Vendredi 25 juillet 2014 5 25 /07 /Juil /2014 18:04

Théo ne lisait certainement pas ce blog au moment de sa création pour la bonne et simple raison qu’il n’avait que… six ans ! Comme je le disais à propos de Barbara, il fait partie de ces (très) jeunes cinéphiles qui m’impressionnent par leur maturité et leur connaissance déjà très pointue du cinéma (à un âge où je ne jurais que par le festival d’Avoriaz et les comédies de la troupe du Splendid !). En plus d’avoir une excellente culture cinématographique et une vision de cet art très affirmé, Théo est le plus courtois des cinéphiles, ne se laissant jamais aller à des jugements péremptoires (son art d’argumenter est déjà proverbial sur Twitter où il lui faut au moins douze tweets pour exprimer sa pensée) ou à des colères intempestives. Il a déjà écrit quelques articles pour le site Cinecdoche (dont un très beau sur La vie d’Adèle de Kéchiche) et il fait partie de la jeune et dynamique équipe d’Outsiders.

Théo Charrière, retenez bien ce nom : quelque chose me dit que vous en entendrez forcément parler un jour !

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***

Ce qu’il y a de très beau avec les critiques du docteur Orlof, c’est qu’elles assument pleinement leur fugacité : écrites dans l’instant, se justifiant d’abord par l’urgence, sachant qu’un jour elles seront noyées dans quelque chose de plus large qu’elles. L’on se perd avec plaisir dans cet amas d’émotions –parce que l’on sait bien que les grandes critiques sont celles qui parviennent à viser quelque chose de l’ordre de la révélation tout en ne reniant jamais la subjectivité d’un ressenti. Ainsi peut-on aisément pardonner les accès de mauvaise foi cinéphile (« j’admets volontiers qu’on puisse aimer ses films mais j’affirme que ce n’est pas un grand metteur en scène », à propos de Spielberg, bête noire de la plume électrique), disons celle qui nous anime tous, tout simplement parce que cet ensemble est poursuivi par l’idée la plus romantique qui soit de l’exercice critique. L’on voit, l’on écrit, et puis l’on jette aux loups. Il faut en outre tout suivre sur Twitter, Facebook, avec des porte-jarretelles et des colères, des admirations (souvent partagées, de Resnais à Cronenberg) et des éphémérides. Le blog est alors cela, et c’est déjà énorme : une boîte précieuse dont l’on ôterait chaque jour une feuille pour en ouvrir une autre. Et il s’agit d’en retrouver certaines, un matin, au recoin d’un débat –là seulement, plus qu’un réceptacle d’analyses, il s’agit bien du plus frais des journaux intimes, celui des fluctuations d’une passion.

Encore dix années, dix années de sables mouvants, dix années de goûts et de couleurs !

 

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Vendredi 25 juillet 2014 5 25 /07 /Juil /2014 10:51

Alps (2011) de Yorgos Lanthimos avec Aggeliki Papoulia, Ariane Labed. (Editions La vie est belle) Sortie le 1er juillet 2014

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Je n’avais vu aucun film du cinéaste grec Yorgos Lanthimos qui s’est taillé une petite réputation en France avec son précédent long-métrage Canine. J’ignore ce que vaut ce titre mais en découvrant Alps, j’ai tout de suite catalogué ce cinéaste dans la catégorie d’un certain cinéma d’auteur autiste pétri de fausse radicalité.

Je débuterai ma démonstration par un plan qui revient deux fois dans le film. L’actrice est filmée de dos, avance vers une porte et la caméra la suit par derrière. A chaque fois, le plan débute sur cette nuque mais ni l’actrice, ni la caméra ne sont en mouvement. On pense alors à ces « ateliers cinéma » scolaires où le réalisateur précise bien de compter jusqu’à trois avant de débuter l’action et où une petite erreur de montage donne l’impression que le plan débute trop tôt.

On me dira que c’est voulu par Lanthinos (sans doute !) puisque son film ne parle que d’image et de représentation. Mais j’y vois surtout un film incapable de faire exister quelque chose en dehors des plans qu’il montre et qui s’asphyxie immédiatement dans son petit « théâtre » décalé. Il n’y a pas de hors-champ, pas de monde extérieur, pas de vie pour précéder ou suivre le plan. Il n’y finalement rien entre le clap de départ et le clap de fin.

Mais revenons à l’argument de l’œuvre. Alps, c’est le nom que s’est donnée une troupe de « comédiens » un peu particulier : ils interviennent dans la « vraie vie » pour jouer le rôle d’individus disparus. Pour prendre un exemple, l’infirmière de la troupe incarnera une adolescente morte dans un accident ou la maîtresse d’un homme parlant anglais (qui, de son côté, est lui aussi un comédien !). Idée saugrenue qui aurait pu être intéressante sur la question du rôle et de la représentation « sociale » de chacun (à ce titre, la comédie de Jean Boyer Sénéchal le magnifique était beaucoup plus réussie et plus amusante !) mais gâchée par un système formel ostentatoire et totalement verrouillé (une certaine tendance du cinéma d’auteur contemporain allant de Mungiu à Haneke en passant par La soledad de Rosales).

