Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 18:48

Coffret Destination Mars (Editions Artus Films)

 

Invaders from Mars (Les envahisseurs de la planète rouge) (1953) de William Cameron Menzies

Rocketship XM (24h chez les martiens) (1950) de Kurt Neumann

Flight to Mars (1951) de Lesley Selander

Red planet mars (1952) de Harry Horner

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Cela faisait longtemps que nous n'avions pas loué l'excellente maison Artus qui nous propose depuis quelques temps de beaux coffrets (nous évoquerons le plus rapidement possible celui consacré aux films de dinosaures) regroupant des perles rares du cinéma bis. Aujourd'hui, je vous propose un petit séjour sur Mars.

Les quatre films proposés par le petit éditeur courageux reflètent à merveille un certain état d'esprit de la science-fiction américaine des années 50. Tournés entre 1950 et 1953, c'est à dire en pleine période maccarthyste, ces œuvres sont toutes imprégnées, d'une manière ou d'une autre, de cette paranoïa américaine qui sévissait à l'époque. Et qu'imaginer de plus pratique que la petite planète rouge pour personnifier le péril communiste, la menace nucléaire et la volonté de repli sur soi du bloc occidental?

En détournant un slogan devenu tristement célèbre, nous dirons que ces œuvres vont se plier à l’injonction suivante : « La terre, soit tu l'aimes (et tu la défends par la force), soit tu la quittes (pour aller sympathiser avec les rouges » !

 

Version belliciste, nous aurons Invaders from Mars de William Cameron Menzies. Les hommes rouges débarquent une belle nuit sur terre sous le regard d'un enfant et se mettent à enlever des terriens. Ils leur lavent le cerveau et les transforment en êtres cruels, violents et totalement soumis à leurs nouveaux chefs (une nouvelle vision du bolchevique avec le couteau entre les dents!). A partir de là, le film va être une véritable apologie de la force de frappe américaine et de sa puissance de dissuasion. Si l'idéologie rétrograde de l’œuvre fait sourire aujourd'hui, ses qualités cinématographiques laissent le spectateur un peu sur sa faim.

William Cameron Menzies n'est pas un nom inconnu des cinéphiles et quelqu'un comme Pierre Berthomieu a tenté une véritable réhabilitation de celui qui fut décorateur sur de grands classiques du cinéma hollywoodien (Autant en emporte le vent, Duel au soleil...). Pour le critique, c'est grâce aux directions artistiques de Menzies qu'un certain courant « expressionniste » américain a pu connaître une sorte d'apogée.

Cependant, il paraît difficile de le réhabiliter en tant que cinéaste de séries B. Pourtant, le film débute plutôt bien et les vingt premières minutes sont assez prenantes. On apprécie même une très belle séquence dans un commissariat où les décors stylisés couplés à des angles de prises de vue privilégiant la profondeur de champ parviennent à créer une ambiance assez réussie. Malheureusement, le film devient ensuite vite bavard et ternit sous les coups de boutoirs de son idéologie rance.

Seule la fin nous tire d'une agréable somnolence lorsque apparaissent enfin à l'écran les créatures de l'espace. Les effets spéciaux antédiluviens donnant alors à l’œuvre une patine mi-naïve, mi-kitsch pas méprisable.

 

Dans Rocketship XM, nos héros quittent cette fois notre belle planète pour aller... sur la lune! Mais un incident se produit en route et les voilà détournés vers Mars. Aux commandes de cette petite fantaisie SF, Kurt Neumann que les cinéphiles connaissent pour avoir réalisé La mouche noire, première version du chef-d’œuvre de Cronenberg.

Idéologiquement, notre homme est beaucoup plus sympathique et joue moins sur la peur du Rouge que sur une crainte plus légitime des avancées scientifiques incontrôlées. Pour le dire autrement, le cinéaste met en garde le spectateur contre la menace nucléaire. Sur Mars, notre équipage rencontrera effectivement une civilisation revenue à la barbarie suite à un cataclysme atomique. En cette période de Guerre Froide, la course aux armements est clairement montrée comme une cause possible de la fin du monde.

