Vendredi 8 mai 2009

Fais-moi plaisir ! (2009) de et avec Emmanuel Mouret et Judith Godrèche, Frédérique Bel, Danny Brillant


Après vous avoir abandonné quelques temps, me voilà de retour avec une avant-première : qu'on n'aille pas me dire que je ne prends pas soin de vous !

Fais-moi plaisir !, le dernier opus d'Emmanuel Mouret (sortie prévue en salles : fin juin) n'étonnera aucunement les familiers des œuvres d'un cinéaste que je trouve de plus en plus attachant. Une fois de plus, on retrouve cette petite musique si particulière qu'il arrive à faire entendre de films en films : même héros masculin décalé et gauche (toujours joué par lui-même), même frontalité théâtrale de la mise en scène (ce qui n'empêche aucunement d'habiles jeux de cadrages et un montage dynamique), même intérêt pour le malentendu amoureux et les aléas du désir...

Ariane (la toujours très piquante et excellente Frédérique Bel) est persuadée que son mari Jean-Jacques (Emmanuel Mouret) fantasme sur une autre femme. Afin de ne pas empoisonner leur vie de couple, elle lui propose de concrétiser une fois l'aventure et de passer à autre chose. Jean-Jacques se rend donc à une soirée organisée par Elisabeth (Judith Godrèche, qu'on retrouve ici dans un registre fantaisiste qui lui sied à merveille : elle est à la fois totalement craquante et d'une drôlerie constante) qui va l'entraîner dans diverses mésaventures...


Avec Fais-moi plaisir !, Mouret pratique l'art de la fugue avec une vraie maestria. C'est d'abord au sens musical du terme qu'il faut entendre le mot « fugue », le film se composant de trois mouvements (Jean-Jacques et Ariane, Jean-Jacques et Elisabeth puis Jean-Jacques et la petite domestique - sublime Déborah François-) dont les enchaînements sont réglés comme du papier à musique. Le caractère rigide la construction narrative est, une fois de plus, allégé par la manière dont cinéaste « humanise » ces schémas très « mécaniques » de la comédie. La partition n'a rien de très « originale » mais c'est la manière dont le cinéaste l'interprète qui lui donne toute sa saveur.

Le comique de Mouret prend également une ampleur qu'on ne lui connaissait pas vraiment, si ce n'est peut-être dans Changement d'adresse. Ici, le registre de la comédie sentimentale souriante se double d'une vraie tentative burlesque.

Dans un premier temps, Fais-moi plaisir débute comme une comédie à l'américaine, construit autour du thème du désir et de sa frustration. On songe à Hawks (Allez coucher ailleurs) ou au film méconnu de Douglas Sirk (no room for the groom) en voyant cet homme qui ne parvient jamais, pour diverses raisons que je ne dévoilerai pas, à assouvir son désir sexuel.

Dans sa partie centrale, Fais-moi plaisir ! rend un hommage évident à La party de Blake Edwards. Tel Peter Sellers, Mouret se retrouve dans une réception dans la haute société et doit affronter un tas d'objets malveillants qui nous vaudront des scènes absolument tordantes, notamment avec un vase et un ministre japonais ou encore un rideau. Chaque espace (l'ascenseur, les toilettes...) regorge de pièges et devient une mine de gags que je vous laisse découvrir. Le miracle, c'est qu'en s'inspirant d'un tel modèle, Mouret parvienne à ne pas démériter. Le burlesque à la française est suffisamment rare pour qu'on salue avec panache cette tentative très réussie.

La troisième et dernière partie est peut-être un peu moins « drôle » mais elle donne tout son sens au film en lui conférant une épaisseur sentimentale que je trouve, au final, assez émouvante. Mouret reprend un peu les thèmes d'Un baiser s'il vous plaît en montrant les desseins sinueux du désir et en dévoilant les malentendus qui constituent le cœur de toute relation amoureuse. Le film ne sortant que dans plus d'un mois, je n'ai pas envie de développer plus avant cette question afin de vous laisser la surprise mais, par petites touches, le cinéaste parvient une fois de plus à rendre humaines toutes ces situations assez téléphonées.

Les maladresses et hésitations de Jean-Jacques deviennent les nôtres et expriment assez bien ce malentendu permanent du sentiment amoureux, cette manière que nous avons de ne pas trouver les mots au bon moment, cette idée que les choses auraient pu être autrement et que le principe de la « séduction » n'a rien de tangible, qu'il peut se réduire à un petit mot magique...

Sous ses allures de petite comédie sans prétention, Fais-moi plaisir ! parvient à parler de manière assez juste de ce que peut-être le désir amoureux aujourd'hui. Entre les Ch'tis et OSS, réservez une petite place pour une comédie fine et drôle qui s'avère être l'une des plus jolies surprises que le cinéma français nous ait réservé depuis un bon bout de temps...

