Les amants passagers (2012) de Pedro Almodovar avec Cecilia Roth, Carlos Areces, Guillermo Toledo, Penelope Cruz, Antonio Banderas.

 bof.jpg

Disons le d'emblée, on découvre Les amants passagers avec le même type de gêne qui peut saisir lorsqu'on voit des quadragénaires danser comme des fous sur les génériques de l’île aux enfants ou Capitaine Flam. Il vient alors au spectateur l'envie de dire au cinéaste : « Allons Pedro, tu as passé l'âge de faire ce genre de choses. Ça fonctionnait il y a 30 ans mais aujourd'hui, ça paraît tellement artificiel ! ».

Honnêtement, qui sera choqué par ces pseudo-provocations antédiluviennes qui paraissent d'ailleurs bien sages et ternes au regard de l'érotisme flamboyant de films comme Attache-moi ou Matador ? Qui sourira devant cette minable chorégraphie de stewards homosexuels sur une atroce chanson des années 80 alors que le kitsch et le second degré ont été érigés en doxa « comique » depuis des décennies et que, de Canal + à François Ozon en passant par Christophe Honoré, tout le monde fait ça ?

 

Décidé à rompre avec les mélodrames rutilants qui firent sa réputation (même si Étreintes brisées marquait un certain essoufflement, La piel que habito prouvait que le cinéaste était encore capable de rebondir brillamment), Almodovar tente de renouer avec les comédie « movida » de ses débuts en enfermant une dizaine de personnages dans un avion victime d'une avarie technique. Les couleurs sont pétulantes à souhait, les répliques sont crues et l'ambiance «gay friendly».

Mais les temps ont changé et si le cinéaste semble vouloir faire passer un « message » avec Les amants passagers (en gros, cet avion qui tourne en rond sans savoir où se poser est une métaphore de l'Espagne en crise, gangrenée par la corruption et l'avidité des riches représentés par cette classe affaires où se déroule l'essentiel du film tandis que la classe « éco » reste endormie comme le peuple), il se montre incapable d'imprimer un rythme à cette comédie poussive et rarement drôle.

 

Derrière l'apparat de décors et costumes colorés, la mise en scène se révèle assez quelconque, privilégiant des continuités dialoguées en plans frontaux. Quant au propos, difficile de voir ce qu'il pourrait y avoir de subversif dans cette exaltation convenue du sexe (jamais montré), de l'alcool et des drogues douces (l'équipage devient euphorique sous l'action de la mescaline). Ce qu'il pouvait y avoir de réjouissant et d'euphorisant dans les premiers Almodovar, c'est que cet hédonisme était synchrone avec l'état d'esprit de toute une nation après la fin de la dictature. En 2013, on a le sentiment que le cinéaste se contente de recycler les souvenirs de cette époque et d'agir de la même manière que ces publicitaires décomplexés qui ne cessent d'exalter « l'imagination au pouvoir » et « la loi du désir » à partir du moment où il est monnayable!

 

Il y a quelque chose de rance dans cette nostalgie mal assumée et ces blagues potaches qui ne vont pas bien loin dans la mesure où Almodovar prend bien soin d'édulcorer au maximum son film afin de rester « grand public ». Le film n'est pas bien long mais donne pourtant l'impression d'être étiré artificiellement (à l'image de cette séquence où l'on quitte artificiellement l'avion pour s'intéresser aux deux anciennes maîtresses d'un des passagers) et de manquer cruellement de souffle.

 

Ne restent alors qu'une poignée d'excellents comédiens (on ne retirera pas au cinéaste sa grande capacité à diriger des acteurs) et quelques répliques enlevées qui arrachent, de temps en temps, un sourire.

 

Mais dans l'ensemble, Les amants passagers est une grosse déception...

Retour à l'accueil