Si le propos n'est pas idiot, le film souffre là encore d'incessants bavardages qui le firent qualifier par Jean-Pierre Bouyxou (La science-fiction au cinéma) de « totale nullité ». Même si on s'ennuie un peu, ce jugement paraît un poil sévère d'autant plus qu'une fin très pessimiste surprend dans le cadre assez stéréotypé de ce genre.

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Le bavardage est sans doute l'un des pires défauts d'une SF qui veut se donner de pseudos-assises scientifiques. Du coup, alors qu'on se ballade volontiers sur Mars avec un blouson en cuir et un minuscule masque à gaz, les scénaristes se croient obliger de nous infliger de longues digressions sur de pseudos théories scientifiques ou nous abreuver de démonstrations plus ou moins fumeuses.


Flight to Mars n'échappe pas à la règle et de ce voyage vers la planète rouge (les martiens ne sont pas désagréables mais sournois : méfiance, donc!), on ne retient que les tenues affriolantes des jolies autochtones (Les minis minijupes du film annonçant celles de la divine Anne Francis dans Forbidden planet). Que dire de plus sinon que le film est signé Lesley Selander, spécialiste du western de série B dont l'excellent Jean-Pierre Putters écrit dans Ze Craignos Monster (tome 1) : « Cinéaste d'une grande humilité, Lesley Selander signe une humble carrière et laissera un humble souvenir. Juste logique des choses ». Je ne vois, effectivement, rien à ajouter.

 

Si les terriens osent aller vers l'Autre dans Rocketship XM et Flight to Mars, ceux de Red Planet Mars de Harry Horner (illustre inconnu) restent chez eux. Mais alors que les trois films précédents traitaient des peurs américaines sur un mode métaphorique, il n'est ici presque plus question de science-fiction mais de traité de géopolitique. En effet, des martiens nous ne verrons que de vagues signaux sur un écran. Un scientifique parvient à les intercepter alors que les russes cherchent également à le faire. Dans un premier temps, ces messages provoquent une catastrophe car ils inoculent une idéologie qui ne semble pas très éloignée du communisme (l'annonce d'une possibilité de vivre 3000 ans fait faire faillite aux assureurs tandis que la possibilité de manger pour trois fois rien créée une véritable crise économique). Tout rentrera dans l'ordre lorsque les messages nettoieront les consciences en transmettant des mots... tirés de la Bible !

C'est donc avec une certaine stupéfaction amusée qu'on regarde ce film de propagande farouchement anti-cocos (c'est un ancien criminel nazi qui travaille à leurs côtés) et qui célèbre avec ferveur le message de Dieu.

Horner nous gratifie de scènes quasi-surréalistes où la foule ébahie se convertit soudainement à la foi et fait régner la paix sur terre (en se débarrassant, à l'occasion, du virus communiste). Ça en devient presque drôle et l'on recommanderait volontiers le film si, par ailleurs, il n'était pas aussi ennuyeux (encore beaucoup de bavardages pseudos-scientifiques) et plat (les décors flashy de Flight to Mars étaient beaucoup plus récréatifs que ce noir et blanc terne).

 

En revanche, on recommande malgré les défauts des films ce coffret, ne serait-ce que parce qu'il recèle de véritables curiosités et parce qu'il permet de réaliser à quel point la Guerre Froide et la peur du communisme ont irrigué en profondeur tout un pan du cinéma de SF yankee...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 14:22

Go Go Tales (2007) d’Abel Ferrara avec Willem Dafoe, Matthew Modine, Bob Hoskins, Asia Argento, Lou Doillon

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Nous avions un peu perdu de vue Abel Ferrara ces dernières années. D’un point de vue purement « technique », en premier lieu, puisque Go Go Tales date déjà de 2007 et qu’aucun des quatre films qu’il a tournés ensuite n’a bénéficié d’une distribution en salles (on attend néanmoins avec impatience son 4 : 44 - Last day on Earth). Mais également d’un point de vue « artistique » puisqu’après les chefs-d’œuvre des années 90 (Bad Lieutenant, The funerals) ; le virage des années 2000 fut assez mal négocié par le cinéaste.

