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Mardi 5 février 2013 2 05 /02 /Fév /2013 22:19

Vengeance (2009) de Johnnie To avec Johnny Hallyday, Sylvie Testud

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Mes amis, j'ai commis une grave erreur hier soir...

 

Ayant découvert il y a peu le très beau Sparrow ; le cinéaste Johnnie To, que j'apprécie sans parvenir à le porter au pinacle comme certains de ses thuriféraires, est remonté dans mon estime et mes souvenirs mitigés, embrumés par tant de gunfights et de tueurs en costards, adeptes du portable et des lunettes de soleil, ont cédé la place à un certain regain d'intérêt pour ce cinéma.

C'est donc en toute confiance que je me suis lancé dans le visionnage de Vengeance. Première erreur et le cinéaste le montre bien dans son film : il ne faut faire confiance à personne puisqu'il suffit d'une sonnerie derrière une porte pour que la fille de Johnny Hallyday (incarnée par Sylvie Testud) et ses deux petits-fils se fassent mitrailler sans pitié. La femme s'en sortira tant bien que mal mais notre « idole des jeunes » nationale aura désormais à cœur de se venger après cet atroce massacre.

 

Deuxième erreur (cette fois de la part du cinéaste) : faire confiance aux « mythes » français. Les mythes américains ont la bonne idée de mourir très jeunes pour ne pas mal vieillir (James Dean, Marilyn Monroe...) ou ont le talent de rester sublimes jusqu'à leurs derniers jours (Audrey Hepburn). Côté français, voyez ce qu'une femme superbe comme Brigitte Bardot est devenue : une odieuse rombière dont on ne voudrait pas sur un marché pour vendre du poisson. Quant à Johnny, indépendamment du fait que je ne l'ai jamais supporté en tant que chanteur, il fait peine à voir. Avec son visage tiré et ses cheveux trop teintés, il donne l'impression d'être une momie. Si certains étaient parvenus à tirer quelque chose d'intéressant de son « non-jeu » (Godard), il est ici absolument pathétique, aussi expressif qu'une bûche et totalement largué dans un jeu vidéo que même To ne prend guère au sérieux.

 

Hitchcock déclarait à Truffaut que « dans un film de genre, c'est la caméra qui fait tout le travail ». Essayons donc d'oublier un tant soit peu le scénario de Vengeance à côté duquel l’œuvre d'Alexandre Jardin passerait pour du Marcel Proust (en gros, des gangs qui passent leur temps à se tirer dessus) et concentrons-nous sur le travail formel de To.

 

Soyons honnête, il y a une belle séquence dans Vengeance, celle où Johnny recrute ses trois tueurs après leurs méfaits dans un hôtel à Macao. A ce moment, le cinéaste utilise à merveille le décor de ces longs couloirs vides et ses mouvements de caméra accompagnent brillamment, le long d'interminables escaliers, le ballet des personnages. On trouve alors tout ce qu'on aime chez To : cette manière d'orchestrer des fusillades ou des mouvements de personnages belliqueux comme de véritables chorégraphies. Sauf que ce formalisme exacerbé tourne ici à vide. Et pour revenir à Hitchcock, lorsqu'il évoque la primauté de la mise en scène sur le scénario, c'est toujours pour la mettre au service des personnages et de l'émotion. Ici, le cinéaste se contente d'une esbroufe aussi gratuite que lassante dans la mesure où l'action devient très vite extrêmement répétitive.

 

Lorsque Johnny annonce qu'il perd la mémoire parce qu'une balle est logée dans son crâne, on ne peut s'empêcher de ricaner tant ce coup de force scénaristique est artificiel et très mal incarné par le comédien. Ne reste alors plus que clins d’œil visuels (l'espèce de cerf-volant, les stickers...) qui font office de « griffe To » mais qui ne disent absolument rien, ne provoquent rien...Tout se passe comme si le cinéaste égrenait quelques petits cailloux comme autant de signes de reconnaissance pour la critique (oh l'allusion au Samouraï de Melville ! Ah le beau ralenti ! …) alors qu'il n'a plus rien à filmer sinon quelques fusillades ennuyeuses comme un jour pluvieux en Bourgogne !

