Mardi 14 mars 2006 2 14 /03 /Mars /2006 19:25

 

Attention, les enfants regardent (1978) de Serge Leroy avec Alain Delon, Sophie Renoir

 

 

Envisageons un instant le cinéma comme une vaste librairie d’occasion ou le présentoir d’un bouquiniste. A côté des éternels classiques et des perles rares, le fouineur curieux apercevra toujours un stock immense de livres de poche défraîchis (des polars, par exemple) que le temps a fini par rendre totalement anonyme. Quand je songe au cinéma de Serge Leroy (ou à celui de certains petits artisans des années 70/80, les Jacques Deray, Pierre Granier-Deferre, Christopher Franck , José Giovanni, Daniel Vigne, etc.) , c’est toujours cette image de vieux livres de poche peu ragoûtants qui me vient à l’esprit. Pourquoi alors, me direz-vous, prendre la peine d’exhumer une de ces antiquités ? Tout bonnement parce que c’est un souvenir d’enfance. Cette histoire de gamins livrés à eux-même et menacés par un homme mystérieux m’avait marqué lorsque je l’avais découvert jeune. J’ai fait ce qu’il ne faut surtout pas faire : le revoir.

 

 

Force est de constater qu’Attention, les enfants regardent à d’abord été un roman de gare (dont le scénario est signé Christopher Franck, lui aussi spécialiste de ces « films de gare » Cf. l’année des méduses)  et qu’il n’est plus aujourd’hui que ce livre de poche jauni dont je parlais à l’instant, un objet condamné aux devantures des braderies de livres et auquel nul ne fera plus jamais attention.

Pourtant, si on se donne la peine de passer outre cet aspect vraiment vieillot (la mise en scène est anonyme et sans le moindre intérêt) ; le film n’est pas totalement inintéressant pour deux raisons.

D’une part, en filmant ce groupe de quatre gamins (assez odieux) livrés à eux-mêmes après qu’ils se soient débarrassés de leur bonne, Leroy tente de rompre avec un cinéma réaliste et psychologique pour nous emmener sur le terrain du conte. Il arrive parfois à faire flirter son film avec le fantastique, même si le trouble ne s’empare jamais totalement d’une œuvre qui restera toujours trop sage.

D’autre part, dans le même ordre d’idée, l’homme qu’incarne Alain Delon est intéressant (même si nous reviendrons sur l’interprétation que je trouve, par contre, calamiteuse). En éludant toute explication (on ne saura rien de lui, même pas son nom) et tout mobile à ses actes, il apparaît là encore comme une figure de conte, celle de l’Ogre terrifiant la marmaille. A de (trop) rares instants, il naît une sorte de climat un peu malsain qui aurait pu forcer l’attention si Leroy avait jouer cette carte à fond.

 

 

Malheureusement, nous sommes en France et la France est le pays du théâtre. Donc, lorsque Alain Delon dit sa première réplique, il la déclame comme Jean Gabin (en crispant les mâchoires) et semble sur la scène du Français. Tout le jeu de l’inénarrable bellâtre (avec chemise ouverte sur une croix en argent !) se résumera à cette insupportable théâtralité du cinéma de « qualité française ». Mais les enfants sont encore pires. On leur met dans la bouche des répliques d’adultes et on les fait singer ce qu’un scénariste pense représenter l’enfance. Mis à part la petite dernière qui est trop jeune pour jouer et qui s’en sort, les trois autres sont atroces, petits animaux savants dressés à répéter les répliques bien balancées des maîtres.

Mais là où réside surtout l’échec patent du film, c’est dans le « message ». Si Leroy s’était limité à l’aspect conte, ça n’aurait sans doute jamais été La nuit du chasseur (mais qui peut prétendre égaler ce film ?) , mais nous aurions été disposé à l’applaudir. Or voilà qu’il veut nous asséner du bon gros sens populaire et de la sociologie à deux sous. A cet égard (Montparnasse) , le début du film est totalement édifiant sur ce qu’il faut éviter avec les enfants : les sucreries, le coca-cola, les cigarettes et surtout, cette télé omniprésente qui déverse son flot d’images violentes.