Si je n’ai toujours pas vu Christmas (accordons-lui le bénéfice du doute), le sulpicien Mary m’avait accablé.

A force d’avoir été systématiquement encensé par la critique, Ferrara finissait par prendre la pose de l’Auteur tourmenté et par se parodier lui-même.

Bonne nouvelle : avec Go Go Tales, Ferrara revient à ses premières amours : huis-clos (tout se passe entre les quatre murs d’une boite de strip-tease), petit budget et mise en berne de ses ambitions « auteurisantes ». Du coup, ce qu’il perd en ambition (en prétention aussi), il le gagne en énergie et renoue même avec une saine « vulgarité ». Mais à l’inverse d’un cinéaste « vulgaire » comme Verhoeven filmant vulgairement la vulgarité (Showgirls), Ferrara filme avec brio et tendresse la vulgarité de ces spectacles miteux et ringards.    

 

Pour résumer la trame du récit, il nous suffirait d’un ticket de métro (pardon, de loto…) : Ray Ruby (excellent Willem Dafoe), comédien et joueur invétéré, est également le patron d’un club, le Paradise, dont les finances sont au plus mal. Arrivera-t-il à mener sa barque à bon port ?

 

Difficile de ne pas voir dans ce film une métaphore transparente de la situation de Ferrara et de son cinéma au cœur de l’industrie cinématographique. Autour de ce « metteur en scène » aux allures de démiurge et qui voudrait également -pourquoi pas ? - changer de registre (comédiens qui récitent du Shakespeare, danse classique…), tout se délite : les financiers coupent les vannes (Matthew Modine en associé peroxydé à petit chien est assez savoureux), les filles (des comédiennes ?) menacent de se mettre en grève parce qu’elles ne sont plus payées, la propriétaire (une productrice ?) hurle qu’elle va trouver d’autres locataires et le public se fait rare…

 

Quelle place reste-t-il alors dans cet univers pour la création ? Ferrara livre un constat assez pessimiste de la situation du cinéma indépendant américain aujourd’hui mais il ne se laisse pas aller au dolorisme d’un film comme Snake eyes.

Ce qui séduit dans Go Go Tales, c’est cette énergie et cette manière qu’a le personnage principal de lutter contre les aléas économiques pour que le « spectacle continue ». Dès le premier plan, la caméra de Ferrara décrit d’élégantes volutes autour d’un Ray allongé. D’une certaine manière, tout le reste peut alors être vu comme une sorte de rêverie au cœur de ce monde de la nuit où les danseuses les plus excentriques (la magnétique Asia Argento avec son chien) cohabitent avec de vieux mafieux (Bob Hoskins) ou des cuisiniers spécialisés dans le bio. Rien ne peut s’opposer (voir une « happy end » assez peu crédible mais qui renforce le côté « conte » du film) à l’énergie et à la volonté du cinéaste même s’il la réinvente sans doute à l’aune de ses rêves.

 

La mise en scène de Ferrara traduit à merveille cette énergie qui anime Ray : sa caméra est sans cesse en mouvement et se faufile dans le club sans chercher forcément à mettre en valeur tel ou tel personnage. Ce sont moins les destinées individuelles qui intéresse le cinéaste que le mouvement collectif, cette croyance indéfectible en un projet commun.

 

Le film souffre peut-être d’être un poil trop « optimiste » dans la mesure où le cinéaste évacue toute la violence que sous-tend pourtant cet univers (d’une certaine manière, il s’agit d’une version légère du Casino de Scorsese). De plus, la trame narrative est si minime que le film peine parfois à prendre de l’ampleur et à s’élever au-dessus de l’anecdotique (la vie ne tient qu’à un string, écririons-nous si nous étions- Dieu nous en préserve !- critique à Libération !)

