Mardi 20 juillet 2010 2 20 /07 /Juil /2010 23:00

La chevauchée fantastique (Stagecoach) (1939) de John Ford avec John Wayne, Claire Trevor, John Carradine, Thomas Mitchell

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Encore un grand classique de Ford que je n’avais pas vu ! Et encore un western auquel j’ai pris un grand plaisir et qui prouve (si besoin était encore) la richesse et la grandeur de l’œuvre du cinéaste.

La chevauchée fantastique correspond davantage à l’image archétypale qu’on peut se faire de l’œuvre de Ford : souffle épique, personnages hauts en couleurs et grandes oppositions basiques (les bons pionniers américains contre les méchants Apaches). Même si les choses sont sans doute plus compliquées, le film ne possède pas encore cette dimension « méditative » que j’admirais la semaine dernière dans L’homme qui tua Liberty Valance et s’avère, en apparences, moins complexe.

Ce qui séduit d’ailleurs dans un premier temps, c’est moins le propos que la puissance et l’ampleur de la mise en scène. Lointainement adapté de Boule de Suif de Maupassant, Stagecoach raconte l’épopée d’une diligence devant se rendre dans une petite ville en traversant un territoire cerné par les Apaches et leur chef Geronimo.  

Ford filme cette équipée avec un vrai sens de l’action et un souffle épique jamais pris en défaut. Il joue à merveille de la splendeur des grands espaces de Monument Valley et alterne avec un rare bonheur de constants changements d’échelle, entre l’immensité de la nature et le confinement dans lequel va vivre le groupe de personnages (coincé dans la diligence ou dans une maison de fortune lorsque naît inopinément un bébé pendant le voyage, annonçant ainsi Le fils du désert).

Avec La chevauchée fantastique, nous sommes de plain-pied avec cet Ouest mythique que Ford ne va cesser de recréer tout en le démystifiant à sa manière. A ce titre, l’époustouflante séquence de l’attaque des indiens apparaît comme le moment clef où s’écrit la légende. Il y a eut certainement d’autres scènes d’attaques de diligences avant 1939 (les experts en westerns me le confirmeront) et il y en aura beaucoup après. Mais avec celle-ci, extraordinairement filmée (les travellings, le découpage, le montage, le rythme : tout est parfait), Ford semble fixer dans le marbre ce qui deviendra un véritable archétype du western (y compris lorsque arrive à la rescousse la cavalerie).

Il s’agit ici d’édifier peu à peu cette légende de l’Ouest et de montrer une nation en train de naître, quitte à ignorer royalement les indiens en tant qu’individus. De la même manière, c’est par la loi du revolver que se termine le film : la justice reste encore individuelle et la violence n’a pas encore été abandonnée au profit de la Loi (c’est par un accord tacite qu’on laisse filer Ringo -John Wayne- à la fin du film alors qu’il vient de se venger).

 

Ce qu’il y a de beau dans La chevauchée fantastique, c’est que Ford parvient dans le cadre d’un cinéma assez « binaire » à donner une réelle épaisseur à ses personnages et une complexité qui dépasse le clivage Bien/Mal apparent du propos. L’équipage de la diligence offre au cinéaste l’occasion de brosser une savoureuse galerie de personnages où se côtoient une prostituée au grand cœur (Dallas, jouée par la belle Claire Trevor), un médecin alcoolique, un joueur un tantinet dandy (John Carradine), un représentant en whisky, une femme enceinte et l’aventurier Ringo, bien décidé à se venger des meurtriers de son père et de son frère. Le vrai propos du film est sans doute moins l’opposition aux indiens que la manière dont ce petit groupe hétéroclite va finir par former une véritable communauté.

L’Amérique selon Ford, c’est justement cet amoncellement disparate de caractères opposés, de ces êtres « en marge » d’une certaine morale bourgeoise mais qui parvient néanmoins à fonder une communauté (à l’exception notable de ce banquier qui ne pense qu’à l’argent et qui anticipe malheureusement, lorsqu’il se plaint des taxes et réclame un « homme d’affaires » à la tête des Etats, ces « affairistes » qui nous gouvernent actuellement un peu partout dans le monde). Il y a un passage très cinglant où le docteur alcoolique dit que certaines personnes sont pires que les Apaches, et Ford de faire un contrechamp sur les dames patronnesses du bourg qui l’ont ostracisé ainsi que la prostituée.

La chevauchée fantastique est un beau film sur l’acceptation de l’Autre et montre que les êtres sont plus complexes que les étiquettes derrière lesquelles on les a catalogués (le médecin a beau être « alcoolique », il est néanmoins fort compétent et d’une grande intelligence d’esprit et de cœur).

Derrière les conventions et archétypes du genre que Ford tend ici à graver dans le marbre, on réalise que ce cinéaste a toujours été plus complexe que ce qu’on a bien voulu en dire. C’est cette complexité dans la description de la nature humaine qui fait la richesse et la beauté de Stagecoach

 

NB : Dernier rappel : on se retrouve tous demain à l'adresse suivante : http://www.stickam.com/drorlof. N'hésitez pas à faire passer le message car avec seulement deux amis, je pense qu'on va se retrouver en petit comité !

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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