L.A. Confidential (1997) de Curtis Hanson avec Kevin Spacey, Russell Crowe, Guy Pearce, Kim Basinger, Danny DeVito

 

Ce n’est pas la première fois que je vois un film tiré d’un roman mais revoir L.A.Confidential fut une expérience très curieuse car je viens tout juste de finir le livre d’Ellroy (j’en ai parlé ici) et le temps n’a donc pas encore estompé le souvenir vif de cette extraordinaire plongée noire dans le Los Angeles des années 50. Du coup, il me fut très difficile de me détacher du matériau originel et je n’ai pas pu m’empêcher de voir le film de Hanson comme une simple illustration édulcorée de l’œuvre d’Ellroy.

D’un autre côté, il me paraît difficile de jeter la pierre au cinéaste tant la fidélité à ce roman foisonnant est, malgré son découpage très cinématographique, littéralement impossible à moins de disposer d’une durée d’une dizaine d’heures permettant d’en retranscrire toutes les ramifications (on pourrait à la limite l’envisager comme une série mais il faudrait faire fi de toutes les conventions et censures télévisuelles !).

Pour décrire les aventures parallèles de trois flics du LAPD (le violent Bud White –R.Crowe-, le collaborateur de la presse à scandales Jack Vincennes –K.Spacey- et le jeune loup ambitieux Ed Exley –Guy Peace-) travaillant sur une affaire de massacre dans un café de nuit ; Hanson est obligé de trancher dans le vif du récit d’Ellroy et de ne garder que les grandes lignes de sa trame dont il ne s’éloigne qu’à la fin du film.

Ce qui faisait l’incroyable intensité du livre (la densité psychologique des personnages, leur ambiguïté, les liens inextricables entre lesdits personnages mais aussi ceux entre la pègre, les milieux du cinéma, le pouvoir politique et la police…) est réduit ici à une solide intrigue de film noir et un hommage au cinéma classique des années 50.

Hanson élimine notamment (ce n’est pas un reproche, je le redis, le contraire aurait été impossible à mettre en scène dans les limites d’un film hollywoodien de deux heures) un bon nombre de personnages et se concentre surtout sur une partie de l’intrigue d’Ellroy. Pour prendre quelques exemples qui ne seront parlant qu’à ceux qui connaissent le livre (pardon pour les autres), l’écrivain prenait soin dans un premier temps de ne pas confronter ses trois flics alors qu’ils sont d’emblée ensemble, malgré leurs rivalités, dans le film. Hanson escamote presque totalement la longue enquête de Vincennes sur les milieux du porno et recentre l’intrigue autour du massacre de « l’oiseau de nuit ». De la même manière, il occulte totalement les précédents familiaux d’Ed Exley. Son père, Preston Exley, occupe un rôle primordial dans le roman alors qu’il n’est pas dans le film.

Dans le film, le coéquipier alcoolique de White (Stensland) est tué lors de ce fameux massacre alors que chez Ellroy, il est poursuivi et envoyé à la chaise électrique par Ed Exley, d’où la haine de White pour ce jeune arriviste. On pourrait continuer à l’infini ce petit jeu des comparaisons, la manière dont Hanson rend anecdotique des personnages pourtant très importants (la mexicaine violée par les noirs à qui la police fait porter le chapeau de l’affaire) ou, au contraire, de donner à des personnages secondaires des rôles plus importants sans réelle nécessité (Buzz Meeks, Johnny Stompanato, truand qui exista réellement et qui défraya la chronique puisqu’il fut tué par la fille de sa compagne Lana Turner, l’adolescente voulant protéger sa mère des brutalités que Stompanato lui faisait subir. Hanson ne filme ce personnage que pour faire ce petit gag du flic qui traite l’actrice de pute en pensant avoir affaire à un sosie alors qu’il s’agit réellement de l’inoubliable actrice du Facteur sonne toujours deux fois et de Mirage de la vie).

L.A.Confidential, c’était une fatalité, n’a ni l’ampleur, ni la force du chef d’œuvre de James Ellroy. Pourtant, ça reste un film estimable et plutôt habile. Curtis Hanson n’a rien d’un grand cinéaste mais cette adaptation lui permet de retrouver un certain brio hérité du cinéma classique des studios. En rendant hommage à Hollywood et à ses stars disparues (Kim Basinger est parfaite en sosie de Veronica Lake), Hanson signe un honorable film « néo-classique ». Du point de vue de la mise en scène, le film est irréprochable : intelligence du découpage, soin accordé à la lumière, au cadre, à la photo un brin rétro mais juste ce qu’il faut, direction d’acteurs impeccable (Spacey est impérial et j’avais un peu peur au départ que Russell Crowe soit un peu fadasse dans le rôle de White mais il arrive à faire passer la violence sourde du personnage, cocotte-minute sous pression prête à exploser à chaque instant).

Les choix d’adaptation sont forcément réducteurs mais ils sont effectués de manière assez intelligente, Hanson sachant à la fois mettre en image brillamment des scènes qui sont chez Ellroy (la découverte du massacre de « l’oiseau de nuit », l’interrogatoire des trois noirs présumés coupables…) ou de retrouver quelque chose de l’écrivain même lorsqu’il retouche son récit (de ce point de vue, si la fin diffère complètement de celle du livre, Hanson parvient à en traduire une de ses dimensions importantes : que le jeune Exley commence à ressembler de plus en plus à son double inversé, Bud White).

Quiconque verra le film après avoir lu le livre sera sans doute un peu déçu, ou du moins frustré (avec Le dahlia noir, De Palma trahissait peut-être plus Ellroy en terme de « scénario »,  mais il était finalement plus audacieux et plus proche de l’écrivain qu’Hanson).

Voyez donc dans un premier temps le film agréable de Hanson, qui reste de la belle ouvrage classique ; puis n’hésitez pas à vous plonger dans le roman d’Ellroy qui, pour le coup, est une merveille absolue…

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