 

Mais encore une fois, ces quelques réserves n’enlèvent rien aux qualités d’un film qui renoue d’une certaine manière avec les « séries B » des débuts du cinéaste.

De l’énergie à revendre, une manière légère d’évoquer une certaine « grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma »… Ferrara a encore des choses à nous dire et c’est plutôt une bonne nouvelle…    

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 14:42

Le cheval de Turin (2011) de Béla Tarr avec János Derzsi, Erika Bók

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Même s’il faut se méfier a priori des déclarations intempestives des cinéastes, Le cheval de Turin serait le dernier film de Béla Tarr. Difficile pour moi de juger cet opus à l’aune de son œuvre passée puisque c’est le premier titre du cinéaste qu’il m’est donné de voir.

Sur le papier, ce film crépusculaire et désespéré, relève presque de la caricature. En effet, quel cinéphile n’a jamais été raillé en raison de son penchant supposé pour d’obscures œuvres hongroises presque muettes de 2h30 en noir et blanc ?

Or cette fois, c’est bien de cela qu’il s’agit et il faut même ajouter qu’il n’y a pratiquement que deux personnages à l’écran, qu’ils se nourrissent, à l’instar des porcs et des gauchistes, exclusivement de patates (une par repas !) et qu’il est question de la fin du monde (comme dans Melancholia et Take shelter).    

 

C’est sous les auspices bienveillants de Nietzsche que débute un récit minimaliste peu enclin aux tétanisations crispées des zygomatiques. Une voix-off nous conte la manière dont le philosophe aurait sombré dans la folie après avoir vu un cocher violemment battre son cheval qui refusait d’avancer. C’est alors qu’apparaît le cocher et son cheval qu’on suppose être ceux de l’anecdote (mais rien n’est moins sûr). Le temps d’un interminable (mais magnifique) travelling latéral, il rentre chez lui, dans une ferme isolée où il vit seul avec sa fille. Pendant 2h30, Béla Tarr va nous faire partager le quotidien aride de ces deux êtres quasiment mutiques. Seul un vent perpétuel et quelques évènements dramatiques (un puits qui s’assèche mystérieusement) vont faire planer une menace apocalyptique qui plongera la fin du film dans une obscurité définitive.

S’il n’est jamais question directement de Nietzsche dans Le cheval de Turin, son ombre ne cesse de planer sur l’œuvre, notamment lorsqu’un vagabond débarque au mitan du film et se lance dans une grande tirade sur la mort de Dieu et la disparition de la notion même de Bien et de Mal.

Puisque les Cieux sont vides, Béla Tarr n’a plus alors qu’à filmer la catastrophe advenir et à se murer dans un nihilisme assez désespérant. Si le moment où des nomades approchent de la ferme et viennent se servir d’eau au puits reste l’une des plus belles séquences, c’est sans doute parce que le cinéaste parvient à allier son indécrottable pessimisme (les hordes de barbares qui s’introduisent dans les foyers pour piller) à une sorte de minuscule étincelle d’espoir. En effet,  l’un des nomades « remercie » la fille pour l’eau en lui caressant fugitivement la joue. Le geste est discret, filmé de loin mais il est d’autant plus poignant…

Comme chez Bresson (Au hasard Balthasar), l’animal devient le miroir et le réceptacle de toute la barbarie humaine. Barbarie qui peut néanmoins être rachetée par de petits gestes de compassion et d’amour …

 

Si le propos du film peut toucher, il y a cependant quelque chose qui ne convainc pas totalement dans Le cheval de Turin. La tentation est grande de le ranger lapidairement sous l’étiquette « beau mais chiant » souvent accolée au cinéma d’auteur des pays de l’Est. Si l’on essaye de voir au-delà de ce cliché, on constatera que le film est effectivement d’une indéniable beauté. Nul doute que Bela Tarr est un grand cinéaste et il témoigne ici d’une virtuosité assez sidérante pour composer ses plans-séquences comme de véritables eaux-fortes. Tout est magnifique : le cadre, la photographie charbonneuse, ces longs travellings hypnotiques qui font ressentir de manière assez intense la matière, le vent, le froid, les éléments…

