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Jeudi 31 juillet 2014 4 31 /07 /Juil /2014 11:21

Coffret Max Pécas (4 films) L.C.J éditions. Sortie le 7 mai 2014

Je suis une nymphomane (1971) avec Sandra Julien, Michel Lemoine, Janine Raynaud

Je suis frigide…Pourquoi (1973) avec Sandra Julien, Marie-Georges Pascal

Club privé (1974) avec Philippe Gasté, Michel Vocoret

Sexuellement vôtre (1974) avec Yan Brian, Michel Vocoret, Tania Busselier

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La tentation est grande, lorsqu’on se trouve face à l’œuvre de Max Pécas, d’afficher une mine réjouie et le sourire goguenard de celui qui va pouvoir se faire plaisir en se vautrant dans le second degré. Un texte rigolard et plein de coups de coude dans les côtes du lecteur conquis, c’est fort aisé (je confesse y céder avec le titre de cette note !). A l’inverse, il ne s’agit pas non plus de sombrer dans une certaine complaisance nanarophile qui fait volontiers passer les vessies (pécassiennes) pour des lanternes (benazérafiennes, par exemple) et tend à tout réhabiliter au nom bien commode du kitsch-roi.

Quiconque a vu les comédies de la dernière partie de l’œuvre de Max Pécas sait qu’il n’y a absolument rien à sauver de ces navets franchouillards mal joués, mal écrits, mal filmés et d’une beauferie incommensurable. De là vient le problème : le cinéaste est désormais associé à jamais à ces comédies (notamment sa fameuse « trilogie » de Saint-Tropez : Les branchés à Saint-Tropez, Deux enfoirés à Saint-Tropez et On se calme et on boit frais à Saint-Tropez). Si elles constituent l’essentiel de la troisième et dernière partie de sa carrière (il faut visiblement mettre à part un polar musclé que je n’ai pas vu : Brigade des mœurs), elles sont un peu l’arbre qui cache la forêt et il y eu un Pécas avant Pécas.

Assistant dès la fin des années 40 et tout au long des années 50 de cinéastes du « samedi soir » hélas bien oubliés aujourd’hui (Jacques Daroy, Maurice de Canonge, Alfred Rode), Max Pécas débute comme réalisateur en 1960, au moment où déferle la Nouvelle Vague, avec Le cercle vicieux. Pendant près d’une décennie, il va suivre une carrière assez similaire à celle de José Benazeraf en tournant des polars à petits budgets agrémentés de scènes « sexy ». Sans avoir le talent flamboyant de son homologue, il semblerait que cette première partie de l’œuvre pécassienne mérite d’être redécouverte. D’une part, parce que le cinéaste devient dès 1963 et la fondation de sa maison de production « les films du Griffon » un auteur à part entière (il écrit, réalise et produit ses films). D’autre part, parce qu’il va demander à de grands écrivains de « séries noires » de participer à certains de ses scénarios. Jean-Patrick Manchette travaille sur le scénario de La peur et l’amour et Une femme aux abois tandis que Jean-Pierre Bastid est également associé à l’écriture de La peur et l’amour (décidément, on aimerait bien le voir celui-là !) et a écrit La main noire.

Max Pécas va suivre la trajectoire de la plupart des cinéastes populaires français. Après 1968 et profitant de la libéralisation des mœurs, il glisse tout doucement vers l’érotisme (dès 1970 avec Claude et Greta). Nous allons revenir sur cette période plus en détails mais même s’il pimente à chaque fois un peu plus les ébats qu’il filme, une chose est certaine : Pécas n’est pas un grand érotomane (à la différence de Don José) et filmer le sexe ne l’intéresse pas beaucoup. C’est donc surtout par roublardise et appât du gain qu’il s’est laissé tenter par le genre. Là encore, comme Korber, Mulot, Rollin, Davy, Bénazéraf et même l’ancêtre Willy Rozier, il tâtera (si j’ose dire !) à la pornographie le temps de deux films (Les mille et une perversions de Félicia et Luxure) pour abandonner définitivement un genre qui ne l’attire guère et se consacrer presque exclusivement à la comédie égrillarde à partir de 1977 (l’année du mythique Marche pas sur mes lacets).

