Nouveautés DVD

Mardi 14 octobre 2014 2 14 /10 /Oct /2014 19:38

Sidewalk stories (1989) de et avec Charles Lane (Sortie en DVD le 8 octobre 2014. Editions Carlotta)

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Lorsqu'est sorti The artist de Michel Hazanavicius, on a un peu trop vite oublié que l'exercice qui consiste à réaliser un film muet de nos jours n'était pas aussi rare que l'on a bien voulu le dire. Sans même parler des cinéastes les plus expérimentaux qui sont souvent revenus aux origines du cinéma (Warhol, Courant, Garrel...), il y eut la comédie de Mel Brooks Silent movie (La dernière folie de Mel Brooks) où le seul mot dit (« non ») était prononcé par...le mime Marceau ! ou, plus récemment, le beau film d'Aki Kaurismaki Juha.

En 1989, l'acteur et réalisateur Charles Lane met en scène son premier long-métrage, Sidewalk stories, et décide de revenir au muet.

Il incarne lui-même un pauvre hère qui dessine sur les trottoirs de New-York. Pas vraiment vagabond comme Chaplin mais presque. Un soir, il assiste à l'assassinat d'un homme au détour d'une rue sombre et « adopte » la fillette qui se trouvait alors avec la victime. Son but va désormais être de retrouver la mère de l'enfant.

 

Avec ce film, Charles Lane s'inspire bien évidemment de l’œuvre de Chaplin, en particulier de The kid. Comme son modèle, il tente un cocktail entre le rire et les larmes sans y parvenir totalement.

Cette réserve posée, Sidewalk stories s'avère être un joli film, assez passionnant par certains aspects.

Ce qui fonctionne le mieux, c'est ce personnage de marginal que compose Charles Lane. Pour pouvoir exister à l'écran sans la parole, il faut un véritable talent et renouer avec le langage du corps des burlesques. Alors qu'il a un regard très expressif et qu'il pourrait jouer facilement de la mimique, Lane filme la plupart du temps en plans larges et se débrouille d'abord avec son corps : qu'il butte contre un voisin de trottoir plus grand (scène qui joue sur la répétition de la chute comme au temps des burlesques primitifs) ou qu'il manque de se faire étrangler par sa petite compagne qu'il garde auprès de lui en s'attachant une corde...autour du cou !

Ce corps burlesque, il le plonge dans la réalité new-yorkaise de la fin des années 80. Le film débute du côté de Wall Street, par des plans d'hommes d'affaires pressés prêts à tuer pour pouvoir entrer le premier dans un taxi. Face à cette agitation stérile, Lane filme ensuite le temps d'un long et beau travelling, toute une petite communauté de marginaux vivants sur le trottoir : jongleurs, peintres de rue, clochards, etc. Paradoxalement, le côté très artificiel du dispositif (noir et blanc, muet...) accentue l'effet « réaliste » de cette vision d'un New-York défavorisé.

 

Autre qualité : la sobriété du film. Avec un sujet pareil, Lane aurait pu facilement verser dans le pathos et réaliser un abominable tire-larmes. Or il ne cherche pas l'émotion facile (une petite fille abandonnée pourrait pourtant prêter à ce type d'épanchement) et il ne sombre jamais dans le misérabilisme. Si les conditions de vie décrites sont dures, la stylisation permet au cinéaste de s'éloigner de la complaisance naturaliste.

Même la traditionnelle histoire d'amour naissante entre le « vagabond » et la riche femme touchée par ce couple improbable est traitée de manière délicate.

 

Alors, me direz-vous, pourquoi des réserves puisque le film parvient à faire sourire en brossant toutefois un tableau dur de la réalité new-yorkaise et à émouvoir sans avoir recours aux grosses ficelles du mélodrame sirupeux ?

