Mardi 4 décembre 2012 2 04 /12 /Déc /2012 22:43

Le crime farpait (2004) d'Alex de la Iglesia avec Guillermo Toledo

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C'est seulement le troisième film que je vois d'Alex de la Iglesia et j'ai encore un peu de mal à situer cet auteur. Crimes à Oxford m'avait plutôt bien plu mais ce n'est sans doute pas son film le plus caractéristique (c'est un polar bien ficelé et sans bavure quoique assez classique). Mes chers voisins correspondait d'avantage à l'idée qu'on peut se faire de l’œuvre du petit protégé d'Almodovar (c'est lui qui le « lança » au moment d'Action mutante) mais, pour ma part, je n'avais pas été vraiment convaincu par cet exercice de style inégal.

Le crime farpait s'inscrit dans une veine semblable mais apparaît à la fois plus rythmé et plus drôle. Avec ce film, de la Iglesia prouve son penchant coupable pour les lieux clos (l'immeuble de Mes chers voisins, le grand magasin ici) et pour un humour très noir.

L'histoire est celle d'un chef de rayon cynique, arriviste, uniquement porté sur la gent féminine, le luxe et la gloire. Alors qu'il convoitait le poste de directeur du magasin, il se fait battre sur le fil par un collègue jaloux et le tue accidentellement. Pour faire disparaître le corps, il devra composer avec un témoin gênant qui deviendra de plus en plus envahissant...

 

Le grand magasin est un excellent décor de cinéma : les Marx brothers, Cédric Klapisch (Riens du tout) ou George Romero (Zombie), entre autres, ne diront pas le contraire. Ces microcosmes constituent souvent un parfait plan de coupe de la société et les cinéastes vont s'amuser à y introduire du désordre, de l'anarchie ou de la terreur. Alex de la Iglesia ne se prive pas d'emprunter cette voie et se livre d'abord à une belle satire de cet univers clinquant où rien n'existe en dehors de la marchandise et du fric. Rafael est le prototype de cet univers superficiel et sa plus belle caricature. Rien n'existe pour lui sinon les signes extérieurs de richesse (comme dirait Jacques Monnet) et la réussite facile. Guillermo Toledo en rajoute dans le côté macho méditerranéen, cynique et vulgaire et c'est assez savoureux. Puis les choses s'emballent et l'humour vire au noir lorsqu'il s'agit pour notre falot personnage de se débarrasser d'un corps (crémation ? Hachoir?) en trop. .

Et petit à petit, il va se laisser prendre dans les filets d'une collègue transparente, le genre de fille au physique ingrat qu'on salue le matin sans retenir son prénom. A ce titre, il est d'ailleurs dommage que le cinéaste n'ait pas poussé son cynisme jusqu'au bout car il dit des choses assez justes sur un monde où seule la « beauté » (toujours stéréotypée) permet de réussir là où les « moches » n'ont pas droit au chapitre. Mais cette « vengeance d'une moche » donne lieu à quelques scènes tout à fait croustillantes, notamment ce repas en famille cauchemardesque avec le père qui dort, la petite sœur de huit ans qui prétend qu'elle a été violée et qu'elle est enceinte et la mère fan d'émissions débiles de télé-réalité (oh le beau pléonasme!). Tout le film finit d'ailleurs par ressembler à un cauchemar et la mise en scène d'épouser le point de vue de Rafael qui voit le fantôme du cadavre le hanter et qui commence à imaginer le « crime parfait ».

 

Petit détail amusant, pour préparer son meurtre, notre bonhomme achète des films et regarde...La vie criminelle d'Archibald de la Cruz de Buñuel. On se souvient que dans ce film, le héros pensait être capable de tuer par la pensée. C'est aussi ce que souhaiterait Rafael qui, par moment, devient le personnage paranoïaque d'un autre film de Buñuel : El (lorsqu'il imagine que tout le monde le voit et se moque de lui). Entre références assez subtiles et humour noir qui tâche (mais souvent drôle), Alex de la Iglesia parvient à imposer un style assez malin (cette manière qu'a le personnage de s'adresser directement aux spectateurs, la première séquence où des vendeurs passent des « tests » d'embauche...) et vivace.

 

Le crime farpait n'est sans doute pas un immense chef-d’œuvre mais une comédie rutilante qui se suit avec plaisir et qui parvient à grattouiller le vernis trop lisse de cette société de consommation et son abyssale absurdité...

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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