Cinématon 1111-1140 (1989) de Gérard Courant

 http://www.gerardcourant.com/photos/cinematon/img/1128.jpg

Willem Cinématon n° 1128

 

Les étapes se suivent et ne se ressemblent pas. Autant la dernière (voir note précédente) était passionnante et riche en belles rencontres, autant celle-là m’a paru sans grand relief. Mais paradoxalement, cet « ennui » qui s’installe de temps en temps au cœur du projet monumental de Gérard Courant fait partie de la règle du jeu et en fait même parfois le sel (c’est un art que de savoir s’ennuyer, ne pas être esclave du temps tel qu’il est généralement saucissonné, entre la servitude du travail et la « libération » des loisirs).

Nous pûmes néanmoins croiser quelques visages assez célèbres : que ce soit celui du cinéaste Jean-Charles Tacchella (n°1121), qui ne cesse de parler (lire ?) ou du génial dessinateur Willem (n°1128) qui décide d’arrêter de respirer pendant tout le temps de son portrait (il tiendra relativement longtemps !).

Le plus réussi des Cinématons du lot est assurément celui du peintre Ernest Pignon-Ernest (n°1140) qui peint petit à petit en noir une vitre qu’il a placée entre son visage et la caméra. Lorsqu’il arrive à l’obscurité totale, il gratte la couche de peinture et redessine son visage. Une fois de plus, un « cinématoné » prouve qu’un portrait est l’art de se dissimuler autant que de se montrer.

 

Le reste est moins original même si quelques modèles peuvent être rapidement cités :

-     « Une » clown qui pose en habit de travail (Grindl Kuchirka, n°1111)

-         Un journaliste qui, à l’instar de Jean Narboni, se fait couper les cheveux (Frédéric Chaleil, n°1117)

-         Un plasticien qui mange une banane (Jean-Michel Aucler, n°1122)

-         Un autre plasticien qui essaie un certain nombre de képis et de casquettes (Christian Zeimert n°1126)

-         Un dessinateur (encore un de la bande à Hara-Kiri) qui dessine (enfin, on le suppose car il ne montre pas le résultat à la caméra. Nicoulaud n°1132)

-         Un vieil anar qui cabotine mais que l’on ne peut malheureusement pas entendre (Mouna, n°1138)

 

Pour finir, arrêtons-nous un peu sur le joli portrait de Barbara Newman (n°1129) qui dissimule à moitié son visage avec une table se situant au premier plan. Elle apparaît doucement mais  s’arrête aux yeux, contemple une petite voiture qui passe devant elle (un fil permet de la faire rouler sur la table), remonte un peu pour laisser apparaître sa bouche puis descend à nouveau, ne nous laissant le loisir que de contempler son front et ses cheveux.

Sans être aussi géniale que celui de Terry Gilliam, voilà encore quelqu’un qui joue intelligemment avec le cadre…

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