 

A côté de ça, il faut aussi reconnaître que le cinéaste hongrois se laisse prendre au piège d’une certaine monumentalité. A force de tout miser sur la sacro-sainte mise en scène, le film dérive vers une espèce de formalisme assez caractéristique d’un certain cinéma d’auteur européen (dont feu Angelopoulos fut l’un des représentants les plus lourdauds à la fin de sa carrière mais que l’on retrouve également chez des gens comme Haneke dans son imbuvable Ruban blanc, chez McQueen (Hunger) ou Mungiu (4 mois, 3 semaines et 2 jours).

On entre dans ce cinéma comme on pénètre dans une cathédrale : tout est splendide mais un peu trop monumental et « écrasant ». Même si Béla Tarr parvient à éviter l’asphyxie (sans doute à cause de la trame minimaliste de son récit), on se demande parfois si certains plans qui durent, certains travellings qui s’éternisent n’ont pas qu’une seule fonction picturale. Si cette recherche absolue de beauté n’est pas condamnable en soi (il ne manquerait plus que ça !), on se dit aussi que chez des cinéastes comme Bergman ou Tarkovski, chaque plan à un intérêt, une fonction précise et une intensité particulière.

Chez Béla Tarr, certains plans nous paraissent un peu creux, un peu vides. Et comme certains sont très, très lents, on aura compris que la fascination que produit le film est intermittente.

Un plat de pommes de terre, même filmé comme une nature morte très picturale, ça reste un plat de pommes de terre !

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 22:54

Sport de filles (2011) de Patricia Mazuy avec Marina Hands, Bruno Ganz, Josiane Balasko
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Hasard calendaire : le nouveau film de Patricia Mazuy sort la même semaine que le dernier Akerman et peu de temps après le nouvel opus de Cédric Kahn (Une vie meilleure). Or il se trouve que ces cinéastes ont tous participé, il y a une quinzaine d'années, à l'excellente série de téléfilms produits par Arte Tous les garçons et les filles de leur âge.
En découvrant Sport de filles, je me demandais si c'était moi qui avais beaucoup changé depuis cette époque où je découvrais avec enthousiasme ces films ou si c'est une certaine idée de ce cinéma d'auteur à la française qui s'est encroûtée (d'ailleurs, est-ce que Téchiné et Assayas ont fait mieux que Les roseaux sauvages et L'eau froide?). Kahn n'a plus tourné un film intéressant depuis L'ennui et, éventuellement, Roberto Succo tandis que Chantal Akerman ne m'a jamais autant touché qu'avec son Portrait d'une jeune fille à la fin des années 60 à Bruxelles.
Le cas de Patricia Mazuy est encore plus rageant car je considère son Travolta et moi comme un véritable petit chef-d’œuvre et l'un des plus beaux films de la collection. Or après, nous avons eu droit à un Saint Cyr pas inintéressant mais plutôt engoncé et à un abominable navet télévisuel (La finale). Il semblerait que depuis Basse-Normandie (que je n'ai pas vu), la réalisatrice ne s'intéresse plus désormais qu'aux chevaux.

