Terrain d’entente (2005) de Peter et Bobby Farrelly avec Drew Barrymore, Jimmy Fallon

 

Au risque de passer pour un cuistre ou l’un de ces énièmes pseudo rebelles de la toile qui croient révolutionner la critique cinématographique en glaviotant sur le cinéma français pour lui préférer les nanars yankees boursouflés à la testostérone ; je vous avouerais que ce fut un grand soulagement de découvrir Terrain d’entente après l’affreux Palais royal ! et qu’au niveau comédie, il n’y a pas à tortiller : les franchouillauds sont laminés par les ricains !

Pour résumer la chose de la manière la plus simple : nous avons Mathilde Seigner, ils ont Drew Barrymore ! Tout est dit !

Mais essayons de pousser le parallèle plus loin. Terrain d’entente est la deuxième adaptation cinématographique du savoureux roman de Nick Hornby Carton jaune. « Adaptation » est un bien grand mot tant les Farrelly n’ont retenu du livre que l’idée de base (comment concilier ses obligations sociales et affectives lorsqu’on est dévoré par la passion du football en général et supporter de l’équipe d’Arsenal en particulier ?) pour en faire une comédie sentimentale assez classique.

Notre héros dévient ici un absolu passionné de base-ball (sport plus parlant pour les américains que le foot) et un fervent supporter de l’équipe des Red Sox. Jusqu’au jour où une belle femme d’affaires déboule dans sa vie et l’oblige à faire des choix…

Le scénario n’a rien de bien original et les frères Farrelly ont plutôt édulcoré l’aspect obsessionnel de Carton jaune qui poussait le narrateur à préférer voir son match plutôt que d’assister à l’accouchement de sa femme ! Les cinéastes jouent ici plutôt sur l’aspect sentimental en avançant la question des concessions qui doivent être accordées au sein d’un couple.

Moins drôle et régressif que leurs grands films (Dumb and dumber, Fous d’Irène), Terrain d’entente s’avère néanmoins fort estimable et se regarde avec un grand plaisir. D’où cette volonté de comparer avec la médiocrité générale de la comédie à la française et de s’interroger.

Mise en scène ? Même pas : le film a beau être soigné, il est d’une facture anonyme et les Farrelly ne sont ni Resnais, ni Orson Welles.

Alors quoi ? Premièrement, un rire sans doute plus franc. En France, on ne sait plus rire alors on ricane. Chez Lemercier (on me pardonnera de prendre cet exemple mais c’est la dernière comédie française en date que j’ai vu. Ne voyez pas là un acharnement puéril), l’humour est extrêmement mesquin et pas franc du collier. Chez les Farrelly, le rire est parfaitement sain, même lorsqu’ils se risquent aux gags infantiles et régressifs. Il y a une joie enfantine de rire et de faire rire que l’on retrouve dans cette scène tordante où J.Fallon nettoie le vomi de Drew Barrymore qui le voit dans un semi coma récurer ses toilettes et…brosser les dents du chien qui a été lécher tout cela !

Deuxièmement, il y a une capacité chez les américains à faire exister tout de suite de véritables personnages. Alors qu’importe ensuite quelques épanchements sentimentaux un brin convenus : on aime d’emblée tous les individus qu’on croise, même lorsqu’ils sont un peu ridicules. Citez moi un personnage sympathique chez Lemercier ? La princesse bien-aimée est une manipulatrice et une reine du cynisme, la famille royale est composée d’hypocrites et de faux culs et même le populo est raillé (ce plan récurrent d’un vieux couple de français moyens qui suivent les affaires princières, abrutis devant leur poste de télé).

Chez les Farrelly, tous les personnages sont beaux ou, du moins, se voient accorder une chance d’exister un instant à l’écran. On frissonne de l’image qu’aurait pu donner un cinéaste français d’un prof de maths (tous des feignasses de grévistes, sans doute !), supporter de base-ball qui plus est ! (donc : gros beauf). Or si notre bonhomme, avec ses obsessions adolescentes, peut parfois se transformer en gros blaireau, il a aussi des qualités. De la même manière, l’arriviste aux dents longues ne donne pas lieu à la caricature attendue avec ce type de personnage.

Chez les Farrelly, même l’humour le plus graveleux est toujours fin.

Troisièmement, les cinéastes n’attaquent pas frontalement les piliers de la société mais ils savent rire des conventions et des codes qui séparent les individus. Lui a d’abord l’image peu reluisante socialement du supporter fanatisé tandis qu’elle véhicule le cliché de la « working girl » hautaine, esclave de son téléphone portable (la plus puissante des laisses contemporaines !). Au bout d’une heure quarante cinq, nous aurons appris à faire fi de ces caricatures et à apprécier ces gens malgré leurs « défauts ».

Ca n’a sans doute rien de révolutionnaire mais ça fait du bien et c’est toujours bon à prendre…

 

NB : Cette note doit beaucoup au souvenir d'un très beau texte d'Hyppogriffe (ici). J'espère que l'intéressé me pardonnera l'inélégance de ne pas l'avoir cité plus tôt...

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