Ce répondeur ne prend pas de messages (1979) d'Alain Cavalier avec Xavier Saint Macary



J'ai reçu récemment des DVD à chroniquer, ce qui peut expliquer les perturbations (mineures) qu'a connu la semaine dernière ce blog. Pour mon retour, j'aurai pu privilégier un film voué à de nombreux commentaires comme le labyrinthe de Pan (également diffusé hier soir à la télévision) mais j'ai préféré, tant pis pour les débats enflammés, vous parler de cet OVNI que la plupart d'entre vous n'auront sans doute pas vu : Ce répondeur ne prend pas de messages.

Dans l'œuvre de Cavalier, ce film de 1979 marque une fracture irréversible. Avec Le plein de super, le cinéaste avait déjà tourné le dos aux grosses productions de ses débuts (Le combat dans l'île, l'insoumis avec Delon, La chamade avec Deneuve) pour se diriger vers un cinéma plus personnel et plus libre. Avec Ce répondeur, il n'y aura plus rien d'autre qu'un homme et sa douleur dans un appartement aux murs nus. Tandis qu'une voix-off évoque des souvenirs douloureux (des reproches, une rupture, un accident...), l'homme déambule dans son appartement, le visage recouvert de bandelettes et peint petit à petit tout son appartement en noir. A cela s'ajoute l'attention toute particulière du cinéaste aux objets domestiques (un lit, une baignoire...) et des photos du passé.

Même si on ignore tout de la vie de Cavalier (ce qui est d'ailleurs un peu mon cas), on imagine volontiers ce que ce film peut avoir d'intime pour lui. En montrant à l'écran quelques photos de l'Insoumis à l'écran, il dévoile parfaitement la nature de son projet : en finir avec ce cinéma traditionnel et s'approcher au plus près d'un cinéma à la première personne, où la caméra remplacerait le stylo pour la rédaction d'un journal intime.

Pour quiconque connaît le cinéma que pratique Cavalier aujourd'hui (la rencontre, le magnifique le filmeur...), la découverte de Ce répondeur ne prend pas de messages est passionnante parce que ce film annonce avec près de 20 ans d'avance l'explosion des petites caméras numériques et de « l'autofiction » cinématographique. 

Comme pour Libera me, Cavalier dit avoir eu l'idée de ce film en songe, en se voyant repeindre dans un rêve son appartement en noir. Le film ne sera alors que l'expression des sentiments les plus intimes du cinéaste. Et pourtant, la mise en scène parvient à éviter l'écueil du narcissisme vain (Cf. Christine Angot) et à acquérir une dimension « universelle ». En évitant de renvoyer à des évènements trop précis et clairement identifiés (j'avoue, par exemple, ne pas savoir si la femme est morte dans l'accident évoqué en voix-off et Cavalier joue assez brillamment sur ce flou constant), le film parvient à toucher tout un chacun. D'une certaine manière, il s'agit d'une vanité qui figure de manière assez convaincante (même si on peut la trouver assez rude !) la douleur que recèle chacune de nos vies. Chacun mettra un nom à cette douleur (solitude, temps qui passe, deuil...) et à ces visages anonymes qui défilent sur de vieilles photos, étranges réminiscences d'un bonheur ( ?) éphémère.

La grande qualité de l'œuvre de Cavalier, c'est de ne pas baliser son chemin de repères trop identifiables : l'intime est au cœur du projet mais se « dilue » dans un ensemble plus vaste qui pourra toucher à condition d'entrer sans réticence dans ce cinéma dépouillé à l'extrême (un seul personnage, pas de dialogue...)

Le film, dans sa radicalité, ne possède peut-être pas encore l'équilibre qui fera les grandes réussites du cinéaste (Thérèse, Le filmeur) et ça serait mentir que de ne pas avouer qu'on s'est parfois un peu ennuyé. Cependant, le final est assez stupéfiant et lorsque l'homme semble soudain changer de résolution et décide de sortir de son appartement, la scène m'a rappelé par certains côtés des ambiances à la David Lynch (notamment dans l'utilisation de nappes sonores oniriques).

Intriguant, désespéré, agaçant, noir et stimulant ; Ce répondeur ne prend pas de messages est une curiosité radicale qui mérite assurément le coup d'œil...





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