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Nouveautés DVD

Jeudi 23 mai 2013 4 23 /05 /Mai /2013 22:18

La nuit des maléfices (1971) de Piers Haggard avec Linda Hayden, Patrick Wymark (Editions Artus Films) Sortie le 4 juin 2013

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Parallèlement aux grands succès de la Hammer, un tas de petits studios vont éclore et surfer sur cette vague de renouveau du fantastique à l'anglaise. La nuit des maléfices appartient de toute évidence à ce courant et nous plonge dans l'Angleterre du XVIIIème siècle. Un jeune homme déterre dans un champ un crâne mystérieux à moitié décomposé. A partir de ce moment, des phénomènes irrationnels surgissent, en particulier auprès des jeunes gens qui deviennent comme possédés...

 

Dans le supplément du DVD, l'incontournable Alain Petit replace le film de Piers Haggard (cinéaste qui tourna majoritairement pour la télévision mais à qui on doit le quatrième épisode de la série Quatermass, unComplot diabolique du docteur Fu Manchu avec Peter Sellers et un thriller avec Klaus Kinski : Venin) dans la tradition du film de sorcellerie. Sans entrer dans les détails, La nuit maléfique ne s'inscrit pas dans la catégorie des films visant à représenter les exactions de l'Inquisition mais dans celle qui met en scène de véritables sorcières, à l'instar des Diables de Ken Russell ou du Grand inquisiteur de Michael Reeves.

 

Ces données posées, le film est un peu décevant quant à son scénario (assez mal construit et abracadabrant) et au rythme qu'il ne parvient pas vraiment à imprimer. Mais si on accepte ces défauts, La nuit des maléfices se révèle suffisamment tordu pour intriguer. En effet, si les personnages n'ont pas beaucoup de consistance, Piers Haggard parvient néanmoins à instaurer un climat assez malsain le temps de quelques séquences très fortes. Je pense à ce moment où la diabolique Angel (Linda Hayden) tente de séduire le vicaire du bourg en se déshabillant devant lui. Ou encore à cette espèce de « viol » collectif où une jeune fille est sacrifiée au diable le temps d'une cérémonie hallucinante où elle est déshabillée, fouettée avec des branches, violée et reluquée par des visages ricanant et grimaçant comme dans une eau-forte de Goya.

 

Sans être véritablement « gore », le film contient quelques scènes assez éprouvantes, que ce soit l'opération menée par un chirurgien pour enlever la « peau du diable » de la cuisse d'une jeune femme ou encore ce moment où la même demoiselle se retrouve la jambe coincée dans un piège de chasseur.

 

Ce qui fonctionne le mieux, c'est également cette manière qu'a le cinéaste de faire surgir les éléments fantastiques dans un environnement bucolique, une sorte de précurseur de L'exorciste dans un univers à la Petite maison dans la prairie. Ce mélange rend le film curieux (penser à revoir Le cri du sorcier de Skolimowski -note pour moi-même-) et rappelle (ou annonce) des films fantastico-horrifiques comme Le village des damnés (Rilla) ou La malédiction (Donner).

 

Peut-on parler d'une atmosphère typiquement « british » ? Toujours est-il que dans le cas de La nuit des maléfices, on retrouve à la fois un climat étrangement corseté (les costumes, les cours de catéchisme austères du vicaire...) et un sens de l'excès qui détonne d'une façon assez percutante (ces jeunes filles diaphanes qui se transforment soudainement en impitoyables sorcières).

 

Une fois de plus, Artus nous propose une curiosité imparfaite mais qui mérite assurément un petit coup d’œil...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mercredi 22 mai 2013 3 22 /05 /Mai /2013 18:03

Coffret Paradjanov (4 DVD) (Editions Montparnasse

 

- Les chevaux de feu (1964)

- Sayat Nova (1968)

- La légende de la forteresse de Souram (1985)

- Achik Kerib, conte d'un poète amoureux (1988)


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Redécouvrir aujourd'hui les quatre œuvres essentielles de Serguei Paradjanov permet de mesurer à quel point ce cinéaste atypique a inventé son propre langage cinématographique, à mille lieues du « réalisme » soviétique alors en vigueur. C'est d'ailleurs cet anticonformisme qui lui vaudra tant d'ennuis et qui finira par briser sa carrière.

