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Séries TV

Dimanche 1 juillet 2012 7 01 /07 /Juil /2012 20:35

L'hôpital et ses fantômes (1994-1997) de Lars Von Trier avec Udo Kier

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Ma petite sœur (je vous invite chaleureusement a lire régulièrement son blog littéraire ici) a failli friser la crise d'apoplexie lorsque je lui ai confié que je regardais une série. Il a fallu qu'on lui précise qu'il s'agissait d'une série danoise en sépia pour la rassurer et lui faire retrouver ses esprits.

Plaisanterie mise à part, vous connaissez désormais mon peu de goût pour les séries télévisées malgré l'engouement (excessif) qu'elles suscitent chez les ténors de la critique institutionnelle (j'ai d'ailleurs abandonné la lecture des Cahiers du Cinéma lorsque la revue s'est mise à parler davantage des séries, du foot et des jeux vidéos que du cinéma. Mais depuis, elle semble avoir retrouvé une certaine tenue et je vais peut-être y revenir).

Les séries m'ennuient et j'ai dû mal, d'une manière générale, avec l'esthétique télévisuelle dont elles relèvent. C'est peut-être d'ailleurs pour cette raison que les seules susceptibles de m'intéresser ont été réalisées par des cinéastes : Lynch (Twin Peaks), Fassbinder (Berlin Alexanderplatz), John Landis (Dream on) ou... Lars Von Trier.

 

L'hôpital et ses fantômes, qui reste une mini-série (8 ou 11 épisodes selon les découpages), est une formidable entreprise de destruction du genre. Lars Von Trier parvient à pervertir tous les codes en vigueur tout en se coulant, en apparence, dans le moule des sagas feuilletonesques.

Le véritable intérêt que je concède aux séries, c'est la durée et la possibilité, ainsi, de constituer de véritables réservoirs de fiction. Lars Von Trier s'inscrit dans cette logique en ouvrant de nombreuses pistes narratives et en multipliant les personnages (le fantôme d'une petite fille qui vient hanter un hôpital ultra-moderne, un médecin odieux rattrapé par son passé et une erreur médicale qui a transformé une autre petite fille en légume, une vieille femme qui dialogue avec les esprits, un chef de service davantage préoccupé par une obscure loge que par ses patients, un professeur prêt à tout pour récupérer un foie ravagé par un sarcome, des carabins turbulents qui font de mauvaises blagues, etc.). Si la manière de filmer est originale (nous allons y revenir), le découpage des séquences est relativement classique avec des intrigues qui évoluent de manière parallèle et une façon de passer d'une action à une autre en filmant successivement le plus de personnages possibles. Seule originalité dans la narration : un couple de trisomique travaillant à la plonge qui commente l'action tel un chœur antique.

Lars Von Trier se plie donc aux règles de la série et se montre d'une rare efficacité. Le premier épisode permet de planter le décor, de présenter les personnages et d'entamer les principales intrigues. Jusqu'au troisième épisode, il parvient à un équilibre parfait entre l'humour et une angoisse qu'il distille avec parcimonie mais qui se révèle particulièrement efficace (c'est fou comme de simples transparences peuvent s’avérer mystérieuses et inquiétantes).

 

Puis, peu à peu, la série prend une autre tournure. La petite amie d'un interne est enceinte et accouche d'un bébé à tête d'homme. Ce que Lars Von Trier suggérait dans un premier temps est alors montré et le côté humoristique prend le dessus. Un humour « hénaurme » (notamment grâce à ce chef de service qui ressemble à Leslie Nielsen et qui devient érotomane) qui frise parfois le grand-guignolesque (l'accouchement, par exemple ; ou encore ces images de zombies qui viennent dévorer un étudiant volontaire pour des recherches sur des somnifères).

 

Pourtant, ce virage ne nuit pas à l'unité de la série. Parce que le cinéaste sait parfaitement naviguer entre l'humour le plus burlesque (la visite d'un ministre entraîne une série de quiproquos fort drôles) et une angoisse qu'il parvient à recréer en redevenant soudainement sérieux (notamment lorsqu'il se recentre sur le personnage de Mona, la petite fille handicapée à vie). Ce qu'il parvient à réussir dans cette série, c'est un mélange des genres détonnant : le fantastique et l'humour, donc ; mais également le film d'horreur (quelques scènes « gore » assez marquantes), la satire (l'univers médical en prend pour son grade), le thriller (il y a des espèces d'enquêtes et les personnages recherchent des documents compromettants pour d'autres) voire le mélodrame (alors qu'il pourrait sombrer dans le ridicule le plus complet, il parvient à réaliser des scènes poignantes entre la mère et son bébé monstrueux voué à disparaître).