Le coffret proposé par L.C.J regroupe quatre films érotiques de Max Pécas réalisé entre 1971 et 1974. A travers ces quatre œuvres se dessine une certaine évolution du cinéma de l’auteur, non pas dans la manière de filmer les corps et le sexe (même si Sexuellement vôtre est un peu plus pimenté – ça reste très relatif- que Je suis une nymphomane) mais dans le ton. En effet, les deux titres tournés avec Sandra Julien (Je suis une nymphomane et Je suis frigide…pourquoi ?) sont de purs mélodrames alors que Sexuellement vôtre est une comédie qui annonce clairement la dernière partie de l’œuvre pécassienne.

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Je suis une nymphomane et Je suis frigide…pourquoi ? sont construits sur les mêmes schémas. Une jeune provinciale est victime d’un « accident » qui détraque sa sexualité. Après avoir sombré dans la débauche à Paris pour tenter de guérir, elle finira sauvée en trouvant… le grand amour. Dans les deux cas, l’héroïne est incarnée par Sandra Julien et c’est sa voix-off omniprésente qui fait avancer le récit en nous faisant partager ses états d’âme.

Notons au passage que si les dialogues de ces deux films sont assez ampoulés, ils sont assez bien écrits : chez Pécas, on ne se « moque » pas, on « persifle » et lorsqu’un personnage dit « tu peux y aller », il n’oublie pas de faire la liaison !

De mon côté, j’avais un très mauvais souvenir de Je suis une nymphomane, vu autrefois un dimanche soir sur M6 sous le titre moins cru de Carole et ses démons. Je me souvenais d’un film horriblement hypocrite et réactionnaire, dénué du moindre soupçon d’érotisme. Le revoir m’a fait un peu réviser mon jugement.

Certes, sur le fond, le film est toujours aussi déplaisant puisque la nymphomanie de Carole est clairement considérée comme une « maladie » (qu’elle a contractée en faisant une chute dans un escalier !). Tout le long du récit, nous devrons subir les lamentations de cette pauvrette victime de ses désirs insatiables (il existe pire, me semble-t-il !). Qu’une femme puisse être ainsi inassouvie semble être un grand péché pour Pécas qui n’hésite pas à l’envoyer voir un curé et qui la sauvera grâce au grand et unique amour ! Dès Je suis une nymphomane, Pécas affiche clairement son double jeu : d’un côté, profiter de la libération des mœurs pour s’encanailler et montrer de la fesse à vil prix, de l’autre, jouer les moralisateurs et renvoyer tout le monde à ses foyers et à l’amour conjugal à la fin.  

Mais si on passe outre cet aspect pudibond et hypocrite, Je suis une nymphomane n’est pas un mauvais film. C’est un mélodrame correctement filmé et plutôt joliment photographié. J’ai été très surpris par la bonne tenue de nombreuses séquences et par ces jeux habiles de lumières rouges qui font que l’œuvre semble parfois éclairée comme un giallo. A ce titre, la séquence du manège où Carole commence à délirer est vraiment très réussie et assez fascinante.

L’érotisme reste très soft (Pécas n’est pas Lars Von Trier) mais la belle Sandra Julien est suffisamment bien mise en valeur pour combler le spectateur.

Avec Je suis une nymphomane et Je suis frigide…Pourquoi ?, Pécas adapte à la fiction un sous-genre de la « sexploitation » très en vogue à l’époque : l’« hygiene picture ». En effet, à la fin des années 60, il y eut une mode (surtout chez nos voisins teutons mais pas seulement : voir les films de Pierre Chevalier chez nous) pour les films « d’éducation sexuelle ». L’avantage était double : racoler un public toujours friand d’images inédites sur le sujet et se draper dans une pseudo-objectivité scientifique pour ne pas affoler les ligues de vertu.