 

La limite de Sidewalk stories tient, malgré tout, à son dispositif que je trouve un peu artificiel. Si cette stylisation apporte une distance bienvenue quant aux thèmes abordés, elle nous éloigne aussi un peu des personnages. Il y a dans l’œuvre un côté « exercice de style » qui frise parfois une certaine application. On sent que Charles Lane connaît son Chaplin sur le bout des doigts et, du coup, cet hommage a parfois un côté un peu forcé. Qu'apporte, au fond, le muet dans la mesure où la mise en scène reste relativement classique et ne développe pas énormément le côté « visuel » du projet (ce n'est pas un reproche). ?

 

Cette limite posée, l’œuvre demeure singulière, touchante et mérite d'être redécouverte...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mercredi 8 octobre 2014 3 08 /10 /Oct /2014 19:36

Welcome to New-York (2014) d'Abel Ferrara avec Gérard Depardieu, Jacqueline Bisset (Editions Wild Side) Sortie le 30 septembre 2014

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C'est une excellente chose que de pouvoir désormais découvrir Welcome to New-York à tête reposée, loin de l'effervescence cannoise et des polémiques à n'en plus finir (la plus grotesque restant, bien entendu, l'accusation parfaitement infondée d'antisémitisme de la part de Ferrara). Le matraquage publicitaire autour de cette adaptation de « l'affaire Strauss-Kahn » paraît désormais loin et il est donc possible d'appréhender le film en évitant de buter sur l'écran du fait divers.

Car ce qui frappe immédiatement dans Welcome to New-York, c'est que nous sommes avant toute chose dans l'univers de Ferrara.

 

Devereaux (Gérard Depardieu) est un homme puissant dévoré par un insatiable appétit sexuel. Son histoire est celle d'un roi déchu qui va effectuer une trajectoire commune à la plupart des personnages de Ferrara. Alors qu'il a tout pour lui : l'argent, les call-girls les plus belles, les partouzes mondaines ; il va faire un faux pas et dégringoler en agressant sexuellement la femme de chambre noire de l'hôtel de luxe où il séjournait.

 

Welcome to New-York est le récit d'une déchéance. Devereaux est une version « contemporaine » du « king of New-York » (Christopher Walken) en ce sens qu'il voit soudainement l'empire qu'il avait bâti s'effondrer. Pour incarner un tel personnage, il fallait quelqu'un de la carrure (dans tous les sens du terme!) de Depardieu qui livre ici une de ses plus belles performances depuis très longtemps (sans doute depuis Mammuth). Le comédien joue à merveille cette brute épaisse totalement asservie à des pulsions (la manière dont Devereaux regarde chaque femme comme une proie potentielle est assez superbement rendue) qui finiront par l'engloutir. Mais il est capable également, par un seul geste ou un positionnement de son corps massif, de souligner le désarroi et la fragilité de son personnage.

Une des originalités du film, c'est la manière dont Ferrara traite de la sexualité comme une dépendance fatale. On sait que l'addiction est l'un des thèmes qui lui est le plus cher. Mais cette fois, il ne s'agit ni de la drogue (de Bad lieutenant à Christmas en passant par Snake eyes), ni du jeu (Go, go, tales) ou même de vampirisme (The addiction) mais bel et bien d'une addiction au sexe.

 

Ce qui a changé chez Ferrara, et c'est en ça que son cinéma accompagne vraiment le mouvement du monde, c'est qu'il n'y a désormais plus de secret ni de sacré donc plus de rédemption possible. Dans Bad Lieutenant, il y avait encore un espoir de rédemption pour le personnage parce que le monde extérieur était tangible, que la déchéance du personnage ne venait que de lui-même. Or depuis quelques années, c'est le monde entier qui se « déréalise » et qui s'effondre (l'Apocalypse dans 4h44 : dernier jour sur terre). Ferrara joue alors beaucoup sur la place de l'individu dans un univers en pleine déréliction. Dans Welcome to New-York, il souligne de manière très habile l'enfermement du personnage, à la fois psychique (son addiction qui le coupe de sa femme) et physique (chambres d'hôtel, prison, appartement témoin) tout en montrant également son exposition aux yeux de tous (caméras, photos, bracelet électronique...).