 

Ce mélange des genres donne un visage hybride à l’œuvre qui oscille sans arrêt entre une certaine esthétique télévisuelle (dans la narration) et le cinéma (dans la mise en scène). Les premiers épisodes ont été tournés après Breaking the waves et Lars Von Trier poursuit ici son expérimentation dans la manière de filmer caméra à l'épaule et de faire exploser tous les codes de la grammaire cinématographique (faux-raccords et jump-cut à tout bout de champ, multiplication des axes...). Ces partis-pris de mise en scène dynamite le récit et lui donne une incroyable énergie qui emporte le spectateur et le captive sans arrêt.

Ce qu'il y a d'amusant, c'est que cette manière de filmer est aussi assez conforme à l'idéologie du Dogme que le cinéaste édictera en 1995. Or la deuxième saison de L'hôpital et ses fantômes a été tournée après Les idiots (une merveille!) et Lars Von Trier semble prendre un malin plaisir à piétiner les règles qu'il s'était lui-même fixées. Tous les artifices dont il voulait se débarrasser reviennent ici (les filtres colorés, le traitement du son, la musique additionnelle...) et offrent une couleur toute particulière à la série dans la mesure où le traitement « caméra à l'épaule » donne un côté « réaliste » et pris sur le vif qui contraste avec sa dimension fantastique.

 

Tout l'art de Lars Von Trier et de son ironie ravageuse (il ne faut pas louper ses savoureuses considérations cyniques à la fin de chaque épisode) consiste à se conformer à un moule pour mieux le faire exploser. Tout comme il se conforme dans un premier temps au moule du genre fantastique, il s'amuse à détruire son fragile édifice par l'humour et des intrigues qui virent au surréalisme le plus total. Tout semble prendre une ampleur démesurée et annoncer une destruction totale de l'univers qu'il avait pourtant soigneusement édifié.

 

Contrairement à ce que je croyais, le cinéaste nous laisse finalement sur notre faim sans résoudre les histoires. Une troisième saison, qui ne verra jamais le jour, était prévue à l'origine et on aurait aimé pouvoir connaître la fin des aventures de ces personnages. En l'état, il reste une œuvre captivante où ce grand inventeur de forme qu'est Lars Von Trier (même lorsqu'il se plante, il ne laisse jamais indifférent) parvient à mêler ce qui se fait de mieux en matière télévisuelle et cinématographique pour transcender le tout dans une série d'une intensité et d'une ampleur incontestables...


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Par Dr Orlof - Publié dans : Séries TV
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Lundi 29 décembre 2008 1 29 /12 /Déc /2008 11:30

Twin Peaks. Saison 1 de David Lynch et Mark Frost avec Kyle McLachlan, Sheryl Lee, Joan Chen, Piper Laurie


J'inaugure aujourd'hui une rubrique qui va en surprendre plus d'un : celle des séries télévisées. Mon peu de goût pour le phénomène des séries n'aura sans doute échappé à personne et il est d'ailleurs fort probable que cette rubrique sera très peu alimentée. Pourquoi un tel dédain alors que n'importe quel pigiste de Télérama ou des inrocks se pâme devant le moindre épisode de je ne sais quelle saga à la mode ?

Cela tient sans doute à des raisons purement subjectives (mon incapacité à m'intéresser à ces récits sans cesse renouvelés et qui n'en finissent pas) mais également à des réticences « esthétiques », la télévision ne pouvant, selon moi, produire des formes et se limitant à son rôle de robinet à images. Je sais que beaucoup d'entre vous ne seront pas d'accord mais je n'arrive pas à imaginer qu'une série soit destinée à « durer » dans le temps, même si le support DVD permet de les revoir à loisir. A part quelques rares pervers, je n'arrive pas à envisager qu'on puisse revoir avec plaisir La petite maison dans la prairie ou Santa Barbara. Vous allez me dire que je prends les exemples les plus caricaturaux mais même si certaines « bonnes » séries à l'ancienne sont renommées, j'ai l'impression que le culte dont elles font l'objet tient du pur fétichisme. En un mot comme en cent, autant je peux concevoir qu'il y aura toujours de jeunes cinéphiles pour admirer Murnau et Hitchcock, autant j'imagine mal les générations futures se pâmer d'aise devant les séries de nos enfances...

L'intérêt indéniable d'une série télévisée (je suis prêt à reconnaître qu'il en existe un !), c'est le réservoir à « fictions » que permet cette forme feuilletonesque. A ce titre, les seules susceptibles de m'intéresser sont celles réalisées par un artiste unique, désireux d'expérimenter cette forme et sa durée (je pense au magnifique Berlin Alexanderplatz de Fassbinder ou à L'hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier et je rêve de découvrir La maison des bois de Pialat).