Si les quatre moutards sont devenus des assassins irresponsables et incapables de faire la distinction entre le Bien et le Mal (tout se perd, ma bonne dame !) , c’est à cause du désengagement des parents (qui préfèrent leur travail à la vie de famille) et de la violence à la télé qui rend nos chères têtes blondes totalement idiotes. Ben voyons ! Je ne sais pas si c’est la même chose pour vous mais je ne regarde pas un film pour me voir infliger le programme électoral de Christine Boutin ! Ce moralisme rétrograde (Ah ! ces parents qui donnent aux enfants des prénoms aussi improbables que…Marlène ! on se demande que dirait Leroy face à nos Kevin, Laurie et Steven actuels !) est si déplaisant qu’on ne sait plus à quel degré prendre le mépris dont font preuve les gamins envers leur bonne espagnole…

En tout cas, il enrobe ce film d’une chape de plomb qui nous empêche d’y adhérer et qui le renvoie à la poussière dont nous l’avions déterré le temps d’une soirée…

 

 

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Lundi 13 mars 2006 1 13 /03 /Mars /2006 18:47

 

Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban (2004) d’Alfonso Cuaron avec Daniel Radcliffe, David Thewlis, Garry Oldman, Maggie Smith, Emma Thompson

 

 

Contrairement à ce que mon esprit de contradiction pourrait laisser penser, je ne suis pas un farouche détracteur du phénomène Harry Potter. Bien sûr, le merchandising éhonté, le matraquage publicitaire qu’on nous inflige à chaque sortie de livre ou de film me tapent sur le système ; mais je reconnais volontiers prendre un vrai plaisir à lire les aventures de l’apprenti sorcier et de ses complices. Notez que je ne suis quand même pas un fanatique qui attend fébrilement chaque tome de la saga et qui se jette sur le livre en anglais dès qu’il est disponible. Je laisse volontiers passer la déferlante et cela ne me gêne en rien d’avoir toujours trois trains de retard ! Ainsi, me suis-je arrêté, pour le moment,  au quatrième volume écrit (je les ai plutôt appréciés même si un léger sentiment de redite se fait de plus en plus prégnant à mesure que l’auteur avance dans son cycle) et je découvrais hier la troisième adaptation cinématographique du phénomène littéraire (adaptations pour lesquelles je suis beaucoup plus sévère).

 

 

Je n’ai pas grand chose à dire sur ces films qui sont, d’une certaine manière, des paris impossibles. D’un côté, il y a l’univers foisonnant de JK. Rowling impossible à retranscrire littéralement à l’écran (à moins de faire un film de six heures, je ne vois pas comment il est possible d’insérer toutes les trouvailles de l’écrivain ; de visualiser son imaginaire débordant) ; de l’autre, l’idée inconcevable d’une vision plus personnelle qui n’hésiterait pas à se réapproprier cet univers au risque de ce mettre à dos tous les fans considérants toute entorse au récit originel comme une véritable trahison. D’ou ces illustrations désespérément plan-plan des deux premiers opus cinématographiques (qui n’ont strictement aucun intérêt).  

 

 

Côté scénario, ce troisième opus ne dépareille pas avec les deux précédents : même sagesse illustrative, même fidélité au livre malgré les inévitables simplifications du récit (coupé néanmoins au bon moment puisque le cinéaste nous fait grâce de ces interminables parties de « quidditch » qui m’ennuient tant dans les bouquins !) et même effets-spéciaux décoratifs.

Néanmoins, si ce film est de loin le meilleur de la série et se laisse regarder sans déplaisir (ça faisait longtemps, Mr Boulet !), c’est qu’Alfonso Cuaron est un cinéaste ayant plus de personnalité que l’insipide tâcheron Chris Colombus. Sa mise en scène fait montre de plus d’énergie et ne se laisse pas étouffer par les effets spéciaux. Dans les deux premiers, on avait le sentiment d’assister à une démonstration de nouvelles technologies et à un catalogue de trucages numériques. Ici, Cuaron tente d’utiliser la technique pour la mettre au profit d’un univers et non au détriment dudit univers. Parfois, il se plante et l’on baille devant une vilaine tante qui gonfle tel un ballon d’hélium ou devant la transformation d’un prof en loup-garou. C’est du gadget, du toc ! Par contre, ça marche lorsqu’il utilise l’appareillage technologique pour donner au château de Poudlard un aspect gothique et inquiétant. C’est dans le prisonnier d’Azkaban qu’apparaissent les terrifiants « Détraqueurs » qui aspirent l’âme de leurs victimes. Et bien lorsque Cuaron filme ces spectres volant autour du château, la vision nocturne égale en beauté certaines féeries noires de Tim Burton.