Il ne s'agit pas de dénoncer un peu cruchement l'emballement de la machine médiatique mais de montrer la manière dont l'individu est renvoyé à sa solitude tandis qu'il est de plus en plus exposé au vacarme du monde. Alors que la tragédie du « bad lieutenant » était de ne pas être vu (pour reprendre l'idée d'un beau texte de JF.Rauger), celle des personnages actuels de Ferrara est d'être visibles par tous.

 

Depuis New Rose Hotel, le cinéma de Ferrara affiche un penchant parfois un peu fumeux pour la métaphore globale (en gros, parler du monde entier depuis une chambre d'hôtel). Welcome to New York emprunte également cette voie mais renoue cependant avec une certaine sécheresse des séries B que concoctait le cinéaste à ses débuts. Son film est plus « narratif » et sa manière de filmer les aéroports (avec un magnifique contrechamp sur Devereaux en gros plan, au moment de son arrestation, qui signale le début du séisme), les couloirs d'hôtel ou de jouer sur les ellipses (la fameuse agression) donnent au film un rythme et une nervosité que le cinéaste avait un peu oublié ses derniers temps (indépendamment des qualités de ses dernières œuvres).

 

De la même manière, la promotion autour de ce film pouvait laisser craindre un spectacle tapageur et racoleur. Or il n'en est rien. Ferrara se garde bien de jouer les procureurs ou les moralistes mais cherche avant tout à ausculter les tréfonds de l'âme humaine. Et il y a quelque chose de fascinant à voir chez Devereaux (comme chez DSK, d'ailleurs), homme le plus puissant qu'on puisse imaginer, (il est aux portes de la présidence de la république), une sorte de masochisme qui le pousse à détruire tout ce qu'il avait construit. Dans son (beau) roman L'enculé, Nabe insistait davantage sur cette dimension masochiste du personnage tandis que Ferrara plonge dans les turpitudes de la dépendance sexuelle.

 

Le roi est nu. Le roi est déchu.

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Jeudi 2 octobre 2014 4 02 /10 /Oct /2014 16:56

We can't go home again (1973) de et avec Nicholas Ray et Susan Ray, Tom Farrell (Editions Carlotta Films) Sortie le 24 septembre 2014.

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La fin de carrière de Nicholas Ray est tout à fait étonnante et je ne connais pas d'autres exemples de cinéastes venus du cœur de l'industrie hollywoodienne de l'époque classique qui termineront par réaliser des films relevant quasiment du cinéma expérimental. Pour le résumer de manière abrupte, Nicholas Ray est passé de James Dean à Nam June Paik !

Après le tournage des 55 jours de Pékin au début des années 60, le cinéaste se fait bannir des studios et fait un infarctus. Pendant près d'une décennie, il tente, en vain, de monter des projets, notamment un film sur le procès des sept de Chicago (parmi eux : Jerry Rubin et Abbie Hoffman).

Au début des années 70, il enseigne le cinéma dans une université à New-York. C'est là qu'il décide, avec ses étudiants, de tourner un film sans scénario qui deviendra We can't go home again.

 

Soulignons-le d'emblée : le film vaut plus pour sa manière d'expérimenter que pour le résultat final qui risque de déconcerter les amateurs de Johnny Guitar. Pour Ray et ses étudiants (un « directed by us » remplace le traditionnel nom du metteur en scène), il s'agit de faire éclater le cadre du cinéma. Éclatement de la narration puisque le film ne possède aucun fil directeur et qu'il fait se succéder des saynètes psychédéliques tournées par chacun des étudiants. Éclatement de la fiction puisque le film met en scène les conditions de son tournage et ne cesse de naviguer entre la représentation et la mise à distance de cette représentation. Éclatement même de la projection puisque Ray utilise l'écran comme une véritable surface plane où il va pouvoir expérimenter : en image de fond, une photo de paysage urbain ou rural sur laquelle se dessine un plus petit écran noir où le cinéaste projette un, deux, trois voire quatre films en même temps.

Le résultat est un kaléidoscope d'images composites où chacun se retrouve devant et derrière la caméra, improvise plus ou moins des petites tranches de vie et où Nicholas Ray apparaît comme une espèce de figure paternelle au diapason des révoltes étudiantes.

