The faculty (1998) de Robert Rodriguez avec Elijah Wood, Josh Hartnett, Salma Hayek

 

Il faut regarder les choses en face, même si le constat est amer : il est déjà possible de parler de bide retentissant à propos de mes deux dernières notes. Je m’aperçois donc que l’idée de voir Mathieu Amalric en érection ou Luc Moullet en pantalon afro ne vous a pas ému plus que ça ! Ô cruel et ingrat lecteur, voilà comment tu me remercies alors que je tente vaillamment de te tirer du grabat intellectuel sur lequel tu croupis ! A mon désir d’émoustiller ta curiosité, tu ne m’opposes que ton indifférence glacée ! N’as-tu pas saisi que j’essayais d’entamer un dialogue ? Je me doute que tu n’as peut-être pas eu l’occasion de voir ces films mais une petite remarque toute simple, du genre « de Luc Moullet, j’avoue préférer Anatomie d’un rapport à Genèse d’un repas » ou « Pierrot, je me pâme devant ton style lyrico-lubrique, sois mien ! » (je précise que cette option n’est valable que pour mes (très) rares lectrices !) te semble-t-elle vraiment au-dessus de tes moyens ?

Tu m’a déçu, lecteur chéri mon amour, mais j’ai compris la leçon : tu veux du lourd, des monstres gluants et des membres dépecés ! Eh bien tu vas être servi puisque je t’offre un peu de Robert Rodriguez.

Rodriguez, tu le sais, est le meilleur pote de Tarantino et ça doit bien être sa seule qualité. A part ça, je ne m’explique pas la renommée d’un tel tâcheron. Je n’ai pas vu beaucoup de ses films mais Desperado et Une nuit en enfer sont de tels étrons que cela m’a suffit à cataloguer le bonhomme dans la catégorie « poids lourd » en matière de navet.

Avec The faculty, il poursuit son chemin et réalise l’exploit de rivaliser en stupidité avec l’infâme Bernard Kouchner, ce qui n’est pas peu dire (encore que Rodriguez a le mérite, comparé à cet imbécile, de ne pas être dangereux !).

Nous voilà donc dans le cadre d’un film de campus avec tous les personnages caricaturaux ad hoc : côté cheptel féminin, la pom-pom girl décérébrée, la rebelle asociale et la jolie étrangère qui débarque d’une autre région (au cas où vous n’auriez pas vu le film, la reine des extra-terrestres, c’est elle ! Je vous en prie, ne me remerciez pas de vous avoir permis de vous dispenser de ce chef-d’œuvre !)  ; côté mâles, le bellâtre redoublant (l’insipide Josh Hartnett), la chétive tête de turc de l’établissement (le nabot E.Wood) et le sportif en mal de reconnaissance intellectuel.

Dans ce cadre hautement balisé, Rodriguez se permet un simili remake de l’invasion des profanateurs de sépultures (cité à de nombreuses reprises), les extra-terrestres ayant cette fois empruntés l’écorce corporelle des professeurs. Vous aurez beau me dire que ces poulpes gluants seront toujours moins effrayants qu’un quelconque Claude Allègre (je le concède), il n’en reste pas moins que ce n’est pas bien gentil de s’en prendre au corps professoral !

Sérieusement, le film est épouvantable. Ca pourrait être une sympathique série B (on songe au très réussi Hidden de Jack Sholder, assez similaire quant à son scénario) mais le film est réalisé en dépit du bon sens et boursouflé de tics contemporains (montage à la truelle, BO assourdissante, effets spéciaux laids, aucun sens de la narration ni du rythme…)

On parle toujours du tandem Tarantino/Rodriguez comme d’un duo de cinéphiles incollables. Si on peut l’admettre pour Tarantino, les références que donnent Rodriguez dans The faculty sont affligeantes. Ce n’est pas la série B des années 50 qui est citée mais les pires blaireaux du cinéma américain contemporain : Spielberg (pardon Vincent !), Emmerich ou Sonnenfeld !

Tout cela est d’une totale vacuité. On ne demande pas à un film de SF horrifique de nous éclairer sur les tréfonds de la nature humaine mais, sans même parler des diverses (et bonnes) adaptations de l’invasion des profanateurs de sépultures (signées Siegel, Kaufman et Ferrara), il faut se replonger dans ce chef d’œuvre de Carpenter intitulé They live (Invasion L.A). Il y était déjà question d’extra-terrestres vus par un tout petit groupe d’individus. Sur ce canevas de série B, le grand John réalisait un film politique percutant, véritable brûlot contre l’Amérique reaganienne.

Avec The faculty, il ne reste qu’un film de potache d’une grande sottise et même pas bien réalisé.

C’est dire si on a perdu au change…

 

 

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