Survival of the dead (2009) de George A. Romero avec Alan Van Sprang, Kenneth Welsh

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Sixième opus de la grande saga des morts-vivants initiée par Romero, Survival of the dead n’eut même pas droit, sauf erreur, aux honneurs d’une sortie sur les écrans français. Même si le résultat peut paraître mineur par rapport aux épisodes précédents, cet ostracisme me semble assez injuste et le cinéphile de base préfèrera toujours un Romero moins inspiré aux œuvres complètes de Dany Boon !

L’une des forces de la saga du cinéaste, c’est d’avoir toujours été en phase avec l’époque qui a vu naître chaque titre : La nuit des morts-vivants traduisait parfaitement le malaise d’une Amérique enlisée dans la guerre du Vietnam et d’un modèle social remis en question par les mouvements contestataires de la fin des années 60, Zombie offrait un remarquable tableau nihiliste du consumérisme outrancier de la fin des années 70, etc. Dans Diary of the dead, Romero s’adaptait même aux nouvelles technologies et aux nouvelles images pour une version très personnelle de REC ou Cloverfield.

Cette dimension « politique » disparaît quasiment dans Survival of the dead (même si elle me semble réapparaître in fine : nous y reviendrons).

Romero nous entraîne ici sur une île où une rivalité ancestrale déchire deux familles : les O’Flynn, avec son patriarche partisan d’abattre toute personne dès qu’elle a été mordue par un zombie, et les Muldoon, qui pensent qu’il n’est pas impossible « d’éduquer » les morts-vivants en les habituant, par exemple, à manger autre chose que de la chair humaine…

Concédons-le, le film ne brille pas franchement par son scénario ni même par l’inventivité de ses situations. Romero a le malheur de passer au numérique et le charme de son cinéma gore s’en trouve fortement affecté. Les effets spéciaux sont absolument insipides et le maître a le malheur de succomber à la plaie majeure de l’époque : le second degré (qui n’est pas l’humour noir qui parcourait les cinq opus précédents). Ici, les rescapés utilisent des zombies transformés en torche humaine pour allumer leur cigarette et les déciment en se chamaillant entre eux. Ça n’est pas franchement tordant. Les zombies ne représentent plus une sorte d’inquiétante et familière altérité (les consommateurs déambulant dans le grand magasin dans Zombie, par exemple) mais de simples figurines de jeux vidéos qu’on peut détruire sans remords.

 

Pourtant, malgré ses indéniables défauts, Survival of the dead ne m’a pas déplu et m’a fait songer à un autre film mal-aimé d’un grand maître du genre, à savoir Vampires de Carpenter. Les deux cinéastes se ressemblent par la manière qu’ils ont de s’approprier de manière un peu pataude des grands mythes du fantastique (le mort-vivant, le vampire) en les réintégrant dans de véritables westerns. L’horreur intéresse finalement moins Romero (qui traite les scènes gore avec une désinvolture qu’on ne lui connaissait pas) que cette rivalité entre deux clans rivaux sur une île et la question du territoire. Nous sommes en plein western et le cinéaste oppose deux attitudes quant à la défense de cette terre natale : d’un côté, le partisan du « principe de précaution » (O’Flynn) qui abat tout corps étranger ou assimilé comme tel (celui qui a été mordu est contaminé et potentiellement dangereux) et ceux qui pensent qu’un dialogue avec l’Autre est possible.

Dans cette thématique, on peut se demander si Romero ne parvient pas à réinjecter un peu de métaphore politique dans son film à l’heure où les Etats-Unis bombardent sans vergogne des pays en vertu du « principe de précaution » et considèrent tout corps  étranger comme un ennemi à abattre sans sommation.

Le final ironique (seul véritable joli moment humoristique du film) montre que même si un « dialogue » est peut-être envisageable, il a été tué dans l’œuf par les partisans du « principe de précaution ».

Encore une fois, le résultat est un poil paresseux et assez mineur mais il n’empêche que le « Romerien » (on peut être Rohmerien et Romerien !) que je suis ne cachera pas avoir trouvé un certain plaisir à la découverte de ce Survival of the dead

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