Autre cas de figure qui me paraît assez passionnant : les séries initiées par des cinéastes qui, s'ils ne l'ont pas réalisé entièrement, ont su donner une direction artistique forte et personnelle au projet. Je pense aux expérimentations désopilantes de John Landis sur Dream on ou au fameux cas Twin Peaks (nous y arrivons !)


Cela faisait longtemps que je voulais voir cette série, d'autant plus que je considère le film Twin Peaks, fire walk with me comme l'une des plus belles réussites de son auteur et sans doute l'un des plus grands films des années 90. Même si cette première saison ne m'a absolument pas déçu, elle m'a permis de comprendre aussi pourquoi je n'aimais décidément pas beaucoup les séries. Car même s'il y a ici une direction artistique forte (l'ombre de Lynch plane en permanence sur la série) et d'immenses qualités « fictionnelles », je dois avouer avoir été gêné, lors de certains épisodes, par cette platitude télévisuelle, cet anonymat de la réalisation qui est l'apanage des séries.

Bien entendu, la série a été suffisamment bien lancée par un épisode pilote impeccable et des personnages très forts qui permettent d'accepter les quelques tunnels narratifs que l'on retrouve dans certains épisodes. Et c'est d'ailleurs là où l'on remarque aussi que la « patte » d'un artiste fait la différence. Mis à part le pilote (réalisé par Lynch), le meilleur épisode de cette première saison est le deuxième (également réalisé par l'auteur de Blue Velvet), celui qui parvient le mieux à adopter la forme télévisuelle de la série et à la subvertir en douceur. Symptomatiquement, c'est le seul épisode qui ose une magnifique séquence onirique (l'agent Dale Cooper rencontre le fameux nain dans ce décor de rideaux rouges que plus personne n'ignore) et qui ouvre de véritables horizons « plastiques », au-delà des simples enjeux narratifs (je rappelle pour ceux qui auraient vécu dans l'espace pendant près de 20 ans que le fil directeur de la série est le meurtre d'une lycéenne, Laura Palmer, dans une petite bourgade aux allures tranquilles mais qui recèle mille secrets).

J'aime aussi le dernier épisode de la saison 1, le numéro 7. Ecrit et réalisé par Mark Frost (le concepteur associé à Lynch pour la série), il donne un coup d'accélérateur bienvenu à base de coups de théâtre assez bien vus. Comme s'il fallait que les instigateurs du projet reprennent parfois les rennes pour lui donner un coup de sang.

Comme je le disais plus haut, l'intérêt de Twin Peaks, c'est de jouer à la fois la carte de la série policière classique et de la subvertir tranquillement. D'une part, en peuplant cet univers de personnages étranges et déjantés (que ce soit « la femme à la bûche » ou même cet agent Dale Cooper -Kyle MacLachlan, un fidèle de l'univers de Lynch- qui résout les enquêtes en interprétant ses rêves), d'autre part, en suggérant le stupre et les abîmes derrière la façade lisse des apparences. Thématique très Lynchienne (le cinéaste venait de tourner Sailor et Lula et Blue Velvet) : le mal se dissimule derrière les plus belles roses. Derrière les visages lisses et stéréotypés des jeunes acteurs et actrices du film, c'est tout un univers glauque qui affleure où se mêlent la drogue, le sexe et les trafics les moins honnêtes.


Cette satire d'une Amérique douillette et proprette fonctionne parfaitement et d'autant plus qu'elle s'inscrit dans une forme souvent fort aseptisée (les spécialistes des séries me feront remarquer qu'il existe aujourd'hui des séries violentes et sexuées mais ce n'est quand même pas la majorité !).

J'aime aussi le côté « Hitchcockien » de Twin Peaks (le film concrétisera d'ailleurs, selon moi, à merveille cette dimension ; ne jouant plus que sur des motifs plastiques pour élaborer un univers uniquement construit sur de la mise en scène). Que Sheryl Lee (Laura Palmer) réapparaisse en cours de série en tenant le rôle de la cousine de Laura et que cette cousine s'appelle Madeleine (Maddy) ne peut pas être un hasard (surtout lorsqu'on retrouvera par la suite des hommages évidents à Vertigo dans Lost highway et Mulholland drive). Toute la série est bâtie sur l'idée du double (à l'image de cet étrange Bob qui apparaît aux yeux de la mère de Laura et qui est d'ailleurs un peu négligé à partir du troisième épisode) et permet ainsi de laisser planer un mystère permanent sur cette petite ville.

Mystère qui me donne désormais envie de découvrir rapidement la seconde saison...

Par Dr Orlof - Publié dans : Séries TV
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