Je crois que je l'aime (2006) de Pierre Jolivet avec Sandrine Bonnaire, Vincent Lindon, François Berléand, Liane Foly, Kad Mérad



Sans doute est-ce une illusion mais il m'est arrivé de penser que Jolivet possédait, au début de sa carrière (Strictement personnel, Force majeure), un ton (à défaut de style) un peu singulier qui lui permettrait peut-être de devenir une figure attachante du cinéma français. Or sans jeter le bébé avec l'eau du bain (Ma petite entreprise est un film agréable), le cinéaste a vite rejoint ce fameux « ventre mou » du cinéma français, cette cohorte d'artisans capables de bricoler des produits manufacturés susceptibles d'intéresser les chaînes de télévision pour un éventuel « prime time » en se drapant dans un anonymat formel assez effrayant.

Sans IMDB, je serais bien incapable de me souvenir des titres de ses derniers films et j'avoue ne même plus me rappeler de la sortie de Je crois que je l'aime qui a pourtant, dixit Lindon, plutôt bien marché.

Le projet de Jolivet avec ce film était de réaliser une vraie comédie romantique à l'américaine. Difficile effectivement de faire scénario plus convenu : Lucas (Lindon) est un redoutable PDG tandis qu'Elsa (Sandrine Bonnaire) est une artiste qui réalise pour le compte de son entreprise une frise en céramique. Bagarre originelle, apprivoisement mutuel, coup de foudre, grosse dispute puis réconciliation finale, tel est le schéma inusable de ce type de comédie romantique que Jolivet reprend à son compte. 

A vrai dire, ce n'est même pas cette accumulation de stéréotypes qui gêne le plus. Après tout, nombre de grands classiques reposent sur les mêmes ficelles. Sauf que ce qui distingue un grand cinéaste d'un anonyme tâcheron, c'est sa capacité à donner du corps, de l'épaisseur à des schémas préétablis. Rendre vivant le mécanique, voilà ce qui pourrait être une bonne définition de l'artiste oeuvrant dans le cadre d'un genre bien déterminé.

Or Jolivet fait à peu près l'inverse. Non seulement il s'embarque sur des sentiers archi-battus mais il en rajoute dans le mécanique. Au lieu de cerner par petites touches les effets de la séduction et de la cristallisation de l'amour (ce que parvient merveilleusement à faire Woody Allen dans Vicky, Cristina, Barcelona), il opte pour des rebondissements purement mécaniques. Lucas annonce tout de go qu'il est amoureux d'Elsa (coup de force scénaristique), même à sa secrétaire, et tente de savoir si elle ne « cache » pas quelque chose. Il met alors sur le coup un roi de l'espionnage (savoureux, comme d'habitude, François Berléand) et donne le sentiment de tout contrôler.

C'est aussi le défaut du film : la passion a quelque chose de complètement mécanique et d'artificielle. Lucas tombe brusquement amoureux : c'est plus que plausible puisqu'il a Sandrine Bonnaire en face de lui. Ce qui l'est moins, c'est la façon dont il prévient tout le monde et son stratagème. Idem pour Elsa : Jolivet se montre incapable de mettre en scène le moment où elle « bascule » et devient moins insensible au charme du PDG.

Du coup, le spectateur ne voit plus que les stéréotypes et les coups de force du scénario. La facture du film est celle d'un téléfilm de luxe, sans la moindre idée qui permettrait aux personnages d'acquérir un peu de poids et d'existence (et ce ne sont pas les quelques passages de pures comédies où débarque le médiocre Kad Mérad qui sauvent l'entreprise).

Si je tiens à préciser que le téléfilm est « de luxe », c'est uniquement en raison de sa distribution. Outre l'excellent Berléand, le film repose sur une affiche assez intéressante. Pour ma part, je ne professe pas une grande admiration pour Vincent Lindon, acteur correct mais un peu prévisible. En revanche, Sandrine Bonnaire est merveilleuse. C'est amusant car ça fait un certain temps que je ne la suis plus du tout alors qu'elle fut l'une de mes idoles d'adolescence. Eh bien en découvrant ce film, j'ai réalisé que ce premier amour n'avait pas diminué en intensité et que le sourire de l'actrice me fait toujours autant fondre. La voir aussi radieuse m'a fait songer au film de Philippe Lioret Mademoiselle où elle était également merveilleuse. Je n'en ai plus grand souvenir et je ne suis pas un grand fan du cinéaste mais je crois me rappeler que ce cinéaste parvenait à réussir ce que Jolivet rate, à savoir offrir une vraie existence à des personnages stéréotypés et rendre émouvantes des situations convenues.

Encore une fois, c'est vraiment dommage car ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de voir la grande Sandrine sur un écran de cinéma...

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