Dimanche 20 janvier 2013 7 20 /01 /Jan /2013 19:39

Photogénie de la série B (1997) de Charles Tesson (Cahiers du Cinéma. 1997)

  Photogenie-de-la-serie-B.jpg

Dans une partie de son introduction (dense et très stimulante), Charles Tesson explique le rôle que tinrent pour lui les photographies de plateau exposées au devanture des cinémas pendant son enfance. A la fois souvenir du film vu mais avec ce décalage (d'angle de prise de vue, d'échelle de plan, de cadrage...) qui en faisaient des objets à part, « restitution faussée, (le) souvenir illégitime, légèrement travesti, du film projeté ». De ce décalage, il en tire une idée assez intéressante de la série B : à la fois décalque des films A, reprenant sans vergogne les ficelles des grands genres (western, science-fiction, fantastique...) et en même temps véritable laboratoire permettant de proposer de nouvelles figures de mise en scène et des expérimentations esthétiques.

Le seul petit défaut de ce livre richement illustré (mais peut-on vraiment parler de « défaut ») est qu'il n'explore finalement peu le programme qu'il semblait avoir défini : partir des photos pour tenter d'élaborer une typologie de cette fameuse « série B » et de ses caractéristiques.

Après avoir parfaitement défini les contours souvent flous de ce qu'on appelle la série B (qui naquit au moment du parlant lorsqu'il s'agissait pour les exploitants de proposer des doubles programmes aux spectateurs avant de « renaître », sous une forme un peu différente, dans les années 50 lorsque se fit sentir la concurrence de la télévision. On parlera désormais plutôt de cinéma « d'exploitation ») ; Charles Tesson propose un panorama assez classique, commençant par s'appuyer sur les genres, puis les réalisateurs (quelques figures choisies, et incontournables, comme Tourneur, Ulmer, Dwan et Lewis), les acteurs (chapitre très court) avant de conclure par quelques analyses de films « culte » (Gun crazy, Deux rouquines dans la bagarre...)

 

Les analyses de Tesson (critique aux Cahiers du cinéma qu'on ne présente plus) sont souvent très riches et aiguisées. Son approche des genres est celle qui m'a le plus convaincu, l'auteur montrant fort bien les innovations qu'apportèrent le fantastique ou la SF de série B (l'art de la suggestion de Tourneur, par exemple). Il montre également que le western des années 30 fut le genre de série B par excellence mais aussi le moins novateur et le plus « plat » avant que des gens comme Dwan et Boetticher lui donnent un certain coup de fouet. Il constate avec raison que le film noir fut sans doute le genre le plus riche pour que des contraintes (budgétaires, de temps...) deviennent des avantages et permettent d'innombrables expériences. (« Les passerelles stylistiques entre le film noir A et B sont nombreuses, le genre, véritable laboratoire de mise en scène, recoupant à un moment donné celui de la série B »).

 

Quand il aborde les réalisateurs, on se dit qu'il ne prend pas trop de risque dans la mesure où des gens comme Tourneur ou Arnold sont reconnus depuis un certain temps et qu'on a du mal à ne voir en eux que de modestes artisans de la « série B ». Idem pour les acteurs mais là, c'est voulu puisque Tesson cherche à montrer la manière dont le cinéma « B » a fait de stars reconnues comme Barbara Stanwyck , Glenn Ford, Vincent Price... Enfin, les analyses des « films culte » sont intéressantes même si celle qui m'a le plus plu est celle de The river's edge d'Allan Dwan dans la mesure où le critique ne l'avait toujours pas vu. Du coup, il revient à son programme et se contente d’interpréter (de fort belle manière) les (magnifiques) photos d'exploitation de l’œuvre.

 

Si on passe sur une petite boulette (Jack Arnold a qui le critique donne 81 ans alors qu'il était mort depuis 5 ans!), Photogénie de la série B est une belle approche de ce continent toujours méconnu. Il faut bien préciser « première approche » dans la mesure où Tesson reste globalement sur des « valeurs sûres » de ce cinéma (la plupart sont désormais considérés comme des « classiques »). On attend désormais le livre qui explorera les profondeurs de ce continent et nous parlera de cinéastes comme William Castle, William Beaudine, Ed Wood, Phil Tucker, Sam Newfield, Kurt Newnann, Al Adamson, etc.