 

Né en Géorgie de parents arméniens, le cinéaste commence par étudier le chant, la musique, la peinture avant d'entrer à l'institut d'études cinématographiques de Moscou. Après quelques films qu'il reniera par la suite, il se rend en Ukraine où il tourne en 1964 celui qui le fera découvrir en Occident : Les chevaux de feu. Si la trame du récit fait songer à une version de Roméo et Juliette dans les Carpates (les amours contrariées de deux jeunes amants dont les familles sont ennemies), Paradjanov invente un cinéma qui n'appartient qu'à lui. Passionné par les cultures locales, les rites et les cérémonials, il imprègne chaque séquence de son œuvre de chants, de légendes médiévales et même de sorcellerie. Son film est une sarabande d'un lyrisme échevelé où la caméra ne cesse de virevolter, de tournoyer autour des personnages et d'emporter le spectateur dans un tourbillon d'émotions et d'images stupéfiantes. Il y a du derviche tourneur chez Paradjanov : un mélange extraordinaire de chants, de musiques, d'énergie et de mysticisme archaïque.

Peu sensibles à la beauté de son poème d'amour fou, les autorités soviétiques voient d'un mauvais œil ce cinéaste qui refuse de doubler son film en russe (Les chevaux de feu a été tourné en ukrainien et en dialecte local : le Gutsul). Il est arrêté en 1968 pour « nationalisme ukrainien ».


Après une brève incarcération, il quitte l'Ukraine pour rejoindre l'Arménie où il tourne en 1969 Sayat Nova (La couleur de la grenade). Profondément pétri de culture arménienne, le cinéaste relate ici la destinée de Sayat Nova, poète du 18ème siècle. S'appuyant sur les épisodes clés de la vie du troubadour (son enfance, ses amours contrariées avec une souveraine, son entrée au monastère, sa mort...), Paradjanov refuse néanmoins les conventions du cinéma narratif et compose son film comme une succession de « tableaux vivants ». Sayat Nova est une splendeur visuelle où le cinéaste s'inspire des miniatures du Moyen-Âge et de la poésie arménienne pour élaborer chacune de ses images. Si le spectateur occidental peut parfois se sentir un brin dérouté dans cette forêt de symboles, il est en revanche conquis par la beauté de ces enluminures qui évoquent autant les icônes orthodoxes que certains collages surréalistes.

Cette fois, le film est totalement interdit et mutilé par la censure. On reproche à Paradjanov son formalisme, son « culte du passé » et son « antisoviétisme latent ». En 1973, il est condamné à la prison pour de multiples raisons incongrues (« trafic d'icônes », « homosexualité », « incitation au suicide », etc.) et n'en sortira que quatre ans plus tard grâce aux nombreuses protestations du monde de l'art (Aragon, Buñuel, Godard, Truffaut...). Mais il ne pourra recommencer à tourner qu'au milieu des années 80, lorsque le régime s'assouplit avec l'arrivée au pouvoir de Gorbatchev.

 

En 1985, c'est d'une légende géorgienne qu'il s'inspire pour tourner La légende de la forteresse de Souram. Composé de plans fixes magnifiquement agencés, ce film hiératique raconte comment un jeune homme devra se sacrifier et être emmuré vivant dans une forteresse afin qu'elle ne s'effondre plus et qu'elle puisse empêcher les invasions. Une fois de plus chez Paradjanov, le folklore et les légendes ancestrales permettent de représenter symboliquement un geste de résistance à l'oppression.

En 1988, il dédie à Andrei Tarkovski (autre grand cinéaste persécuté par le régime soviétique) son dernier film Achik Kerib, conte d'un poète amoureux. Pour conquérir la main de la fille d'un riche marchand, le poète désargenté Achik Kerib aura mille jours et mille nuits pour faire fortune. Adapté d'une nouvelle de Lermontov, ce conte oriental s'avère beaucoup plus optimiste que les précédentes fables de l'auteur. Il s'imprègne ici des mythes persans pour composer des tableaux chatoyants et enjoués.

 

Paradjanov meurt en 1990 à Erevan. Désormais considéré comme le grand cinéaste national en Arménie (un musée lui est dédié), il est l'un des rares artistes du 7ème art à avoir inventé sa propre grammaire cinématographique en puisant dans les traditions et cultures locales (arméniennes, bien entendu, mais également ukrainiennes, géorgiennes...). Singuliers, ses films peuvent déconcerter dans la mesure où le cinéaste refuse ostensiblement la narration classique au profit de visions d'une fulgurante beauté. Mais si on accepte l'idée qu'un cinéma de « poésie » puisse aussi avoir sa place au côté du « cinéma en prose » que l'on consomme quotidiennement, l’œuvre mystique et exubérante de Paradjanov est un pur éblouissement...

