Nouveautés DVD

Lundi 26 janvier 2015 1 26 /01 /Jan /2015 20:14

Les hautes solitudes (1974) de Philippe Garrel avec Jean Seberg, Tina Aumont, Nico, Laurent Terzieff. (Editions Re :Voir).


vlcsnap-2015-01-05-21h53m30s211.png

 

Si la distinction entre prose et poésie est communément admise en littérature, il conviendrait de l’adopter de la même manière pour évoquer certaines œuvres cinématographiques. Car si le septième art a toujours essentiellement relevé de la prose, quelques auteurs très minoritaires ont tenté d’élaborer en ses marges un véritable « cinéma de la poésie » ne devant plus rien au récit traditionnel et à la narration linéaire. Philippe Garrel fait indéniablement partie de cette catégorie des « cinéastes poètes ». Surnommé le « Rimbaud de la pellicule », il tourne son premier court-métrage alors qu’il n’a que 16 ans (Les enfants désaccordés en 1964) et a déjà réalisé quatre longs-métrages alors qu’il n’a pas encore 20 ans. Cheveux en bataille, le regard perdu dans un perpétuel ailleurs, il filme comme on griffonne fiévreusement sur le papier quelques vers ou les pages d'un carnet intime.

Après quelques films marqués par mai 68 et le psychédélisme (citons Le lit de la vierge en 1969 et La cicatrice intérieure en 1972), il poursuit au cours des années 70 dans la voie d’un cinéma entièrement réalisé à la première personne et ne devant plus rien aux normes du récit classique.


Les hautes solitudes, qu’il réalise en 1974, sera un film de « chutes ». Fasciné par Jean Seberg, il se rend tous les jours chez elle avec une caméra 35mm, un pied et des bouts de pellicules de récupération et la filme dans son environnement. Il n’y aura dans l’œuvre ni scénario, ni progression dramatique mais une succession de gros plans sur la comédienne et sur quelques autres visages (ceux de Nico, de Laurent Terzieff et de la sublime Tina Aumont) baignant dans un silence absolu puisque ces images sont dépourvues de bande-sonore.

vlcsnap-2015-01-05-21h59m09s17.png

Si on accepte le parti-pris radical du film, à mille lieues de nos habitudes de spectateurs paresseux, il est tout simplement déchirant. Parce que Garrel filme en poète (on y revient !) et que l’acte de filmer pour ce « mystique de l’art » prime sur tout ce qui encombre le cinéma traditionnel : l’anecdote, la tyrannie du scénario, la nécessité de raconter une histoire… Les hautes solitudes est un film qui semble constamment réinventer le septième art en plongeant dans ses racines les plus primitives (le noir et blanc, le muet, le gros plan) : le visage de Jean Seberg, si bouleversant, semble raconter en filigrane toute une histoire du cinéma depuis sa création, des larmes de Falconetti dans la Jeanne d’Arc de Dreyer jusqu’aux tourments de Liv Ullmann chez Bergman en passant par Godard et les sentiers les plus expérimentaux (on songe notamment aux Screen tests de Warhol).

Mais au-delà de ces références cinéphiles, Les hautes solitudes nous confrontent à des images brutes (le grain de la pellicule est parfois très marqué) qui, comme un véritable poème, peuvent nous toucher au plus profond tant est variée la palette des émotions que suscite la comédienne (la solitude, la détresse, le désespoir, la légèreté parfois, la mélancolie…). Entre Jean Seberg et le spectateur, il y a une caméra qui ne se fait jamais oublier et qui parvient à saisir dans un même mouvement un véritable « documentaire » sur le visage d’une comédienne de génie mais également cette magie du moment où l’acteur devient un « personnage ». Chez Garrel, chaque plan est une sorte d’épiphanie, mélange de réalité et de véritable « vision ». Et chaque film devient une sorte de page arrachée au journal intime d’un poète qui n’a désormais plus besoin de grand-chose pour faire du cinéma puisque un peu de pellicule et quelques visages suffisent.

