Les ambitieux (2006) de Catherine Corsini avec Karin Viard, Eric Caravaca, Jacques Weber



De Catherine Corsini, j'avais plutôt bien aimé Les amoureux mais je ne l'ai pas revu depuis sa sortie et crains fort que le film soit un peu trop estampillé « jeune cinéma d'auteur des années 90 » (il faut dire que jeune cinéphile, j'aimais beaucoup ce type de films). En revanche, j'ai toujours trouvé La nouvelle Eve très médiocre et n'ai jamais compris l'engouement qu'avait pu susciter ce film très surestimé.

Je n'attendais donc pas grand-chose de ces Ambitieux où la réalisatrice retrouve son actrice fétiche Karin Viard.  Pour décrire la trajectoire d'un jeune écrivain ambitieux (Eric Caravaca) monté à Paris pour se consacrer à sa littérature et ses atermoiements amoureux avec une redoutable éditrice, la cinéaste fait preuve d'une certaine vitalité qui surprend plutôt agréablement. Lorsque Karin Viard va chez le coiffeur, elle pousse la porte puis sort immédiatement avec une autre coupe. C'est un détail infime mais l'on sent alors qu'il y a dans le film une recherche d'un tempo allègre et vif. Alors que la plupart des comédies françaises, qu'elles soient « populaires » ou « d'auteur », sont basées sur le dialogue, Corsini tente un peu de mise en scène. Oh ! Ce n'est pas mirobolant : le cadre est sans invention et la photographie plutôt banale. Mais il y a un petit effort dans le montage qui permet d'éveiller un peu l'attention du spectateur.

Malheureusement, le film ne présente pas grand intérêt dans son contenu : les situations sont assez convenues (on devine tout dix minutes à l'avance) et le comique repose sur des traits plutôt caricaturaux (on y fustige le parisianisme -forcément artificiel- pour l'opposer aux vraies valeurs provinciales. Ben voyons !). De plus, ça serait mentir que de dire qu'on rit beaucoup. Ce n'est sans doute  pas le seul objectif de la cinéaste mais l'aspect humoristique ne me semble pas franchement convaincant.

Voilà donc du cinéma de « grande consommation » : pas désagréable sur le coup mais dont il ne reste plus grand-chose dès la fin du générique. Si le résultat s'avère un peu supérieur à un quelconque téléfilm, cela tient sans doute à la qualité de l'interprétation.

Si Eric Caravaca ne m'a pas semblé extraordinaire (je le trouve assez fade), Jacques Weber incarne un animateur télé assez savoureux. Quant à Karin Viard, il s'est passé quelque chose de véritablement étrange. Pour être tout à fait franc, j'en ai tellement marre de la voir estampillée « actrice de génie » par Télérama que j'étais parti, avant d'avoir vu le film, pour l'égratigner. Eh bien avouons que je me suis mordu les doigts de tant de mauvaise foi car elle m'a totalement bluffé. Dans ce rôle pourtant pas facile d'éditrice mondaine égocentrique au possible, elle parvient à donner de la chair à un personnage qu'elle sait rendre aussi attachant qu'agaçant, beau et sensuel autant qu'égoïste et calculateur. Son énergie lui permet d'être aussi drôle qu'émouvante et c'est peu dire qu'elle tire sans cesse le film vers le haut.

La voir jouer est un vrai régal et rien que pour elle, on aurait presque envie de recommander un film sans charme particulier.

Un seul mot, donc : chapeau !

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