Comment réussir (ou presque) à Hollywood. Les conseils du plus mauvais cinéaste de l'histoire (1998) de Ed Wood (Editions Capricci. 2013).


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Longtemps considéré comme le « plus mauvais cinéaste de tous les temps », Ed Wood a cependant toujours été célébré par une poignée de cinéphiles déviants. Parmi les adeptes forcenés de ses films fauchés et délirants, Tim Burton est allé jusqu'à lui consacrer un film en 1994. Pour le grand public, ce cinéaste excentrique et fétichiste (outre sa passion pour les pulls angora, Ed Wood fut sans doute le seul marine qui débarqua dans le Pacifique avec des sous-vêtements féminins sous l'uniforme!) allait désormais avoir le visage de Johnny Depp.

La force du très beau film de Burton était de montrer à quel point Ed Wood avait toujours été une sorte d'auteur écrivant, produisant et réalisant ses films. Et malgré le caractère totalement aberrant de son œuvre (faux raccords permanents, effets spéciaux fauchés, amateurisme généralisé, utilisation intempestive d'images d'archive...), elle rapproche ce cinéaste d'un autre pestiféré d' Hollywood : Orson Welles (nous sommes, bien évidemment, à l'exact opposé du spectre).

 

Aujourd'hui, les éditions Capricci nous proposent de redécouvrir Ed Wood écrivain. Notre bonhomme a effectivement commis de nombreux romans de gare et des pulps sous divers pseudonymes mais également cette espèce de guide pratique à l'attention des comédiens débutants. Dans Comment réussir (ou presque) à Hollywood, Ed Wood détaille par le menu ce qu'il faut faire (travailler dur, évaluer ses capacités, se constituer un « book »...) et ne pas faire (éviter les producteurs véreux, ne pas se surestimer...) pour percer dans l'industrie du cinéma.

Il y a quelque chose d'assez piquant à lire tous ces nobles préceptes lorsqu'on a en tête qu'ils ont été édictés par l'un des tâcherons les plus incompétents de l'histoire du cinéma. Mais là est le paradoxe d'Ed Wood : être à la fois totalement marginal avec ce que cela suppose de désillusions (son regard sur Hollywood est à la fois ironique et désabusé, laissant entrevoir une ville entièrement aux mains de prédateurs et de charlatans) et en même temps fasciné par l'idée de spectacle. Même s'il n'a pas un sou vaillant pour tourner ses films, il reste persuadé d'être un artiste complet.

 

Comme dans certains de ses films (Glen or Glenda, incroyable nanar où Wood incarne lui-même un jeune homme désireux de changer de sexe), le ton du livre est extrêmement emphatique et sentencieux. A l'occasion, l'auteur met en garde contre les producteurs avides de chair fraîche et fait même preuve d'une pudibonderie assez désarmante lorsqu'il évoque l'essor du nudie, genre précurseur du cinéma érotique comme on l'entend aujourd'hui. Rappelons d'ailleurs à nos aimables lecteurs que, ruiné et alcoolique, le cinéaste finira lui-même par tourner des pornos !

 

Au-delà de ces conseils assez convenus pour devenir une « star » (comment choisir son agent, comment éviter les personnes malhonnêtes...), ce qui séduit le plus dans cet ouvrage, ce sont les pages où Ed Wood cède à l'anecdote et évoque son expérience au sein d' Hollywood. Les plus belles pages sont indubitablement celles qu'il consacre à Bela Lugosi, inoubliable Dracula chez Tod Browning qui terminera sa carrière en cachetonnant dans des séries Z, notamment chez Ed Wood où il combattra une pieuvre inerte dans un tout petit bassin (la fiancée du monstre) ou jouera les médiums. Le récit de cette soirée de gala où Lugosi est acclamé par un public l'ayant redécouvert à la télévision est presque émouvant, d'autant plus qu'on se demande si Wood ne l'a pas tout simplement fantasmé.

 

De la même manière, le cinéaste revient sur cet épisode hilarant (illustré par Tim Burton dans son film) où il est contraint, avec son acteur Tor Johnson, de se faire baptiser pour complaire aux investisseurs du film Plan 9 from outer space : des pasteurs de l’Église baptiste du Sud ! Sauf que l'ancien catcheur Johnson pesait alors 180 kilos et qu'il fallut procéder à la cérémonie...dans une piscine !

 

Si vous voulez percer dans le monde du cinéma, ce livre ne vous sera sans doute pas d'une grande utilité. En revanche, si vous aimez les personnages excentriques qui peuplent le cinéma « bis », les évocations d'Ed Wood auront tout pour vous séduire...

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