Le crime est notre affaire (2008) de Pascal Thomas avec Catherine Frot, André Dussollier, Claude Rich, Chiara Mastroianni, Hippolyte Girardot, Annie Cordy, Christian Vadim, Yves Afonso


Pascal Thomas va t-il se spécialiser définitivement dans les adaptations d'Agatha Christie ? Avec Le crime est notre affaire, le cinéaste retrouve en effet son sympathique couple Beresford qui nous avait déjà réjoui dans Mon petit doigt m'a dit... Entre temps, il y eut l'heure zéro que j'ai manqué.

Quoi de neuf chez Pascal Thomas ? A vrai dire, pas grand-chose : le film ne bouleversera sans doute pas les histoires du cinéma (la belle affaire !) et c'est bien le dernier des soucis du cinéaste à qui l'on ne peut que donner raison tant son film respire la joie de filmer.

Prudence Beresford (pétillante Catherine Frot) s'ennuie énormément depuis qu'elle est à la retraite. Son mari (Dussollier) ne la fait plus rêver et elle n'a qu'une envie : s'occuper à nouveau d'une affaire de meurtre. Elle va vite être exaucée (sa tante Babette assiste à un crime dans un train) et la voilà qui se fait passer pour une cuisinière dans un grand château pour élucider l'enquête.

A vrai dire, le spectateur se moque un peu de la résolution d'une intrigue pas forcément très passionnante (encore que j'avoue m'être laissé prendre avec un certain plaisir). En revanche, ce qui séduit davantage que l'enquête policière, c'est le ton qu'arrive à imprimer à son film Pascal Thomas.

Il y a une vie pour les retraités semble nous dire le cinéaste qui offre à son couple une affaire criminelle qui lui permettra de se retrouver. Au début du film, j'ai beaucoup pensé au Meurtre mystérieux à Manhattan de Woody Allen (toutes proportions gardées) où les vieux époux (Allen/Keaton) redonnaient du piment à leur vie de couple en se projetant dans une histoire policière peut-être totalement inventée.  

Même chose dans Le crime est notre affaire : tandis que le mari ne pense qu'à couler une existence pépère, la femme prend les devants et se lance à l'aventure. Cela nous vaut de savoureuse passes d'arme entre Frot et Dussollier, déchaînés et visiblement ravis de se retrouver au coeur de ces aventures fantaisistes.

Le ton Thomas se retrouve également dans les notations irrévérencieuses dont il parsème son film. Nous ne sommes pas ici au niveau de ces beaux films « libertaires » que sont Mercredi, folle journée ou Le grand appartement mais on retrouve néanmoins son « mauvais » esprit lorsqu'il montre les Beresford qui ne redoutent rien de plus que leurs petits-enfants.

De la même manière, Thomas dessine un délicieux portrait de vieil avare (Claude Rich) qui déteste ses enfants et veut tous les enterrer, ce qui est quand même assez rare à une époque où le culte de l'enfant est érigé en véritable religion.

Rien de bouleversant dans la forme cinématographique mais Pascal Thomas a du métier : le rythme est allègre (sens de l'ellipse, belles attaques de plans qui débutent parfois alors que le son a déjà commencé...) et la photo de Renan Pollès (qui fit partie, en 68, de l'ARC - atelier de recherche cinématographique- et coréalisa des films militants comme Comité d'action du treizième ou Le joli mois de mai) est très soignée (belles lumières ocres, orangées).

Pour ne rien gâcher, le cinéaste s'amuse à parsemer son récit de références cinéphiles : Dussollier en kilt nous la joue Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion et la mère d'une jeune adolescente débarque dans le film avec le tailleur gris de Kim Novak dans Vertigo, coiffée par ailleurs du même et inoubliable chignon blond...

Le résultat est un film plutôt drôle, sans temps morts et interprété par une kyrielle de bons comédiens.

Un bon divertissement, en somme...


NB : En parlant d'esprit libertaire, c'est non sans tristesse que j'apprends, via le précieux Charles Tatum, la mort de Robert Dehoux. Les journaux officiels ne vous diront sans doute rien de cet agitateur hors pair, complice de Noël Godin et adepte du sabotage ludique (il se fit le chantre du « bouchage » de serrures « antipathiques » (en particulier les banques)). On lui doit quelques ouvrages aux titres plus qu'alléchants : Entartages et bouchages, les deux nichons de la révolution ou le zizi sous clôture inaugure la culture chez L'âge d'homme que vous pourrez retrouver sur son site.

Vous me direz que tout cela n'a pas grand rapport avec le cinéma. Eh bien si ! Si vous avez vu le beau Avida de Delépine et Kervern, vous vous souvenez sans doute de la scène de l'armoire parlante. La voix drôle et révoltée de cette armoire, c'était celle de Robert Dehoux...

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