 

On sort de Vengeance lessivé par tant de vacuité et d'idioties (surtout lorsqu'on songe à un immense film de vengeance comme Kill Bill!). Preuve que Johnnie To est certes capable du meilleur (encore une fois, il faut absolument découvrir le délicieux Sparrow) comme du pire. Oublions donc cet opus qui appartient, bien évidemment, à la deuxième catégorie...

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Dimanche 3 février 2013 7 03 /02 /Fév /2013 18:27

Cinématon 2191-2220 (2008) de Gérard Courant

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Maria Portelli Cinématon n°2207

 

Cela faisait très longtemps que nous n'avions pas exploré les chemins escarpés de Cinématon. Mon bâton de pèlerin à la main, j'ai repris la route et rencontré de nouveaux visages. Une fois de plus, j'ai pu constater que le film de Gérard Courant était un jeu permanent entre le caché (ce que le modèle veut dissimuler au dispositif diabolique du cinéaste) et le montré (ce désir irrésistible qu'il y a de se livrer à la caméra).

 

L'ingénieur Céline Berger (n°2191) passe la majeure partie de son temps à dissimuler son visage dans ses mains mais elle finit par « craquer » et le montrer à la caméra. Dans le même genre, le critique Noël Herpe (n°2193) met en abyme le dispositif du film muet (il se fait filmer avec un bâillon) mais finit, lui aussi, par se « libérer » et se montrer tel qu'il est.

 

La jolie comédienne Maria Portelli (n°2207) questionne la « réalité » d'un visage en cachant sa figure derrière une photo d'elle enfant. Peu à peu, elle abaisse ce cadre et se dévoile telle qu'elle était en 2008, en affichant d'ailleurs la même expression enfantine.

Ce 11 avril, Gérard Courant va filmer toute la famille : le bébé de Maria Portelli (Gabrielle Guenoun-Portelli n°2208) et le compagnon (mari?) de l'actrice, Pierre Guenoun (n°2209). Ce dernier commence de manière très classique en affichant un visage impassible sur un fond totalement solarisé (la lumière de ce portrait est étonnante). Puis il se saisit d'une sorte de petit miroir et « ouvre » l'espace du film en montrant le reflet de Gérard Courant en train de le filmer ou encore... Maria Portelli s'occupant de Gabrielle. Le résultat est assez brillant.

 

Si Maria Portelli doit montrer une photo pour mesurer le passage du temps, ce n'est pas nécessaire pour l'inoubliable héroïne rohmérienne Béatrice Romand (n°2215) puisque c'est la troisième fois qu'elle apparaît dans le film. 23 ans après son premier portrait, ses cheveux ont blanchi et les rides ont fait leur apparition mais le regard pétillant reste le même. La fuite du temps est saisie de manière impitoyable par Cinématon mais, paradoxalement, elle n'a rien de tragique et elle est vue de façon douce et apaisée.

 

La plupart des autres portraits ont été tournés chez Alain Paucard, devant les mêmes rideaux. Du coup, la série a un aspect un peu répétitif et l'on s'ennuie un peu, surtout quand défilent des « consultants » en je-ne-sais-quoi (à quoi servent, au juste, ces professions?) et leurs petites chemisettes. On notera seulement le passage de l'écrivain Gordon Zola (n°2195) qui montre son livre La dérive des incontinents, celui de la chanteuse France Pommery (n°2203) qui présente un de ses 45 tours (nous sommes projetés en pleine préhistoire!) où elle interprète... Edgar Faure ! (voilà qui fait rêver!).

Toujours chez Paucard, on tombe sur le cinéaste Léonard Keigel (n°2204) qui n'est pas vraiment connu mais qui fit quand même tourner Caroline Cellier, Maurice Ronet et Romy Schneider.

