Nouveautés DVD

Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 10:21

Le 6 juin à l'aube (1944) de Jean Grémillon. (Editions P.O.M Films et Les éditions de l'oeil) Sortie en DVD : septembre 2014

 

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La genèse du 6 juin à l'aube est assez étonnante : Jean Grémillon se rend en Normandie à la fin du mois d'août 1944 pour filmer son pays d'origine. Après avoir montré ses premiers rushes à Jean Painlevé, directeur de la Cinématographie, ils conviennent de faire un film « plus large et plus profond » non pas tant sur le Débarquement que sur les désastres de la guerre. Au printemps 1945, le cinéaste entreprend un deuxième voyage pour tourner dans des conditions précaires et témoigner de la situation d'une région sinistrée. Le film est terminé en 1946 : Jean Grémillon a intégré des plans d'archives, a écrit la musique du film et a imaginé un commentaire à la fois didactique et sobre.

Cependant, le résultat est jugé trop long par les distributeurs et le film sera amputé d'une dizaine de minutes pour être exploité commercialement comme un court-métrage d'avant-programme.

La réédition du 6 juin à l'aube est donc un événement puisque c'est la première fois que nous pourrons voir la version intégrale restaurée de ce documentaire.

 

La principale qualité du film est d'emprunter sans arrêt des chemins où on ne l'attendait pas forcément. Honnêtement, lorsque débute le documentaire, on craint un peu l’œuvre didactique vouée à participer à l'hagiographie du débarquement des alliés sur les plages de Normandie.

Le film de Grémillon montre d'ailleurs deux séquences avec des instituteurs faisant classe à des enfants. Dans la première, l'institutrice travaille à l'ancienne, fait réciter par cœur des leçons aux écoliers et entreprend une leçon de géographie en décrivant scrupuleusement une carte au tableau. Dans la seconde, l'instituteur a emmené ses élèves dehors et explique la Guerre de Cent ans en montrant aux enfants les paysages où se sont déroulés les événements.

D'une certaine manière, le film progresse dialectiquement de la même façon. D'abord les cartes, avec des schémas animés pour expliquer les différentes étapes stratégiques des opérations militaires du Débarquement. A ces explications d'une clarté remarquable s'ajoutent ces fameux « stock-shots » , notamment ces images très impressionnantes de bombardements aériens qui ridiculisent à tout jamais le très mauvais Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg.

 

Puis après avoir filmé les cartes, Grémillon va s'intéresser au territoire. Son film pourrait être une longue litanie de malheurs mais la manière dont le cinéaste filme ces désastres, ces bâtiments ruinés, ces églises abattues est d'autant plus bouleversante qu'il adopte, comme le dit très justement Paul Vecchiali dans un entretien en bonus du DVD, une position de retrait. En filmant un cours sur une guerre beaucoup plus ancienne, Grémillon effectue une démarche passionnante d'inscription de l'Histoire dans les paysages. En ce sens, on comprend pourquoi ce film a tant marqué Jean-Marie Straub (lui aussi interviewé en bonus) : il y a cette même obsession pour enregistrer des traces dans le paysage, de saisir comment l'Histoire peut être évoquée par quelqu'un qui arrive à la fois « trop tôt » (pour tirer les conséquences d'un désastre tout chaud) et « trop tard » (la guerre ne fera surface que par le biais des images d'archives). Cette position d'observateur « entre » deux moments fait l'universalité du film.

Ce sont d'abord les lieux, les paysages qui « parlent » et qui disent quelque chose de l'Histoire immédiate mais aussi de la guerre en général. Ensuite, Grémillon va interroger quelques témoins. Ce qu'il y a de beau ici, c'est qu'on est à l'opposé du « micro-trottoir » mais que ces gens racontent (voire « récitent ») ce qu'ils ont vécu. Le phrasé très particulier (qui séduit tant Straub et on comprend pourquoi) de ces témoignages donne à la fois un côté très intime aux expériences décrites mais également un caractère universel.