Avec ces deux films, Pécas cherche à embrasser tout l’éventail de ce que pourrions nommer, faute de mieux, le « désir féminin ». Après être devenue nymphomane, notre pauvre Sandra Julien va devenir frigide dans le film Je suis frigide…Pourquoi ? Avouons que la raison de ce blocage est plus logique que dans le film précédent puisque, fille de jardinier, elle se fait violer par le fils (et la complicité de sa sœur) du patron ! Mais hélas, le film sera tout aussi nauséabond sur le fond que Je suis une nymphomane puisque le cinéaste ne condamnera quasiment pas ce crime, allant même jusqu’à faire dire à un docteur : «au fond, peu importe le viol » (sic !). On comprendra que Doris, au fond, était amoureuse de son agresseur et qu’elle retrouvera le plaisir en entamant une liaison avec lui ! (sous-entendu : ce n’est pas vraiment un viol puisqu’elle était déjà amoureuse du jeune homme. Mouais…)  

Pour le coup, le film n’est même pas sauvé d’un point de vue cinématographique et s’avère bien moins intéressant que Je suis une nymphomane. On s’ennuie beaucoup et ce ne sont pas les quelques gags qui parsèment le récit (lorsque Doris est devenue call-girl) qui éveilleront l’intérêt.

J’ai parlé l’an passé de Club privé, mélo coquin pas désagréable mais tout aussi moralisateur. Je n’insiste pas plus et vous renvoie à ma note. Je notais déjà la présence d’un humour égrillard qu’apportait la présence de l’ineffable Michel Vocoret (qui tient d’ailleurs un petit rôle dans Je suis une nymphomane). On retrouve le bonhomme comme acteur et aux dialogues de Sexuellement vôtre qui, pour le coup, est une véritable comédie (que cette comédie soit drôle est une autre affaire !)

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Le spectateur y suit les frasques de Gérard Casanova (Yan Brian), descendant du grand séducteur, qui exerce la profession de « call-boy ». Chaque rendez-vous galant qu’il offre, moyennant finance, à une gente féminine conquise d’avance par ce play-boy à moustaches donne lieu à une saynète paillarde. La plupart du temps, les situations relèvent du vaudeville (Vocoret fouetté par une vieille baronne en corset adepte des jeux SM) et « l’humour » repose sur des voix-off qui nous font partager les pensées contradictoires des personnages.

Un seul bon gag à sauver : Casanova se livre à de chaudes étreintes avec la belle Valérie Boisgel au son d’un violon romantique. Nous pensons qu’il s’agit d’une musique extra-diégétique mais à la faveur d’un panoramique, nous découvrons que Michel Vocoret est en train de jouer dudit violon au pied du couple !

Pour le reste, c’est assez pathétique et annonce clairement la dernière partie de carrière de Pécas : Vocoret en fait des tonnes, les gags volent au ras des pâquerettes (à l’époque, ça faisait beaucoup rire de dévoiler après coup que les femmes avec qui le héros venait de batifoler étaient en fait des travestis !), l'érotisme est presque aussi émoustillant qu'un stand de charolaises au salon de l'agriculture et la réalisation est d’une médiocrité affligeante.

De ce coffret fort sympathique au demeurant, on retiendra surtout Je suis une nymphomane (et éventuellement Club privé) et l’idée que ce Max Pécas, aussi roublard fut-il, mériterait quand même d’être redécouvert… 

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mardi 29 juillet 2014 2 29 /07 /Juil /2014 10:23

Les amants d’outre-tombe (1965) de Mario Caiano avec Barbara Steele, Paul Muller. (Editions Artus Films) Sortie le 1er juillet 2014

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La collection « les chefs-d’œuvre du gothique » des excellentes éditions Artus commence à s’étoffer et disons-le d’emblée : Les amants d’outre-tombe fait partie des meilleurs titres de la série. Il n’atteint peut-être pas tout à fait le niveau des excellents Danse macabre de Margheriti ou du fameux Masque du démon de Bava mais il reste un film de très bonne tenue.

