Jeudi 3 janvier 2013 4 03 /01 /Jan /2013 18:55

4h44 : Dernier jour sur terre (2011) d'Abel Ferrara avec Willem Dafoe

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Depuis quelques années, l'apocalypse hante le cinéma. Indépendamment du calendrier maya, c'est la fin d'un monde que semblent percevoir les cinéastes, un danger imminent pour un univers en crise. Lars Von Trier opte pour des visions d'opéra wagnérien (Melancholia), Jeff Nichols pour un danger plus diffus au cœur de l'Americana (Take shelter) alors que le hongrois Bela Tarr inscrit le nihilisme au cœur de son projet (Le cheval de Turin).

On se doutait qu'un cinéaste comme Abel Ferrara n'allait pas s'engouffrer dans la voie du film à grand spectacle avec force effets spéciaux (à la 2012 de Emmerich). Nous ne sommes donc pas totalement surpris d'assister au dernier jour d'un couple dans un appartement new-yorkais que nous ne quitterons quasiment jamais.

Que faire lorsque la fin est programmée et annoncée par toutes les chaînes de télévision ? Pourquoi prendre la peine de se raser, par exemple ?

Ferrara ne joue pas sur la carte du catastrophisme (mis à part ce moment où Cisco assiste au suicide d'un quidam) et se concentre sur quelques scènes banales du quotidien qui se trouvent lestées d'une certaine mélancolie puisqu'elles n'auront sans doute jamais de suite.

La femme (Skye) peint, l'homme (Cisco) tente d'avoir une dernière fois sa fille sur Skype, ils font l'amour, commandent à manger, se disputent parfois...

La meilleure idée du film, c'est cette manière qu'a le cinéaste de confronter l'infiniment grand (un monde qui court à sa perte) et l'infiniment petit, à savoir la sphère privée (un couple). Et c'est la façon dont cette sphère privée accueille cette rumeur du monde qui intéresse Ferrara.

4h44 : dernier jour sur terre ne cherche ni à dramatiser un événement (avec suspense et compte à rebours) qui semble déjà joué d'avance, ni à proposer une vision « globale » de cette fin du monde. Il s'agit davantage de chercher un sens à ce qui fait, fin du monde ou pas, la condition de l'homme. Si Cisco souhaite se raser malgré le caractère dérisoire de cet acte, c'est tout simplement pour plaire à sa compagne (n'est-ce pas la meilleure des raisons?). D'un autre côté, tout ce qui paraît essentiel dans le monde d'aujourd'hui (l'argent, par exemple, grande obsession de Ferrara qu'on retrouvait déjà dans Go, go tales) paraît soudainement relativisé et insignifiant. Les hommes semblent désormais danser sur un volcan sans parvenir à donner du sens à leurs faits et gestes.

 

En se concentrant ainsi sur une toute petite parcelle d'humanité, Ferrara nous offre quelques très beaux moments, notamment lorsque sa caméra accompagne Cisco qui sort sur le balcon et contemple la ville avant le désastre final. Cette manière de placer les personnages sous le joug du destin lui permet de mener une réflexion intéressante sur le libre-arbitre et les choix que peut faire l'individu. Un des nœuds du récit est ce moment où Cisco rejoint son frère et une bande d'amis et qu'il est question de cocaïne. Pourquoi ne pas replonger et se perdre puisque tout est fini ? Or, après une dispute avec Skye, Cisco décide de se débarrasser de la drogue.

Du coup, ce qui pourrait être une œuvre tragique devient l'un des films les plus apaisés de Ferrara, celui où il parvient à rompre avec ses vieux démons (Cf. The addiction) et retrouver une sorte de sérénité intérieure. Même si tout est foutu et que la vie est absurde, que plus rien ne fait sens, rien n'empêche de la vivre d'une manière « droite » (il faudrait, bien évidemment, des pages et des pages pour définir ce que peut signifier ce terme) et d'exercer sa volonté.

 

Après des œuvres un peu fumeuses (Mary), 4h44 confirme un regain d'inspiration chez Ferrara. Comme Go, go tales, il se concentre désormais sur un petit microcosme pour offrir une vision de l'humanité dans ce qu'elle a de plus pathétique mais également de plus « grande ». Certains se sont peut-être un peu trop emballés. Estimable et intéressant, le film souffre néanmoins de passages un peu phtisiques. La mise en scène n'a plus non plus l'ampleur de films comme King of New-York ou Bad lieutenant. De plus, Ferrara n'évite parfois pas l'écueil du « discours » un peu naïf en portant au pinacle quelques têtes molles insipides comme Al Gore ou le Dalaï-lama (tout cela fait très post-ado)

Nous ne parlerons donc pas d'un grand film mais d'un film de convalescent. En espérant que la suite confirme le retour en grâce d'Abel Ferrara...

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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