 

Pour conclure, nous retrouvons dans l'étape du jour la monteuse Elisabeth Moulinier (n°2206) qui tourna dans la série Couple avec Paucard et qui épelle ostensiblement chaque lettre de l'alphabet. Elle réussit donc à contourner l'obstacle du muet pour se faire comprendre...


A suivre...

Par Dr Orlof - Publié dans : Cinémarathon
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Vendredi 1 février 2013 5 01 /02 /Fév /2013 19:44

Zero dark thirty (2012) de Kathryn Bigelow avec Jessica Chastain

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La meilleure séquence de Zero dark thirty est celle qui ouvre le film. Kathryn Bigelow remonte le temps et nous invite à assister aux attentats du World Trade Center en omettant volontairement de nous montrer une seule image de ce moment médiatique par excellence. Il n'y aura qu'un écran noir et un chevauchement de voix disparates. Le film semble donc opter pour la voie de la soustraction (pas de spectaculaire, pas de chantage à l'émotion...) et m'a fait songer à un passage très fort de Zodiac où Fincher procède de la même manière : un long moment où l'écran devient noir et où seules des voix-off nous suggèrent le passage du temps et nous rappellent quelques moments « historiques ».

Zero dark thirty aurait d'ailleurs pu être un film assez proche de Zodiac en ce sens qu'il s'agit d'un personnage hanté par la capture de l'ennemi public n°1 (Ben Laden dans le cas présent) et qui en devient quasiment cinglé. Sauf qu'à l'inverse du trio de Fincher, le personnage incarné par Jessica Chastain reste résolument droit dans ses bottes, sûr de son bon droit et d'agir au nom du Bien, de la patrie et de Dieu (elle utilise ces deux derniers termes dans le film, je n'invente rien).

 

C'est là que se situe à mon sens l'échec du film : le côté factuel que revendique la cinéaste est toujours sous-tendu par l'idée qu'elle agit systématiquement du bon côté (l'Empire du Bien contre la constellation du terrorisme islamique). Il n'y a donc aucune ambiguïté ni contrechamp possible : Zero dark thirty est une machine de guerre idéologique à la gloire des États-Unis (même si, les moyens employés ne sont ni spectaculaires, ni héroïques).

 

Avant d'analyser plus précisément le caractère idéologique du film, tenons-nous en au strict point de vue esthétique. Si l'on ne peut nier une certaine efficacité à Zero dark thirty et un certain sens de l'action à Kathryn Bigelow (encore que 2h37, c'est beaucoup trop long. Aura-t-on un jour le bonheur de revoir un gros film américain qui ne dure pas plus d'1h30 ? Ça nous ferait très plaisir!), il ne faut pas non plus s'emballer : la mise en scène est conforme à la norme en vigueur actuellement (ce léger tangage provoqué par la caméra portée à l'épaule, ces longues focales qui écrasent la profondeur de champ...) Honnêtement, lorsque on subit les scènes de dialogues en champ/contrechamp avec toujours en amorce dans le cadre une épaule ou un objet flou qui obstrue légèrement le plan, on a l'impression d'être face à ces anonymes séries policières que diffusent les chaînes généralistes en « prime-time » (Cold case ou Les experts). Quant à l'assaut final, je ne le trouve pas spécialement bien filmé puisqu'il n'y a pas vraiment d'effort de spatialisation qui permettrait de rendre l'action lisible. C'est du cinéma d'action classique, efficace mais sans âme.

 

Ce qui manque terriblement à la mise en scène de Zero dark thirty, c'est un point de vue. On va me dire que c'est précisément le but recherché par Bigelow : ne pas porter de jugement mais se contenter de faits. Sauf que cette absence de jugement est un leurre puisque nous sommes toujours placés du côté des « vainqueurs ».