Du coup, je dois reconnaître humblement que ce film hiératique et sinistre où un père recommande à sa fille de substitution de se « ronger les ongles » m’est passé totalement au-dessus de la tête ! De la même manière, je n’aime pas cette façon qu’ont ces films de jouer sur des scènes « à l’estomac ». Haneke est spécialiste du genre mais là, on aura le droit à une scène insoutenable où le « maître » du groupe Alps (à savoir, « Mont blanc ») file un grand coup de massue à l’infirmière après l’avoir fait patienter un bon moment.

Sans être aussi violent, tout est à l’avenant : saynètes qui n’existent que le temps du plan (pas de hors-champ dans Alps, je le redis), personnages qui n’ont aucune consistance et qui n’existent que comme « image ». On va me dire que c’est justement le propos du film (la plupart se définissent d’ailleurs par rapport à un « acteur préféré ») mais il aurait fallu qu’on sente un univers tangible et « réel » autour pour que ce petit théâtre morbide puisse avoir une chance d’exister. Là, tout relève de l’artifice et le dispositif semble permettre n’importe quoi (ce fou-rire qui interrompt un plan sans qu’on sache si c’est vraiment celui des acteurs ou celui des personnages jouant des acteurs…).

Vous l’aurez compris, je suis resté totalement hermétique à ce film. Mais j’ai peut-être tort. Dans un des suppléments du film, Jérôme Momcilovic compare Alps à Holy motors de Carax et même à Opening night de Cassavetes ! Si j’avais trouvé ne serait-ce qu’un tout petit peu de ces deux films chez Lanthimos, j’aurais adhéré sans problème. Et même si certains ont fait le reproche (à mon avis erroné) à Carax, je dirais plutôt qu’Alps est un film poseur et desséché.  

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Jeudi 24 juillet 2014 4 24 /07 /Juil /2014 18:45

C’est en 2010 que Louis me contacte pour me proposer d’écrire quelques chroniques pour le site Interlignage. A cette époque, je travaille toujours pour Kinok mais j’accepte avec beaucoup de plaisir la proposition et j’écris ma première critique sur un DVD de Roger Corman.

Louis, qui s’occupe alors de la rubrique cinéma, est d’une patience à toute épreuve avec moi qui n’y entend pas grand-chose à la technique et qui peine avec une interface où les articles sont soumis à la relecture, mis en attente et où le format des photos répond à des critères très précis. Du coup, je garde un excellent souvenir de ces quelques mois passés dans l’équipe de ce webzine. Arrivant avec mes gros sabots, je suis parvenu à faire passer un article sur un film porno (The devil in miss Jones) mais j’ai également pu écrire sur De Palma (Hi, mom !) et Bergman (L’heure du loup). Eclectisme, toujours.

Un des gages de qualité du site, c’est que chaque texte est soumis à la relecture d’un autre membre de la rédaction. C’est ainsi que j’ai fait connaissance avec « Nekkonezumi » (qui peut commencer à s’échauffer car elle ne va pas tarder à venir parader dans ces pages) qui a eu la gentillesse de relire un de mes textes (la plupart, c’est Louis qui s’en est chargé). J’aurais dû, de mon côté, relire quelques textes de mes collègues mais, à ce moment, mon emploi du temps était surchargé et c’est ce qui m’a poussé à arrêter ma collaboration avec Interlignage.

Mais d’autres de mes petits camarades firent partie de cette équipe (Ran et Nolan, Anna…) et c’est donc peu dire que son travail mérite le détour. Quant à Louis, il se consacre désormais à des blogs sur sa passion : la musique du monde en général et la musique brésilienne en particulier.

Un grand merci pour ce petit mot qui me rappelle une autre des belles aventures de ces dix dernières années…

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***

Parmi les nombreux sites auxquels tu as participé durant ces 10 ans, interlignage.fr ne fut sans doute pour toi qu'une brève parenthèse. Mais pour moi qui m'occupais à l'époque de la modeste rubrique cinéma de ce webzine, ce fut une vraie fierté que de te compter parmi nous. 

Je me souviens qu'il y a encore pas si longtemps que ça, on n'admettait avoir un blog ou une "page perso" que tout bas et un peu honteux. Alors, plus que du plaisir que j'ai eu à lire tes critiques durant ces années, je te remercie d'avoir participé à faire des blogs l'espace le plus vivant et passionnant de la cinéphilie et des discussions culturelles, dont je peux désormais m'enorgueillir de faire partie.

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Jeudi 24 juillet 2014 4 24 /07 /Juil /2014 10:16

Superargo contre Diabolikus (1966) de Nick Nostro avec Ken Wood, Loredana Nusciak. Editions Artus Films. Sortie le 1er juillet 2014

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Moi qui ne suis pas un fanatique de la saga des James Bond (c’est peu dire mais il faudrait peut-être que je me décide à la redécouvrir), je dois avouer que dans la série des « fumetti », Superargo contre Diabolikus est peut-être celui que je préfère alors que c’est celui qui se rapproche le plus de l’univers du célèbre agent 007.

