Lundi 28 février 2011 1 28 /02 /Fév /2011 19:19

Cinématon 0-30 (1977-1978) de Gérard Courant

  Cinematon.jpg

Aujourd’hui, je vais avoir besoin de vos encouragements car je me lance dans un grand défi. Gérard Courant ayant eu l’extrême gentillesse de m’offrir l’intégrale Cinématon (qu’il en soit une fois de plus remercié ici), l’idée d’entamer un « cinéma(ra)t(h)on » m’est venue à l’esprit. Il s’agira donc de vous parler tous les jours de mon avancée dans ce projet démentiel. En sachant que l’œuvre dure près de 160 heures, j’en aurai au moins pour 80 jours (soit deux mois et demi) en tenant une moyenne de deux heures par jour (ce qui me paraît assez impossible si je veux continuer à regarder d’autres films). J’alternerai donc certaines notes uniquement consacrées à ce « film le plus long » et de petits comptes-rendus qui me permettront de ne pas perturber le cours normal de ce blog. Et j’espère avoir terminé d’ici le début de l’été !

 

Comme toutes les grandes inventions, Cinématon repose sur une idée toute simple : revenir aux fondamentaux du cinéma (le gros plan, le muet) et laisser tourner la caméra le temps d’une bobine de pellicule (en l’occurrence, d’une caméra Super 8, à savoir un peu plus de trois minutes). Lorsqu’il créé ce concept en 1978, Gérard Courant n’imaginait sans doute pas qu’il poursuivrait l’expérience plus de 2300 portraits et 33 ans plus tard !

Pour être tout à fait précis, l’expérience n’a pas exactement débuté le 7 février 1978 avec le portrait de la concierge du cinéaste (n°1) mais en 1977 avec un autoportrait qui porte le numéro 0 et que le cinéaste incorpora à son premier long-métrage Urgent ou à quoi bon exécuter des projets puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante (quel titre !). En se filmant lui-même, Courant pensait avoir réussi à ne rien exprimer du tout (lunettes noires, cheveux longs et visage impassible). Or il réalise en découvrant le résultat qu’il se passe quand même quelque chose dans cet autoportrait. L’idée est en marche et va connaître le succès que l’on sait.


Les premiers Cinématons semblent avoir été tournés au même endroit, dans un appartement parisien avec le même mur blanc derrière les visages filmés. Les modèles (étudiants, professeurs, cinéastes expérimentaux) semblent un peu surpris par le concept et discutent beaucoup avec les gens derrière la caméra (Courant n’était pas « opérateur » pour les 9 premiers Cinématons). Le premier qui « tente » un petit scénario, c’est le fidèle Dominique Noguez (n°8) qui quitte soudainement le champ avant de revenir rapidement se replacer devant la caméra. Avec le n°10, Courant filme pour la première fois hors de Paris. C’est amusant d’ailleurs de constater que dans les 4 Cinématons tournés en extérieur à Digne (N°15, 16, 17, 18), tous les « modèles » ont recours à la cigarette pour se donner une contenance.

Malgré quelques ratés (comme ce numéro 30 où Courant a laissé la caméra à une opératrice qui transgresse les règles du Cinématon en zoomant et en bougeant la caméra), ces débuts fonctionnent déjà très bien et donnent des portraits très séduisants.

Au niveau des « personnalités », ça reste encore modeste si l’on excepte Noguez, Jean-Claude Moireau (n°11, qui vient de publier une belle biographie consacrée à Jeanne Moreau) et un autre fidèle, le cinéaste Joseph Morder (n°21). Pas encore de véritables tentatives de « scénarisation » du portrait mais déjà quelques partis pris qui seront renouvelés par la suite : les grimaces, les accessoires (cigarettes, lunettes…), les premières « provocations » (Gabriel Chahine, n°20, montre ses fesses) et les innombrables  poses qui se révèlent parfois très belles (d’autant plus que le grain imparfait du Super 8 – certains portraits sont sous-exposés ou, au contraire, surexposés- donne des résultats vraiment très beaux).