L'aspect qui a le plus gêné les critiques est la question de la torture. Bigelow affirme qu'elle ne la défend pas et nous sommes disposés à la croire. Sauf que lorsqu'on voit Obama sur un écran de télévision annoncer qu'il interdira ces méthodes et proscrira la torture, le silence de ceux qui l'écoutent est éloquent. Cette interdiction signifie qu'ils ne pourront plus mener leur mission comme bon leur semble. La cinéaste est maligne : en faisant mine de jouer la carte de l'objectivité, elle montre à la fois l'horreur de la torture (on ne peut pas dire qu'elle la filme de manière complaisante) mais également que, dans certaines situations, la fin justifie les moyens. Du coup, et parce qu'elle s'adresse avant tout à un public américain et acquis à sa cause, son « silence » vaut approbation.

Tout le film fonctionne de cette manière : éviter la propagande trop grossière pour véhiculer néanmoins une idéologie univoque et sans contrepartie possible.

 

Posons la question très simplement aux zélateurs du film : à quel moment Bigelow, ne serait-ce qu'un seul instant, met en doute les méthodes américaines et la politique internationale (si meurtrière!) des États-Unis depuis 10 ans ? On ne lui demande pas forcément de rappeler à son public que ce sont ces mêmes États-Unis qui ont installé les talibans en Afghanistan et qui ont armé Ben Laden. Ni même les scandaleuses connivences entre son pays et les sultans du pétrole d'Arabie Saoudite (dans la scène de boîte de nuit, il aurait été intéressant de noter à quel point les milliardaires qui financent tous les mouvements islamiques se foutent éperdument de la religion et qu'ils sont les meilleurs clients et amis des États-Unis). Mais on aurait aimé quelque chose de moins univoque, un contrechamp qui nous montrerait les arabes autrement que comme de dangereux terroristes.

 

L'évolution du personnage de Jessica Chastain est assez significative. Au départ, elle porte un regard assez effrayé sur les méthodes de son collègue. Comme le spectateur, elle assiste avec dégoût à ces séances de torture éprouvantes. Sauf que lorsqu'elle se retrouve face à sa victime, elle lui dit que pour se sauver, elle devra parler. Sans « justifier » la torture, elle n'offre pas une autre alternative à cette manière d'atteindre son but et la fait, in fine, passer pour quelque chose de légitime (un dialogue le soulignera d'ailleurs, lorsqu'elle sera interdite). Que ce personnage soit une femme n'est pas innocent : il s'agit de faire croire à un regard singulier, plus « humain » sur cette tragédie mais notre héroïne est une guerrière qui ne fera aucune concession.

 

Pour conclure, je me souviens d'un très beau texte de Jean-François Rauger (dans feue La revue du cinéma) où il analysait les méthodes utilisées par les médias pour filmer la guerre du Golfe et la justification métaphorique et idéologique de cette guerre qu'on retrouvait dans Terminator 2, film qu'il qualifiait de « fasciste ». Ne souhaitant pas atteindre si vite le point Godwin (ça me paraît très exagéré dans le cas du film de Bigelow), je me contenterai de dire que Zero Dark Thirty est une machine de guerre idéologique qui avance masquée derrière sa pseudo objectivité.

Mais au bout du compte, l'Amérique a toujours raison et tous les moyens sont bons pour imposer partout « l'empire du Bien »...

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mercredi 30 janvier 2013 3 30 /01 /Jan /2013 21:52

Regards sur le cinéma américain : 1932-1963 (2001) de Patrick Brion (Éditions de la Martinière. 2001)

  regards ciné us

 

Il est assez instructif de découvrir l'ouvrage de Patrick Brion après avoir lu il y a quelques temps celui de Pierre Berthomieu (voir ici). En effet, les deux livres traitent, en gros, du même sujet (l'âge classique du cinéma hollywoodien) mais leurs approches sont rigoureusement opposées.

De manière anecdotique, on soulignera d'abord que le beau-livre de Brion, contrairement à celui de Berthomieu, est un vrai régal pour les yeux : abondamment illustré de très belles photos (parfois en double page), il nous replonge avec délice dans la mythologie hollywoodienne et ses feux si particuliers.

