Le manoir de la terreur (1980) d’Andrea Bianchi

 

 

 

Autant vous prévenir d’emblée, outre l’idée de détournement, il va également être beaucoup question de morts-vivants en ce début d’année 2007 puisque mon cher Boulet m’a offert un beau coffret avec quelques pépites bis italiennes (Bianchi et Fulci) avant de réaliser que ce n’était sur celui-ci que j’avais jeté mon dévolu. Du coup, grand prince, il a surenchérit en m’offrant aussi la trilogie de Romero (celle là même que je convoitais).

Au royaume des bouchers-charcutiers transalpins, je vous demande d’accueillir aujourd’hui un nouveau venu en la personne d’Andrea Bianchi (premier film que je vois de ce cinéaste). En consultant mes archives, j’ai pu constater que ce n’est pas l’horreur sanguinolente qui a fait la renommée (si tant est qu’on puisse parler de « renommée » à propos de Bianchi) de notre homme mais plutôt la comédie polissonne (la collégienne prend des vacances) et les salingueries soft ou hard (les besoins de la chair). Notons que la plupart de ses films X sont signés d’un pseudonyme totalement transparent : Andrew White (je suppose que s’il avait tourné en France, il se serait fait appeler André Blanc !).

D’une certaine manière, son œuvre se rapproche de celle de Joe d’Amato (en moins prolifique) et il était dit qu’en bon cinéaste « bis », il devait faire son baptême d’hémoglobine.

 

 

 

Le scénario du Manoir de la terreur, d’une rigueur toute durassienne, tient en une ligne. Un savant invite trois couples dans sa vaste demeure pour les tenir au courant de ses recherches sur les Etrusques et leur manière de ressusciter les morts. Sauf que pour des raisons que nous continuons d’ignorer, il met en branle un processus qui fait revenir à la surface de belliqueux zombies. Le reste se réduit à une course-poursuite où nos jeunes gens tentent tant bien que mal (soyons franc : plutôt mal) d’échapper au carnage…

Que serait la série Z sans ses incohérences, ses dialogues qui laissent pantois, ses maladresses ? L’amateur pervers trouvera ici de quoi se réjouir : lorsqu’un zombie attaque pour la première fois un couple, l’homme ne trouve rien de mieux que de prononcer doctement un surréaliste « je suis terrorisé » sans esquisser le moindre geste !  De la même manière, j’imagine que si vous vous retrouviez face à un mort-vivant atrocement défiguré et plein d’asticots sur le visage ; vous auriez une autre idée que de lui demander : « Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous voulez ? ». C’est pourtant ce que demande l’un des jeunes premiers !  Et pour terminer, alors que le manoir est assiégé par les morts-vivants et que de nombreux morts sont déjà à déplorer, un des membres prend une décision stratégique (Clausewitz, où es-tu ?) qui m’a paru un brin légère : « ouvrons-leur, ce n’est pas nous qu’ils recherchent et ils sont lents » ! (ce qui n’est d’ailleurs pas forcément vrai car si certains semblent se déplacer sous prozac, d’autres font preuve d’une vivacité peu commune pour des cadavres en décomposition !).

 

 

 

Vous l’avez compris, le scénario est bête à pleurer. Ceci dit, nous répétons sans arrêt qu’un film ne vaut pas pour son « histoire » mais par la manière et le style utilisés par le cinéaste pour la faire vivre. Ici, force est de constater que la mise en scène se contente de suivre paresseusement le déroulement du programme « gore » minimum. Quelques beaux plans, bien cadrés, n’arrivent pas à faire oublier un montage souffreteux qui peine à imprimer un rythme.

 

 

 

Ces réserves faites, pour peu qu’on ne soit pas totalement allergique aux boucheries bien répugnantes, le film se laisse voir sans ennui et n’est pas si mauvais que je le craignais. Bianchi respecte assez bien la gratuité totale du cinéma « gore » (éviscérations multiples, égorgements, décapitations à la faux, têtes de zombies explosées à coup de fusil…)  en conservant un certain sérieux dans la lignée de Lucio Fulci. Quand aux maquillages des morts-vivants, ils sont assez réussis et bien répugnants comme il le faut.

Une des choses qui m’amuse désormais le plus (je suis un peu blasé du cinéma « gore »), c’est de voir jusqu’où tout ces cinéastes italiens vont oser aller. Au tournant des années 80, il y a eu une véritable compétition pour filmer les pires atrocités, pour être le plus répugnant. Lucio Fulci nous a offert quelques énucléations peu ragoûtantes ; Deodato, des dépeçages animaliers totalement repoussants (Cannibal holocaust) ;  Lenzi, deux castrations pour le prix d’une dans le délicat Cannibal Ferox avant que Joe d’Amato filme un anthropophage dévorant un fœtus après l’avoir extirpé du ventre d’une femme enceinte ! Miam ! On se demande alors ce qu’il restait à Bianchi et bien il a trouvé en introduisant dans son récit un brin de psychanalyse et un complexe d’Œdipe non résolu. L’une des héroïnes (assez splendide) est venue au manoir avec son fils. Celui-ci a la particularité d’avoir le visage d’un vieillard et ressemble un peu au petit bonhomme qu’on voit souvent dans les films de Lynch (je ne me souviens pas du nom de l’acteur). Le fiston surprend d’abord sa mère en train de faire l’amour (aïe !) puis se montre très pressant dans une scène assez troublante puisque la mère ne le repousse qu’une fois les seins à l’air et la robe retroussée jusqu’en haut des cuisses. Devenu zombie, notre petiot revient à la charge tandis que sa maman, tellement contente de le retrouver, lui laisse le loisir de téter. On devine ce qui advient : le petit monstre mord et arrache en gros plan le téton de sa génitrice (c’est pas bien beau comme mot, mais il faut bien trouver des synonymes pour ne pas vous lasser !).

Voilà, voilà ! Sur ces réjouissances, je vous souhaite un bien agréable réveillon (bon appétit, surtout !) et je vous donne rendez-vous l’année prochaine pour un petit bilan de l’année 2006…

 

 

 

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