 


Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mardi 21 mai 2013 2 21 /05 /Mai /2013 21:35

Horror hospital (1973) d'Antony Balch avec Michael Gough, Vanessa Shaw (Editions Artus Films). Sortie en DVD le 4 juin 2013

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Après avoir réédité de nombreuses pépites du gothique italien, nos amis d'Artus explorent aujourd'hui le cinéma d'épouvante britannique. Personne ignore qu'à partir des années 50 (et surtout en 1957 lorsque Fisher tourne Le cauchemar de Dracula), le studio Hammer redonne un coup de jeune au cinéma gothique anglais en revisitant les grands mythes du fantastique jadis engendrés par la Universal (Dracula, Frankenstein, la momie...).

Même si la Hammer naquit en 1935 et qu'elle poursuit encore aujourd'hui ses activités, on peut affirmer sans trop de risques que son heure de gloire se situe de la fin des années 50 à la fin des années 60. C'est à cette époque que sous la férule des meilleurs cinéastes de la maison (Roy Ward Baker, Freddie Francis, John Gilling et, bien entendu, Terence Fisher), elle revisite les grands mythes fantastiques et qu'elle fédère autour d'elle toute une cinéphilie marginale qui, en France, se regroupera autour de la revue Midi-Minuit Fantastique1.

 

Antony Balch vient de cette cinéphilie. Alain Petit nous apprend, en supplément de ce DVD, que ce futur cinéaste connaît bien le pape des amateurs de fantastique et d'épouvante : Jean Boullet. Avant d'entreprendre Horror Hospital (qui sera son deuxième et dernier long-métrage), Balch a d'abord exercé la profession de distributeur et il a réalisé des courts-métrages avec le maître de la beat generation : William Burroughs. En 1970, il tourne un Mondo movie intitulé Secrets of sex (tout un programme!) avant de s'atteler à ce film d'horreur conforme à ses goûts de cinéphile.

 

Horror hospital s'inscrit à la fois dans la grande tradition du cinéma d'épouvante britannique mais témoigne également, reconnaissons-le, d'un certain déclin du genre. Pour le dire en quelques mots, le film est une sorte de relecture du mythe de Frankenstein : aux caves gothiques où Frankenstein se livrait à ses expériences suspectes succèdent un hôpital et des méthodes plus modernes de contrôle de l'esprit. Balch reste néanmoins fidèle au décorum : ledit hôpital se situe dans un vieux château et nous aurons droit aux traditionnels orages et au savant fou démoniaque.

Mais en 1973, les choses ont changé et le cinéaste exacerbe certaines données qui n'étaient jusqu'alors que sous-jacentes : l'érotisme (qui reste cependant très « soft » même si on peut admirer le temps d'un instant la belle Vanessa Shaw sous sa douche) et la violence. Sur les pas de Romero (et bien entendu HG.Lewis), les cinéastes n'hésitent désormais plus à faire gicler le sang. Dans Horror hospital, le docteur Storm (l'excellent Michael Cough) a inventé un ingénieux système de lame sortant de sa voiture et lui permettant de décapiter les fuyards !

 

Néanmoins, le film souffre de gros défauts de construction (le scénario est assez mal bâti et très peu crédible) et on regrette que Balch n'ose pas jouer à fond la carte de l'outrance et du mauvais goût comme le fera Paul Morrissey avec Chair pour Frankenstein (produit par Warhol) à la même époque.

Le résultat reste cependant relativement plaisant. D'une part pour la patine 70' de l'objet (les habits improbables, les coupes de cheveux...) et, d'autre part, pour quelques silhouettes croquignolettes comme celle du nain majordome obligé d'empiler les gardes qu'il vient d'endormir pour atteindre le loquet d'une porte ou encore celle de ce responsable d'une piteuse agence de voyages (« hairy holidays », soit « des vacances au poil » !) qui lorgne avec envie sur la bosse du pantalon du jeune premier (scène très classe!).

 

Une curiosité qui donne envie d'aller plus loin dans cette collection « British horror ». On vous en reparle très vite...

