Lost in translation (2003) de Sofia Coppola avec Bill Murray, Scarlett Johansson

 

 

 

Pour vous dire la vérité, ce blog a débuté il y a près de 14 ans. Non ! non ! je ne suis pas victime d’un soudain accès de fièvre et c’est bien dès mon plus jeune âge que je me suis mis a écrire quelques lignes sur les films que je visionnais. Oh ! rien de transcendant et mes notes se limitaient alors à quelques lignes atrocement rédigées (que celui qui vient de dire que ça n’a pas changé depuis sorte immédiatement !). Et comme je suis ce soir d’une humeur particulièrement flemmarde (le retour tant attendu de l’été, sans doute), je vous propose de faire un lien vers le blog antérieur à celui de Pierrot et de vous retranscrire ce que j’écrivais à propos du film de Sofia Coppola au moment de sa sortie :

 

 

«  Bob (Bill Murray) est un vieil acteur raté. Son couple part à la dérive et il ne trouve rien d’autre à faire qu’une pub pour le whisky qu’il part tourner au Japon. Là-bas, il y croise Charlotte qui n’a que la moitié de son âge. Venue accompagner son mari photographe, elle se retrouve désœuvrée et s’interroge elle aussi sur ses sentiments. Le destin va se faire croiser ces deux paumés.

Sofia Coppola nous avait déjà ébloui avec son premier film Virgin suicides. Même si ici le récit est fort différent, la problématique est la même : comment trouver sa place pour un individu au sein d’une structure étouffante (familiale, sociale…) à laquelle il n’est pas adapté. Les cinq filles de Virgin suicides ne pouvaient pas vivre sous le joug d’une mère autoritaire. Ici, c’est deux individus qui tentent de surmonter leur décalage par rapport à une société à laquelle ils ne comprennent rien.

 

 

Lost in translation est un grand film sur le décalage : décalage horaire (les personnages semblent toujours fatigués, dans un état de semi-hébétude…), décalage par rapport à une langue inconnue, décalage par rapport à une société dont ils ne connaissent ni les us, ni les coutumes. La cinéaste n’y va pas de main morte sur les clichés liés au Japon (néons, jeux vidéos, massages exotiques, jeux télévisés stupides…) mais elle les détourne de façon élégante en n’en faisant justement que des images perçues par des regards occidentaux. Ce qui nous vaut des moments absolument hilarants où Bob se retrouve confronté à des situations qui le dépassent totalement. Il est grand temps ici de saluer le talent du meilleur acteur américain d’aujourd’hui : Bill Murray, totalement irrésistible avec son air désabusé et sa façon de rendre un gag à la fois drôle et touchant.  Car si Lost in translation est une comédie brillante, totalement aboutie, son vrai sujet est plus mélancolique. Il s’agit d’une variation sur le thème d’In the mood for love : la naissance d’un amour  platonique mais passionné, éphémère et impossible. Il y a une grande mélancolie dans ce film où les instants de bonheur (il y en a !) sont d’emblée voués à leur fin. Il n’y a de toute façon pas d’avenir possible pour Bob et Charlotte. Il faut donc savourer un présent trop court. Avec cette façon qu’elle a de suggérer l’implacable fuite du temps, Sofia Coppola hisse son film au rang des beaux mélodrames de Demy, de Sirk, de Wong Kar-Wai. On dit d’un deuxième film qu’il est souvent plus difficile à réussir que le premier (il faut confirmer les espoirs et les attentes) : Sofia Coppola passe ce cap avec un brio indéniable. »

 

 

Mhouais ! La paresse est mauvaise conseillère car je trouve cette notule très pauvre. J’ajouterais bien aujourd’hui quelques mots sur la performance de la belle Scarlett Johansson (vraiment parfaite), sur la mise en scène élégante et évanescente de la Miss Coppola et je retirerais le nom de Douglas Sirk dont les mélodrames mettent en jeu des situations violentes, des sentiments exacerbés, des passions brûlantes alors qu’ici, tout est affaire de non-dit et de retenue (idem pour Demy) .

Reste que pour son ambiance si bien rendue, pour la justesse de certains détails, de certains gestes (Bob attrapant le pied de Charlotte avant de s’endormir), pour son humour et cette façon de capter les sentiments les plus impalpables ; Lost in translation reste pour nous un film précieux…

 

 

 

 

 

Retour à l'accueil