Côté acteurs, on constate que les adultes semblent bien s’amuser et on apprécie que de grands noms viennent jouer les « guest stars » : Garry Oldman en Sirius Black, David Thewlis (le « héros » de Naked de Mike Leigh) en professeur Lupin et Emma Thompson en une sorte d’Elisabeth Teissier totalement disjonctée.  Par contre, on retrouve sans grand enthousiasme le fadasse Daniel Radcliffe dans le rôle d’Harry Potter et l’affreux petit singe roux qui joue le rôle de Ron (heureusement que le script sacrifie totalement ce personnage dans cet épisode) . Seule la gamine incarnant Hermione m’est assez sympathique.

 

 

Tout cela n’est pas désagréable : alors qu’il adapte le plus gros des trois premiers livres de la série, Cuaron réalise le film le plus court des trois. Preuve qu’il a réussi à éliminer les mauvaises graisses des deux premiers opus et à imprimer sa marque à cet épisode même si tout cela reste néanmoins assez formaté et qu’il me semble impossible qu’un chef-d’œuvre puisse naître d’une adaptation d’Harry Potter

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Dimanche 12 mars 2006 7 12 /03 /Mars /2006 15:54

 

Truman Capote (2005) de Bennett Miller avec Philip Seymour Hoffman

 

 

Ne comptez pas sur moi pour vous parler beaucoup de l’actualité cinématographique en ce moment : je n’ai jamais vu un calendrier des sorties aussi peu attirant que celui de ce mois de mars. A part le soleil de Sokourov (qui par ailleurs peut être un cinéaste très emmerdant) qui n’arrivera sans doute jamais jusqu’à nos écrans provinciaux, il n’y a vraiment rien à se mettre sous la dent. Nous avons donc joué la carte de la découverte en allant voir ce film, plutôt bien accueilli par la critique, consacré à l’écrivain Truman Capote.

De Ray à Bird en passant par Chaplin, Howard Hugues et Mohammed Ali (entre autres), on sait que les américains affectionnent particulièrement le « biopic » ; ces films consacrés aux biographies de personnalités étant devenus un genre en soi.  Ca serait mentir que de dire que nous n’éprouvons pas un certain plaisir à voir retracées les vies d’artistes ou de stars excentriques avec plus ou moins de fidélité (encore qu’il faille bien sûr faire le tri entre l’ivraie –Chaplin- et le bon grain –le merveilleux Man on the moon de Milos Forman). 

D’un autre côté, il est vrai que le genre draine aussi un certain nombre de clichés un peu usant à la longue (le modèle ascension/ déchéance ayant vraiment beaucoup servi).

 

 

La première qualité de Truman Capote, c’est de ne pas s’inscrire totalement dans ce modèle du « biopic » mais de n’extirper de la vie de l’écrivain que cette période pendant laquelle il écrit son chef-d’œuvre : De sang-froid. On connaît désormais tous la généalogie de ce livre : un fait divers crapuleux (deux petits malfrats assassinant sauvagement toute une famille pour quelques dizaines de dollars), et un écrivain inventant le « roman-vérité » , empruntant à la fois aux méthodes du journalisme d’investigation et aux codes du romanesque pour rendre compte de cette affaire. Miller fait donc de Capote une sorte d’inspecteur qui se rend sur les lieux du crime, interroge des témoins et va jusqu’à se lier d’amitié avec les criminels pour leur extirper des aveux. L’intelligence du cinéaste, c’est d’avoir vu que les méthodes littéraires utilisées par Capote reflétaient également des enjeux cinématographiques. Jusqu’à quel point l’Art doit se nourrir du Réel pour fonctionner ? Dans quelle mesure le regard de l’artiste fait infléchir le réel et le manipule ? comment faire de la réalité une fiction (et vice-versa) ? voilà les questions auxquelles se trouvent confrontés Miller et Capote.

Et lorsqu’il s’agit de mettre en lumière ces questions (plutôt que d’y répondre), le cinéaste se montre plutôt habile et prend des partis-pris de mise en scène intéressants.

Primo, il évacue tout le folklore relatif au personnage Capote, le pédé mondain et alcoolique (deux ou trois courtes scènes de soirées où notre homme fait rire la galerie et c’est expédié) , fréquentant toutes les stars de l’époque (Bogart, Huston, Monroe… Miller a le bon goût –surtout si l’on se souvient de la terrifiante actrice singeant Ava Gardner dans Aviator- de ne pas jouer la carte du musée Grévin et du défilé de sosies).

