Lancelot du lac (1974) de Robert Bresson avec Luc Simon, Humbert Balsan

Mes précédentes notes consacrées à Bresson ont pu vous induire en erreur : je ne suis pas un fan absolu de ce cinéaste même si j’aime énormément les films qu’il a tournés pendant les années 60 (au sommet de la crête, ces quatre chefs-d’œuvre que sont Pickpocket, le procès de Jeanne d’Arc, Au hasard Balthazar et Mouchette mon préféré).
Les films antérieurs (les «classiques » du style les dames du bois de Boulogne ou Le journal d’un curé de campagne) m’impressionnent et me touchent moins même si je ne nie pas leur valeur. Par contre, je suis plus réservé pour les films postérieurs et je n’aime pas du tout un film comme Le diable probablement, fable moralisatrice et lamentablement prêchi-prêcha. Depuis hier, Lancelot du lac a rejoint ce dernier titre dans la catégorie des films de Bresson que j’estime ratés.
Connaissant Bresson, je me doutais qu’il ne fallait pas s’attendre à une adaptation spectaculaire des aventures merveilleuses du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde. Après tout, tant mieux :  nous ne goûtons guère les kitscheries grandiloquentes à la John Boorman (Excalibur). Le problème, c’est qu’il y a quand même des scènes «d’action » et les premiers plans durant lesquels se déroule un combat de chevaliers font immédiatement penser à … Monty Python, sacré Graal (en moins drôle). C’est dire si ça jette un froid sur un film «sérieux » et austère !
La suite ne fait que confirmer la première impression : le récit que Bresson choisit de porter à l’écran est totalement anémié. Lancelot revient après avoir échoué dans sa quête du Graal et le film se concentre sur sa relation avec la reine Guenièvre qui veut le retenir auprès d’elle pendant un tournoi. Lutiner la reine ou rester fidèle à son roi, telle est à peu près l’unique question que se pose ce film.
Je pense que le principal problème vient ici du matériau de base : autant Bresson est dans son élément lorsqu’il filme les derniers instants de Jeanne d’Arc ou lorsqu’il adapte Bernanos ; autant il est aussi à l’aise avec les chevaliers qu’un footballeur avec un livre de Thucydide entre les mains ! Autant son style est parfaitement adéquat aux parcours douloureux de la petite Mouchette ou de l’âne Balthazar, autant il apparaît ici totalement plaqué et incapable de répondre aux problèmes qui se posent devant un véritable film de «genre » (comment filmer un combat, un tournoi, des scènes de chevalerie ?). Le résultat est d’une totale platitude et d’un ennui sans nom.
Même le montage paraît ici moins tranchant et moins inventif : Bresson se contente d’offrir un plan au personnage qui parle et ne varie pas énormément les échelles et la composition de desdits plans (néanmoins, par sa manière de répéter toujours les mêmes plans lors de la séquence du tournoi -sans doute la meilleure du film- il parvient à forcer un peu l’attention). Ce qu’il pouvait y avoir d’intense et de bouleversant dans ce cinéma épuré devient ici raideur et caricature d’un style (c’est la première fois que le «jeu blanc » des modèles bressoniens me gêne).
Je ne tiens pas à m’acharner plus longuement sur ce film car je persiste à estimer Bresson et à le considérer comme un grand cinéaste. Néanmoins, si vous cherchez absolument à voir à l’écran un bon film tiré des écrits de Chrétien de Troyes, ruez-vous sur le merveilleux Perceval le Gallois de Rohmer, un film qui fait le pari de partis pris esthétiques radicaux et qui les tient jusqu’au bout. Le résultat est totalement inédit et réjouissant au possible…



 
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