Inutile de préciser que si ces visages nous bouleversent également, c’est parce que le temps a fait son œuvre et que c’est avec une grande mélancolie que nous revoyons aujourd’hui ces enfants perdus nés trop jeunes dans un siècle trop vieux. Les hautes solitudes, c’est la réunion de deux icônes de la « contre-culture » des années 70 et d’une grande star des années 60. L’égérie du Velvet Underground Nico n’apparaît que quelques minutes mais son spectre hante toute l’œuvre alors que la divine Tina Aumont, « une des plus belles femmes du monde » selon Tinto Brass, éclaire le film de sa grâce inouïe, parvenant à faire luire un rayon de soleil dès qu’elle sourit. Quant à Jean Seberg, son destin tragique rend encore plus émouvante chacune de ses apparitions d’autant que son beau visage semble déjà marqué par ce qui la détruira (la folie, les effets de la drogue, de l’alcool…). Chacun de ses regards jetés à la caméra sonne comme un appel au secours et Garrel parvient à faire sourdre une émotion intense en mettant à nu ce visage inoubliable. Mais ce désespoir, il provient aussi d'un véritable travail de comédien qui permet à Seberg de constamment brouiller les frontières entre la réalité et la fiction, au point que Garrel sera, pour la petite histoire, obligé d'interrompre en cours de réalisation une scène, trompé par la puissance du jeu de l'actrice et persuadé qu'elle était vraiment en train de se suicider « en direct ».

Quand l'écran noir se referme sur ce si doux visage, c'est aussi un peu toute une époque qui disparaît. On songe alors à un titre d'un autre film de Philippe Garrel : Un ange passe...

 

vlcsnap-2015-01-05-21h58m41s247.png

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 16 janvier 2015 5 16 /01 /Jan /2015 11:56

Qu'il est étrange de s'appeler Federico (2013) d'Ettore Scola avec Tommaso Lazotti, Vittorio Viviani . (Éditions Carlotta Films). Sortie le 7 janvier 2015.

 QU-IL-EST-ETRANGE-2.jpg

 

Il n'est pas rare que des cinéastes fassent appel à d'autres cinéastes pour qu'ils tiennent leur propre rôle dans un film (Fuller et Lang chez Godard, DeMille chez Wilder etc.). Il est aussi souvent arrivé que des cinéastes consacrent un documentaire à un réalisateur aimé : que ce soit le Nick's movie de Wim Wenders ou la longue saga Cinéastes de notre temps de Labarthe et Bazin. Du Chaplin d'Attenborough jusqu'au tout récent Pasolini en passant par le superbe Ed Wood de Burton, il y eut quelques « biopic » consacrés à des cinéastes. Mais je crois qu'il n'avait jamais été fait un film comme Qu'il est étrange de s'appeler Federico, évocation nostalgique d'un cinéaste (Scola) pour un autre (Fellini). Le seul film auquel on pourrait éventuellement le comparer, c'est le Jacquot de Nantes d'Agnès Varda puisque dans les deux cas, il s'agit de peindre la figure d'un cinéaste sous l'angle d'un rapport affectif (amical pour Scola, amoureux pour Varda).

 

La première scène laisse présager du pire : Fellini est assis seul et contemple, de dos, un coucher de soleil sur une mer reconstituée dans les studios de Cinecitta. Il fait passer un casting et défile alors tout le folklore lié au maestro : femmes plantureuses, jongleurs, cracheurs de feu... On craint donc l'hommage poussiéreux qui se contenterait de singer paresseusement l'univers baroque de Fellini. Mais Scola bifurque une première fois pour nous raconter, en noir et blanc, les débuts de Fellini au journal satirique Marc'Aurelio en 1939 en tant que caricaturiste. C'est en ces lieux que Scola le rencontrera huit ans plus tard en débutant de la même manière. Après la guerre, Fellini est toujours au journal mais il écrit des scénarios et commence sa carrière de cinéaste. Toute cette évocation mi-amusée, mi-nostalgique fonctionne plutôt bien car on y retrouve une atmosphère de salle de rédaction (avec le patron qui réagit avec le même air lugubre aux gags de ses dessinateurs : « celui-là m'a fait rire ») et l'impertinence qui y règne trouve des échos dans l'actualité du jour (la disparition tragique des dessinateurs de Charlie-Hebdo).