Je reste plus sensible à la cruauté et à l’érotisme désuet du délicieux Satanik de Vivarelli mais le film de Nick Nostro est sans doute le plus enlevé, le plus agréable à suivre.  

Superargo contre Diabolikus est une œuvre composite qui se nourrit de divers courants de la culture populaire. Superargo est un catcheur masqué dans la lignée du fameux Santo. Sur le ring, il tue par erreur son ami le Tigre et décide d’abandonner le catch à jamais. Mais voilà que son ami le colonel Kinski lui propose une mission : traquer de dangereux trafiquants d’uranium qui mettent la planète en danger…

Outre la référence à Santo, Superargo est un mélange improbable entre un héros de « comics » (Superman, évidemment) pour sa force extraordinaire, sa quasi-invincibilité et de James Bond puisqu’il est équipé de tout un attirail où les gadgets se taillent la part du lion : pilules qui permettent une « mort apparente », émetteurs en tout genre (parfois cachés dans une sorte d’olive !), véhicule sophistiqué, petites caméras…

Le film ne sera ensuite qu’une longue course-poursuite entre ce héros singulier (je ne suis pas convaincu que sauver le monde avec un masque noir et un collant rouge soit donné à tout le monde et, surtout, qu’il s’agisse de la tenue la plus appropriée !) et le terrible Diabolikus (Gérard Tichy a de faux airs de Roland Giraud, ce qui le décrédibilise un peu en tant que génie du mal !).

Le récit est fort classique mais il est mené sans temps morts et il faut bien admettre qu’on prend un certain plaisir à ces aventures rocambolesques auxquelles le temps a donné un charme indéfinissable (les tenues « pop » de Loredana Nusciak, les éclairages rouges et verts qui évoquent parfois les films de Mario Bava…)

Bien sûr, rien n’est vraiment « crédible » et c’est à certains films parodiques que l’on songe de temps en temps : Le magnifique de De Broca lorsque Superargo s’en tire seul contre vingt ennemis ou encore à l’excellent Quand la panthère rose s’emmêle, lorsque le commissaire Dreyfus pète un câble et devient savant fou.

Mais d’un autre côté, ce premier degré naïf est vivifiant et évoque les grands moments d’une littérature (ou d’un cinéma) populaire sans prétention, ne cherchant qu’à divertir mais sans en mettre plein la vue avec de gros moyens. Du coup, l’appareillage technologique ne vient pas interférer sur le plaisir d’un récit plein de rebondissements et mené tambour battant.

Même si je n’aime pas trop désigner les films de cette manière, nous conclurons en disant que Superargo contre Diabolikus est un excellent divertissement, beaucoup plus agréable que la plupart des grosses bouses produites par Marvel actuellement…

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mercredi 23 juillet 2014 3 23 /07 /Juil /2014 18:47

Nolan est, avec son complice Ran, le taulier du blog bicéphale De son cœur le vampire. Je ne sais plus quand j’ai découvert ce blog mais je sais que depuis, ces deux-là sont des compagnons de route fidèles et agréables. C’est donc avec un grand plaisir que je les ai retrouvés dans les aventures collectives mises en place par Edouard (dont nous parlerons prochainement), que ce soit le défunt Panoptique ou le toujours très vivant Zoom Arrière.

Un grand merci à l’ami Nolan pour sa contribution à ces 10 ans de blog…

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***

Le journal cinéma du docteur Orlof, c'est mon point d'entrée vers la blogosphère cinéphile. 

Il y 6 ans, alors que je furetais sur le net au lieu de bosser, je suis tombé sur le Doc.

J'errais sur Google à la recherche de quelques avis pertinents sur un Burton. 

Et de fil (Burton) en aiguille (De Palma), je lis billet sur billet... Goûtant les films aimés communément, les tops assez proches, relisant ses notes sur son ancien blog... et découvrant moult blogs amis toujours captivants. Car le bon docteur parle bien de cinéma et toujours en bonne compagnie. Il fut pour moi, petit hérétique de la cinéphilie, l'un des membres de la Sainte Trinité ciné-blogueuse avec Inisfree et Nightswimming. Une belle alternative aux revues (que je ne délaissais pas pour autant). 

Alors bien sûr, impossible d'être d'accord tout le temps et parfois on bondit (les dézinguages hallucinants de L'Echange, de Gran Torino, de La Belle Personne) et d'autre fois on est bien content de le trouver (la défense de Django Unchained). Et puis le Journal du Docteur Orlof a fait partie de ceux qui m'ont donné envie me lancer dans l'aventure du blog en embringuant un ami qui avait (beaucoup) de choses à dire sur le septième art.

Joyeux anniversaire Doc.

Et longue vie.

 

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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