 

 

1  Je renvoie à la lecture de l'indispensable livre de Nicolas Stanzick Dans les griffes de la Hammer (Editions Le bord de l'eau)

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Lundi 20 mai 2013 1 20 /05 /Mai /2013 12:07

Femmes hors-la-loi (1952) de Sam Newfield avec Mary Windsor, Jackie Coogan (Editions Sidonis)

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Évoquons aujourd'hui, si vous le voulez bien, un éditeur de DVD que tous les amateurs de westerns connaissent. Il s'agit de la maison Sidonis, qui édite avec une régularité qui force le respect un impressionnant nombre de pépites venues du Far West. Ce mois-ci, les Cahiers du cinéma font l'éloge du Gaucho de Tourneur et du Bandit d'Ulmer mais l'éditeur nous propose également d’alléchantes séries B voire Z.

Et c'est ainsi que nous sommes tombé sur ces Femmes hors-la-loi que le prolifique Sam Newfield signa en 1952. En supplément du film, le grand Patrick Brion revient rapidement sur la carrière de ce cinéaste étonnant qui tourna près de 250 films (en utilisant parfois des pseudonymes) et que les amateurs de curiosités cinématographiques prisent pour certains de ses nanars goûtus.

J'ai déjà parlé du surréaliste Nabonga où l’héroïne, prisonnière d'un gorille depuis l'enfance, arbore systématiquement une mise en pli parfaite et même un sac à main ! Mes plus anciens lecteurs se souviennent également de ma chronique sur Terror of Tiny Town, western uniquement interprété par des nains et nous rêvons toujours de découvrir Harlem on the Prairie qui relève du même genre mais qui est, cette fois, uniquement joué par des Noirs !

 

Peut-on alors voir Sam Newfield comme le précurseur de la discrimination positive dans le cadre du western ? Femmes hors-la-loi pourrait corroborer cette séduisante hypothèse dans la mesure où le film se déroule dans une ville entièrement sous la coupe de femmes. Pour ma part, j'ai rarement vu un film classique, a fortiori un western, mettant en scène des femmes endossant ainsi de véritables rôles masculins, si ce n'est dans le Forty guns de Samuel Fuller.

 

Las Mujeres est une petite bourgade dirigée d'une main de fer par une femme forte (Mae, jouée par l'excellente Mary Windsor) et nos gentes demoiselles ont adopté des mœurs que nos préjugés qualifieraient de typiquement masculines : elles jouent au poker, se bagarrent comme des chiffonniers (quoi de mieux pour apaiser les âmes tourmentées qu'une scène de combat entre donzelles surchauffées ?), manipulent, jouent de la gâchette et n'hésitent même pas à craquer les allumettes sur leurs dents !

Dans ce gynécée débarquent plusieurs hommes aux intentions plus ou moins louables : un médecin invité de force, un joueur et un tireur d'élite qui espèrent se faire de l'argent sur le dos de nos dames et un vilain bandit qui cherche à se venger de Mae...

 

Disons-le d'emblée, ce petit western en Cinecolor relève d'une économie de série B la plus nécessiteuse. L'ensemble fait un peu fauché (les décors, la scène finale où la fusillade se limite aux bruits des détonations...) et la mise en scène manque de rythme. Néanmoins, pour un Sam Newfield, ce Femmes hors-la-loi ne se révèle pas trop désagréable. D'une part, pour l'incongruité de son postulat (même si, grâce à Dieu, les choses rentrent dans l'ordre et les hommes reprennent le contrôle de la situation : faut pas déconner ! ) mais également pour le pittoresque de certains personnages. On reconnaît, par exemple, sous les traits du tireur d'élite celui qui fut le « kid » de Chaplin, à savoir Jackie Coogan. Dans une scène assez amusante, il renonce aux armes et se débarrasse d'au moins cinq revolvers qu'il dissimulait un peu partout. Dans le même genre, j'aime beaucoup ce charlatan qui vient bonimenter à Las Mujeres et se retrouve, le temps d'une ellipse assez habile, barman attitré de Mae. Ses interventions sont toujours assez drôles.

 

Vous l'aurez compris, Femmes hors-la-loi n'est ni un film de John Ford ou d'Howard Hawks mais pour les amateurs de curiosités improbables, il mérite un petit coup d’œil indulgent...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Vendredi 17 mai 2013 5 17 /05 /Mai /2013 18:07

Marcel Hanoun par Gérard Courant(Éditions de l'Harmattan)

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Au risque de se répéter, il faut redire ici à quel point le cinéma de Gérard Courant constituera pour les historiens du futur une mine d'or incroyable. On le constate souvent trop tard, malheureusement lorsque qu'une personnalité finit par disparaître. Il y a peu, c'est encore vers Cinématon que je me suis tourné pour rendre hommage aux regrettés Philipe Bordier (et si on rééditait ses films, soit dit en passant?) ou Bigas Luna. C'est en 1979 que Marcel Hanoun se fait filmer pour la mythique série de Courant : il y présente un visage paisible, fixant la caméra super 8 en profitant du soleil. A la fin du portrait, il sort un appareil photo et prend quelques clichés de son « filmeur ».