Un de mes préférés de cette première série est peut-être celui de Martine Elzingre (n°12). Celle qui est présentée comme une « sociologue » déploie un véritable talent de séductrice. Visage penché, yeux de biche et savant jeu de bouche, cette belle jeune femme magnétise littéralement la caméra de Gérard Courant (ce n’est sans doute pas un hasard s’il la choisira par la suite pour tenir le rôle principal – et unique- d’Aditya !) et elle est assez fascinante. Mais là où le dispositif est redoutable, c’est qu’il est long et qu’il faut tenir sur la durée. Or il se trouve que comme tous les « cinématonés », le masque enjôleur de Martine Elzingre se craquelle parfois et qu’elle offre à l’objectif de la caméra de beaux moments de vérité.

Impossible d’échapper au « piège » de Cinématon !

 

PS : Ce qui me ferait extrêmement plaisir à l’occasion de cette intégrale, c’est de recueillir des témoignages de « Cinématonés » à mesure que je les découvre. Je me doute que Jean-Luc Godard ou Sandrine Bonnaire ne passeront jamais sur ce blog mais j’aimerais beaucoup savoir dans quelles circonstances ont eu lieu chaque film, comment s’est déroulé le tournage, quelles furent les impressions des « cobayes » et ce qu’ils sont devenus. Pour prendre un exemple précis dans cette première série, qu’est devenue Agnès Laparre (n°23), cette belle étudiante que la caméra de Courant immortalisa un bel après-midi de juillet 1978 au Luxembourg ?

Par Dr Orlof - Publié dans : Cinémarathon
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Commentaires

bin mon vieux.....

Commentaire n°1 posté par beru le 28/02/2011 à 21h20

Bon courage alors! Et moi qui me flattais d'etre un des rares a avoir regardé "Berlin Aexanderplatz" et ses 15h et demi de pellicules (le tout en deux petits jours quand meme..) je me sens maintenant bien dépassé.

Merci pour ce blog, ces critiques toujours tres bien écrites et intéressantes, qui m'ont fait découvrir bon nombre d'oeuvres et de réalisateurs.

Commentaire n°2 posté par Mathieu le 01/03/2011 à 05h25

Allez, une piqûre de courage pour le Docteur Orlof ! Vous êtes franchement courageux. Du coup, ce n'est pas tout de suite que l'on verra votre critique d'Inception...

Commentaire n°3 posté par drilan le 01/03/2011 à 12h35

Béru : je t'inviterai à en regarder quelques uns, si tu veux...

 

Mathieu : Merci beaucoup pour ces compliments. J'ai fait une chronique autrefois sur "Berlin Alexanderplatz" qui est une merveille.

 

Drilan : Pas d'inquiétude, je ne regarderai parfois qu'un ou deux "Cinématons" et je continuerai mes critiques d'autres films normalement. Peut-être même d' "Inception" :)

Commentaire n°4 posté par Orlof le 01/03/2011 à 13h32

Mine de rien, tu es quand même un sacré sportif !

Je vais suivre cette série avec intérêt...

Commentaire n°5 posté par Edouard le 01/03/2011 à 13h33

Cher Docteur,

Alors que je roulais en voiture en direction de Paris (j’approchais de Sens), Nicholas Petiot m'a téléphoné pour m'annoncer la mise en ligne de ta première rubrique consacrée au Cinémarathon !

Je n'imaginais pas que tu commencerais aussi vite...

Quant aux 30 premières personnalités cinématonnées, je peux t'apporter quelques précisions concernant le degré de notoriété de certains d’entre elles.

Parmi les filmés, il y a Teo Hernandez que nous considérions tous, au moment du tournage, comme le plus brillant des cinéastes expérimentaux oeuvrant en France (il était Mexicain et il est décédé en 1992). Il est le seul cinéaste à avoir toute son œuvre cinématographique dans les collections du Centre Pompidou à Paris.