 

De ce point de vue, on peut se dire que We can't go home again est l'aboutissement de l'anarchisme foncier du cinéaste. On sait qu'il débute à Hollywood avec le sublime Les amants de la nuit, véritable cri de révolte et éloge de l'amour fou jeté à la face des studios. Puis Ray va se plaire à filmer des individus solitaires farouchement individualistes (Le violent, Born to be bad...) ou en rébellion contre l'ordre établi (exemplairement, les jeunes de La fureur de vivre).

We can't go home again s'ouvre également sur cette révolte, celle qu'incarnait les « yippies » (Youth international party) à la Rubin ou Hoffman. Et elle irriguera toute l’œuvre notamment lorsque Ray confesse sa haine indécrottable pour les flics.

A travers ce capharnaüm d'images hétéroclites se dessine une volonté de remettre en cause l'ordre établi : l'ordre politique (des allusions à la politique de Nixon), l'ordre social ou sexuel.

De fait, le film navigue entre cinéma expérimental et cinéma d'exploitation débraillé, entre Warhol (la projection multiple à la Chelsea girls) et Jess Franco (une très belle « séquence » psychédélique sur une fille nue filmée en une succession de surimpressions) ; entre le Barbet Schroeder période hippie (More, La vallée) et une installation vidéo de Nam June Paik.

 

Si les « sketches » mis en scène n'ont pas tellement d'intérêt, le film attire l'attention grâce au rôle que tient lui-même Ray et en raison de cette figure paternelle qu'il va finir par incarner à la fin de sa vie. Le magnifique DVD que proposent aujourd'hui les éditions Carlotta nous permet également de découvrir The Janitor, le sketch tourné par Ray pour le film érotique Wet Dreams. Si le court-métrage est bien raté, il a le mérite de présenter le cinéaste comme une figure paternelle qui va se faire dépasser par ses « enfants ». C'est cette ligne que l'on retrouve dans We can't go home again et qui donne au film sa dimension la plus émouvante. Ray est à la fois totalement intégré dans le groupe d'étudiants tournant cette œuvre collective mais il reste également une figure mythique à qui on demande régulièrement de parler de Marilyn ou de James Dean. Il s'agira donc pour le cinéaste de mettre en scène sa propre mort, à la fois symbole de la mort d'un certain cinéma « classique » et également promesse d'une possible émancipation pour ses élèves. La mort, ici, est montrée de manière figurée (par une pendaison assez drôle puisque Ray s'exclame : « j'ai tourné dix westerns et je ne sais même pas faire un nœud! ») mais elle sera aussi montrée de manière « réelle » dans le Nick's movie que réalisera Wim Wenders (encore un « ciné-fils » payant son tribut au « père » avant de s'en débarrasser symboliquement).

 

Encore une fois, We can't go home again n'est pas un « film » au sens traditionnel du terme (je pense qu'il est d'ailleurs préférable de le voir en salles pour être davantage hypnotisé par son côté expérimental) mais un patchwork orchestré par un vieux maître n'ayant rien perdu de sa verdeur et de son désir de tout foutre cul par-dessus tête...


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Bonus. Le DVD présenté est très riche. Outre des entretiens avec Jim Jarmusch et un spécialiste de Ray (Bernard Eisenschitz), nous aurons droit à un documentaire de Susan Ray, quatrième femme du cinéaste et actrice dans We can't go home again, intitulé Don't expect too much mais également aux rushes de Marco, un court-métrage tourné par Ray et ses étudiants autour de la question du criminel au cinéma.

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Vendredi 19 septembre 2014 5 19 /09 /Sep /2014 12:56

Bugsy Malone (1976) d'Alan Parker avec Jodie Foster. (Editions Elephant film) Sortie le 7 octobre 2014

 

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C'est la première fois que j'évoque le nom d'Alan Parker sur ce blog, sans doute aussi parce que cela faisait une éternité que je n'avais pas vu un de ses films. A vrai dire, il m'est très difficile de parler de ce cinéaste dans la mesure où il fut sans doute l'un de ceux que j'ai le plus adulés à l'adolescence.