En attendant, le (très) beau livre de Tesson peut quand même faire office de référence...

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Par Dr Orlof - Publié dans : Livres
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Commentaires

pour ton dernier paragraphe, attention à ne pas confondre B et Z...

Commentaire n°1 posté par Christophe le 22/01/2013 à 16h06

Mais d'une certaine manière, le "Z" n'a jamais existé et n'est qu'une appellation forgée pour désigner les séries B les plus fauchées. D'où la difficulté à définir cette catégorie qui oscille entre purs chefs-d'oeuvre parfois supérieurs aux films A (Cf. "La féline") ou d'improbables nanars produits dans les mêmes conditions de production... 

Commentaire n°2 posté par dr orlof le 22/01/2013 à 17h28

Très beau livre même si j'avoue me souvenir mieux des photographies que du texte. Tu as raison sur la série Z, mais je pense que Christophe souligne la particularité de la série B comme produit d'un systéme économique bien particulier (celui des sutios hollywoodiens) que l'on a étendu dans un premier temps à des productions qui n'en étaient pas, et tout aussi péjorativement.

Je ne dirais pas par exemple que le western italien est de la série B, même fauché, ce serait du cinéma d'exploitation, populaire, de série et, fait par Demofilo Fidani, de la série Z :)

Commentaire n°3 posté par Vincent le 22/01/2013 à 22h46

Je comprends fort bien ce que veut dire Christophe et je suis d'accord. Mais c'était aussi une manière de souligner le fait que la définition de "série B" est très difficile. Tu parles d'un système économique particulier et tu as raison. Sauf qu'il est très disparate : certains des cinéastes que je cite à la fin ont fait partie de ce système tandis qu'un film comme "Planète interdite" a été tourné comme un film de série B mais avec les moyens de la MGM (du coup, c'est presque une grosse production).

Dans mon esprit (même si c'est plus compliqué que ça), j'ai plutôt tendance à qualifier de Z tous les films produits en dehors des Etats-Unis (donc, des studios) et qui reproduisent (souvent avec beaucoup moins de moyens) les archétypes des "séries B" américaines : film de vengeurs masqués mexicains, films de zombies italiens, films d'horreur indonésiens ou espagnols, etc.

Commentaire n°4 posté par Dr Orlof le 23/01/2013 à 08h07

D'ailleurs Tesson évoque parfois, sans vraiment détailler, les "petits studios" spécialisés dans la série B (Republic, Monogram...) et certains producteurs mythiques pour leur pingrerie (Sam Katzman).

C'est de ce côté là que j'aurais aimé qu'il approfondisse plus...

Commentaire n°5 posté par dr orlof le 23/01/2013 à 08h11

"Planète interdite  est un bon exemple de la façon dont le terme a évolué. le film a un côté "B" mais c'est une grosse production en Scope et technicolor, qui dure plus de 90 minutes, avec un très gros travail pour l'époque sur les effets spéciaux. Pour moi ce n'est pas, économiquement, de la série B d'autant que ce n'est pas sortit en première partie d'un autre film mais avec avant première et tout le tralala.

Pour la série Z américaine, tu peux essayer les films de Hershell Gordon Lewis :)

Et il y a aussi un beau bouquin que tu dois pouvoir trouver si tu ne l'as pas déjà, "Série B" de Stephane Bourgoin et Pascal Mérigeau, avec des fiches par studio et sur les réalisateur emblématiques.

 

Commentaire n°6 posté par Vincent le 23/01/2013 à 10h04

Effectivement, HG.Lewis relève davantage de la série Z mais il arrive plus tard, après la fin de l'époque des studios (j'ai vu quelques uns de ses films)

Pour le livre de Bourgoin et Merigeau, j'aimerais le trouver mais il est relativement cher si tu le commandes en ligne...

Commentaire n°7 posté par Dr Orlof le 23/01/2013 à 11h08

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