Il y a également trois cinéastes expérimentales majeures : Rose Lowder, Raymonde Carasco et Katerina Thomadaki.

Il y a encore Philip Dubuquoy, le protagoniste des Aventures d'Eddie Turley (décédé lui aussi... en 2008).

Il y a aussi André Guidon, un Dijonnais que je croisais dans tous les lieux branchés de la capitale bourguignonne dans les années 1970 et qui devint le scénariste attitré de Léos Carax... Quand il travailla avec ce dernier, il prit un pseudo à consonance anglaise (comme l’avait fait Carax avant lui, dont le vrai nom est… Alexandre du Pont de Nemours...).

Il y a François Jost que l'on entend beaucoup aujourd’hui dans les médias comme spécialiste et historien de la télévision. (À l'époque, il était LE spécialiste de l'oeuvre cinématographique d'Alain Robbe-Grillet).

Quant au Cinématon de Deke Dusinberre, il a été filmé par Babette Mangolte, qui a réalisé plusieurs films très personnels dont What Maisie new que nous avions programmé au ciné-club universitaire de Dijon et qui était une chef opératrice que j’estimais beaucoup. Elle éclaira notamment de nombreux films de Chantal Akerman (en particulier Jeanne Dielman...).

C'est sûr qu'aujourd'hui, ce Cinématon ne figurerait pas dans la collection mais il serait « relégué » (« déclassé » ?) dans les Carnets filmés. À l'époque, j'étais très honoré qu'une grande chef opératrice accepte d'être la camerawoman d'un Cinématon même si c’était pour en pervertir les règles...

Il y aussi Michel Nedjar qui est un artiste plasticien réputé...

Agnès Laparre ? Elle s'est mariée avec son compagnon de l'époque, Bernard Roué (Cinématon n°7 et protagoniste de mon film Rasage).

Il y aussi Gabriel Chahine qui a été assassiné par Action Directe en 1982. Canal + lui a consacré un documentaire en 2009 (où il y a un extrait de son Cinématon).

 Gérard Courant

Commentaire n°6 posté par Gérard Courant le 01/03/2011 à 20h24

Un grand merci pour toutes ces précieuses informations Gérard. N'hésite pas à revenir régulièrement pour nous renseigner un peu plus sur cette incroyable aventure qu'est le "Cinématon"...

Commentaire n°7 posté par Orlof le 01/03/2011 à 22h59

Cher Docteur,

Le Cinématon n°0, fut filmé le 18 octobre 1977 en 16 mm couleur, par la cinéaste Martine Rousset qui était également ma colocataire et l’heureuse propriétaire de cette caméra.

Les Cinématons n° 0 à 9 furent filmés, du 7 février au 16 mars 1978, avec la même caméra en 16 mm noir et blanc par Martine Rousset dans notre appartement du 42, rue de l’Ouest, dans le 14ème arrondissement de Paris.

Vu le prix des films en 16 mm, je n’étais pas certain de posséder les moyens financiers pour continuer les Cinématons en autoproduction dans ce format coûteux. C’est alors que je décidais d’acheter, à la fin mars 1978, une caméra Super 8 que je dénichais dans une petite boutique de photo sur les Champs Élysées à Paris de marque japonaise Ricoh et c’est ainsi que j’ai pu continuer l’aventure des Cinématons en étant le seul maître à bord (producteur, réalisateur, cameraman et… bientôt diffuseur).

