Goltzius ou la compagnie du Pélican (2012) de Peter Greenaway avec Kate Moran, Fahrid Murray Abraham

 bof.jpg

J'ai toujours un peu le sentiment de me faire avoir en allant, coûte que coûte, découvrir les derniers Greenaway. Peut-être gardé-je secrètement en moi le désir de retrouver les émotions que me procurèrent, jeune, ses grands films (Meurtre dans un jardin anglais, ZOO, Le ventre de l'architecte...). Mais à chaque fois, je sors déçu et je crois que le dernier de ses films qui a réussi à m'intéresser est The pillow book.

 

Avec Goltzius ou la compagnie du Pélican, on retrouve Greenaway là où il nous avait laissés avec sa Ronde de nuit : dans l'univers de la peinture hollandaise même si le film se situe au 16ème siècle, à Colmar. Le peintre et graveur Goltzius propose un pacte au margrave d'Alsace : mettre en scène des tableaux vivants inspirés de la Bible (en choisissant des passages à forte coloration érotique) en échange d'une somme importante qui permettra à la compagnie d'acquérir une imprimerie.

Comme toujours avec Greenaway, le film débute sur les chapeaux de roue et intrigue le spectateur : un pacte entre un créateur et des financiers (un cinéaste et ses producteurs?), une réflexion sur le regard et la manière avec laquelle les innovations technologiques influent sur lui. Le réalisateur montre ici comment l'invention de l'imprimerie et de la diffusion des images provoque un désir plus puissant de voir, y compris ce qu'il y a de plus « interdit ». Il est évident qu'il s'amuse ici à faire un parallèle avec notre monde contemporain et la diffusion des images sur Internet qui a donné un essor considérable à ce voyeurisme généralisé !

 

Le problème avec Greenaway, c'est que ses bonnes idées ont désormais tendance à tourner court car son cinéma est entièrement construit sur le principe de l'accumulation. Il ne s'agit pas de donner un souffle à un récit mais de faire se succéder une série de « tableaux » remplis à ras bord de signes, de références (picturales, bibliques...). De ce point de vue, Goltzius est un peu un catalogue de ce que Greenaway a fait de pire en matière de pompiérisme : les incrustations numériques de Prospero's books, les reconstitutions vivantes de tableaux comme dans La ronde de nuit, les mots gravés à même la peau des comédiens comme dans The Pillow book...

 

Même la truculence qu'il semble afficher (je crois qu'il n'avait jamais été plus loin dans la représentation de la nudité) ne fonctionne pas dans la mesure où son « érotisme » reste, comme toujours, aussi froid qu'un discours ministériel. Il s'agit sans doute de montrer le conflit permanent entre l'Art, le pouvoir et la censure tout en soulignant que les créateurs ont entre leurs mains la faculté de faire évoluer les mœurs, de titiller les conventions et la morale, de transgresser...

L'Art chez Greenaway est conçu comme une formule « magique » qui permettrait de mettre sous cloche le « Réel » et de dévoiler une sorte de « vérité scientifique » (d'où ses délires taxinomistes et son désir de convertir toute chose en « formules mathématiques » : Cf. Drowning by numbers). Mais à chaque fois, il montrait aussi l'incapacité de l'Art à saisir ce Réel qui ne cesse de se dérober (les statues vivantes de Meurtre dans un jardin anglais, l'appareil photo qui s'enraye à la fin de ZOO...).

Dans Goltzius, l'Art et la vie se mêlent et interfèrent l'un sur l'autre (lorsque le margrave tombe amoureux d'une des comédiennes, il n'est plus dans le rôle d'Hérode séduit par Salomé) avec cette idée que le mystère du « Réel » et de la Nature humaine ne sera jamais représentable par le biais de l'Art. Le problème, c'est que l'approche livresque, érudite, encyclopédique et très intellectuelle de Greenaway est assez peu compatible avec la truculence du projet.

 

Reste quelques très belles images (on parlera plus ici d'images que de plans!), quelques touches d'humour paillard assez bienvenues mais le « trop-plein » cher à Greenaway confine ici à l'indigestion...

Retour à l'accueil