Chambéry- Les Arcs (1996) de et avec Gérard Courant et Alain Riou, Luc Moullet

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Je crois que ce qui me plait le plus chez Gérard Courant, peut-être parce que je partage un peu cette manie, c’est sa délirante taxinomie. A tout prix, il faut qu’il classe, qu’il archive, qu’il recense tout. La caméra devient alors, par sa capacité à prélever des instants dans la chair du Réel et à les enregistrer, l’instrument idéal de ce désir inextinguible de fixer les choses.

Si l’on me permet une petite anecdote personnelle, je confesse ici sans fanfaronnerie  (puisque depuis, je voue une haine sans nom à ce sport !) que j’ai été un grand fanatique de football jusqu’à l’âge de 15/16 ans. Mais n’ayant jamais été un grand sportif, ce qui me passionnait le plus dans le foot, c’était de collecter les résultats chaque week-end, de coller des coupures de presse dans des cahiers, de constituer des listes, des classements…

Or j’ai retrouvé un peu de ça dans la passion que Gérard Courant voue au vélo. Dans Chambéry – Les Arcs, il entreprend une sorte d’autobiographie à travers le prisme du cyclisme en se remémorant ses souvenirs d’enfance, en ouvrant ses boites d’archives et en énumérant les grands noms des coureurs qui l’ont fait rêver durant sa jeunesse (Anquetil, Poulidor…).

Pour ma part, je dois encore avouer le rouge au front que le cyclisme est un domaine que je maîtrise à peu près autant que la politique agricole commune, la physique quantique ou la bourrée poitevine. Mon ignorance est telle qu’elle me relègue presque au niveau du conducteur de 4x4 boursouflé de suffisance qui exhibe sa médiocrité crasse en faisant du safari en centre-ville et en persistant à nier l’existence des chambres à air. 

Du coup, j’avoue avoir eu un peu peur d’être totalement largué devant un film ne cessant d’évoquer les performances des coureurs du Tour de France des années 60 et exaltant pendant près d’une heure et quart la petite reine.

Et bien pas du tout ! Si je pense que Chambéry – Les Arcs réjouira les amateurs de vélo (parce que Courant est un vrai passionné et qu’il va à la rencontre de coureurs célèbres ou de la veuve de Jacques Anquetil), il ne laisse pas le cinéphile en queue de peloton (ok, j’arrête avec les métaphores sportives : je n’y connais absolument rien !).

Ce qui touche dans cette « vélographie », c’est la manière dont Courant parvient à poursuivre quelques chapitres de son autobiographie et de son autoportrait (tous ses films en sont) à travers sa passion pour le cyclisme. Outre l’évocation de ses souvenirs qui le font revenir le temps d’un travelling à la main dans les rues de Dijon, il joue avec le vrai et le faux (des petits films Super 8 qui sont censés être des souvenirs de famille alors qu’ils sont des reconstitutions jouées. On y aperçoit d’ailleurs le fidèle complice Joseph Morder) et va discuter avec d’autres amoureux du vélo.

Cela nous vaut un passage hilarant avec Luc Moullet où celui-ci, après avoir évoqué ses promenades dans les Alpes, avoue son plaisir d’emprunter les cols interdits et raconte (avec sa voix inimitable) une histoire abracadabrante d’ « engourdissement de phallus » qui vaut son pesant de cacahuètes !

De la même manière, Gérard Courant décide de parcourir une des étapes du Tour de France (Chambéry – Les Arcs, d’où le titre du film) avec le critique de cinéma, familier des auditeurs du Masque et la Plume, Alain Riou. Nos deux compères vont à un rythme qui n’a rien à voir avec les coureurs du Tour de France mais cette balade en vélo constitue un bon résumé du film de Courant : une flânerie qui n’hésite pas à prendre des chemins de traverses (il s’agit autant d’un autoportrait que d’un « documentaire sportif ») sans pour autant trahir son sujet et sa passion (le vélo).

Le miracle, c’est que tout le monde s’y retrouve : les amateurs de cyclisme aussi bien que le cinéphile néophyte qui n’a jamais regardé de sa vie la moindre course de vélo…

 

 

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