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Louis Malle (1964) d'Henry Chapier (Seghers. Collection Cinéma d'aujourd'hui n°24. 1964)
Nous allons aujourd'hui évoquer une collection mythique : Cinéma d'aujourd'hui, publié par Pierre Seghers au début des années 60. Le premier volume fut le Georges Méliès qu’écrivit Georges Sadoul et j'ignore quand la série s'est arrêtée (sans doute au cours des années 70 mais je suis preneur de toute information!). Ce volume sur Louis Malle est le 24ème de la collection et le premier que je me décide à acheter.
D'une certaine manière, l'existence de cette collection coïncide parfaitement avec l'explosion de la Nouvelle Vague et l'affirmation de la politique des auteurs puisque c'est le cinéaste qui est désormais mit en valeur, à l'instar des poètes célébrés dans une autre collection de Seghers. Cette coïncidence explique aussi pourquoi de jeunes réalisateurs se sont trouvés immédiatement honorés par un livre : Alain Resnais dès 1962 (n°5), Roger Vadim en 1963 (n°12) et Jean-Luc Godard (n°18) la même année.
Il y a quelque chose d'assez amusant, rétrospectivement, de voir l'enthousiasme que manifeste Henry Chapier pour l’œuvre de Louis Malle alors que celui-ci n'a tourné que...5 longs-métrages. Mais nous y reviendrons.
L'ouvrage est composé de 5 parties. Dans un premier temps, Chapier se livre à une analyse savante de l’œuvre en devenir du cinéaste. Puis il regroupe une série de textes de Louis Malle (entretiens ou une intéressante critique de Pickpocket de Bresson) avant de nous laisser découvrir quelques morceaux des scénarios et découpages des cinq œuvres analysées. Les deux dernières parties du livre sont un panorama de l’accueil critique reçu par chaque film (on lira avec intérêt la critique de Truffaut sur Les amants dans Arts) et une série de témoignages (Noiret, Queneau, Louise de Vilmorin...) sur l'homme mystérieux qu'était alors Malle.
Chapier commence donc par une analyse plutôt pertinente des films de ce cinéaste atypique que fut Louis Malle : son cousinage problématique avec la « Nouvelle Vague », les thèmes qui parcourent ses premiers films (la solitude, l'apprentissage de la liberté, la critique du monde « moderne »...) et livre un essai très « littéraire » sur cette œuvre (références à Baudelaire, à Apollinaire, à Proust et j'en passe). Cette forme de « critique » n'existe presque plus et si on peut reprocher à l'auteur une absence quasi-totale d'analyse de la mise en scène proprement dite, on admirera la profondeur de certaines intuitions et une écriture ciselée de manière impeccable.
Reste la question qui vient immédiatement à l'esprit lorsqu'on débute la lecture de cet essai : est-ce que cet emballement n'est pas un peu prématuré (la suite montrera que Malle fut un cinéaste assez inégal) et excessif. Au début des années 60, les audaces « sexuelles » (Les amants) ou formelles (Zazie dans le métro) du cinéaste ont pu laisser croire qu'il était à la pointe de l'avant-garde. Or si Chapier souligne avec justesse que l’œuvre d'un Roger Vadim n'était finalement qu'un pétard mouillé (après le sympathique Et Dieu créa la femme), il ne semble pas avoir assez de recul pour percevoir ce qui, chez Malle, relevait aussi du phénomène de mode (Les amants a mal vieilli et Vie privée est assez imbuvable).
A sa décharge, on notera que Malle venait de terminer Le feu follet qui reste, encore aujourd'hui, son plus beau film. Et ce jalon incontournable, qui inspira un très beau texte à Antoine Blondin (reproduit ici), pouvait encore faire illusion à l'époque.
Reste alors l'intérêt « historique » d'un tel ouvrage où l'on sent souffler un vent de révolte contre l'ordre établi (voir, à ce titre, la belle « lettre ouverte » au cinéaste signée Jean-Louis Bory) et une volonté chez Chapier (mais chez les autres aussi) de s'appuyer sur une œuvre « moderne » pour ébranler les fondements d'un vieux monde en train de disparaître.
Entre l'enthousiasme un peu délirant pour un jeune homme (rappelons que Malle n'avait pas 25 ans lorsqu'il réalisa Ascenseur pour l'échafaud) prit dans le flot de la Nouvelle Vague, le réel talent de plume de Chapier et la photographie d'une époque bouillonnante (les nombreux documents compilés ici le prouvent), cet essai sur Louis Malle se lit avec un vrai plaisir et beaucoup d'intérêt...
Ah Maurice !
j'adore cette collection
Fred : J'aurais pu choisir Jeanne dans Les amants mais j'ai pensé, avec la grandeur d'âme qu'on me connaît, à mes aimables lectrices.
Christophe : Lesquels as-tu ou lesquels me conseilles-tu?
j'en ai une quinzaine, dont des consacrés à des cinéastes pas très intéressants (De Sica, Carné, Cayatt)e récupérés en lot.
J'aime beaucoup le DeMille par Mourlet/Marmin qui est vivifiant et superbement écrit.
Le Lang de Moullet parce c'est Moullet donc c'est marrant à lire et puis parce que c'est le livre que lit Brigitte Bardot dans son bain dans Le mépris.
Le Ophuls de Beylie est un must mais il a été réédité ultérieurement. De même que le Pagnol du même. Claude Beylie fut vraiment un de nos meilleurs critiques.
Il me souvient aussi être tombé sur le Godard de Collet dans une bibliothèque universitaire suédoise et c'était pas mal.
Un style radicalement nouveau pensé au moment de son émergence et sans parti-pris excessif (Collet n'était pas un collègue des Cahiers). Comparaison entre distanciation chez Godard et distanciation chez Brecht notamment
Ah oui : le Lang/Moullet doit être intéressant. J'ai failli acheter un jour le "Buñuel" d'Ado Kyrou mais il était un peu cher...
Pour Collet, je sais que ce critique de "Télérama" est souvent venu à Dijon pour animer des séances de cinéma dans les années 70 mais je n'ai jamais lu ses textes. J'aimerais aussi assez le découvrir...
Bonjour docteur, j'aimerais beaucoup reprendre votre papier sur assayas pour les pages culture de causeur ce week-end. Si vous en êtes d'accord (ou pas), ouvez vous me contacter à l'adresse de mon blogue feusurlequartiergeneral@gmail.com.
Bien à vous
Belle idée que d'aborder les cinéastes via cette collection. Comme Christophe, j'aime bien (mais les bouquins sont fragiles). J'ai Lewis, Polanski, Huston et Ford (évidemment, par Philippe Haudiquet).
Le contraire m'eut étonné :) Qu'en penses-tu, de ce Ford là? Indispensable ou pas?
Je n'ai pas un grand souvenir de la partie critique, mais il y a un gros dossier avec des témoignages qui est passionnant. Ecrit au début des années 60, le bouquin parle aussi pas mal de films devenus rares comme "Inspecteur de service" ou "The rising of the moon". Du coup je me suis payé celui consacré à rené Clair. Belle collection.
Ah le Bon Docteur que voilà ... !
Dites moi, docteur, savez vous où puis-je trouver la liste complète des "Seghers" ? Je cherche, je recherche, sur le net, mais rien, peau d'balle, nada !
Merci mon bon docteur pour votre officine, un régal de bon goût!
Monsieur-Hulot :-)