 

Si Le 6 juin à l'aube est un documentaire parfaitement réussi, c'est qu'en plus de ses qualités purement cinématographiques (montage, sobriété du commentaire, puissance des plans...) , il parvient à poser un regard différent et pourtant incroyablement juste sur la guerre. Chez Grémillon, cinéaste qui ne s'intéresse qu'à l'humain, il n'y a aucune mise en valeur de l'héroïsme (le seul « héros » du film se révèle particulièrement modeste et dit « c'est de l'histoire ancienne ») mais une attention aux calamités supportées par une foule d'anonymes, à l'image de ces plans sur les croix d'un cimetière où une inscription indique « reste humain », ultime trace d'une présence humaine après le désastre...

 

NB : Le DVD accompagne ici un véritable livre richement illustré où François Albera revient sur la genèse et la postérité du film de Grémillon et où l'on trouvera également l'intégralité du texte de commentaire qui accompagne le documentaire.

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mardi 14 octobre 2014 2 14 /10 /Oct /2014 19:38

Sidewalk stories (1989) de et avec Charles Lane (Sortie en DVD le 8 octobre 2014. Editions Carlotta)

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Lorsqu'est sorti The artist de Michel Hazanavicius, on a un peu trop vite oublié que l'exercice qui consiste à réaliser un film muet de nos jours n'était pas aussi rare que l'on a bien voulu le dire. Sans même parler des cinéastes les plus expérimentaux qui sont souvent revenus aux origines du cinéma (Warhol, Courant, Garrel...), il y eut la comédie de Mel Brooks Silent movie (La dernière folie de Mel Brooks) où le seul mot dit (« non ») était prononcé par...le mime Marceau ! ou, plus récemment, le beau film d'Aki Kaurismaki Juha.

En 1989, l'acteur et réalisateur Charles Lane met en scène son premier long-métrage, Sidewalk stories, et décide de revenir au muet.

Il incarne lui-même un pauvre hère qui dessine sur les trottoirs de New-York. Pas vraiment vagabond comme Chaplin mais presque. Un soir, il assiste à l'assassinat d'un homme au détour d'une rue sombre et « adopte » la fillette qui se trouvait alors avec la victime. Son but va désormais être de retrouver la mère de l'enfant.

 

Avec ce film, Charles Lane s'inspire bien évidemment de l’œuvre de Chaplin, en particulier de The kid. Comme son modèle, il tente un cocktail entre le rire et les larmes sans y parvenir totalement.

Cette réserve posée, Sidewalk stories s'avère être un joli film, assez passionnant par certains aspects.

Ce qui fonctionne le mieux, c'est ce personnage de marginal que compose Charles Lane. Pour pouvoir exister à l'écran sans la parole, il faut un véritable talent et renouer avec le langage du corps des burlesques. Alors qu'il a un regard très expressif et qu'il pourrait jouer facilement de la mimique, Lane filme la plupart du temps en plans larges et se débrouille d'abord avec son corps : qu'il butte contre un voisin de trottoir plus grand (scène qui joue sur la répétition de la chute comme au temps des burlesques primitifs) ou qu'il manque de se faire étrangler par sa petite compagne qu'il garde auprès de lui en s'attachant une corde...autour du cou !

Ce corps burlesque, il le plonge dans la réalité new-yorkaise de la fin des années 80. Le film débute du côté de Wall Street, par des plans d'hommes d'affaires pressés prêts à tuer pour pouvoir entrer le premier dans un taxi. Face à cette agitation stérile, Lane filme ensuite le temps d'un long et beau travelling, toute une petite communauté de marginaux vivants sur le trottoir : jongleurs, peintres de rue, clochards, etc. Paradoxalement, le côté très artificiel du dispositif (noir et blanc, muet...) accentue l'effet « réaliste » de cette vision d'un New-York défavorisé.

 

Autre qualité : la sobriété du film. Avec un sujet pareil, Lane aurait pu facilement verser dans le pathos et réaliser un abominable tire-larmes. Or il ne cherche pas l'émotion facile (une petite fille abandonnée pourrait pourtant prêter à ce type d'épanchement) et il ne sombre jamais dans le misérabilisme. Si les conditions de vie décrites sont dures, la stylisation permet au cinéaste de s'éloigner de la complaisance naturaliste.