Voilà donc Gracieuse (Marina Hands), jeune femme revêche qui se retrouve engagée dans un haras où officie l'un des meilleurs dresseurs de chevaux au monde : Franz Mann. Sport de filles sera à la fois le portrait d'une héroïne issue d'un milieu modeste en butte à un univers qui n'est pas le sien (celui des compétitions internationales, de la spéculation et du fric qui coule à flot) et une plongée dans le monde de l'équitation et du dressage.
Le plus intéressant, mise à part une excellente direction d'acteurs (Ganz et Hands sont parfaits et c'est surtout Josiane Balasko, dans un rôle à contre-emploi, qui tire son épingle du jeu), reste la manière dont Patricia Mazuy met en lumière les « rapports de classe ». Comme la plupart de ses héroïnes (voir Peaux de vaches), Gracieuse est une fille d'origine modeste qui se fait voler le fruit de son travail (la plus-value est toujours du côté des « maîtres »). Le film décrit donc une longue lutte pour la reconnaissance jusqu'au moment de la « dépossession ».
Cela nous vaut une belle séquence, à la fin du film, où Marina Hands présente à son entraîneur (et à ses proches) le numéro qu'elle a répété clandestinement. La chorégraphie équestre acquiert une certaine force dans la mesure où elle est filmée en une série de champ/contrechamp entre la performance et le regard de ceux qui vont la spolier.

A côté de cela, le film est très décevant. D'une part parce qu'il assène un « programme » assez convenu jouant sur des oppositions basiques. Si l'héroïne s'appelle « Gracieuse », c'est bien entendu parce qu'elle a un caractère de cochon. Et comme elle ne s'intéresse qu'aux chevaux, il faut bien montrer à côté de cela qu'elle « n'aime pas les gens » (comme lui reproche son prétendant) et que sa vie sentimentale est lamentable.
D'autre part, le film souffre d'une mise en scène sans souffle, parfois boiteuse et incapable de donner de l'intensité à une histoire dont le spectateur, qui se fiche des chevaux à peu près autant que  de la campagne présidentielle ou qu'un décret agricole européen, peine à voir l'intérêt.
Une preuve parmi d'autres ? La manière dont Patricia Mazuy utilise la musique de John Cale. Plutôt que d'en faire un acteur à part entière, elle utilise ce son rock'n'roll (excellent d'ailleurs) pour illustrer des scènes d'équitation et gonfler artificiellement leur rythme. Par ailleurs, je ne les trouve pas vraiment bien filmées. Je sais bien que nous ne sommes plus au temps des règles de grammaire cinématographique immuables mais ce recours intempestif aux faux-raccords et aux « sautes » entre les plans (parce que le changement d'angle n'est pas assez prononcé ou parce que la cinéaste reste dans le même axe sans suffisamment varier l'échelle des plans) donne un côté boiteux au film et un poil poseur.

Là encore, on pourra s'interroger sur l'incroyable accueil dont a bénéficié ce film alors qu'il représente un nouvel avatar de ce cinéma d'auteur français étriqué et sans réel grâce...

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 09:56

Un étrange voyage (1981) d'Alain Cavalier avec Jean Rochefort, Camille de Casabianca
Pater (2011) de et avec Alain Cavalier et Vincent Lindon (2 DVD. Editions Pathé)


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La carrière d'Alain Cavalier est l'une des plus singulières qui soit. Il débute au moment de la Nouvelle Vague mais s'en distingue en s'intéressant à des sujets politiques (la guerre d'Algérie dans Le combat dans l'île et L'insoumis) et en faisant tourner les plus grandes stars du moment (Jean-Louis Trintignant, Romy Schneider, Alain Delon ou encore Catherine Deneuve dans La chamade, sans doute son film le plus raté).
Puis peu à peu, son cinéma va se débarrasser de toute fioriture et évoluer vers un dépouillement de plus en plus marqué. C'est pourtant à cette occasion qu'il connaît son plus gros succès avec Thérèse et qu'il quitte ensuite les circuits traditionnels pour tourner tout seul, avec de petites caméras vidéo des chefs-d’œuvre comme Le filmeur ou Irène.
Un étrange voyage est un peu un film charnière dans la carrière de Cavalier. Tourné encore dans le cadre d'une économie « classique » du cinéma (35 mm, un acteur très célèbre- Jean Rochefort- en vedette...), c'est aussi un film qui s'inscrit dans la veine des films plus épurés du cinéaste (Ce répondeur ne prend pas de message, Martin et Léa). Le découvrir et revoir le très beau Pater (voir ma critique ici) au même moment est une expérience passionnante car les deux films résonnent d'une manière très particulière. Anecdotiquement, c'est la première fois depuis Un étrange voyage que Cavalier a fait appel à un acteur chevronné pour Pater (Vincent Lindon, qui n'a peut-être jamais été aussi bon). Mais ce sont surtout deux films qui tournent autour de la question de la paternité et de la difficulté à n'être plus simplement « un fils ».