A partir de ses souvenirs amicaux, Scola réalise une œuvre composite où les images documentaires se mêlent à des saynètes reconstituées, où le récit d'anecdotes est parfois interrompu pour laisser place à une illustration d'une histoire imaginée par Fellini. L'ensemble est vraiment très plaisant et se regarde avec beaucoup de plaisir. Tout n'est pas du même niveau et le bât blesse lorsque le cinéaste cherche à retrouver le « pittoresque » fellinien. Les deux hommes avaient l'habitude de faire de longues balades en voiture, au hasard des rues. Les deux rencontres insolites que reconstituent Scola (avec une émouvante prostituée et un peintre de rue excentrique pas du tout impressionné d'être dans la voiture de Fellini et affirmant que le cinéma n'est que le septième art alors que la peinture est le troisième) sont un peu ratées, beaucoup trop académiques pour toucher. En revanche, le film fourmille aussi de bonnes idées, comme cette évocation de Mastroianni et de la mère de l'acteur qui vient demander à Scola (joué par un acteur) pourquoi son fils est toujours laid dans ses films alors qu'il est magnifique chez Fellini. Une succession de courts extraits corrobore cet avis. Cette anecdote permet à Scola de rebondir jusqu'au Casanova en expliquant que Fellini fit faire des essais à tous les grands acteurs italiens de l'époque sauf... Mastroianni. On imagine que le maître, voulant « salir » le mythe du grand séducteur, ne voulait pas « salir » par la même occasion sa vedette et son alter-ego. Par la suite, on verra des extraits (que je trouve assez exceptionnels : je ne sais pas si on les avait vus auparavant) des essais effectués par Sordi, Tognazzi et Gassman en Casanova (Sordi est assez tordant, surtout quand il implore Fellini de lui donner une scène et de ne plus le laisser improviser).

 

Scola n'est sans doute pas (plus?) un grand cinéaste et son film souffre parfois d'un certain académisme (le côté album de photos vieillot qu'on feuillette au coin du feu) mais il parvient néanmoins à emporter l'adhésion par sa fantaisie et par la variété des situations qu'il met en scène. A ce titre, la fuite finale de Fellini vers un carrousel qui donne lieu à un montage virevoltant d'extraits des grands films du cinéaste (et qui donne envie de revoir dare-dare toute son œuvre!) est assez magnifique.

D'aucuns trouveront le film désuet et académique mais il est porté par une passion et un amour du cinéma qui le rendent émouvant et assez injustement mésestimé...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 7 janvier 2015 3 07 /01 /Jan /2015 19:34

L'authentique procès de Carl-Emmanuel Jung (1966) de Marcel Hanoun avec Maurice Poullenot, Michel Lonsdale. (éditions Re:Voir) Sortie en décembre 2014

 vlcsnap-2015-01-07-19h17m47s168.png

 

Marcel Hanoun n'a pas eu la postérité qu'il méritait d'avoir. Auteur discret qui terminera son œuvre en travaillant essentiellement en vidéo ; il débute au cinéma en 1958 avec Une simple histoire qui marquera beaucoup Jean-Luc Godard. Contemporain de la Nouvelle Vague, ses premiers films sont encore très influencés par l’œuvre de Bresson. C'est cette influence que l'on ressent très fortement dans le beau prologue de L'authentique procès de Carl-Emmanuel Jung où le spectateur est plongé dans le quotidien banal d'un homme entre deux âges et à la vie apparemment ordinaire. La caméra s'attarde sur quelques objets : un crucifix, une photo d'officier puis glisse vers un couple qui semble se lever et se préparer. Pas de paroles entre eux mais la musique de Bach et des regards échangés. Le montage est sec, épuré et Hanoun semble avoir retenu la leçon du maître en privilégiant les inserts et la minutie des gestes.