Même la traditionnelle histoire d'amour naissante entre le « vagabond » et la riche femme touchée par ce couple improbable est traitée de manière délicate.

 

Alors, me direz-vous, pourquoi des réserves puisque le film parvient à faire sourire en brossant toutefois un tableau dur de la réalité new-yorkaise et à émouvoir sans avoir recours aux grosses ficelles du mélodrame sirupeux ?

 

La limite de Sidewalk stories tient, malgré tout, à son dispositif que je trouve un peu artificiel. Si cette stylisation apporte une distance bienvenue quant aux thèmes abordés, elle nous éloigne aussi un peu des personnages. Il y a dans l’œuvre un côté « exercice de style » qui frise parfois une certaine application. On sent que Charles Lane connaît son Chaplin sur le bout des doigts et, du coup, cet hommage a parfois un côté un peu forcé. Qu'apporte, au fond, le muet dans la mesure où la mise en scène reste relativement classique et ne développe pas énormément le côté « visuel » du projet (ce n'est pas un reproche). ?

 

Cette limite posée, l’œuvre demeure singulière, touchante et mérite d'être redécouverte...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mercredi 8 octobre 2014 3 08 /10 /Oct /2014 19:36

Welcome to New-York (2014) d'Abel Ferrara avec Gérard Depardieu, Jacqueline Bisset (Editions Wild Side) Sortie le 30 septembre 2014

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C'est une excellente chose que de pouvoir désormais découvrir Welcome to New-York à tête reposée, loin de l'effervescence cannoise et des polémiques à n'en plus finir (la plus grotesque restant, bien entendu, l'accusation parfaitement infondée d'antisémitisme de la part de Ferrara). Le matraquage publicitaire autour de cette adaptation de « l'affaire Strauss-Kahn » paraît désormais loin et il est donc possible d'appréhender le film en évitant de buter sur l'écran du fait divers.

Car ce qui frappe immédiatement dans Welcome to New-York, c'est que nous sommes avant toute chose dans l'univers de Ferrara.

 

Devereaux (Gérard Depardieu) est un homme puissant dévoré par un insatiable appétit sexuel. Son histoire est celle d'un roi déchu qui va effectuer une trajectoire commune à la plupart des personnages de Ferrara. Alors qu'il a tout pour lui : l'argent, les call-girls les plus belles, les partouzes mondaines ; il va faire un faux pas et dégringoler en agressant sexuellement la femme de chambre noire de l'hôtel de luxe où il séjournait.

 

Welcome to New-York est le récit d'une déchéance. Devereaux est une version « contemporaine » du « king of New-York » (Christopher Walken) en ce sens qu'il voit soudainement l'empire qu'il avait bâti s'effondrer. Pour incarner un tel personnage, il fallait quelqu'un de la carrure (dans tous les sens du terme!) de Depardieu qui livre ici une de ses plus belles performances depuis très longtemps (sans doute depuis Mammuth). Le comédien joue à merveille cette brute épaisse totalement asservie à des pulsions (la manière dont Devereaux regarde chaque femme comme une proie potentielle est assez superbement rendue) qui finiront par l'engloutir. Mais il est capable également, par un seul geste ou un positionnement de son corps massif, de souligner le désarroi et la fragilité de son personnage.

Une des originalités du film, c'est la manière dont Ferrara traite de la sexualité comme une dépendance fatale. On sait que l'addiction est l'un des thèmes qui lui est le plus cher. Mais cette fois, il ne s'agit ni de la drogue (de Bad lieutenant à Christmas en passant par Snake eyes), ni du jeu (Go, go, tales) ou même de vampirisme (The addiction) mais bel et bien d'une addiction au sexe.