Pink Floyd, the wall était mon film préféré quand j'avais quinze ans et, dans la foulée, j'avais regardé et adoré des films comme Midnight express, Birdy et Angel Heart.

Le problème, c'est qu'Alan Parker fait partie de cette bande de cinéastes venus de la pub que je n'aime pas beaucoup, que ça soit Tony et Ridley Scott ou Adrian Lyne. J'imagine donc que ses œuvres sont restées très marquées par l'esthétique publicitaire des années 80 et que la plupart doivent être difficilement regardables aujourd'hui (sur Twitter, les avis étaient partagés).

 

Je n'avais jamais vu Bugsy Malone, premier long-métrage du cinéaste. Sur le papier, le film repose entièrement sur son concept publicitaire : faire un film de gangsters entièrement joué par des enfants. Par ailleurs, ce film noir sera également une comédie musicale. Curieusement, cette idée tordue passe plutôt bien à l'écran et le film se révèle assez agréable à regarder. Alan Parker joue assez malicieusement avec les stéréotypes du genre (enfants engoncés dans des costumes, chefs de gang atrabilaires et cruels, femmes fatales...), à tel point qu'on finit parfois par oublier le jeune âge des interprètes.

Bien sûr, le cinéaste reste constamment « politiquement correct » (pourtant, nous étions dans les années 70, la décennie de toutes les audaces) et contourne habilement ce qui pourrait poser problème.

Ainsi, les petits gangsters utilisent volontiers des armes à feu mais celles-ci ne propulsent que de la crème pâtissière, permettant un finale qui évoque La bataille du siècle avec Laurel et Hardy. Cependant, il convient de souligner le fait que l'humour du film est un peu poussif et que ce n'est pas l'aspect le plus intéressant de Bugsy Malone. On préférera cette manière qu'a Parker d'utiliser le stéréotype pour le mettre à nu. Son film évoque à la fois les classiques du film de gangsters (de Scarface de Hawks au Parrain de Coppola) tout en annonçant les grands films de mafieux signés Scorsese ou des frères Coen (une scène dans la forêt m'a fait irrésistiblement penser à Miller's crossing). Le fait que ça soit des enfants qui incarnent ces situations convenues permet de ridiculiser les adultes qui s'y adonnent en temps normal. Tout ce qui relève des rivalités entre groupes, des codes de l'honneur, du banditisme organisé apparaît soudainement comme un jeu d'enfants puéril et un poil ridicule.

 

Le film a un certain charme, notamment parce qu'on y retrouve la toute juvénile Jodie Foster qui joue avec beaucoup de talent les petites femmes fatales et que son numéro chanté My name is Tallulah est assez irrésistible. Il convient d'ailleurs de dire enfin que le point fort de Bugsy Malone est évidemment sa bande originale. La musique du film est signée du génial Paul Williams, l'inoubliable Swann du Phantom of the paradise de Brian de Palma qui composa également la sublime bande-son de ce film. Avec ses accords singuliers et sa voix entraînante, Paul Williams donne toute sa saveur à cette comédie musicale soignée et assez originale.

 

Quant à la réalisation d'Alan Parker, elle est classique mais relativement sobre (à part quelques effets de solarisation hamiltoniens dans une ou deux scènes bucoliques). Ce n'est sans doute pas le chef-d’œuvre du siècle mais on passe un bon moment.

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mardi 16 septembre 2014 2 16 /09 /Sep /2014 07:42

The amazing Spider-Man 2 (2013) de Marc Webb avec Andrew Garfield, Emma Stone, Jamie Foxx (Editions Sony Pictures). Sortie le 3 septembre 2014

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Faut-il encore préciser que les films de super-héros ne sont pas ma tasse de thé ? Que j'ai du mal à me passionner pour des types asexués qui mettent un collant pour sauver la planète et qui échappent à tous les dangers imaginables ?