Puis nous voilà dans un tribunal. Du moins, dans une salle de théâtre où se déroule le procès d'un criminel de guerre, cet homme « normal » avec qui nous avons fait connaissance. Une voix-off nous décrit les acteurs en présence (les juges, les avocats, les témoins...) et nous informe du décalage que cette voix introduira puisque le procès s'est déroulé dans une langue étrangère.

Avec L'authentique procès de Carl-Emmanuel Jung, Marcel Hanoun procède à une véritable désarticulation du langage cinématographique en désynchronisant l'image et le son et en nous amenant constamment à nous interroger sur le statut même de ce que l'on voit et ce que l'on entend. La démarche du cinéaste est assez proche, dans l'esprit, de celle de Brecht puisque tout ce qui est mis en scène est constamment distancié. Si l'officier Jung renvoie, bien évidemment, aux criminels de guerre nazis, rien n'est clairement nommé : les victimes sont « les étrangers », les camps de la mort portent des numéros, etc. Il s'agit d'éviter tout pathos et tout phénomène d'identification pour décortiquer de manière froide les mécanismes qui ont pu engendrer une telle barbarie. Sur un sujet aussi brûlant, Hanoun cherche à éviter toute démonstration et à porter un regard distancié sur les vérités historiques. C'est pour cette raison que les témoignages, les joutes verbales entre le prévenu et le tribunal sont récités sur un ton monocorde, parfois très maladroit (le cinéaste, fuyant la théâtralité, a conservé les bafouillages, les raclements de gorge, les hésitations de ses récitants). Mais cette énumération froide et glaçante de crimes atroces, de séances de torture inimaginables finit par acquérir une puissance et une intensité peu communes. Le cinéaste ne fait jamais appel à la compassion ou à la pitié du spectateur (qui est tellement facile à exciter mais qui ne mène à rien) mais à son intelligence et à sa raison.

Aussi atroces que furent ces crimes, ce qui intéresse Hanoun est, dans le sillage du procès Eichmann et de l'essai fondamental d'Hannah Harendt, de montrer la banalité du Mal. L'atrocité de Carl-Emmanuel Jung, c'est que ce n'est pas un « monstre » mais un homme normal : cultivé, mélomane, marié et père de famille respectable. Ce qu'interroge le cinéaste, c'est ce moment où un régime permet au barbare qui sommeille en tout être humain de se réveiller en toute impunité. Jung se réfugie toujours derrière sa hiérarchie, son obligation d'appliquer les consignes et de se plier aux ordres même les plus ignobles. Un des moments les plus poignants du film est une scène, imaginée, où le criminel se repent, comme un « flash » inconscient au cœur d'une mécanique trop huilée. Elle est aussi assez caractéristique d'un film qui procède par glissements, par brusques embardées qui provoquent, là encore, le questionnement du spectateur. Qui est cette jeune femme nue que le cinéaste filme soudainement dans une séquence d'une rare beauté, contrastant avec l'horreur que suscitent les récits où les détenus des camps sont déshabillés, malmenés, torturés, massacrés ? D'où proviennent ces (très rares) images d'une fusillade reconstituée alors que le film fuit constamment la représentation et la reconstitution pour ne s'intéresser qu'à la parole ?

 

Austère et âpre, L'authentique procès de Carl-Emmanuel Jung interroge également notre place de spectateur et une certaine manière d'aborder l'Histoire : non plus en témoin passif (en « spectateur », justement) mais en véritable acteur d'une question vertigineuse : que ferions-nous si de tels événements se reproduisaient ? Et, au bout du compte, quels sont les limites qui séparent le barbare de l'homme ordinaire ?

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 23:04

A hard day's night (1964) de Richard Lester avec Les Beatles (Editions Carlotta) Sortie le 10 décembre 2014

  A-HARD-DAY-S-NIGHT-02.jpg

© Carlotta Films

 

Le temps de deux films, le cinéaste britannique Richard Lester va se mettre au service des Beatles et les mettre en scène dans deux « véhicules » qui permettront au groupe d'aligner leurs chansons et quelques facéties. Help !, découvert il y a quelques années, m'avait plutôt déçu : un scénario inepte et creux tenait lieu de fil directeur à une comédie poussive et à une succession de clips musicaux.