Premier atout : la présence de l’immense Barbara Steele dans un double rôle. Elle est d’abord Muriel, la femme d’un savant pratiquant de mystérieuses expériences dans son laboratoire (l’excellent Paul Muller, déjà vu dans Le fantôme de Lady Morgan). Délaissée par son mari, elle se réfugie dans les bras de son amant mais elle est surprise en flagrant délit par le professeur. Très vexé, il les torture et les tue.

Là encore, et nous considérerons qu’il s’agit de son second atout, le film se distingue par sa violence et par sa cruauté. Les passages où Muller châtie les deux amants renvoient à tout un imaginaire sadien qu’on n’avait rarement vu de cette manière à l’écran à cette époque : corps enchaînés, fouettés et marqués au fer rouge dans une crypte lugubre, coups de poing divers, électrocution…

Après ce départ en fanfare, le film redémarre avec l’arrivée de la demi-sœur de Muriel, Jenny (à savoir, Barbara Steele en blonde !). Elle a épousé à son tour le professeur qui convoite un héritage qui lui avait échappé. Des phénomènes mystérieux vont débuter puisque la défunte Muriel semble vouloir accomplir sa vengeance en possédant l’âme de sa sœur…

Reconnaissons-le, Les amants d’outre-tombe souffre d’un petit « ventre mou » lorsque se met en place la deuxième partie du récit. La mise en scène de Caiano, au demeurant très soignée, manque peut-être un peu de tonus pour vraiment maintenir l’attention de manière constante. Mais à cette réserve près, l’amateur du genre sera comblé. Le cinéaste, qui n’est pourtant pas un habitué du fantastique (sa réputation s’est faite autour de quelques péplums – Ulysse contre Hercule, Maciste, gladiateur de Sparte- quelques westerns et il a même réalisé un film de « nazisploitation ») convoque avec brio tous les détails attendus : décors somptueux d’un vaste château recelant de nombreux couloirs sombres et une inquiétante crypte, portes qui grincent et claquent lorsque se lève un grand coup de vent, orages, tombes vides…

L’atmosphère « gothique » est parfaitement rendue, d’autant plus que l’éditeur nous propose ici une très belle copie du film qui rend justice à son noir et blanc très contrasté. Sans révéler les ficelles du dénouement, il convient quand même de souligner que le film bascule à nouveau dans l’horreur du début et qu’il fait preuve d’une violence assez inédite (pour l’époque, je le répète : ça reste très relatif) : personnage à moitié défiguré, sang qui coule abondamment…

Si on aurait aimé que le cinéaste développe certains aspects sous-tendu par son scénario, notamment la dimension « romantique noire » de ces amants qui viennent se venger depuis la mort ou encore la relation étrange qui noue le professeur à sa servante Solange qui a retrouvé sa jeunesse après la mort de Muriel. Le savant à un côté « horrible docteur Orlof » que Caiano aurait pu, à mon sens, plus accentuer.

Mais ceci est une autre histoire : Les amants d’outre-tombe est un film gothique suffisamment morbide et noir pour séduire l’amateur du genre qui ne restera pas, de toute manière, insensible au charme incandescent de l’icône absolue de ce cinéma : la géniale Barbara Steele !

 

En bonus : Une riche présentation du film par l’incontournable Alain Petit qui répond cette fois à des questions et donne ainsi un peu moins l’impression de ronronner (disons que l’échange est plus vivant que dans certains suppléments où le grand critique se contente d’énumérer des filmographies). A cela il faut ajouter un entretien avec le cinéaste Mario Caiano qui revient sur l’aventure des Amants d’outre-tombe

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Vendredi 25 juillet 2014 5 25 /07 /Juil /2014 10:51

Alps (2011) de Yorgos Lanthimos avec Aggeliki Papoulia, Ariane Labed. (Editions La vie est belle) Sortie le 1er juillet 2014

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Je n’avais vu aucun film du cinéaste grec Yorgos Lanthimos qui s’est taillé une petite réputation en France avec son précédent long-métrage Canine. J’ignore ce que vaut ce titre mais en découvrant Alps, j’ai tout de suite catalogué ce cinéaste dans la catégorie d’un certain cinéma d’auteur autiste pétri de fausse radicalité.