Vous me rétorquerez que ce genre de film ne s'adresse pas à moi mais aux ados du monde entier, avides de sensations fortes, de spectacles démesurés et de pop-corn. Vous n'aurez pas totalement tort mais, à ma grande surprise, il se trouve que j'ai vraiment bien aimé les deux premiers Spider-man réalisés par Sam Raimi. Outre la réalisation inspirée, j'avais apprécié cette manière qu'avait le cinéaste de lier la découverte des supers-pouvoirs de Peter Parker à la mue de l'adolescence. La première toile d'araignée projetée par le jeune homme évoquait irrésistiblement une première branlette et Raimi jouait de manière subtile sur l'image du super-héros comme projection de l'adolescence désireuse de conquérir le monde.

Je n'ai cependant suivi la saga que de loin, loupant le troisième volet (toujours signé Raimi) et en m'abstenant d'aller voir The amazing Spider-man, premier épisode d'une saga relancée par Marc Webb.

Ce fut sans doute un tort dans la mesure où ce deuxième volet ne semble s'adresser qu'aux initiés. Spider-man lutte toujours contre la criminalité à New-York en agrémentant chacun de ses exploits d'un bon mot ou d'un trait d'humour qui déleste d'emblée le film de tous véritables enjeux dramatiques.

Je me disais en voyant ce film que quelque chose avait décidément changé dans la conception du cinéma hollywoodien industriel. On va croire que je me lamente encore sur le « bon vieux temps » et que je refuse de vivre avec mon époque (ce qui n'est peut-être pas totalement faux mais j'assume) mais il me semble qu'il y avait autrefois une volonté de construire un récit et de ménager des moments plus calmes pour mieux préparer les scènes spectaculaires comme autant de « climax » attendus, espérés ou craints. Désormais, il faut que tout soit sur l'écran dès les premières minutes et, comme dans le cinéma pornographique, il faut offrir aux spectateurs ce qu'ils sont venus voir toutes les dix minutes (des effets-spéciaux, du son et lumière bruyant, de la pyrotechnie à gogo...). Du coup, je m'ennuie dès les premières minutes du film parce que je ne crois pas aux personnages (je n'ai pas eu le temps de m'identifier à eux, de les connaître et de m'attacher puisqu'on est immédiatement propulsé au cœur de l'action) ni même aux situations (il n'y a plus besoin de cinéma puisque tout (ou presque) a été recréé par ordinateur!) qui donnent parfois l'impression de contempler quelques avatars de jeux vidéos débilitants se taper sur la tronche !

 

La réalisation de Marc Webb est assez calamiteuse puisqu'on ne parle plus ici de mise en scène, de montage, de découpage, de raccords mais d'une succession de plans dopés aux amphétamines avec une caméra qui tremble pour tenter de faire oublier qu'elle ne représente aucun point de vue et que sa seule agitation tient lieu de « rythme ». Du coup, on se désintéresse assez vite de cette quête des origines de Peter, de son combat contre le méchant Electro (Jamie Foxx) et de son histoire d'amour compliquée avec Gwen (Emma Stone).

 

Par ailleurs, une des faiblesses de The amazing Spider-man 2 tient à sa distribution. Si Jamie Foxx tire son épingle du jeu, le couple vedette n'a pas le charme du duo Tobey Maguire/ Kirsten Dunst. Emma Stone est fadasse à souhait et ne se distingue aucunement de toutes les petites starlettes blondes insipides que nous proposent régulièrement Hollywood tandis qu'Andrew Garfield manque cruellement de charisme et joue comme une savate.

 

Reste alors un grand son et lumière où se succèdent explosions, accidents spectaculaires, sauts dans le vide (sans doute pour le côté « grand huit » que doit apporter la 3D) et acrobaties en tout genre. Sans doute est-ce une erreur de ma part (je me fie en grande part aux bandes-annonces que je peux voir car je vais rarement découvrir ce type de blockbusters en salles) mais j'ai l'impression qu'il s'agit de la morne routine d'un certain cinéma industriel qui n'a plus rien d'autre à proposer que de la poudre aux yeux et des récits formatés pour plaire à un public adolescent (donc sans sexe et sans violence).

 

Inutile de préciser que je trouve ça laid, tapageur et sans le moindre intérêt...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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