A hard day's night, réalisé deux ans avant, repose sur les mêmes principes (humour absurde et succession de morceaux musicaux) mais le film a le mérite de ne pas chercher à échafauder un récit délirant : les quatre scarabées endossent leurs propres rôles et incarnent les membres d'un groupe de rock au sommet de sa gloire qui s'apprête à enregistrer une émission de télévision.

Ce côté « documentaire » fait la force d'un film qui nous fait ressentir avec une certaine intensité la folie de la « Beatlemania ». Dès les premiers plans, John, Paul, George et Ringo courent à toute allure pour échapper à leurs fans hystériques. A la fin du film, Lester enregistre une prestation « live » du groupe et montre également l'incroyable effet que produisait alors le groupe sur le public (surtout féminin) : hurlements, larmes, sautillements convulsifs... Le charisme du groupe est assez impressionnant et c'est avec un grand plaisir que l'on réécoute leurs chansons, qu'il s'agisse des tubes indémodables (A hard day's night, Can't buy my love...) ou des titres moins connus (du moins, de mon côté).

En plus de la musique, les Beatles manient à merveille le non-sense. Le film est truffé de gags absurdes, de dialogues délirants et de situations burlesques assez drôles dont l'inspiration serait à chercher du côté du magazine Mad (qu'un des personnages lit). A leur côté, il convient de citer le personnage qui incarne le grand-père de Paul McCartney et qui n'a pas son pareil pour semer la zizanie et monter les gens les uns contre les autres. Cela nous vaut une séquence où Ringo se révolte d'être toujours le souffre-douleur des trois autres (ils se moquent régulièrement de son nez) et décide de faire l'école buissonnière. Ce petit aparté est sans doute la partie qui relève le plus de la « fiction » car jusqu'alors, nous avons vu le groupe au cœur d'un quotidien paraissant plausible : aller danser, répéter, courir entre deux trains, deux chambres d'hôtel ou clubs de jeux.

Le personnage du grand-père est intéressant car dans l'une des premières scènes du film, les quatre jeunes hommes raillent son âge tout comme ils opposeront à un autre vieux bonhomme grincheux leur sens de la dérision, leur insolence et la fougue de leur jeunesse. Quatre garçon dans le vent : pour une fois, le titre français n'est pas trop mal choisi dans la mesure où il illustre parfaitement le propos d'un film qui ne cesse d'exalter la jeunesse, son énergie et sa liberté. De manière plus cynique, on pourrait aussi voir dans ce film un parfait véhicule spéculant sur le succès des Beatles et ne visant de ce fait qu'un public « jeune ». Les deux sont sans doute vrai mais c'est cette impureté qui fait le charme d'A hard day's night , mélange de roublardise mercantile et de véritable joie de vivre, d'énergie juvénile et de fantaisie « pop ».

Sans être un chef-d’œuvre, le film brille par son rythme échevelé et par la puissance de ses morceaux musicaux. Quant à l'aspect comédie absurde, voie que le cinéaste Richard Lester empruntera plus d'une fois, il a parfois un peu vieilli mais fait mouche le plus souvent (les stars qui ne s'inquiètent absolument pas de trouver un homme en caleçon dans leur placard, par exemple). D'une certaine manière, A hard day's night est une sorte de précurseur (après Hellzapoppin) de ce « non-sense » cinématographique qui fera la gloire des Monty Python, des Zucker, des Nuls et de beaucoup d'autres.