 

Ce qui a changé chez Ferrara, et c'est en ça que son cinéma accompagne vraiment le mouvement du monde, c'est qu'il n'y a désormais plus de secret ni de sacré donc plus de rédemption possible. Dans Bad Lieutenant, il y avait encore un espoir de rédemption pour le personnage parce que le monde extérieur était tangible, que la déchéance du personnage ne venait que de lui-même. Or depuis quelques années, c'est le monde entier qui se « déréalise » et qui s'effondre (l'Apocalypse dans 4h44 : dernier jour sur terre). Ferrara joue alors beaucoup sur la place de l'individu dans un univers en pleine déréliction. Dans Welcome to New-York, il souligne de manière très habile l'enfermement du personnage, à la fois psychique (son addiction qui le coupe de sa femme) et physique (chambres d'hôtel, prison, appartement témoin) tout en montrant également son exposition aux yeux de tous (caméras, photos, bracelet électronique...).

Il ne s'agit pas de dénoncer un peu cruchement l'emballement de la machine médiatique mais de montrer la manière dont l'individu est renvoyé à sa solitude tandis qu'il est de plus en plus exposé au vacarme du monde. Alors que la tragédie du « bad lieutenant » était de ne pas être vu (pour reprendre l'idée d'un beau texte de JF.Rauger), celle des personnages actuels de Ferrara est d'être visibles par tous.

 

Depuis New Rose Hotel, le cinéma de Ferrara affiche un penchant parfois un peu fumeux pour la métaphore globale (en gros, parler du monde entier depuis une chambre d'hôtel). Welcome to New York emprunte également cette voie mais renoue cependant avec une certaine sécheresse des séries B que concoctait le cinéaste à ses débuts. Son film est plus « narratif » et sa manière de filmer les aéroports (avec un magnifique contrechamp sur Devereaux en gros plan, au moment de son arrestation, qui signale le début du séisme), les couloirs d'hôtel ou de jouer sur les ellipses (la fameuse agression) donnent au film un rythme et une nervosité que le cinéaste avait un peu oublié ses derniers temps (indépendamment des qualités de ses dernières œuvres).

 

De la même manière, la promotion autour de ce film pouvait laisser craindre un spectacle tapageur et racoleur. Or il n'en est rien. Ferrara se garde bien de jouer les procureurs ou les moralistes mais cherche avant tout à ausculter les tréfonds de l'âme humaine. Et il y a quelque chose de fascinant à voir chez Devereaux (comme chez DSK, d'ailleurs), homme le plus puissant qu'on puisse imaginer, (il est aux portes de la présidence de la république), une sorte de masochisme qui le pousse à détruire tout ce qu'il avait construit. Dans son (beau) roman L'enculé, Nabe insistait davantage sur cette dimension masochiste du personnage tandis que Ferrara plonge dans les turpitudes de la dépendance sexuelle.

 

Le roi est nu. Le roi est déchu.

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Jeudi 2 octobre 2014 4 02 /10 /Oct /2014 16:56

We can't go home again (1973) de et avec Nicholas Ray et Susan Ray, Tom Farrell (Editions Carlotta Films) Sortie le 24 septembre 2014.

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La fin de carrière de Nicholas Ray est tout à fait étonnante et je ne connais pas d'autres exemples de cinéastes venus du cœur de l'industrie hollywoodienne de l'époque classique qui termineront par réaliser des films relevant quasiment du cinéma expérimental. Pour le résumer de manière abrupte, Nicholas Ray est passé de James Dean à Nam June Paik !

Après le tournage des 55 jours de Pékin au début des années 60, le cinéaste se fait bannir des studios et fait un infarctus. Pendant près d'une décennie, il tente, en vain, de monter des projets, notamment un film sur le procès des sept de Chicago (parmi eux : Jerry Rubin et Abbie Hoffman).

Au début des années 70, il enseigne le cinéma dans une université à New-York. C'est là qu'il décide, avec ses étudiants, de tourner un film sans scénario qui deviendra We can't go home again.

