The We and the I (2012) de Michel Gondry

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Alléché par de bonnes critiques et parce que le cinéma de Michel Gondry ne m'a jamais rebuté (même s'il ne m'a jamais totalement emballé), je suis allé voir The We and the I. Sans doute avec l'idée inconsciente de verser quelques larmes émues sur mes 15 ans révolus (cette époque où je tuais les après-midi en me gavant de VHS) en découvrant ce qui s'annonçait comme le Breakfast club des années 10.

Du film de John Hugues, Gondry se souvient de deux principes : l'unité de lieu (un bus de ville new-yorkais a remplacé les salles du lycée) et l'unité de temps (il s'agit du dernier trajet de tous ces ados avant les vacances scolaires).

Est-ce moi qui ai vieilli et qui ne parvient plus à supporter plus de deux minutes ces ados incultes qui se comportent comme des primates, qui vocifèrent et qui n'arrêtent pas de se chercher ? Les jeunes de The breakfast club n'étaient sans doute pas beaucoup plus fins mais ils possédaient une certaine singularité et, au-delà des clichés inhérents au genre (la fille sage, le rebelle, etc.), le cinéaste parvenait à capter quelque chose de l'adolescence, l'intensité de certains moments dont on savait qu'ils seraient irrémédiablement perdus.

Chez Gondry, tous les personnages sont plus laids les uns que les autres, aussi bien physiquement que « moralement ». Il y a quelque chose de très déplaisant dans cette manière qu'a le cinéaste de nous faire épouser le point de vue de ces décérébrés pour se moquer d'une vieille femme (à tel point qu'on la comprend lorsqu'elle les traite de « singes ») ou d'un pauvre homme à la bouche déformée. Je ne vois aucune distance dans le regard du cinéaste qui, d'une certaine manière, approuve la bêtise de la meute toujours prête à déchiqueter le plus faible.

 

Composé de trois parties, le film se « dépeuple » peu à peu, laissant supposer que le cinéaste cherche à effectuer un trajet de la « communauté » à l'individu ; cet individu broyé dans un premier temps par les « bullies », les brutes épaisses qui instaurent leur loi de petits caïds minables. Le problème est que, sous couvert de nuances (somme toute assez relatives), Gondry n'adopte aucun véritable point de vue (ce qui est un minimum vital en matière de mise en scène), jouant à la fois sur la caractérisation excessive (le dur à cuire qui tente de se racheter à la fin en allant converser avec un autre type du bus qui lui répond, du tac au tac : « ça fait une heure que tu te comportes comme un connard et tu crois que tu peux changer comme ça ? ») ou la « rédemption » clichetonneuse (le même qui finit quand même par se réconcilier avec sa petite amie).

Cette absence de point de vue rend la narration assez fastidieuse, reposant uniquement sur les joutes verbales des adolescents. Et à partir du moment où tous les personnages sont repoussants (les filles sont de révoltants boudins et je réclame le rétablissement de la peine de mort pour tout individu portant des pantalons tombant à mi-cuisse, laissant bien apparaître d'immondes et douteux caleçons. On ne peut pas outrager le bon goût en toute impunité!), on peine à trouver un quelconque intérêt à ces gamineries insignifiantes et souvent agaçantes.

 

Pour « aérer » son propos, Gondry illustre les petites « histoires » de ses personnages à l'aide de petits films bricolés et atrocement mal filmés (le côté « filmé avec mon portable pour être diffusé sur YouTube »). On retrouve alors ce qu'il y a de plus agaçant dans son cinéma : ses tics de « graphiste » branché (ah, les petites flammes en papiers découpés ! ou encore les objets disproportionnés) et ses manies de clippeurs doués. Mais tout cela est parfaitement artificiel (à l'image du drame qui s'invite à la toute fin du film) et inconsistant (les personnages n'ont aucune épaisseur et sont aussi charismatiques que leurs téléphones portables qu'ils ne lâchent jamais).

Je dois sans doute me tromper (toute la critique est unanime) mais je ne supporte pas ce « jeunisme » ostentatoire (voir également l'immonde bande-originale avec son rap mongoloïde) et cette sous-culture érigée en modèle.

 

Qu'on ne se méprenne pas : je ne suis pas en train de jouer les « vieux cons » moralisateurs et je suis plutôt intéressé, d'habitude, lorsqu'on me parle des adolescents. Mais lorsque je vois un film de Gus Van Sant ou Larry Clark (où les personnages, entre parenthèses, ne sont guère plus « intelligents »), je trouve une certaine vérité, une souffrance, une opacité qui n'a rien à voir avec les pantins exténuants de Gondry.

 

Bref, le film est à l'image d'un trajet passé dans un transport en commun à côté de lycéens braillards : pénible et très long !

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