A savourer sans modération, donc...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 16 décembre 2014 2 16 /12 /Déc /2014 19:41

Sacco et Vanzetti (1971) de Giuliano Montaldo avec Gian Maria Volonte (Editions Carlotta). Sortie le 10 décembre 2014

 sacco-et-vanzetti_518140_39365.jpg

 

Du film de Giuliano Montaldo, on se souvient surtout de la chanson de Joan Baez Here's to you (musique d'Ennio Morricone) qui contribua à assurer une certaine postérité à ce Sacco et Vanzetti. De la même manière, si le cinéaste s'intéresse alors à l'un des plus fameux procès de l'anarchisme (et une des plus flagrantes erreurs judiciaires dont fut victime ce courant idéologique), c'est sans doute parce que ce procès entrait alors en résonance avec la situation politique et sociale italienne de l'après-68 (la radicalisation des mouvements révolutionnaires, la naissance des brigades rouges et de la « stratégie de la tension »).

 

D'un point de vue cinématographique, Sacco et Vanzetti s'inscrit de plain-pied dans la mouvance des « fictions de gauche » qui fleurirent à l'époque (les réquisitoires pénibles d'Elio Petri ou Francesco Rosi). Le film souffre d'ailleurs souvent de cette caractéristique : globalement trop didactique, il se contente généralement d'illustrer un discours préexistant et de « dénoncer » les injustices sans trop chercher à se confronter à la complexité du réel.

Pourtant, la première séquence (en noir et blanc) est très prometteuse : le cadre a une certaine assise, les plans, composés de manière géométrique, s'enchaînent avec une sécheresse de bon aloi et le spectateur est captivé par ces images de rafles policières. Je ne sais pas si Montaldo est un grand metteur en scène (je n'avais jamais vu l'un de ses films jusqu'à présent) mais il est certain qu'il a un certain style et une indéniable efficacité dans la conduite de son récit (quelques beaux plans qui isolent le président du tribunal et qui traduisent ainsi très bien le caractère impitoyable et monstrueux d'une justice qui ne cherche ici qu'à broyer l'individu).

 

Malheureusement, les choses se gâtent assez rapidement. Sacco et Vanzetti se concentre essentiellement sur le procès des deux anarchistes et l'on retombe dans les travers du « film de procès » : une certaine théâtralité (que de courts flash-back explicatifs ne rendent pas moins lourde), un didactisme appuyé (la caractérisation des personnages, entre l'ignoble juge raciste et l'avocat qui prend sur ses épaules toute la misère humaine, est beaucoup trop schématique pour intéresser) et de longs tunnels dialogués qui finissent par lasser d'autant plus que tout le film est parlé en italien alors que les anarchistes sont censés avoir des difficultés à comprendre la langue américaine.

Tout est mis en œuvre pour indigner un spectateur d'emblée acquis à la cause de ces deux saints et martyrs laïcs : une petite touche de compassion larmoyante grâce à la femme et au fils de Sacco, des témoignages résolument truqués, de grosses ficelles tirées trop ostensiblement par l’État pour faire le procès de l'anarchie.

Le film peine à inscrire ce récit dans un contexte historique précis et il a même tendance à tirer le mouvement anarchiste du côté de l’œcuménisme bêlant d'une certaine gauche socialisante pacifiste. A cet « anarchisme sirop de coing » [Noël Godin], on préfère évidemment la flamboyance individualiste d'un Darien (Le voleur) adapté par Louis Malle ou l'agit-prop satirique du grand Mocky. En effet, pour une œuvre consacrée à l'anarchie, le film de Montaldo apparaît comme beaucoup trop sage et guère plus subversif qu'une « protest song ».

 

Ces réserves posées, Sacco et Vanzetti se voit sans ennui (en dépit de quelques longueurs, notamment sur la fin). Sa raideur didactique est parfois dépassée par un côté « western » (la présence de Gian Maria Volonté – qui aurait fait un Ravachol ou un Jules Bonnot convaicant- et la musique d'Ennio Morricone aidant) que le cinéaste parvient à faire advenir grâce à une mise en scène sèche et efficace.

La « fiction de gauche » l'emporte malheureusement sur la puissance du genre mais pour qui s'intéresse à ce sujet (l'histoire des mouvements sociaux, de l'anarchie...), le film s'avère être, au bout du compte, une image d’Épinal à la fois documentée mais sans doute trop schématique pour convaincre entièrement.

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Calendrier

Janvier 2015
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés