Amour d'enfance (2001) d'Yves Caumon avec Mathieu Amalric



Cette semaine devrait être consacrée entièrement au cinéma français avec comme objectif la découverte de nouveaux cinéastes (Yves Caumon) ou de films récents de cinéastes que j'ai plus ou moins négligés (gardons le suspense). Et si vous êtes sages, vous aurez peut-être droit à un petit Rohmer...

Même s'il s'agit ici du premier long-métrage d'Yves Caumon, ce cinéaste ne m'était pas totalement inconnu puisqu'il fait partie d'une génération de réalisateurs (Laurent Achard, Philippe Ramos, Orso Miret...) dont j'ai pu découvrir les courts-métrages à l'époque où j'allais encore au festival de Clermont-Ferrand. C'est à cette occasion que j'ai pu voir Il faut dormir, un film dont je garde encore un assez bon souvenir.

C'est donc avec intérêt que j'attendais Amour d'enfance et j'avoue avoir été un tantinet déçu. Petite parenthèse : si je reconnais volontiers prendre un certain plaisir à malmener des films que je trouve gonflés de leur propre arrogance ou prétentieux dans leur nullité, j'avoue que ça me fait sincèrement beaucoup de peine de n'être pas plus enthousiaste pour ce premier film.

D'abord parce qu'il possède quelques qualités indéniables (le cadre est plutôt beau, la direction d'acteurs impeccable...) et parce qu'il transpire la sincérité par tous ses pores. On sent qu'il s'agit d'un film personnel, tenant beaucoup à cœur à un metteur en scène qui a du mettre beaucoup de lui-même dans cette histoire d'un fils (Paul) revenant au pays natal (le sud-ouest) pour accompagner un père agonisant vers son trépas.

Yves Caumon filme avec une sensibilité certaine cette confrontation douloureuse pour un fils qui se sent désormais arraché à sa terre natale, à ses origines. Il essaie de se rendre utile, de parler avec son père mais le dialogue, sans être totalement rompu, n'engendre qu'un malaise prégnant que le cinéaste distille avec une certaine habileté. La première confrontation est d'ailleurs plutôt bien mise en scène puisque la mère joue le rôle d'arbitre et c'est toujours vers elle que converge les regards des deux hommes (la tension crée dans le plan par ces jeux de regards est assez efficace).

Parallèlement à ce roman familial douloureux, Paul renoue avec ses anciens camarades (que ce soit le promoteur immobilier ou l'employé qui roule en 4x4, il n'a décidément plus rien à voir avec eux) et avec Odile, la petite sœur de Brigitte, son grand amour d'enfance...

Brigitte, ça sera le grand point d'interrogation du film, une absence qui « dramatise » tous les atermoiements et états d'âme de Paul (il avoue à Odile être parti trouver « ailleurs » ce qui était peut-être sur place).

En même temps, cette absence est presque trop « évidente » et c'est là où, à mon sens, le film ne tient pas toutes ses promesses. A trop vouloir jouer la retenue, le non-dit, la petite musique mélancolique, Yves Caumon tombe dans le piège d'un certain académisme « auteuriste » qui empêche un peu l'émotion de nous gagner. Pour le dire méchamment, Amour d'enfance séduit plus par ce qu'il n'est pas (psychologique, doloriste, naturaliste...) que par ce qu'il est vraiment. Autrement dit, les plans d'ensemble contemplatifs, la retenue ostensible du jeu d'Amalric, les silences soulignés tirent le film vers une certaine platitude un peu ennuyeuse.

Le sujet évoque pourtant des œuvres intéressantes, que ce soit celle de Nolot (l'arrière-pays) ou de Téchiné (le très beau La Matiouette). Mais il y avait chez ces cinéastes un lyrisme, une densité qui font un peu défaut au film de Caumon.

La mélancolie qui se dégage de l'œuvre a presque quelque chose de convenue et l'on aimerait que la mise en scène affiche plus d'ampleur, qu'elle soit plus « généreuse » avec ses personnages (la fin est tellement prévisible) ou qu'elle prenne des partis pris plus audacieux (quitte à rester dans la tristesse, pourquoi ne pas oser le tragique ou, du moins, un lyrisme plus prononcé ?)

Le spectateur se trouve alors ballotté entre quelques très belles scènes (j'aime beaucoup le personnage d'Odile, incarnée par une actrice que je trouve assez sublime, Lauryl Brossier, dont la présence a tendance à rehausser l'intérêt des scènes) et d'autres plus anecdotiques et un brin lourdingues.

C'est vraiment dommage car je le redis sincèrement : voilà un film que j'aurais aimé aimer...

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