18 ans après (2003) de Coline Serreau avec André Dussollier, Roland Giraud, Michel Boujenah, Philippine Leroy-Beaulieu, Line Renaud

 

Il existe une catégorie de films dont je ne peux quasiment plus dire de mal tant lesdits films restent liés à une partie de ma vie. C’est le cas de Trois hommes et un couffin, que je n’ai pas revu depuis une éternité mais qui reste, avec l’effrontée de Claude Miller (même cas de figure) une de mes premières expériences des salles obscures lorsque j’avais 12, 13 ans. De plus, le film de Coline Serreau évoque pour moi également ces interminables journées d’été à la campagne chez mes grands-parents où nous trompions l’ennui, mes cousines et moi, en regardant en boucle la cassette de ce film.

Du coup, j’avoue n’avoir aucune envie de le revoir de peur d’être très déçu et d’effacer à jamais tous ces souvenirs. Et c’est d’autant plus vrai maintenant que j’ai vu l’affligeante suite qu’a donnée la cinéaste à son plus grand succès commercial. On voudrait ne pas être trop sévère en hommage au couffin originel et parce que Coline Serreau n’est pas quelqu’un d’antipathique (j’eus l’occasion de la voir lors d’une rencontre dans une salle où elle vint présenter la reprise de Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux) même si elle me paraît s’être un peu aigrie avec l’âge (j’ai de vagues souvenirs de quelques interviews très démagogiques).

Mais 18 ans après, c’est quand même indéfendable sur toute la ligne et l’on est même un peu gêné devant un objet aussi hideux et consternant.

Hideux parce que tourné en vidéo (l’un n’entraînant pas forcément l’autre : je vous renvoie à Inland empire) sans le moindre sens du cadre, du découpage, du rythme. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu un film aussi mal tourné « techniquement » (les raccords sont foireux, la cinéaste use de zooms qui font trembler l’image, la lumière est terne…).

Quand au scénario…Marie, le poupon du film précédent, a bien grandi et est devenue aujourd’hui une pulpeuse adolescente (c’est une jolie ronde, dirons-nous). Les trois papas sont toujours gâteau et  la câlinent comme lorsqu’elle était bébé. Après avoir obtenu le bac (comme tout le monde !), elle part en vacances avec sa mère (P. Leroy-Beaulieu) qui vit désormais avec un vieux beau américain et ses deux fils (un introverti boutonneux et un surfeur blond : appréciez le sens de la nuance !). Les trois pères iront vite rejoindre tout ce petit monde en villégiature…

Pauvreté des gags (l’adolescent ingrat qui se met à la musculation et aux cours de français), des situations (Marie tombe amoureuse du bellâtre mais finira, bien entendu, par succomber au charme de celui qu’elle n’avait pas remarqué dans un premier temps), mesquinerie vis-à-vis des personnages (nous allons y revenir), absence de conviction des comédiens (j’aime beaucoup Giraud et Dussollier mais ils semblent ici absents, incapables de défendre leurs rôles ineptes) et alignement de clichés éculés (la vieille gouvernante, interprétée par l’exaspérante Line Renaud, qui dévergonde les jeunes en les emmenant danser ou qui établit un rapport privilégié avec le jeune adolescent déboussolé…) : voilà à quoi se réduit, en gros, ce film.

Mais ce qui m’a sans doute le plus agacé, c’est la ringardise incroyablement « politiquement correcte » de ce film qui se permet parfois quelques  piques « engagés ». Revient alors en mémoire l’exécrable navet écolo de Serreau (La belle verte) et le spectateur de se dire que la cinéaste incarne parfaitement une certaine tendance de ces soixante-huitards venus de l’utopie et dont les idéaux ont tourné au vinaigre. Ce que je reproche à ces gens là, ce n’est pas d’avoir rêvé à 20 ans d’un monde différent (au contraire !) mais d’avoir trahi et bradé ces idéaux en échange d’une misérable place dans la société. 18 ans après suinte l’aigreur la plus rance, Serreau se contentant de taper sur les cibles les plus faciles (les bourgeois cathos de Neuilly) pour faire mine d’être toujours « de gauche » (les discours sur ATTAC et sur les alter  mondialistes sont à vous dégoûter pour toujours de ces mouvements !) tout en barbotant sans gêne dans le conformisme le plus répugnant (regardez dans quel type d’appartements et de villas évoluent les personnages !). C’est cela que j’appelle mesquinerie : cette manière de jouer les « rebelles » alors qu’on nage dans le pire catéchisme bien-pensant à la Philippe Val.

Ceci dit, ce n’est pas cette bêtise idéologique qui navre le plus dans le film, mais bel et bien son absence total de rythme et de sens de l’humour.

Je garde également un souvenir plutôt agréable de Romuald et Juliette : je ne sais pas si Serreau sera capable de renouer avec ce type de film…

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