 

Soulignons-le d'emblée : le film vaut plus pour sa manière d'expérimenter que pour le résultat final qui risque de déconcerter les amateurs de Johnny Guitar. Pour Ray et ses étudiants (un « directed by us » remplace le traditionnel nom du metteur en scène), il s'agit de faire éclater le cadre du cinéma. Éclatement de la narration puisque le film ne possède aucun fil directeur et qu'il fait se succéder des saynètes psychédéliques tournées par chacun des étudiants. Éclatement de la fiction puisque le film met en scène les conditions de son tournage et ne cesse de naviguer entre la représentation et la mise à distance de cette représentation. Éclatement même de la projection puisque Ray utilise l'écran comme une véritable surface plane où il va pouvoir expérimenter : en image de fond, une photo de paysage urbain ou rural sur laquelle se dessine un plus petit écran noir où le cinéaste projette un, deux, trois voire quatre films en même temps.

Le résultat est un kaléidoscope d'images composites où chacun se retrouve devant et derrière la caméra, improvise plus ou moins des petites tranches de vie et où Nicholas Ray apparaît comme une espèce de figure paternelle au diapason des révoltes étudiantes.

 

De ce point de vue, on peut se dire que We can't go home again est l'aboutissement de l'anarchisme foncier du cinéaste. On sait qu'il débute à Hollywood avec le sublime Les amants de la nuit, véritable cri de révolte et éloge de l'amour fou jeté à la face des studios. Puis Ray va se plaire à filmer des individus solitaires farouchement individualistes (Le violent, Born to be bad...) ou en rébellion contre l'ordre établi (exemplairement, les jeunes de La fureur de vivre).

We can't go home again s'ouvre également sur cette révolte, celle qu'incarnait les « yippies » (Youth international party) à la Rubin ou Hoffman. Et elle irriguera toute l’œuvre notamment lorsque Ray confesse sa haine indécrottable pour les flics.

A travers ce capharnaüm d'images hétéroclites se dessine une volonté de remettre en cause l'ordre établi : l'ordre politique (des allusions à la politique de Nixon), l'ordre social ou sexuel.

De fait, le film navigue entre cinéma expérimental et cinéma d'exploitation débraillé, entre Warhol (la projection multiple à la Chelsea girls) et Jess Franco (une très belle « séquence » psychédélique sur une fille nue filmée en une succession de surimpressions) ; entre le Barbet Schroeder période hippie (More, La vallée) et une installation vidéo de Nam June Paik.

 

Si les « sketches » mis en scène n'ont pas tellement d'intérêt, le film attire l'attention grâce au rôle que tient lui-même Ray et en raison de cette figure paternelle qu'il va finir par incarner à la fin de sa vie. Le magnifique DVD que proposent aujourd'hui les éditions Carlotta nous permet également de découvrir The Janitor, le sketch tourné par Ray pour le film érotique Wet Dreams. Si le court-métrage est bien raté, il a le mérite de présenter le cinéaste comme une figure paternelle qui va se faire dépasser par ses « enfants ». C'est cette ligne que l'on retrouve dans We can't go home again et qui donne au film sa dimension la plus émouvante. Ray est à la fois totalement intégré dans le groupe d'étudiants tournant cette œuvre collective mais il reste également une figure mythique à qui on demande régulièrement de parler de Marilyn ou de James Dean. Il s'agira donc pour le cinéaste de mettre en scène sa propre mort, à la fois symbole de la mort d'un certain cinéma « classique » et également promesse d'une possible émancipation pour ses élèves. La mort, ici, est montrée de manière figurée (par une pendaison assez drôle puisque Ray s'exclame : « j'ai tourné dix westerns et je ne sais même pas faire un nœud! ») mais elle sera aussi montrée de manière « réelle » dans le Nick's movie que réalisera Wim Wenders (encore un « ciné-fils » payant son tribut au « père » avant de s'en débarrasser symboliquement).

 

Encore une fois, We can't go home again n'est pas un « film » au sens traditionnel du terme (je pense qu'il est d'ailleurs préférable de le voir en salles pour être davantage hypnotisé par son côté expérimental) mais un patchwork orchestré par un vieux maître n'ayant rien perdu de sa verdeur et de son désir de tout foutre cul par-dessus tête...


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Bonus. Le DVD présenté est très riche. Outre des entretiens avec Jim Jarmusch et un spécialiste de Ray (Bernard Eisenschitz), nous aurons droit à un documentaire de Susan Ray, quatrième femme du cinéaste et actrice dans We can't go home again, intitulé Don't expect too much mais également aux rushes de Marco, un court-métrage tourné par Ray et ses étudiants autour de la question du criminel au cinéma.