Par ailleurs, alors que Berthomieu privilégie l'exégèse, l'examen minutieux et pointu du langage cinématographique utilisé par les cinéastes, Brion procède de manière chronologique et plutôt factuel en analysant les chefs-d'œuvre reconnus pour chaque grand genre1. Il commence par revenir sur les origines des films et par en présenter tous les aspects : le tournage (mouvementé ou pas), le casting, les difficultés sur le plateau et enfin, il analyse l'œuvre à proprement parler. Son approche critique est beaucoup plus « littéraire » que celle de Berthomieu (il met en lumière les enjeux du récit et les thèmes récurrents de l'auteur) mais elle n'en est pas moins fine. Disons qu'il s'agit d'une approche très classique mais qui oserait jeter la pierre à Patrick Brion (qu'on ne présente plus !) alors qu'il mériterait qu'on lui érige une statue pour cette manière qu'il a eut de transmettre sa passion du cinéma à des générations de cinéphiles !

 

Si l'approche de Berthomieu semble moins traditionnelle, celle de Brion a le mérite de ne pas faire « d'impasses » (Ray, Minnelli, Sirk ou Albert Lewin sont traités à leur juste valeur) et de proposer un panorama assez complet des genres (à travers les titres les plus emblématiques) qui firent la légende d'Hollywood de l'arrivée du parlant au début des années 60. Ce tableau est extrêmement précis puisque Brion ne fait pas mentir sa réputation de cinéphile « à fiches », notant avec une minutie confinant à la maniaquerie les moindres détails pour chaque film : casting complet -de la vedette aux plus petits rôles- chiffres (durée de tournage, recettes...) et anecdotes (acteurs envisagés avant ceux finalement choisis, recensement des films où l'on peut apercevoir des extraits des chefs-d'œuvre analysés, etc.)

C'est ainsi que le lecteur pourra apprendre que David Niven et James Cagney furent figurants dans Les révoltés du Bounty de Frank Lloyd tandis que la célèbre Mozelle Miller fut la doublure main d'Olivia de Havilland pour le plan de l'alliance dans Autant en emporte le vent ! Pour ce film, Brion va même jusqu'à déterminer le pourcentage des scènes réalisées par chaque cinéaste associé au projet : 55% pour Fleming, (93 jours de tournage), 15% pour Sam Wood (24 jours de tournage), 5% pour George Cukor (18 jours de tournage), 15% pour William Cameron Menzies et enfin 1% revenant à B.Reeves Eason !

 

Cette démarche extrêmement méticuleuse ne nuit jamais à l'intérêt que l'on peut porter à ce livre. D'une part, parce que la passion de Brion est communicative et qu'on ne rêve que de revoir La féline ou Johnny Guitar après l'avoir lu; d'autre part, parce qu'elle permet de poser un regard assez original sur ce cinéma « classique ». Si l'historien s'attache avec raison à la « patte » de l'auteur et à la manière dont les cinéastes ont pu imposer un regard personnel au sein des studios, il montre également le rôle primordial de toutes les équipes : le producteur (quid de la comédie musicale hollywoodienne sans le génial Arthur Freed?), le scénariste (surtout lorsque parmi eux on retrouve des gens comme Chandler ou Faulkner), le décorateur, l'opérateur... En ce sens, il rejoint la thèse de Berthomieu sur une sorte d'équilibre parfait du classicisme hollywoodien, navigant entre les exigences d'un studio, ses moyens et sa « politique » (films fantastique à la Universal, films « sociaux » à la Warner...), les talents multiples regroupés au sein d'une équipe et la personnalité d'un artiste cherchant à imposer sa « vision ».

 

Faut-il alors encore préciser que cette balade au cœur des plus grands films classiques qui nous invite à côtoyer les plus grands noms du cinéma américains (Ford, Hawks, Lubitsch, Hitchcock, Welles, Sirk, Walsh, Minnelli...) et à revivre les plus folles aventures (Cf. le tournage houleux de Cléopâtre de Mankiewicz) est tout simplement passionnante?