Avec ce changement de format, les Cinématons passèrent du noir et blanc à la couleur car, en France, depuis quelques années, on ne trouvait plus de Super 8 noir et blanc au contraire des pays limitrophes (Belgique, Suisse, Allemagne) où Kodak n’avait jamais arrêté la vente du noir et blanc. C’est donc, contraint et forcé que je me suis dirigé vers la couleur alors que je désirais continuer en noir et blanc ! Il eût été possible d’acheter la pellicule noir et blanc, en Suisse, par exemple, et faire développer les films dans des laboratoires en France mais cela serait devenu beaucoup trop fastidieux et compliqué et cela aurait enlevé tous les avantages et les bénéfices (simplicité, légèreté) de tourner en Super 8.

Le premier Cinématon en Super 8 fut tourné le 13 avril 1978. C’est le critique de cinéma Gérard Lester qui inaugura ce nouveau format. Et c’est aussi le premier Cinématon filmé en dehors de Paris : à Valence (France), dans la maison de ma grand-mère qui était absente de chez elle pour cause de grave maladie, à l’occasion des Rencontres cinématographiques « Cinéma et Histoire ».

J’avais rencontré Martine Elzingre à Avignon le 1er août 1977 lors de la première édition du Festival du Cinéma indépendant et c’était la première projection de mon premier – que de premières ! – long métrage intitulé : Urgent ou à quoi bon exécuter des projets puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante qui décrocha le prix spécial du jury au Festival de Belfort trois mois plus tard. Elle était la seule des (rares) spectateurs à avoir apprécié le film. Nous avions gardé le contact et c’est tout naturellement que je lui proposais, quelques mois plus tard, de la filmer dans le cadre des Cinématons. Elle était sociologue et elle l’est toujours. Elle a publié un livre en 1996 qui s’appelle Femmes habillées. Et c’est après avoir apprécié sa magnifique prestation dans son Cinématon que j’eus envie de faire un film avec elle – et elle seule : c’est Aditya, filmé à la fin 1979 et au début 1980. Un deuxième suivit en 1981 : La Neige tremblait sur les arbres. Dans les deux cas, elle est excellente.

Gérard Courant 

Commentaire n°8 posté par Gérard Courant le 03/03/2011 à 15h23

Nous savons tout sur la naissance de "Cinématon" : merci beaucoup, Gérard

Commentaire n°9 posté par Orlof le 03/03/2011 à 18h57

Je ne vous connais pas je crois, et jamais je ne parle avec personne à propos de ce Cinématon n°11, ni des autres tournages avec Gérard Courant, et voilà ce soir...c'est pour vous. C'est amusant votre récit, le miroir de votre regard sur cette "sociologue"!! ce cinématon vu de ma place c'est autre chose bien sur et comme votre commentaire est aimable et favorable peut être c'est bien que je participe à ce pélerinage sur ce lieu rare: le grand théatre des instants crée par Gérard. Le cinématon. Et le n° 11, de Martine Elzingre, n'aurait pas existé si je n'étais allée découvrir: Urgent.. à Avignon en 1977 le film que Gérard présentait au festival de cinéma indépendant. Comme Gérard l'a déjà raconté je fus la seule personne à rester regarder jusqu'à la fin: plus c'était long, bizzare,surprenant, harassant (les trous, les noirs de la pellicule, etc) plus j'avais envie de rester! çà me plaisait. Comme çà j'ai connu Gérard. Je me souviens que j'avais du prendre avec moi du fil et une aiguille ( c'est comique, je ne coud jamais!) pour réparer pendant la projection ma jupe longue, rouge, à motifs de dentelle, j'étais venue probablement à vélo dans ce lieu des projections..un lycée peut-être? C'est vrai, un journaliste du journal Le Monde était sorti avant la fin.. goujat, grossier! C'est Rose Lowder qui m'avait conseillé d'aller regarder les films de Gérard.