Deusio, il ne se laisse pas entraîner sur la pente du « film enquête » que suggérait l’affaire en elle-même et les moyens mis en œuvre par Capote pour la comprendre. Pas (ou presque mais nous allons y revenir) de reconstitution de la scène du meurtre originel, pas de lourde insistance sur les scènes d’interrogatoires, de procès… Ce qui intéresse le cinéaste, ce n’est pas l’enquête en elle-même mais la manière dont Capote se l’approprie. Puisqu’il doit écrire un roman, l’essentiel passe par les mots. L’écrivain les utilise mieux que personne et s’en sert pour manipuler un des deux coupables et l’inciter à se confier. Il joue le rôle du meilleur ami, du confident alors que son ambition est entièrement tournée vers les pages qu’il pourra écrire. L’artiste est ici une sangsue qui se nourrit de la substance même du Réel (« j’ai l’impression de naître par une porte tandis qu’il disparaît par l’autre » dit-il en substance de son protégé). Le dilemme terrible auquel il se trouve confronté, c’est de laisser de côté toute éthique (Capote a besoin de la condamnation de ces hommes  pour conclure son livre) au profit de considérations esthétiques.

En ce sens, j’ai pensé à une phrase de George Bernard Shaw résumant parfaitement cette absolue supériorité de l’Art sur la vie : «  il est plus facile de remplacer un homme mort qu’un bon tableau ».

Un des plus beaux moments du film est peut-être cette scène où Capote lit des extraits de son livre à un parterre de gens captivé. A ce moment, la réalité retranscrite par des mots s’échappe et devient fiction. Dans le même ordre d’idée, le moment où bascule le film est celui où le prisonnier arrive enfin à parler de cette fameuse nuit. A cet instant précis, Miller peut jouer enfin la carte de « l’illustration » car l’on comprend que la « réalité » n’a plus vraiment d’importance, qu’elle a été vampirisée par l’écrivain qui peut enfin mettre des images sur un insoluble mystère (comment un être humain peut en arriver à de telles extrémités).

 

 

L’expérience limite de Capote sur De sang-froid tendrait à prouver que le Réel n’existe pas et que la présence de l’artiste finit fatalement par infléchir sur les évènements. Or en dessinant son personnage, Miller ne retient pas cette leçon et joue la carte du mimétisme absolu et c’est là que le bât blesse. Alors bien sûr, Hoffman ressemble à s’y méprendre à Capote (pour ceux qui désireraient voir vraiment l’écrivain, je leur recommande vivement le cultissime Un cadavre au dessert où il incarne le deus ex machina de l’histoire – à l’attention de Boulet et Yo, c’est Lionel Twain !) mais ce mimétisme fait écran à la véritable substance du personnage. Alors que le propos du film montre que le Réel n’existe que dans la mesure où il a été reconstruit par le regard d’un artiste ; Miller se contente du plus plat vérisme. Du coup, même si l’acteur n’est pas en cause, on ne voit que la performance de l’imitateur et tout ce qui concerne les relations entre Capote et son entourage me semble assez raté (on n’arrive pas à sentir réellement l’ambiguïté de la relation qui le lie au prisonnier : l’attirance physique, la fascination, la répulsion…)

 

 

Alors que le propos du film est passionnant et mis en scène de manière plutôt intelligente, le personnage lui-même finit par l’étouffer un peu en obstruant tout ce qu’il pourrait y avoir de vertigineux et d’ambigu. Paradoxalement, c’est cette volonté de produire une image « vraie » du personnage qui éloigne le film du Réel et de ses multiples facettes.

A cette réserve près, Truman Capote est une œuvre ambitieuse et intéressante qui mérite le détour.