 

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1 L'ouvrage est en fait une sorte de compilation des livres que l'historien du cinéma a consacrés aux grands genres : le film noir, le fantastique, la comédie musicale, le western, etc.

Par Dr Orlof - Publié dans : Livres
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Dimanche 27 janvier 2013 7 27 /01 /Jan /2013 19:21

Django Unchained (2012) de Quentin Tarantino avec Christoph Waltz, Jamie Foxx, Leonardo DiCaprio, Samuel L. Jackson, Franco Nero

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Avant d'analyser Django Unchained, il convient d'éviter deux écueils. Primo, juger le nouveau film de Tarantino à l'aune de ses déclarations stupides sur Ford et Huston. Pour ma part, j'aime énormément les livres de Houellebecq alors que les âneries qu'il profère pour les journalistes (il leur offre, finalement, ce que ces charognes attendent : un peu de provocation gratuite pour faire vendre du papier) me hérissent le poil. Que Tarantino n'ait rien compris au cinéma de Ford et qu'il se permette de juger certaines ambiguïtés de son cinéma à l'aune des valeurs stupides de notre époque, voilà qui n'a strictement aucun intérêt et mérite seulement d'être passé sous silence.

Deuxième erreur à ne pas commettre : voir dans Django Unchained un vibrant plaidoyer antiesclavagiste. Je me doute que certains critiques bien-pensant ont vu dans ce sous-texte « de gôôôche » un moyen de se dédouaner de jouir d'une violence parfois très sanguinolente. Mais il est bien évident que prétendre être contre l'esclavage en 2013, c'est presque aussi courageux que de se déclarer antinazi ou contre la guerre aujourd'hui : difficile de faire un film avec si peu de matière et de se contenter d'un discours aussi inepte !

Par ailleurs, il est quand même assez piquant de voir certains critiques tenir de grands discours sur le « western » en général, en pointant son « manichéisme » et ses héros « monolithiques » pour louer le caractère « réaliste » et  « immoral » de son avatar italien (et, par extension, faire l'éloge de Tarantino qui s'inscrit dans cette tradition). Parce qu'à bien y regarder, Django Unchained est bien évidemment moins profond que la plupart des grands westerns « classiques », La prisonnière du désert par exemple, et c'est un film qui se contente tout bonnement d'inverser les stéréotypes (supposés) du genre (les noirs sont des victimes et des héros tandis que les blancs sont tous des ordures, exception faite d'un seul personnage dans chaque camp) et qui s'amuse énormément à être aussi outrancier que le plus caricatural possible.

Il me semble bien évident que Tarantino est suffisamment intelligent pour ne pas prendre au premier degré son couplet sur l'esclavage et sur cette histoire de revanche. Il me semble même qu'il ne faut pas non plus juger Django Unchained à l'aune de ses références cinéphiliques. Le film est certes un western, qui s'amuse à multiplier les clins d’œil au genre (ne serait-ce que par l'apparition amusante de Franco Nero, le premier « Django » du film de Corbucci). Mais là n'est pas l'essentiel1 , me semble-t-il, et ce qui passionne dans ce dernier opus, c'est qu'il s'agit avant tout d'un film de Tarantino et que s'il fallait vraiment l'inscrire dans un genre, ça serait davantage dans la catégorie des comédies que je le classerais.

 

Faut-il encore rappeler l'histoire de ce chasseur de prime (C.Waltz) qui libère un esclave noir (Django incarné par un Jamie Foxx qui ne m'a jamais emballé) pour en faire son bras droit et récolter des récompenses contre des têtes ? Par la suite, Django cherchera, avec l'aide de son complice, à libérer sa femme d'un riche propriétaire foncier du Mississippi (interprété avec délectation par DiCaprio)... La première séquence où Schültz délivre Django de deux affreux négriers nous met directement dans le bain : aux deux ploucs du Sud, Tarantino oppose le dandy progressiste joué avec une suavité jubilatoire par le génial Christoph Waltz et dilate le temps en retardant au maximum les explosions de violences à l'aide de dialogues savamment écrits.

