique pour le lecteur mais aussi pour l’auteur qui souhaite parcourir l’historique de ses réflexions et les remettre en question.

Et comme je n’ai rien d’autre qui me vienne à l’esprit que des clichés pour conclure, bonne continuation.

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Samedi 9 août 2014 6 09 /08 /Août /2014 17:16

C’était il y a à peine un an. Vincent Malausa écrit alors un papier assassin dans le Plus du Nouvel Observateur sur No pain, no gain du tâcheron Michael Bay et déclenche un de ces tollés dont il a le secret. Je me souviens m’être engueulé avec un type pour voir défendu la liberté du critique et avoir trouvé les réactions outrées (insultes en tout genre) bien disproportionnées (un film de Bay, quoi !). Plutôt que de se réfugier dans sa tour d’ivoire, Vincent Malausa est descendu dans l’arène et… a ouvert un compte Twitter.

Alors que certains critiques « pros » (ou pas, d’ailleurs) sont d’un snobisme à toute épreuve et daignent à peine vous répondre lorsque vous tentez d’échanger avec eux (je ne citerai personne), Vincent s’est d’emblée révélé comme le critique le plus ouvert à la discussion, le plus drôle et le plus piquant. Avec quelques autres (n’oublions pas de citer les toujours très aimables et passionnants Nicolas Saada –ex Cahiers du cinéma-, Adrien Gombeaud et Laurent Vachaud de Positif, Christophe Narbonne de Première…) ; il fait partie des critiques avec qui j’ai le plus de plaisir à échanger régulièrement.

Sur Twitter, nous pouvons aussi bien évoquer l’actualité cinématographique que nous replonger dans les délices du cinéma d’horreur des années 80 (Vincent est un fan du méconnu et très réussi Street Trash de Jim Muro). Volontiers provocateur, je m’amuse beaucoup à voir les réactions épidermiques qu’il suscite, aussi bien chez les cinéastes sans talent (je ne citerai pas de nom mais beaucoup l’auront reconnu) que chez les « geeks » ou les… décoratrices d’intérieur (mais je crois qu’il vit désormais une grande histoire d’amitié avec Valérie Damidot)

Pour les 10 ans de ce blog, Vincent Malausa a eu la gentillesse de me proposer une petite critique d’un film que j’aurais volontiers défendu ici-même. En relisant ma première note, j’ai réalisé que j’avais écrit ne pas avoir l’ambition de devenir critique aux Cahiers du cinéma en débutant ce blog. En accueillant aujourd’hui avec grand plaisir une des meilleures plumes actuelles de cette mythique revue, on peut dire qu’une certaine boucle est bouclée…

***

La Marque du diable de Michael Armstrong (1969) 

 

The Ecstasy of Films

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Le film d'inquisition fut un micro-genre du cinéma d'horreur des années 60 porté par deux films-étendards : Le Grand Inquisiteur de Michael Reeves (1968) et La Marque du diable de Michael Armstrong (1969), restés dans les mémoires pour leur cruauté outrée et un hyperréalisme assez novateur pour l'époque. La sortie de La Marque du diable dans une édition collector qui ravira les fétichistes (un sac à vomi promotionnel datant de la sortie du film accompagne le coffret !) fait écho aux éditions VHS de René Château qui vantaient ces "films que vous ne verrez jamais à la télévision" (Massacre à la tronçonneuseZombieManiac...). De fait, le film d'Armstrong, cinéaste britannique oublié, n'a rien perdu de ce pouvoir oppressant qui le fit interdire en France malgré son succès mondial : dans un village autrichien du XVIIIème siècle, un inquisiteur monstrueux torture et décime des femmes innocentes avant de se faire voler la vedette par un envoyé du pouvoir censé réguler - mais qui ne fait que décupler- ce déchaînement de sadisme. Le cinéaste filme cette fable infernale avec beaucoup de raffinement, dans un mélange de reconstitution médiévale et de démence plastique qui suspend les scènes de torture en une suite de tableaux hallucinés. Croisant réalisme et folie, dépeignant un univers entièrement régi par les pulsions, Armstrong joue du contraste entre sensualité psychédélique (il a commencé avec David Bowie et lance ici Udo Kier) et cauchemar totalitaire réduisant les corps à néant (les mécanismes de torture insensés). Dans ce genre particulièrement outrancier, il n'est pas dit que La Marque du diable ait été égalé depuis sa sortie. 

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Vendredi 8 août 2014 5 08 /08 /Août /2014 17:43

Etrange effet de dire qu’Anna est une « vieille » connaissance alors que c’est une cinéphile toute jeune mais j’ai l’impression de la connaître depuis de longues années. Je crois que la première fois que j’ai lu son nom, c’est chez notre ami Edouard. Il faut dire que ces deux-là viennent de la même région (vous savez, ce Sud-Ouest de la France où on a la prétention de faire du bon vin, ce qui fait doucement rigoler les bourguignons). Mais si mes souvenirs sont bons, mes premiers vrais « contacts » avec Anna remontent au moment où Gérard Courant proposa d’envoyer certains de ses films aux blogueurs voulant écrire sur son œuvre. C’est ainsi qu’Anna rédigea une très belle note sur Les aventures d’Eddie Turley.