Par Dr Orlof - Publié dans : Avant-première
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Commentaires

Mazette ! Ca donne envie !
Commentaire n°1 posté par Joachim le 08/05/2009 à 17h50
Moi qui ai un mal fou avec les films français, je vais me laisser tenter sur tes conseils, merci de me redonner l'envie d'y croire !
Commentaire n°2 posté par losfeld le 09/05/2009 à 14h35
Tu arrives à supporter la piche, Godrèche ?
Commentaire n°3 posté par Julien le 10/05/2009 à 23h07
Pas du tout fan de Mouret au départ et notamment Lucie Faire m'avait horripilé...
Mais Changement d'adresse et Un baiser s'il vous plait m'ont complétement enchanté...
Je pense que je serais partant pour celui ci au vu de ce que tu en dis !
Et je suis super fan de Frédérique Bel,  en plus !
Commentaire n°4 posté par Foxart le 11/05/2009 à 00h12
Haha, merci pour les commentaires. Content de vous avoir donné envie. Foxart : le film est dans la droite lignée de Changement d'adresse et Un baiser, s'il vous plaît. Et s'il te faut un dernier argument pour te convaincre, sache que non seulement Frédérique Bel y joue excellemment mais que Mouret a, en plus, le bon goût de la déshabiller. Je pense que tu apprécieras :)

Julien : oui, j'avoue que je n'ai jamais rien eu contre Judith Godrèche et que je la trouve dans ce film, à la fois remarquable et craquante à souhait. Qu'as-tu contre elle?
Commentaire n°5 posté par Dr+Orlof le 11/05/2009 à 18h08
Frédérique Bel déshabillée !? Quand est-ce que tu dis que ça sort ?
Commentaire n°6 posté par Vincent le 11/05/2009 à 22h07
Euh... Frédérique Bel à poil... mouais... euhhhh comment dire... ?

Pas mon genre... lol

Mais j'ai bien aimé Hugh Jackman dans Wolverine si tu vois ce que je veux dire lol
(Même si je n'en dirais pas autant du film...)
Ou le jean "moule beeeep" de James Franco dans Harvey Milk, pour être parfaitement clair lol

Mais me voila partant pour ce nouveau Mouret quoiqu'il en soit...
Commentaire n°7 posté par Foxart le 11/05/2009 à 23h34
Je trouve qu'elle respire la picherie, qu'elle est creuse, qu'elle ne dégage rien. Elle joue sur un ou deux registres, pas plus. Elle fait partie des actrices qui me gachent un film... Ce sont des choses qui arrivent, c'est l'épiderme qui réagit...
Commentaire n°8 posté par Julien le 12/05/2009 à 21h23
film très drôle, peut-être le meilleur de Emmanuel Mouret, qui excelle dans le genre.
Commentaire n°9 posté par benoit le 03/07/2009 à 10h51
Je crois que finalement, ce que je préfère, dans ce film, c'est comment dans sa dernière partie, le burlesque (que j'ai trouvé parfois un peu convenu avec les Japonais et un peu endormi dans la "party") vire à l'onirisme (l'appartment improbable où habite Deborah François), jusqu'à la très belle balade nocturne et sentimentale, pour le final. Quoi qu'il en soit, film après film, la maîtrise tranquille de Mouret comme son art et son air de ne pas y toucher me ravissent et m'impressionnent à chaque fois. Peut-être me dis-je à chaque fois: "le prochain va être super", peut-être espèrè-je qu'il franchira un palier, s'attelera à des projets plus complexes, mais c'est aussi sa modestie et son humilité artisanale qui, l'air de rien, lui donnent sa stature et son étoffe qui commence à prendrent une sacrée épaisseur. En somme, une suite de "petits films très réussis" qui valent finalement bien mieux que des "tentatives ambitieuses mais à moitié abouties". Et puis, son grand thème étant la fidélité, on ne peut lui reprocher sa fidélité à son style et à son écriture qui permet aussi d'infinies variations et redécouvertes de ce que l'on croyait connaître (comme dans le couple, en somme).
Et puis, toi qui admires "Coeurs", j'y ai aussi trouvé quelques voisinages (l'appartement du couple avec deux portes, à la fois uni et divisé, l'atemporalité discrète des décors et des costumes)... 
Commentaire n°10 posté par Joachim le 05/07/2009 à 10h46
Joachim : même si je te sens un poil moins enthousiaste que moi, je suis entièrement d'accord avec ton analyse. J'aime la modestie de Mouret, la manière dont il trace vaille que vaille une voie qui lui est propre et qui s'affirme de films en films. Je suis persuadé que son oeuvre vieillira très bien et qu'elle s'affirmera de plus en plus quand on la regardera retrospectivement.
Pour ma part, à l'instar de Benoît, j'ai trouvé la partie burlesque très réussie. Même si les gags sont classiques, ça faisait longtemps que je n'avais pas tant ri au cinéma. Et j'aime toujours autant la manière dont le cinéaste parvient à polir l'aspect "mécanique" du rire par une analyse du sentiment amoureux que je trouve toujours très fine (derrière sa modestie). J'attends le nouveau Podalydès avec impatience mais, pour moi, Mouret est l'auteur de comédie qui me séduit le plus en ce moment...
Commentaire n°11 posté par Dr Orlof le 05/07/2009 à 19h32

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