Comme le soulignait avec beaucoup de perspicacité l'ami Timothée, le cinéaste semble substituer à la séquence traditionnelle du duel des joutes verbales qui s'éternisent mais qui constituent l'armature même de son projet. Il faut voir la scène qui précède une des grandes fusillades finales (les geysers de sang et les ralentis renvoyant bien évidemment au finale de La horde sauvage de Peckinpah) : il s'agit seulement d'un dialogue entre Waltz et DiCaprio autour d'une poignée de main à concéder ou non. Ces dialogues remplacent, d'une certaine manière, les durées dilatées d'un Sergio Leone ; Tarantino jouant moins sur le formalisme (ce n'est pas un cinéaste « maniériste », plutôt un « postmoderne » s'il fallait absolument trouver une appellation) que sur une mise en scène de la parole.

On se souvient qu'Inglorious basterds était avant tout un film sur le cinéma et la croyance. Django Unchained est peut-être d'abord un film sur le théâtre et sur le jeu. Plusieurs fois, Schültz encourage Django à jouer un rôle, à entrer dans la peau d'un personnage (de négrier ou de spécialiste de combats d'esclaves). Et lorsque notre héros retrouve pour la première fois sa bien-aimée, c'est après que Schültz a frappé les trois coups, comme au théâtre, qu'il apparaît. Le cinéaste multipliera d'ailleurs ces apparitions flamboyantes, y compris jusqu'à la parodie dans la dernière scène du film. Car ce qui l'intéresse avant tout, c'est cet univers du jeu et de la parole. Django Unchained est un grand plaisir de l'oreille : richesse du texte, plaisir de la langue (l'allemand qui s'invite de temps en temps, les intonations précieuses de Waltz, le langage malhabile de Foxx, les accents sudistes...) et puissance de ces joutes qui s'éternisent et parviennent à créer du suspense et une véritable « tension ».

 

Pour Tarantino, le genre devient un véhicule où peut s'inscrire une parole singulière : la sienne. Ce qui me déplaisait dans le brio des dialogues de ses premiers films (Reservoir dogs, Pulp Fiction), c'est qu'ils apparaissaient comme une sorte de « plus-value » à des exercices de style sans véritable chair. Tarantino était alors plus malin que le genre et que ses personnages. Depuis Jackie Brown et surtout Kill Bill (que je considère toujours comme son chef-d’œuvre), le cinéaste affiche un véritable désir de fiction et de personnages. Déclinant désormais sous toutes les formes possibles des récits de vengeance très stéréotypés, il parvient à réinvestir ces fictions d'une croyance qui leur confère une incroyable puissance.

 

Il ne s'agit bien évidemment pas dans Django Unchained de « démystifier » l'Ouest américain des pionniers et de tenir un discours sur l'horreur de l'esclavage (la scène la plus faible du film est d'ailleurs celle où Tarantino succombe un peu à cette tentation, lorsque Django est sur le point d'être émasculé et que Samuel Jackson – méconnaissable- lui tient un grand discours sur le pire châtiment imaginable qui ne sont ni les coups de fouets, ni la mutilation mais tout simplement d'être vendu comme esclave à vie) mais d'offrir aux noirs une sorte de « revanche » pour le plaisir de la fiction (je ris encore de ceux qui s'offusquent qu'Inglorious Basterds trahisse à ce point l'histoire officielle alors que le but est exactement le même : offrir aux victimes de l'Histoire une sorte de revanche fictionnelle).

Alors, bien sûr, le cinéaste va loin dans la caricature et le stéréotype (un stéréotype inversé restant toujours, on en conviendra, un stéréotype!) mais il le fait pour le pur plaisir de la fiction.

Et c'est drôle, captivant et toujours porté par une belle foi dans le cinéma.

 

1 On se reportera au bel article de Vincent, grand spécialiste du genre, pour avoir un aperçu complet des références du film.

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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