Lundi 5 novembre 2012 1 05 /11 /Nov /2012 18:56

Le quai des brumes (1938) de Marcel Carné avec Jean Gabin, Michèle Morgan, Michel Simon, Pierre Brasseur, Robert Le Vigan

Version restaurée en salles à partir du 31 octobre 2012 (Editions Carlotta).

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Apogée du « réalisme poétique », Le quai des brumes est un film qui ne manque pas d'atouts sur le papier. On y trouve effectivement une distribution de prestige : un face à face entre les deux plus grandes stars du cinéma français de l'époque (Gabin et Simon : mon cœur penchant volontiers pour le second) auxquels on a adjoint une jeune première de talent (Michèle Morgan) et de grands comédiens tout court (Brasseur, Le Vigan). Par ailleurs, le film est une adaptation d'un roman de Pierre Mac Orlan et les dialogues sont signés Jacques Prévert. Inutile de redire que c'est dans ce film qu'on entend l'une des répliques les plus fameuses de l'histoire du cinéma français (« t'as de beaux yeux, tu sais »).

En plus de tout ce beau monde, Quai des brumes bénéficie également d'une direction artistique impeccable : musique de Maurice Jaubert (qui travailla avec Vigo et Duvivier), magnifiques décors d'Alexandre Trauner, etc.

Et pourtant, même si je reconnais volontiers les qualités du film de Carné (qui signe là l'un de ses meilleurs films), je dois avouer humblement que ce cinéma ne me touche pas. Peut-être parce qu'à l'inverse de son peintre (incarné par Le Vigan) qui « peint les choses cachées derrière les choses », le cinéaste reste en surface et se contente d'illustrer son scénario. Ce que ces « choses cachées derrière les choses » pourraient suggérer comme ambiguïté et profondeur nichées au cœur de l'âme humaine se changent en une espèce de fatalisme cousu de fil blanc (de « fil noir » devrions-nous dire tant Carné et Prévert se complaisent dans une vision totalement noircie de l'humanité) où les personnages sont typés une fois pour toute : d'un côté, les tourtereaux qui croient en l'amour ; de l'autre, cette saleté d'être humain avec son lot de militaires (j'admire le pacifisme de Prévert mais il ne passe pas forcément très bien au cinéma), d'êtres malsains, cupides, violents, stupides et manipulateurs (avec deux bons exemples joués par Simon le pervers et Brasseur le veule).

Ce manichéisme un peu simpliste se joue sur un fond de pavés mouillés, de brume sur le port et l'on frise souvent le lieu commun (d'un autre côté, force est de reconnaître que Carné et Prévert ont su immortaliser ces archétypes).

Quai des brumes

Si l'on suit avec intérêt les aventures de ce déserteur qui cherche à s'enfuir à bord du bateau vers le Venezuela et qui rencontre une belle jeune femme qui cristallise autour d'elle les passions (de son « tuteur » Michel Simon et de la petite frappe qu'incarne Pierre Brasseur) ; on regrette que Marcel Carné se contente souvent d'illustrer un scénario solidement charpenté et des dialogues très bien écrits mais qui paraissent un peu artificiels lorsqu'ils sont dits (on n'entend aujourd'hui plus que le « bon mot » préparé longuement à l'avance. Par exemple : « mieux vaut avoir cette tête là que pas de tête du tout »!).

 

Alors bien sûr, on va me dire que le film a été tourné en 1938, à la veille de la seconde guerre mondiale et qu'il reflète un certain état d'esprit de cette époque morose (il fut d'ailleurs interdit car jugé « immoral, déprimant et fâcheux pour la jeunesse »). On peut comprendre que le cinéaste n'ait pas voulu tourner une comédie musicale. Mais d'un autre côté, ce pessimisme placé entièrement sous le signe de la fatalité (un des thèmes récurrents de l’œuvre de Carné : on se souvient par exemple du diable incarné par Jules Berry dans Les visiteurs du soir. Ici, c'est le peintre joué par Le Vigan qui endosse le rôle d'annonciateur du destin du personnage principal) a quelque chose d'un peu affecté. Comme si ce qu'il y avait réellement de « noir » dans l'époque avait été remplacé par une vision « noircie » des choses qui a un peu vieilli.

 

Reste alors une atmosphère qui, malgré tout, confère un certain charme brumeux au film : les quais du port du Havre, le désir de fuite et d'horizons lointains, le brouillard qui envahit les rues et des personnages qui s'enlisent dans les filets du Destin.

 

Encore une fois, ce n'est pas inintéressant mais ça n'est pas non plus ma tasse de thé...

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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