Serial lover (1997) de James Huth avec Michèle Laroque, Albert Dupontel, Michel Vuillermoz, Zinedine Soualem

 

 

 

Ma première intention était de consacrer une note au Saut dans le vide, le dernier des films du cycle Bellocchio qu’il me restait à voir. Hélas, au bout de vingt minutes, un problème de réception est advenu et après un quart d’heure d’image gelée, j’ai abdiqué.

Vous devrez donc vous contenter d’un nouvel avatar de la comédie « télévisuelle », celle-là même que je vomissais hier de façon fort peu courtoise.

« Nouveau » n’est peut-être pas le terme adéquat puisque, tourné en 1997, Serial lover fait désormais figure de triste précurseur. C’est intéressant de le découvrir aujourd’hui parce qu’en même pas dix ans, ce film a pris un sacré coup de vieux et confirme ce que je pense de 90% de la comédie française aujourd’hui : si elle n’est pas totalement oubliée d’ici quelques années, elle sera atteinte d’une sénilité précoce et l’on se demandera, effaré, comment de tels navets ont pu voir jour.

Juste un petit exemple : qui se souvient du Tronc, premier et, souhaitons le, dernier film à ce jour du rince-doigt Karl Zéro ? Et bien Serial lover marche sur les mêmes sentiers : humour macabre, provocations de potaches, « esprit Canal » (toute la bande des Robins des bois se retrouve ici à jouer les faire-valoir , ainsi qu’Isabelle Nanty) …

Le scénario est basique : Claire (M.Laroque) va fêter ses 35 ans. Elle invite ses trois amants du moment à un dîner afin de choisir celui avec qui elle va vivre le restant de ses jours. La soirée va vite déraper puisque les trois zozos vont être tués par inadvertance. Problème ! que faire des cadavres alors que toute une tribu débarque pour faire la fête et que rôde la police (l’un des inspecteurs est incarné par un monolithique Albert Dupontel) ?

 

 

 

Bon, le coup du cadavre qu’on cherche absolument à planquer, on l’a vu mille fois et je vous en ai parlé il y a peu à propos de La situation est grave…mais pas désespérée de Jacques Besnard ! Tout ça pour dire que James Huth ressuscite l’antique théâtre de boulevard et nous le sert avec un condiment « moderne » et branchouille. Sauf que ce qui était « branché » il y a 10 ans est déjà totalement éventé. Du coup , on a mal aux yeux de voir cette atroce esthétique de sketches télévisuels (ceux de Karl Zéro) , cette manière de jouer avec le grand angle (ah ! ces gros plans hideux où le cinéaste réussit le prodige d’enlaidir Michèle Laroque, pourtant un des seuls points forts du film !) , ces couleurs criardes et laides, ces vignettes où la notion même de mise en scène disparaît au profit d’une pâlichonne imitation de mauvaises BD trash…

 

 

 

Puisque le nom de John Waters a été cité hier, tentons une petite comparaison. Chez Waters , le « mauvais goût » (« ce plaisir aristocratique de déplaire » comme le disait fort justement Baudelaire) n’est qu’une manière de glorifier la « marge » contre la norme, le conformisme, l’affreuse bienséance bourgeoise. Ses provocations sont toujours généreuses et utopiques et permettent  d’offrir une place aux réprouvés de tout genre, aux rêveurs, aux différents… Comme le rappelait fort justement mon auguste confrère (ici) le Dr Devo, en citant Waters, pour faire du « mauvais goût », il faut en avoir (du goût).

Or James Huth en est totalement dénué. Les quelques scènes « gore » de son film ne choqueront même pas une écolière de l’enseignement privé. Aucune causticité, aucun regard critique dans Serial lover, juste quelques gags éculés (Huth ose quand même le coup des fêtards qui pissent par le balcon sur la bagnole des flics garée plus bas !)  drapés dans une esthétique télévisuelle.

A part la sympathie qu’inspire les acteurs (pas de reproche de ce côté là), ça n’a strictement aucun intérêt.

 

 

 

PS. Quelques notes en vrac pour vous signaler l’existence d’un très beau blog sur Louis-Ferdinand Céline. Démarche originale puisque l’écrivain y est présenté en photo. Allez y jeter un œil ici.

 

 

 

D’autres part, amis parisiens, je vous annonce que je vous hais ! Du 22 au 28 février va se dérouler à Saint-Denis un festival sur le thème « sex is politic ». La programmation est hallucinante : outre les classiques de Fassbinder, Pasolini, Cronenberg, Oshima, Breillat, Godard (encore que Numéro deux n’est pas un film souvent diffusé !), vous pourrez voir des films de Bénazéraf , d’un japonais fou dont je rêve de découvrir les films (Wakamatsu, qui sera présent !), quelques pornos ancestraux (que ce soit des films clandestins des années 30 ou Gorge profonde) , les films de Jean-Pierre Bouyxou (j’enrage ! j’enrage !) et ceux de toute la clique des excentriques belges (les courts-métrages d’agit-prop de notre entarteur favori Noël Godin, quelques jalons de la saga La vie sexuelle des belges de l’excellentissime Jan Bucquoy et les brûlots du génial Roland Lethem). N’en jetez plus ! Et dire que je vais louper tout ça ! je m’en mordrais les roustons si je possédais la souplesse ad hoc !

 

 

Le programme des réjouissances se trouve ici (je vous recommande le texte de présentation de Christophe Bier). Vous n’avez désormais plus aucune excuse pour aller vous abêtir devant Les bronzés 3 !

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