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Samedi 11 mars 2006 6 11 /03 /Mars /2006 15:54

 

Pirates des Caraïbes (2003) de Gore Verbinski avec Johnny Depp , Orlando Bloom, Keira Knightley

 

 

Gore Verbinski nous avait agréablement surpris avec The Ring, remake américain du désormais classique film d’épouvante japonais. C’est donc avec une certaine confiance que j’abordais ce Pirates des Caraïbes, m’attendant et espérant un « revival » correct de nos bons vieux films de pirates d’antan, ceux de Walsh ou de Siodmak. Et le début de ces aventures flibustières eut d’ailleurs tendance à conforter ces sentiments bienveillants : du rythme, une mise en scène tonique, assez classiquement découpée, et une habile exposition de l’action (la rencontre des deux tourtereaux pendant leur enfance, le mariage de convenance que doit contracter la jolie fille du gouverneur, l’arrivée impromptue du pirate Jack Sparrow, l’enlèvement de la jeune femme…). Autre bonne idée : confier le rôle du jeune premier enamouré à l’insipide Orlando Bloom qui, de part sa composition douceâtre, ne porte jamais ombrage au véritable héros du film, à savoir Johnny Depp , qui s’amuse visiblement beaucoup à incarner cet impassible pirate pince-sans-rire un brin looser. Du coup, l’intérêt du film est déporté loin de la love-story clichetoneuse vers quelque chose de plus humoristique et de pas déplaisant.

 

 

Malheureusement, on déchante quand même assez rapidement et l’explication est à chercher nulle part ailleurs qu’au générique de fin du film. Car devinez qui produit Pirates des Caraïbes ? Jerry Bruckheimer, qui est un peu au cinéma d’action contemporain ce que Sépultura est à la musique de chambre classique,  et Walt Disney, dont nul ignore les ravages que cause encore sa vaste entreprise de décérébration mondiale.

Du premier, Pirates des caraïbes hérite donc d’une esthétique tape-à-l’œil et d’une surenchère dans le domaine de l’action tonitruante. Les combats entre corsaires se multiplient à n’en plus finir et sont filmés avec les pieds d’un parkinsonien ayant bu trois litres de café avant de tenir la caméra. C’est d’un ennui total.

De Walt Disney, c’est l’aspect « parc d’attraction » que retient Gore Verbinski. Les pirates ne faisant plus recette depuis longtemps et représentant des éléments trop subversifs pour notre frileuse époque, le cinéaste en fait des zombies devant se libérer d’une malédiction. L’intrusion de l’élément fantastique dans cet univers du film d’aventures est certainement la plus mauvaise idée que l’on puisse imaginer. Cela tue toute velléité épique (le héros lui-même est un spectre) et ça réduit le film à un tour de train-fantôme très lassant pour qui a dépassé 12 ans.

 

 

Une démonstration d’effets spéciaux, des scènes d’action interminables ; Pirates des Caraïbes est assez symptomatique de cet embonpoint qui menace désormais le cinéma hollywoodien. Nos artisans (ou artistes) d’autrefois nous bouclait l’affaire en 1 heure 30 intense et trépidante alors que ce film traîne sur 2 heures 20 ses mauvaises graisses. Et puis, comme je le disais à propos de Barbe-noire le pirate,  le cinéma classique savait donner le beau rôle à ces rebelles des mers mettant en danger permanent la couronne. Ici, les pirates sont soit des morts-vivants sanguinaires, soit de pathétiques paumés. Il faut voir l’asperge molle Orlando Bloom se lamenter de sa descendance flibustière et tenter par tous les moyens de retrouver les chemins de la légalité pour comprendre ce qui sépare ce film de l’héroïsme hollywoodien d’antan.

D’avoir réalisé un film de pirates d’un rare conformisme politiquement correct est peut-être le plus grand crime de Gore Verbinski.

C’est en tout cas celui que nous ne lui pardonnerons pas… 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Jeudi 9 mars 2006 4 09 /03 /Mars /2006 18:25

 

Podium (2003) de Yann Moix avec Benoît Poelvoorde, Jean-Paul Rouve, Julie Depardieu

 

 

Si vous vous interrogiez sur les raisons de la persistance de ce rude hiver et sur celles des impressionnantes chutes de neige du week-end dernier, n’allez pas chercher plus loin qu’ici : je vais dire du bien d’une comédie française récente !

Et pourtant, rien n’était gagné d’avance car s’il y a bien une chose qui m’horripile par-dessus tout, c’est la nostalgie infantilisante dans laquelle se vautrent les gens de ma génération ! Je n’ai jamais rien trouvé de plus pathétique que ces trentenaires versant une larme à tout bout de champ sur le Casimir de leur enfance ou s’éclatant en boite sur Capitaine Flam et Candy !  L’époque que nous avons vécu ne se résumerait donc qu’à ça ? de vieilles saloperies télévisuelles qu’aucun gamin d’aujourd’hui ne pourrait supporter plus de deux minutes ? Fichtre ! j’envie vraiment souvent ceux qui ont fait mai 68 !

