La planète des singes (1967) de Franklin J.Schaffner avec Charlton Heston

 

 

Les plus fidèles de mes biens-aimés lecteurs, ceux qui me suivent vaille que vaille depuis le début de ce journal virtuel, savent que je n’ai qu’un goût très modéré pour la science-fiction, Charlton Heston et les quadrumanes (ça, vous ne le saviez peut-être pas donc je vous l’apprends. Précisons toutefois que nous estimons bien plus les valeureux représentants de la race simienne que le Pontifex Maximus de la libre-vente des armes ! Sans doute parce qu’il y a plus d’humanité et d’intelligence dans leurs regards que dans les yeux de bœuf assouvi de Ben Hur !)

Bref, n’ayant vu qu’un film de Franklin J.Schaffner (Que le meilleur l’emporte. Aucun souvenir même s’il semble  que j’aie aimé le film à l’époque); c’est sans le moindre enthousiasme que je m’apprêtais à découvrir ce grand classique de la SF (j’avais du le voir tout gamin mais il ne m’en restait aucun souvenir). Surprise ! Le film est non seulement très bien mais il n’a pas pris une ride. C’est ce que je vais tenter de vous démontrer dans les lignes suivantes lorsque j’aurai fini de me dépatouiller avec des transitions lourdes comme les jeux de mots du professeur Lacan.

 

 

Nous y voilà. Le film date de 1967. 2001 de Kubrick de 1968. Si les deux films n’ont pas grand chose en commun (on peut toutefois observer une réflexion commune sur le devenir de la civilisation humaine), ils illustrent assez bien un certain nombre de questions propres à l’époque. D’où peut-être le côté très sérieux de cette SF qui repose de toutes les gnôleries au second degré actuelles. Cela ne veut pas dire que la planète des singes soit dénué d’humour (au contraire) mais les thèmes abordés par le film sont « adultes » et ne s’adressent pas qu’à des ados attardés usant leurs yeux à longueur de journée devant les jeux vidéos et leur écran d’ordinateur. On retrouve dans cette adaptation du livre de Pierre Boulle une inquiétude que l’on peut aisément raccrocher à cette crise de civilisation que connaît le monde occidental à la fin des années 60 (guerre du Vietnam, révoltes étudiantes, remise en cause du capitalisme et de la consommation à outrance…).

 

 

Avant de poursuivre, je me permets une petite parenthèse à l’attention des individus ayant été propulsés quelques millénaires dans un vaisseau spatial et qui n’auraient aucune idée du « pitch » (de la « brioche », comme dirait mon ami le Dr Devo) du film.

Trois astronautes sont envoyés en mission aux confins de l’univers et débarquent, 2000 ans plus tard, sur une mystérieuse planète désertique. Ils découvrent alors une civilisation primitive de type humain (personne ne parle) et se rendent compte qu’elle est sous le joug d’une race de singes beaucoup plus évoluée. Les quadrumanes (que nous appelons ainsi eu égard les conventions actuelles mais qui, en l’occurrence, sont des bipèdes) pourchassent nos aventuriers et font prisonnier Taylor (Heston). Le sort de ce dernier va intéresser deux savants simiesques lorsqu’ils se rendent compte que cet homme est capable de raisonner et même de parler…

 

 

La planète des singes se veut d’abord une fable. En renversant de manière ironique les rôles (les singes ne croient pas en l’évolution des espèces mais en leurs Saintes Ecritures, ils n’imaginent pas descendre de l’homme…), Franklin J.Schaffner rejoue la carte de l’opposition entre la science et l’obscurantisme en ayant l’intelligence de ne pas forcer le trait (la fin nous prouvera que si certains singes cherchent à tenir le reste de la population dans l’ignorance, c’est pour éviter de la pousser à la folie destructrice des humains qui a conduit le monde à sa perte). Philosophiquement, ça ne pisse pas bien loin mais c’est assez agréable et assez amusant de voir les comportements absurdes de l’homme singés (c’est le cas de le dire !) de cette manière.

Plus que le fond, c’est surtout la forme qui tient le coup. Le film de Schaffner est superbement mis en scène. Pour l’époque, le film a du bénéficier d’un budget colossal mais le cinéaste a l’intelligence d’éviter toute surenchère et de mettre ces moyens au service d’un projet réellement artistique. Il utilise à merveille les décors somptueux dont il dispose. Sa manière de filmer en plan d’ensemble les grands espaces désertiques rappelle les westerns de l’âge d’or. La première apparition des singes, en ombres fugitives, à l’instar des indiens attaquant une diligence, est absolument superbe et reste un modèle de découpage. On se souviendra également longtemps du sidérant plan final.

Tout est à l’avenant : le cadre, donc ; mais également la photo et la fameuse musique de Jerry Goldsmith sont impeccables.

 

 

Cet ensemble de choses contribue à faire de la planète des singes le classique qu’il est, à juste titre, devenu…

 

 

 

 

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