Je débuterai ma démonstration par un plan qui revient deux fois dans le film. L’actrice est filmée de dos, avance vers une porte et la caméra la suit par derrière. A chaque fois, le plan débute sur cette nuque mais ni l’actrice, ni la caméra ne sont en mouvement. On pense alors à ces « ateliers cinéma » scolaires où le réalisateur précise bien de compter jusqu’à trois avant de débuter l’action et où une petite erreur de montage donne l’impression que le plan débute trop tôt.

On me dira que c’est voulu par Lanthinos (sans doute !) puisque son film ne parle que d’image et de représentation. Mais j’y vois surtout un film incapable de faire exister quelque chose en dehors des plans qu’il montre et qui s’asphyxie immédiatement dans son petit « théâtre » décalé. Il n’y a pas de hors-champ, pas de monde extérieur, pas de vie pour précéder ou suivre le plan. Il n’y finalement rien entre le clap de départ et le clap de fin.

Mais revenons à l’argument de l’œuvre. Alps, c’est le nom que s’est donnée une troupe de « comédiens » un peu particulier : ils interviennent dans la « vraie vie » pour jouer le rôle d’individus disparus. Pour prendre un exemple, l’infirmière de la troupe incarnera une adolescente morte dans un accident ou la maîtresse d’un homme parlant anglais (qui, de son côté, est lui aussi un comédien !). Idée saugrenue qui aurait pu être intéressante sur la question du rôle et de la représentation « sociale » de chacun (à ce titre, la comédie de Jean Boyer Sénéchal le magnifique était beaucoup plus réussie et plus amusante !) mais gâchée par un système formel ostentatoire et totalement verrouillé (une certaine tendance du cinéma d’auteur contemporain allant de Mungiu à Haneke en passant par La soledad de Rosales).

Du coup, je dois reconnaître humblement que ce film hiératique et sinistre où un père recommande à sa fille de substitution de se « ronger les ongles » m’est passé totalement au-dessus de la tête ! De la même manière, je n’aime pas cette façon qu’ont ces films de jouer sur des scènes « à l’estomac ». Haneke est spécialiste du genre mais là, on aura le droit à une scène insoutenable où le « maître » du groupe Alps (à savoir, « Mont blanc ») file un grand coup de massue à l’infirmière après l’avoir fait patienter un bon moment.

Sans être aussi violent, tout est à l’avenant : saynètes qui n’existent que le temps du plan (pas de hors-champ dans Alps, je le redis), personnages qui n’ont aucune consistance et qui n’existent que comme « image ». On va me dire que c’est justement le propos du film (la plupart se définissent d’ailleurs par rapport à un « acteur préféré ») mais il aurait fallu qu’on sente un univers tangible et « réel » autour pour que ce petit théâtre morbide puisse avoir une chance d’exister. Là, tout relève de l’artifice et le dispositif semble permettre n’importe quoi (ce fou-rire qui interrompt un plan sans qu’on sache si c’est vraiment celui des acteurs ou celui des personnages jouant des acteurs…).

Vous l’aurez compris, je suis resté totalement hermétique à ce film. Mais j’ai peut-être tort. Dans un des suppléments du film, Jérôme Momcilovic compare Alps à Holy motors de Carax et même à Opening night de Cassavetes ! Si j’avais trouvé ne serait-ce qu’un tout petit peu de ces deux films chez Lanthimos, j’aurais adhéré sans problème. Et même si certains ont fait le reproche (à mon avis erroné) à Carax, je dirais plutôt qu’Alps est un film poseur et desséché.  