Un étrange voyage est tiré d'un fait divers que Cavalier raconte dans le court-métrage Le pâtissier japonais (en bonus du DVD) : l'histoire d'une vieille femme qui disparaît lors d'un voyage en train et des recherches menées par son fils pour la retrouver. Voilà donc Pierre (Jean Rochefort) qui décide de marcher le long de la voie ferrée entre Troyes et Paris pour retrouver sa vieille mère disparue. Il effectuera cet « étrange voyage » avec sa fille Amélie (Camille de Casabianca, la véritable fille d'Alain Cavalier), ce qui lui permettra de renouer avec elle.

Je parlais donc d’œuvre « charnière » à propos de cet Étrange voyage. En effet, on retrouve ici des motifs que développait le cinéaste dans ses œuvres précédentes. Le côté « road movie » décalé rappelle le très beau (et méconnu) Le plein de super tandis que le caractère intimiste du film renvoie à Martin et Léa. Avant que ne débute réellement les recherches des deux personnages, Cavalier prend soin de les filmer dans leur environnement quotidien. Il se trouve qu'Amélie est un personnage solitaire qui souffre visiblement de boulimie et on la voit, dans son petit appartement, s'empiffrer de gâteaux et autres aliments plus ou moins identifiés. La solitude et le mal-être de cette jeune femme rappelle un peu cet étonnant essai qu'était Ce répondeur ne prend pas de message, chronique d'un désespoir absolu.
Avant d'aborder le virage que l'on sait, le cinéaste commence déjà à s'approcher des visages, à privilégier les silences, les regards, les non-dits et à s'affranchir des artifices d'un scénario bien charpenté.
Mais là où le film séduit le plus, c'est dans sa manière de traiter (de manière assez originale) le rapport père/fille. Avec une mère assez envahissante (on ne la verra jamais) et ses habitudes de vieux célibataire insouciant et désinvolte, Pierre reste à jamais un « fils ». C'est sans doute pour cela qu'il s'est éloigné progressivement de sa fille qui n'arrive pas à le voir comme un père. Ce voyage va être pour eux un moyen de se rapprocher, de se comprendre. Avec cette mère disparue, c'est aussi l'occasion pour Pierre d'apprendre à devenir père, à n'être plus « entre les deux » comme il l'explique le temps d'une jolie scène (si sa mère meurt, il comprend alors qu'il est le prochain et qu'il n'y a plus personne "devant" lui).
Significativement, Cavalier confie qu'il a longuement hésité à interpréter ce rôle de père déboussolé (il a co-écrit le scénario avec sa fille) mais qu'il n'a finalement pas pu. Il lui faudra 30 ans pour enfin oser franchir le pas dans Pater. Et là encore, il s'agit d'une histoire de transmission et de filiation, celle de ce président qui considère son premier ministre (Lindon) comme son véritable fils.
Le plus beau du film, à mon sens, reste cet instant où Cavalier se contemple dans un miroir après une opération de chirurgie esthétique. Il s'est fait ôter un petit morceau de chair pendant sous son menton parce que son père avait le même et qu'il détestait cette caractéristique physique. Mais en monologuant devant sa glace, il réalise petit à petit qu'il est devenu le « clone » de ce père à qui il ne voulait surtout pas ressembler. Il dit alors quelque chose du style « Je suis devenu lui et je l'aime ».


D'Un étrange voyage à Pater, il y a le parcours d'un homme incapable de sortir de son rôle de fils et qui finit malgré tout par assumer celui de père...

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Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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