Alors, Le Cinématon, ce théatre merveilleux!! il ne faudrait pas trop en briser le charme...surtout le mien!! j'espère que vous allez rire un peu si je vous dis que je ne jouais pas.. c'est juste l'alchimie entre une concentration et une timidité qui fait mon style!! On ne sait pas qui on est, on l'invente!! et Gérard Courant m'a  permis de le montrer par son cinéma..j'ai improvisé avec ce qui m'appartient de montrer, comme dans Aditya et La Neige tremblait.. Gérard offre l'espace il est à la fois très présent et lointain; il faut comprendre et bien dire que cette rencontre est créatrice d'une merveilleuse fiction. Il y a un caractère original inventé par deux êtres séparés et en collaboration.C'est notre mise en scène. Gérard fait une seule prise il ne corrige rien; alors il met à nu ce dialogue muet, et l'anodin devient important, remarquable,unique, comme encore une fois mon visage dans un Carnet filmé en bateau sur le lac Léman, où mes yeux cachés par des lunettes noires boivent le soleil couchant sur l'eau en juin. Dans ces tournages à huis clos, même sil s'agit  de lieux publics, jusqu'à l'église, j'ai donné une présence rêveuse consciente d'être "prise"par l'objectif, qu'il se trouve près ou loin de moi. C'est une sensation de claustrophobie et de liberté, d'espace en même temps.J'ai toujours porté les vêtements que je préferais porter aux tournages, ce fut ma seule préparation consciente.

Le Cinématon n°11 fut tourné dans une petite piece aux murs blancs, et je suis presque certaine que Gérard ne m'a pas dit de faire tout ce que je voulais.Il m'a dit de regarder l'objectif. Heureusement,car je n'aurais pas aimé "jouer", c'était mieux pour moi cette in-tranquillité due à une certaine pudeur, timidité.Et quand la tension tombe le portrait, oui,on le voit, se transforme. C'est cet "Opéra" de Quatre Sous, cette oeuvre, le Cinématon à qui je souhaite très longue vie.

Commentaire n°10 posté par martine Elzingre le 18/03/2011 à 22h03

Bonjour Docteur Orlof, c'est encore moi. Mon portrait est bien le Cinématon n°12 comme vous le citez justement et non le 11 comme je l'ai écrit à deux reprises dans mon commentaire hier le 18 mars.

Le n° 11 est celui de Jean- Claude Moireau qui voudra bien m'excuser.

Martine Elzingre

Commentaire n°11 posté par martine Elzingre le 19/03/2011 à 12h37

Merci infiniment pour ce beau témoignage. Ce que j'aime énormément dans votre "Cinématon", c'est que vous êtes la première, me semble-t-il, a vraiment "jouer le jeu" (je ne parle pas de "jeu de comédienne") du film de Gérard et à ne pas parler, à vraiment vous "livrer" à la caméra alors que les précédents modèles avaient tous l'air de s'interroger sur le projet du cinéaste.

Découvert aujourd'hui, j'ai vu dans votre portrait une façon très belle de "séduire" la caméra mais, comme vous le dîtes, il  s'agit sans doute de quelque chose d'inconscient et non de prémédité.

Ne vous excusez pas pour l'erreur de numéro : c'est entièrement de ma faute puisque j'avais d'abord écrit que vous étiez la n°11 et je n'ai réalisé mon erreur (que je viens de corriger) qu'en découvrant votre commentaire.

Encore merci d'être passée par ici.

Commentaire n°12 posté par Orlof le 19/03/2011 à 13h13

"Pour prendre un exemple précis dans cette première série, qu’est devenue Agnès Laparre (n°23), cette belle étudiante que la caméra de Courant immortalisa un bel après-midi de juillet 1978 au Luxembourg ?" dixit docteur Orlof. Réponse : 34 ans plus tard, la n°23 va peut-être revenir sur les lieux enchantés de son "crimématon"....

Commentaire n°13 posté par Agnès laparre le 27/02/2012 à 11h32

Merci de votre passage ici : n'hésitez pas à nous donner plus d'indices sur ce retour sur les lieux du crime...

Commentaire n°14 posté par Dr Orlof le 27/02/2012 à 13h05

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