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Jeudi 24 juillet 2014 4 24 /07 /Juil /2014 10:16

Superargo contre Diabolikus (1966) de Nick Nostro avec Ken Wood, Loredana Nusciak. Editions Artus Films. Sortie le 1er juillet 2014

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Moi qui ne suis pas un fanatique de la saga des James Bond (c’est peu dire mais il faudrait peut-être que je me décide à la redécouvrir), je dois avouer que dans la série des « fumetti », Superargo contre Diabolikus est peut-être celui que je préfère alors que c’est celui qui se rapproche le plus de l’univers du célèbre agent 007.

Je reste plus sensible à la cruauté et à l’érotisme désuet du délicieux Satanik de Vivarelli mais le film de Nick Nostro est sans doute le plus enlevé, le plus agréable à suivre.  

Superargo contre Diabolikus est une œuvre composite qui se nourrit de divers courants de la culture populaire. Superargo est un catcheur masqué dans la lignée du fameux Santo. Sur le ring, il tue par erreur son ami le Tigre et décide d’abandonner le catch à jamais. Mais voilà que son ami le colonel Kinski lui propose une mission : traquer de dangereux trafiquants d’uranium qui mettent la planète en danger…

Outre la référence à Santo, Superargo est un mélange improbable entre un héros de « comics » (Superman, évidemment) pour sa force extraordinaire, sa quasi-invincibilité et de James Bond puisqu’il est équipé de tout un attirail où les gadgets se taillent la part du lion : pilules qui permettent une « mort apparente », émetteurs en tout genre (parfois cachés dans une sorte d’olive !), véhicule sophistiqué, petites caméras…

Le film ne sera ensuite qu’une longue course-poursuite entre ce héros singulier (je ne suis pas convaincu que sauver le monde avec un masque noir et un collant rouge soit donné à tout le monde et, surtout, qu’il s’agisse de la tenue la plus appropriée !) et le terrible Diabolikus (Gérard Tichy a de faux airs de Roland Giraud, ce qui le décrédibilise un peu en tant que génie du mal !).

Le récit est fort classique mais il est mené sans temps morts et il faut bien admettre qu’on prend un certain plaisir à ces aventures rocambolesques auxquelles le temps a donné un charme indéfinissable (les tenues « pop » de Loredana Nusciak, les éclairages rouges et verts qui évoquent parfois les films de Mario Bava…)

Bien sûr, rien n’est vraiment « crédible » et c’est à certains films parodiques que l’on songe de temps en temps : Le magnifique de De Broca lorsque Superargo s’en tire seul contre vingt ennemis ou encore à l’excellent Quand la panthère rose s’emmêle, lorsque le commissaire Dreyfus pète un câble et devient savant fou.

Mais d’un autre côté, ce premier degré naïf est vivifiant et évoque les grands moments d’une littérature (ou d’un cinéma) populaire sans prétention, ne cherchant qu’à divertir mais sans en mettre plein la vue avec de gros moyens. Du coup, l’appareillage technologique ne vient pas interférer sur le plaisir d’un récit plein de rebondissements et mené tambour battant.

Même si je n’aime pas trop désigner les films de cette manière, nous conclurons en disant que Superargo contre Diabolikus est un excellent divertissement, beaucoup plus agréable que la plupart des grosses bouses produites par Marvel actuellement…

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mercredi 23 juillet 2014 3 23 /07 /Juil /2014 10:10

Necronomicon (1993) de Christophe Gans, Shûsuke Kaneko et Brian Yuzna avec Jeffrey Combs, Bruce Payne, Richard Lynch. (Editions Metropolitain films) Sortie en Blu-ray le 18 juin 2014

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Brian Yuzna est un cinéaste fort sympathique que j’ai découvert il y a bien longtemps avec l’excellent Society où le gore se mêlait joyeusement à la satire sociale. Comme son « désaltère égo » Stuart Gordon qu’il a produit, c’est également un passionné de l’écrivain Lovecraft. On lui doit d’ailleurs, comme réalisateur, la suite (assez médiocre) du mythique Re-Animator : The bride of Re-Animator.

