Ne le dis à personne (2006) de Guillaume Canet avec François Cluzet, Marie-Josée Croze, André Dussollier, François Berléand, Kristin Scott Thomas, Jean Rochefort, Marina Hands, Nathalie Baye


Puisque nous restons dans le domaine du « polar à la française », je dirais volontiers que Ne le dis à personne se situe à l'exact opposé du Crime est notre affaire de Pascal Thomas. Côté Canet, l'intrigue est bien plus palpitante et l'on se laisse volontiers prendre par l'engrenage diabolique de la mécanique policière ; mais, à l'inverse de Pascal Thomas, il n'y a pas ici le moindre plaisir de cinéma ni le moindre soupçon de « mise en scène ».

Entrons dans les détails, voulez-vous.

Ne le dis à personne est, tout le monde le sait, une adaptation d'un best-seller de la nouvelle coqueluche des amateurs de polar : Harlan Coben. Pour ma part, j'avoue n'avoir jamais ouvert l'un de ses livres mais je dois admettre que la vision que nous en donne Guillaume Canet nous inciterait plutôt à le faire. Le plus bel atout du film (le seul ?), c'est son scénario.

Assassinée huit ans auparavant dans de mystérieuses circonstances, la femme d'un médecin parisien (François Cluzet) « réapparaît » soudain via de mystérieux courriers électroniques. Notre bonhomme se retrouve embarqué dans un inextricable nœud d'énigmes qu'il va résoudre au fur et à mesure...

Je disais ne pas connaître les romans de Coben mais force est de constater que l'homme doit avoir du métier et un solide sens de la narration. Son intrigue est suffisamment retorse pour captiver d'emblée le spectateur et le cinéaste n'a finalement plus qu'à tirer les ficelles d'un récit bétonné de manière très habile.

Or c'est là que le bât blesse car Guillaume Canet ne fait absolument rien d'autre qu'illustrer son scénario. Il n'y a, dans Ne le dis à personne, aucune velléité de mise en scène du roman : le réalisateur a son histoire, il se contente de la mettre en image. Point. Ce qui signifie aucun effort de stylisation ou de travail cinématographique : le cadre est quelconque, le montage souffreteux et la photographie sans inspiration. L'image n'est que redondance par rapport à l'écrit : un personnage parle, il est cadré en plan rapproché ou en gros plan et c'est partie pour des tunnels de champs/contrechamps. Pour faire plus « américain », la caméra bouge sans arrêt mais sans raison ni point de vue.

Ni l'œil, ni l'esprit ne sont titillés tant tout est souligné et prédigéré : un personnage se souvient de son passé ? Et que je te colle un flash-back bien illustratif. Un mot de passe a un rapport avec le groupe U2 ? Et que je te place bien scolairement la chanson du groupe en BO...

Tout est de cet ordre : aucune confiance n'est donnée au spectateur pour le gratifier d'un  jeu avec les ellipses (pourquoi changer soudainement de point de vue et filmer les hommes de main du tueur commettre un crime ?) ou du hors champ. Tout doit être asséné de façon à ce que rien n'échappe à l'attention du spectateur. Mais du coup, cette absence de point de vue n'offre aucune possibilité de créer un véritable espace cinématographique ou de laisser une place à  l'imagination.

D'aucuns ont parlé d'efficacité « à l'américaine »...Mhouais ! Sauf que Canet n'est ni De Palma, ni les frères Coen et qu'il s'inspire ici davantage du tout-venant d'une production hollywoodienne ayant oublié de la même manière ce qu'est la mise en scène (ne parlons pas des scènes d'action plutôt poussives malgré un spectaculaire accident sur le périph).


Que reste-t-il alors ? une enquête policière habilement construite et des acteurs plutôt pas mal : François Cluzet est, à deux trois scènes près où il grimace un peu trop (notamment dans la consternante scène finale), plutôt bien et j'aime toujours beaucoup, dans des rôles plus petits, le grand François Berléand et la craquante Marina Hands. En revanche, l'apparition de « guest stars » comme Rochefort ou Baye m'a paru totalement inutile et parfois même gênante (on devine dès sa première apparition que Rochefort est impliqué dans l'affaire : il est trop  connu  pour n'être que « figurant » !).

Ne le dis à personne est un parfait exemple de ce fast-cinéma désormais ultra majoritaire : à l'instar des fast-foods, ce n'est pas forcément désagréable comme expérience mais ça laisse, au bout du compte, l'impression d'un grand vide...

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