Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /Jan /2010 20:02

Passions (Entretien avec Philippe Garrel 1) (1982) de Gérard Courant

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En 1983, Gérard Courant a sorti un livre d’entretiens consacré à Philippe Garrel, édité par Dominique Païni aux éditions Studio 43. Comme chez Courant, rien ne se perd et tout se transforme, ces entretiens donneront lieu également à un film en quatre parties (seules les deux premières ont été montées jusqu’à présent). Il ne s’agit évidemment pas d’un « portrait filmé » de Garrel puisque comme dans Philippe Garrel à Dignes (premier voyage), les entretiens ont été enregistrés uniquement sur bande magnétique. A partir de cette seule bande-son, Courant compose un patchwork inventif où il mêle images abstraites (toujours ces plans de feux d’artifices décomposés au ralenti), photographies, photogrammes et des extraits des Cinématons de Garrel et Godard qu’il superpose parfois.

Paradoxe que ce « Carnet filmé » sans « film » mais qui s’inscrit pourtant dans la démarche « archiviste » de Courant. Lire les propos d’un cinéaste, c’est bien ; mais entendre sa voix, ses hésitations, c’est autre chose et, je me répète un peu mais tant pis, il est certain que les œuvres complètes de Courant seront perçues dans le futur comme un trésor inestimable et une mine d’informations sur la vie culturelle en France depuis la fin des années 70.

Le film s’intitule Passions parce que Garrel commence cet entretien en rendant hommage à  son maître Godard qui venait de terminer Passion, film que l’auteur de Marie pour mémoire semble particulièrement avoir apprécié.

Puis il est question de l’arrivée toute fraîche des socialistes au pouvoir et le propos devient, me semble-t-il, un peu moins clairvoyant. Il est intéressant parce qu’il permet de réaliser à quel point Mitterrand fut un réel espoir pour un certain nombre d’intellectuels mais il prouve également que Garrel ne fut jamais un grand « penseur politique » (ce n’est, après tout, pas bien grave).

C’est amusant car je repensais à son dernier opus La frontière de l’aube que j’ai beaucoup aimé et que je fus l’un des rares à défendre sans réserve. Dans ce très beau film, il y a pourtant une scène que je trouve totalement ratée : celle de la rencontre avec l’antisémite qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Cette scène, je la retrouve dans cet entretien lorsque Garrel s’emballe soudain sur Rocard et la nécessité pour sa génération de l’élire à la suite du commandeur Mitterrand ! Comme si dès qu’il tentait de « politiser » son propos, le cinéaste tombait dans des généralités et des analyses à courtes vues (bon, je sais, c’est toujours plus facile de distribuer les bons et mauvais points plus de 25 ans après les faits…)

En revanche, lorsqu’il parle de son métier, de son statut d’artiste, Garrel devient passionnant.

Il y a un très long passage où il explique à Courant le rôle déterminant que Freud a joué pour lui et comment chacun de ses films peut être lus comme une véritable « analyse » (au sens psychanalytique du terme).

De la même manière, l’évocation de son rapport à la technique est aussi passionnante car Garrel s’en méfie toujours, estimant que lorsqu’un film est trop travaillé techniquement, il l’est aux dépens de ce que l’auteur veut dire et il devient vain (n’est-ce pas, Francis Ford ?). Paradoxe apparent car l’une des caractéristiques de la première partie de l’œuvre de Garrel est une splendeur formelle assez époustouflante (vous avez pu constater que je viens de découvrir avec émerveillement Le révélateur). Sauf que cette beauté est née avec trois bouts de ficelle et que ce formalisme ne passe pas avant l’expression de la vision poétique du cinéaste (pour le dire d’une manière un peu ronflante).

Cette question intéresse d’ailleurs beaucoup Courant (qui lui aussi travaille avec les moyens du bord – Super 8, DV, téléphone portable- sans pour autant négliger l’idée de Beauté) qui interroge avec plus d’insistance Garrel sur Le bleu des origines, film qui a la particularité d’avoir été tourné à la manivelle (c’est peu dire que je rêve de le voir !). A travers cette œuvre que Garrel a fait réellement seul, il se joue quelque chose qui croise les enjeux du cinéma de Courant, entre une économie quasi-amateur, une volonté de conserver des traces (pour Garrel, ses états d’âme du moment) et de faire de ces bribes de Réel quelque chose de beau…

Nous reparlerons prochainement des rapports de Courant et Garrel puisque le deuxième voyage à Dignes m’attend dans ma vidéothèque…

 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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