Sinon, le parcours d’Anna est exemplaire puisqu’elle a obtenu le concours de la FEMIS (chapeau !) et même si elle n’alimente son blog que de manière épisodique, on peut retrouver sa signature sur des sites aussi divers qu’Interlignage, Feux croisés ou encore Accreds. Elle a même fait une apparition remarquée dans l’émission de Beigbeder Le cercle.

Avec Anna, les discussions se font surtout sur les réseaux sociaux (en particulier Twitter) et si nous avons parfois quelques points de désaccords, nous nous retrouvons avec félicité autour de Gene Kelly, de Jacques Demy, de Vincente Minnelli et même de My fair lady de Cukor. 

Avec des goûts pareils, on aura compris que notre amie est une cinéphile incontournable de la blogosphère ! 

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***

Cher Vincent,

J'ai ouvert mon blog de critiques cinéma en avril 2006, quelques mois avant mes 18 ans, en pleine formation de ma cinéphilie (et préparation du bac, mais ce n'était pas ma priorité !). Ton blog a tout de suite été une de mes grandes références. J'y ai passé pas mal de temps, découvert des films de tous horizons, des points de vue critiques différents etc. J'y ai lu des échanges passionnants auxquels, au départ, je n'osais pas participer. J'aimais bien le petit bonhomme à l'humeur changeante qui annonçait le ton de chaque critique. Je n'étais pas toujours d'accord avec lui, mais trouvais à chaque fois de l'intérêt à te lire.

De manière générale, une grande partie de ma cinéphilie s'est faite sur internet, les blogs et les réseaux sociaux. Et le Dr Orlof n'a pas été le dernier à me faire connaître des films et à me donner envie d'en parler !

Enfin je parle au passé mais encore aujourd'hui, alors que certains blogueurs (moi la première) écrivent moins, on continue d'échanger autour du cinéma sans lassitude aucune. Hourra !

Merci Vincent, un excellent anniversaire à ton blog !

Anna

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Jeudi 7 août 2014 4 07 /08 /Août /2014 18:14

A vrai dire, je sais très peu de choses de Jennifer si ce n’est qu’elle fait partie de ces jeunes cinéphiles que je suis ravi d’avoir rencontrés sur Twitter. Je sais qu’elle vient de Caen (quand je vous disais que l’air normand devait être un bon stimulant !), qu’elle étudie le cinéma à Paris et qu’elle a un blog qu’elle n’alimente qu’occasionnellement (dommage !). Sinon, elle est plutôt discrète (ce n’est pas le genre à provoquer l’esclandre sur les réseaux sociaux) et sa conversation est toujours très agréable.

Je suis très heureux de l’accueillir ici aujourd’hui puisqu’elle a eu la gentillesse de concocter un brillant exercice de style (très lacanien !) pour les 10 ans de ce blog.

 ***

 Cinématon…

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Film facteur de ce raccord regards (d'ailleurs pour l’anecdote, il a sonné deux fois : une première fois pour un exercice scolaire ; une seconde fois ici ; bref.).

Découverte donc de différents portraits sur ce site décade-ans.

Examinons cela ;

Si n’est, matons.

 

Une fois l’obscurité tombée, certaines expressions font jour.

Les Jekyll, Folamour, Jivago, et autres êtres plus ou moins ténébreux multiplient les expériences scientifiques et féminines ; Doc lui, semble prendre une tout autre tangente.

L’étude des Quatre cents coups- quoique peut-être au profit du cou cent quatre-...

Ciné, mats tons.

 

Son cabinet ?

Plutôt vide-et-haut, malgré une série de B-Z un peu noirs, un fauteuil Emmanuelle, des manuels épars… Sur les étagères, s'alignent et se côtoient aussi bien L’Aurore, revues Eclipses et La voce della luna; The Big Bird Cage et ticket de Bird People ; 2001 : L’Odyssée de l’espace et L’homme qui rétrécit ; Les gens de la pluie et Conte d’été ; Chungking Express et Ratatouille ; Les Moissons du Ciel qu’Autant en emporte le vent ; La Fureur du Dragon et Black Belt Jones ; nudies exotiques à la plus précieuse Madame de...

Harmonies des genres aux langues multiples, et démultipliées à la pelle.

Ciné… M’a-t-on ?

 

Une pêche conséquente à la Stromboli ? Je ne sais pas.

Mais c’est tout de même un sacré Big Fish que l’on a là…

Cinéma-thon.

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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