Necronomicon est un film à sketches que Yuzna a co-produit (avec Samuel Hadida qui lançait alors son poulain Christophe Gans) et dont il a réalisé un segment (sans compter le prologue et l’épilogue). L’écrivain Lovecraft (incarné par le fidèle Jeffrey Combs qui jouait dans From Beyond et qui était Herbert West dans Re-Animator) se rend dans une mystérieuse bibliothèque tenue par d’étranges moines. Il met la main sur le fameux « Necronomicon » dans lequel il espère puiser son inspiration. Les trois histoires qu’il va y découvrir constitueront la structure de ce film en trois parties.

Paradoxalement, c’est Yuzna qui réalise le segment le moins intéressant du lot. Situé dans une Amérique très contemporaine (enfin, celle d’il y a déjà 20 ans !), il met en scène une femme flic et son partenaire lancés sur les traces d’un tueur en série nommé « le boucher ». Mais la jeune femme (enceinte) perd le contrôle de son véhicule et l’accident va la mener à un délire cauchemardesque. Trop grand-guignolesque avec ses effets-spéciaux sanglants et son accumulation d’horreurs un brin vieillottes (les trucages accusent déjà quelques rides), le cinéaste perd en route un spectateur qui se désintéresse de ce récit abracadabrant.

J’avoue que je connais très mal Lovecraft écrivain mais il me semble que ce qui le caractérise, c’est son goût pour l’innommable, les terreurs indicibles, l’onirisme… Or le travers qui consiste à tout montrer me semble contradictoire avec l’univers de cet écrivain.

Je n’attendais pas grand-chose de la partie réalisée par le « frenchie » Christophe Gans mais il faut reconnaître qu’il s’en tire pas mal. Le récit est fort classique et repose sur les éléments les plus éculés du cinéma fantastique : le vieil hôtel hanté, la malédiction familiale, le livre maudit qui réveille les morts. On pense, en vrac, à La chute de la maison Usher, à Hellraiser, à Poltergeist etc. La mise en scène manque un peu de personnalité mais le cinéaste parvient quand même à jouer plutôt bien avec ses décors et à renouer avec l’horreur gothique d’antan (vieux grimoire plein de toiles d’araignées, vers grouillants…). Si les effets « chocs » qu’il ménage sont trop convenus, Gans parvient à signer un sketch horrifique sans surprise mais qui se suit sans déplaisir.

La meilleure partie du film est assurément celle réalisée par le japonais Shûsuke Kaneko, réalisateur de la série des Gamera, des adaptations du manga Death note et d’un Godzilla récent (enfin 2001 !).

Un journaliste débarque dans la maison du docteur Madden pour enquêter sur les disparitions mystérieuses de nombreux individus. Il est tout de suite frappé par le froid qui règne dans la demeure et la jeune femme qui l’accueille prétend qu’elle souffre d’une maladie de peau qui lui fait craindre la chaleur et le soleil. Elle va alors raconter l’histoire de sa mère et de sa rencontre avec l’étrange docteur…

Le film frappe d’abord par la qualité de la mise en scène et son sens de la narration (le récit est construit sur des flash-back). Kaneko évite les excès du gore en dépit de quelques scènes où l’hémoglobine coule suffisamment pour satisfaire l’amateur pour jouer sur une atmosphère oppressante et les liens troubles qui unissent le docteur Madden et sa nouvelle locataire.

Sans dévoiler tous les tenants et aboutissants de ce segment, il est question de vie éternelle et d’expérimentations sur des cadavres frais. On songe bien évidemment à Re-Animator et à son infernal savant capable de faire revenir à la vie les morts. Mais encore une fois, Kaneko soigne davantage les ambiances et préfère aux excès horrifiques une espèce de romantisme noir qui fonctionne plutôt bien.

L’ensemble de ce Necronomicon est donc satisfaisant même si son esthétique 90’ a déjà bien vieilli. Mis à part le facétieux Yuzna, les deux autres réalisateurs ont compris que la débauche d’effets spéciaux n’était pas suffisante pour tenir un film et ils livrent deux histoires suffisamment tenues pour contenter les amateurs de sensations fortes… 

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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