 

Dans une séquence du Journal de Joseph M., Marcel Hanoun dit de fort jolie manière que «la plus belle image qui soit est l'image de l'instant.» Ce DVD qui rend hommage au cinéaste disparu à la fin de l'année dernière est une tentative de regrouper toutes ces images que Gérard Courant a pu saisir d'Hanoun, ces instants privilégiés que les deux cinéastes ont partagés. On le retrouve d'abord dans une autre série de Courant : Portrait de groupe. Dans le n°83 (L'équipe de tournage de « Otage »), Hanoun fait le cadre et invite Gérard Courant à installer son transat de manière à apparaître dans un plan où tout le monde se repose nonchalamment. Dans le n°103 (Dominique Noguez signe son livre « Lénine Dada » à la galerie Donguy), Hanoun apparaît en retrait dans un groupe où l'on reconnaît Dominique Noguez (bien évidemment!) portant une pancarte avec une photo de Lénine mais également Jakobois et Henry Veyrier.

 

Le cinéaste apparaît également dans certains longs-métrages de Courant. On le retrouve dans une très belle séquence « wagnérienne » de She's a very nice lady, à New-York, en compagnie de la comédienne Doreen Canto. Puis dans Amours décolorées avec Mariola San Martin et dans Le journal de Joseph M. où il s'entretient avec son « fils spirituel » Joseph Morder.

L'un des films les plus intéressants de cette compilation (dans la mesure où je ne l'avais jamais vu) est un épisode des Carnets filmés intitulé : Le chemin de Resson : Joseph Morder rend visite à Marcel Hanoun. Il s'agit, en fait, des rushes tournés pour Le journal de Joseph M . Dans le film, cette rencontre dure, en gros, cinq minutes ; dans le carnet, ces séquences avoisinent les 45 minutes !

Du coup, le spectateur se voit offrir à la fois une belle leçon de cinéma (sur le montage, la manière dont des phrases assemblées dans un autre contexte peuvent prendre un tout autre sens...) mais aussi un très beau document où l'on voit Hanoun raconter des blagues, évoquer son enfance, sa manière d'appréhender les différents formats d'image (il a d'abord commencé classiquement en 35 mm avant de se tourner vers le Super 8 et la vidéo) ou son rapport à la religion. Cet entretien avec Morder est aussi farfelu qu'intéressant dans la mesure où l'on entend à loisir la voix d'un cinéaste bien trop méconnu.

 

Au moment de sa mort, Gérard Courant a poursuivi cet hommage avec trois films : un court-métrage où défile un montage d'images en Super 8 du tournage du Journal de Joseph M. pendant que s'élève la déchirante chanson de Léo Ferré Avec le temps (In mémoriam Marcel Hanoun), une espèce de diaporama où le cinéaste illustre un texte qu'il avait consacré au film La nuit claire dans la revue Cinéma en 1979 (« La nuit claire » de Marcel Hanoun par Gérard Courant) et enfin, un carnet filmé au moment des Funérailles de Marcel Hanoun au Père Lachaise à Paris.

Drôle d'idée que de filmer pendant un enterrement ! La première partie de ce court carnet (29 minutes) ne convainc d'ailleurs pas. Courant sur-impressionne les images et les sons de la cérémonie et on n'entend ni les témoignages, ni les hommages. On a du mal à saisir où il veut en venir. A la moitié du film, apparaît à la fois le visage en négatif de Marcel Hanoun (lors de son Cinématon) et celle de son cercueil (en surimpression). L'effet est saisissant et confère soudain au film une puissance mélancolique que l'on retrouvera ensuite lorsque le cinéaste se contentera de filmer des proche de Hanoun et de recueillir leur parole en prenant soin de ne jamais être indécent (la douleur n'est jamais exhibée de manière racoleuse).

Ainsi s'achève alors un chapitre du journal poétique de Gérard Courant : ces pages qu'il a consacrées à Marcel Hanoun, cinéaste singulier et novateur dont on finira bien un jour par redécouvrir l’œuvre...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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