Passons…

 

 

En s’intéressant au monde des sosies et plus particulièrement à un clone fanatique de Claude François, Yann Moix s’exposait à deux dangers. Primo, jouer la carte du second degré facile, du ricanement  prenant tout le monde de haut et raillant la bêtise et la vulgarité de l’univers décrit (le cinéaste semble avoir compris que c’était tirer sur une ambulance et que ça n’avait pas grand intérêt). Deusio,  faire au contraire une sorte d’apologie du mauvais goût kitsch , assez typique de notre époque où le ringard est élevé au rang des beaux-arts (avec comme corollaires un humour se contentant de rire de sa propre nullité, affichant sa ringardise assumée comme les Robins des bois). Moix s’en tire en évitant ces deux écueils et en naviguant, à mon avis, dans le sens de Tonie Marshall lorsqu’elle réalisait le joli France boutique (sur le télé-achat) :  pas de second degré, une attention sérieuse (mais malicieuse) au sujet traité sans pour autant se donner des illusions sur ce sujet. Bernard Frédéric a beau commencer en vilipendant Brassens, on sait parfaitement que Claude François n’arrivera jamais au talon du barde Sètois et ne pourra jamais prétendre à autre chose qu’à son statut d’icône kitsch.

D’un autre côté, en montrant des images d’actualités du réel désespoir des fans apprenant la mort de leur idole ; Moix entend prouver qu’il va prendre au sérieux cette histoire de sosie bien décidé à partir en tournée et à emporter le titre de la meilleure imitation de Claude François. Il ne s’agit pas de rire de l’objet de la passion de Bernard Frédéric mais davantage des moyens mis en œuvre pour parvenir à assouvir cette passion. Ce personnage n’est pas ridicule parce qu’il imite la star défunte (s’il l’est, c’est uniquement dans la mesure où Claude François l’était déjà à l’époque) mais nous fait rire de toute la machine de guerre qu’il met en branle pour conquérir son rêve (extorsion de fonds dans la banque qui l’emploie, entraînement quasi-militaire des « Bernadettes »…)

 

 

Le cinéaste arrive à composer un véritable personnage de comédie et il est dès lors plus que temps de révéler que la (très modeste) réussite de ce film (très mineur), qui risque par ailleurs de mal vieillir (trop de références contemporaines ! pour quelqu’un comme moi qui regarde quasiment pas la télé, j’avoue qu’il m’a fallu un temps d’acclimatation pour me souvenir de qui était Evelyne Thomas et pourquoi ça peut –éventuellement- faire rire), est entièrement due à Benoît Poelvoorde, acteur tordant qui compose un Bernard Frédéric constamment hilarant.

Grâce à lui, le film bénéficie de scènes absolument irrésistibles (le casting des « Bernadettes », leurs entraînements…). Le comédien joue à merveille l’inébranlable foi de cet homme au caractère irascible et aux méthodes dictatoriales de petit caporal. Il est secondé excellemment par Jean-Paul Rouve (un des Robins des bois, déjà parfait en ignoble collabo dans l’estimable Monsieur Batignolle de Jugnot. Eh ! eh ! l’hiver n’est pas fini !) qui, en sosie de Polnareff, joue plus le registre du second degré mais avec une certaine retenue (il n’est pas le nullard ringard que l’on pourrait craindre).

A côté de ça, le film est plutôt platounet (ce n’est pas du Lubitsch !) et Moix se plante en n’assumant pas de ne faire « qu’une » comédie et en lorgnant vers une fin sentimentale aussi conventionnelle (pas un cliché ne manque à l’appel) qu’insipide. Heureusement qu’il a fait appel à Julie Depardieu qui, de sa présence frémissante et de son regard magnifique (c’est facile d’avoir de beaux yeux, c’est juste une question de coloris ; Julie Depardieu a plus et c’est bien plus dur : elle a un beau regard…) arrive à donner un brin d’épaisseur à un personnage totalement stéréotypé.

 

 

Mais comme je vous le disais en ce début de note, j’ai décidé d’être indulgent ce soir et de décréter que, pour l’heure, trois excellents comédiens, un sujet traité honnêtement et quelques scènes vraiment tordantes suffisaient à me satisfaire.

Profitez-en, ce ne sera pas le cas tous les jours !  

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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