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Vendredi 19 septembre 2014 5 19 /09 /Sep /2014 12:56

Bugsy Malone (1976) d'Alan Parker avec Jodie Foster. (Editions Elephant film) Sortie le 7 octobre 2014

 

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C'est la première fois que j'évoque le nom d'Alan Parker sur ce blog, sans doute aussi parce que cela faisait une éternité que je n'avais pas vu un de ses films. A vrai dire, il m'est très difficile de parler de ce cinéaste dans la mesure où il fut sans doute l'un de ceux que j'ai le plus adulés à l'adolescence.

Pink Floyd, the wall était mon film préféré quand j'avais quinze ans et, dans la foulée, j'avais regardé et adoré des films comme Midnight express, Birdy et Angel Heart.

Le problème, c'est qu'Alan Parker fait partie de cette bande de cinéastes venus de la pub que je n'aime pas beaucoup, que ça soit Tony et Ridley Scott ou Adrian Lyne. J'imagine donc que ses œuvres sont restées très marquées par l'esthétique publicitaire des années 80 et que la plupart doivent être difficilement regardables aujourd'hui (sur Twitter, les avis étaient partagés).

 

Je n'avais jamais vu Bugsy Malone, premier long-métrage du cinéaste. Sur le papier, le film repose entièrement sur son concept publicitaire : faire un film de gangsters entièrement joué par des enfants. Par ailleurs, ce film noir sera également une comédie musicale. Curieusement, cette idée tordue passe plutôt bien à l'écran et le film se révèle assez agréable à regarder. Alan Parker joue assez malicieusement avec les stéréotypes du genre (enfants engoncés dans des costumes, chefs de gang atrabilaires et cruels, femmes fatales...), à tel point qu'on finit parfois par oublier le jeune âge des interprètes.

Bien sûr, le cinéaste reste constamment « politiquement correct » (pourtant, nous étions dans les années 70, la décennie de toutes les audaces) et contourne habilement ce qui pourrait poser problème.

Ainsi, les petits gangsters utilisent volontiers des armes à feu mais celles-ci ne propulsent que de la crème pâtissière, permettant un finale qui évoque La bataille du siècle avec Laurel et Hardy. Cependant, il convient de souligner le fait que l'humour du film est un peu poussif et que ce n'est pas l'aspect le plus intéressant de Bugsy Malone. On préférera cette manière qu'a Parker d'utiliser le stéréotype pour le mettre à nu. Son film évoque à la fois les classiques du film de gangsters (de Scarface de Hawks au Parrain de Coppola) tout en annonçant les grands films de mafieux signés Scorsese ou des frères Coen (une scène dans la forêt m'a fait irrésistiblement penser à Miller's crossing). Le fait que ça soit des enfants qui incarnent ces situations convenues permet de ridiculiser les adultes qui s'y adonnent en temps normal. Tout ce qui relève des rivalités entre groupes, des codes de l'honneur, du banditisme organisé apparaît soudainement comme un jeu d'enfants puéril et un poil ridicule.

 

Le film a un certain charme, notamment parce qu'on y retrouve la toute juvénile Jodie Foster qui joue avec beaucoup de talent les petites femmes fatales et que son numéro chanté My name is Tallulah est assez irrésistible. Il convient d'ailleurs de dire enfin que le point fort de Bugsy Malone est évidemment sa bande originale. La musique du film est signée du génial Paul Williams, l'inoubliable Swann du Phantom of the paradise de Brian de Palma qui composa également la sublime bande-son de ce film. Avec ses accords singuliers et sa voix entraînante, Paul Williams donne toute sa saveur à cette comédie musicale soignée et assez originale.

 

Quant à la réalisation d'Alan Parker, elle est classique mais relativement sobre (à part quelques effets de solarisation hamiltoniens dans une ou deux scènes bucoliques). Ce n'est sans doute pas le chef-d’œuvre du siècle mais on passe un bon moment.

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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